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DÉCLARATION DU CHEF MOI PATAO

Saigon, 6 août -1885.

C'est le 18 mai, un peu avant le jour, que son village fut attaqué. Les Annamites entourèrent sa case avec le dessein de le prendre et de lui couper la tête ; mais il put s'échapper. Ses deux femmes furent enlevées, ainsi que ses deux enfants, dont un jeune garçon qui sait déjà le Quôc-ngu, et ses cymbales. Il ne sait ce qu'ils sont devenus. Patao se tint aux environs pendant quelques jours, cherchant à réunir ses hommes pour livrer combat. Mais les Annamites le firent prévenir qu'au moindre mouvement de sa part, ses femmes et ses enfants seraient massacrés. Alors il se fit rendre compte de la situation. Tout le village de Tra-cu-Thuong avait été pillé et incendié. On avait commencé par la case de Patao. L'homme de garde fut tué d'un coup de feu. Deux autres furent blessés, l'un au bras, l'autre à la tête. Quelque temps après,

deux habitants mois avaient la tête t ranchée. Patao avait chez lui une somme de 645 piastres, cinq malles remplies d'effets de toute nature, des ivoires, des cornes de rhinocéros, des trophées de chasse, des provisions de bouche ; les Annamites ont tout enlevé. Patao déplore la ^erle de deux objets qui lui étaient particulièrement chers : une boîte à musique offerte par M. Le Myre de Villers et une horloge, présent de M. le gouverneur actuel. On lui a également annoncé la disparition de huit buffles et de cinq chevaux. L'envahisseur a fait main basse sur tout ce qui appartenait aux mois soumis à Patao. Un habitant nommé Tân s'est vu enlever plus de cinq cents mesures de paddy, un autre nommé Sanh a été complètement dévalisé et mis à mort ensuite. C'est une véritable désolation dans la contrée. Les sept villages soumis à Patao ont été brûlés. Le Tông-Dong est entre les mains des Annamites. On ignore son sort.

Les troupes annamites sont venues par les forêts, évitant avec soin les villages. et les chemins fréquentés ; c'est pour cela que le chef des mois n'a pas été informé à temps de cette invasion. Les soldats annamites sont au nombre de cinq cent cinquante environ. Ils portent le costume des réguliers, c'est-à-dire la chemise

rouge avec la lune sur la poitrine. Trente-neuf sont armés de fusils ; les autres ont des lances ou des sabres. Ces hommes sont conduits par plusieurs chefs que Patao connaît fort- bien. Le Quan-An et le Quan-nhiem sont les principaux. Ceux qui viennent ensuite seraient le Dôi-Sang, le Huong-Huông et le Dôc-nhô. Ce Dôc-nhô est un évadé de Poulocondor réfugié à Phan-Thieh, qui parle un peu de français. Tous ces individus demeurent habituellement dans le district de Phan-thieh (ou mangtieh). Ce sont des mandarins de frontière.

Le 22 mai, Patao se décida à venir rendre compte à l'autorité française de ce qui s'était passé. Il arriva le 25 à Bien-hoa accompagné de quelques hommes seulement. Après avoir passé sept jours dans cette localité, il est venu à Saigon afin d'expliquer de vive voix les événements à M. le gouverneur et à M. le directeur de l'intérieur.

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