POÉSIE
Dans la poésie cambodgienne, on observe la rime; mais elle se trouve tantôt k la fin, tantôt dans le courant du vers. Il n'y a point de règles fixes. Les vers sont en général de cinq, sept ou neuf mots. Ce n'est pas absolu, mais les vers doivent avoir à peu près la même longueur. La rime intercalée dans le courant d'une ligne peut se trouver au deuxième ou troisième mot, mais sans dépasser, autant que possible, la moitié de cette ligne.
Les poésies ci-après ont alternativement les rimes à la fin et dans le courant du vers; elles appartiennent au genre le plus élevé. Dans le style commun, toutes les rimes se trouvent à la fin du vers, comme dans la poésie française.
Lettre à une jeune fille.
Je vous envoie cette lettre, car j'ai à vous parler...
A vous, jeune fille, je veux dire un secret...
Je voudrais entrer avec vous en relations intimes.
Voilà pourquoi je vous écris cette lettre,
En vous priant de ne la point refuser.
Je voudrais m'attacher àvous comme la feuille à l'arbre.
Quand je serai avec vous, je vous rendrai heureuse,
Et vous n'aurez pas la moindre peine.
Poésie.
Il fait un temps horrible, la pluie tombe à torrents ; De tous côtés, je n'aperçois qu'un ciel noir. De gros nuages sont suspendus au-dessus de nous, Et l'on se croirait au milieu de la nuit.
Le tonnerre gronde avec fracas ;
Lorsque la pluie cessera, le tonnerre se taira aussi.
Le vent emportera les nuages,
Et le soleil, à nouveau, nous éclairera de ses rayons.
Hymne aux étoiles.
En se promenant, le prince passe dans la forêt.
Il accompagne sa bien-aimée et lui montre les étoiles.
En marchant, il dit à sa moitié :
Regardez, ma belle, cette brillante constellation
Qui incline sa tête du côté du nord-ouest. C'est le beau caïman... (notre grande Ourse). Sa queue est recourbée, comme s'il allait partir Pour se rendre au lieu du repos.
Mes regards s'y fixent constamment.
Voyez^ ma chère, ce bel astre nommé «Sampon», Puis voici le cheval qui brille d'un éclat inaccoutumé, Et le dragon, dont la patte semble tenir un fruit.
* * Le prince traverse ainsi le bois, S'inquiétant beaucoup
De sa belle et bien-aimée^ Accoutumée à vivre paisible au palais.
Elle n'a pas l'habitude de marcher.
Le prince reconnaît bien en elle sa chère moitié, Car elle s'efforce de le suivre dans cette solitude. Assez, lui dit-il, reposons-nous, ma chérie.
Il s'agenouille pour l'embrasser.
Puis se couchant à l'abri du feuillage, [même,
La tête sur les racines comme oreiller, il s'oublie lui- Ne pense qu'à sa chérie et s'efforce de l'endormir.