‹ Ça!...et le resteChapitre 33 sur 60 · SI · texte numérisé non relu

SI

Si je savais faire des vers,

Je voudrais, en rythmes divers,

Dire la dure déplaisance

Que m'inflige sa longue abseûoe.

Lors mon pauvre moi tout marri

Qui, depuis son départ, n'a ri,

Pourrait, en strophes enllammées,

Dire à la mieux des bien-aimées

Que je ne vis que par l'espoir De l'espérer bientôt revoir Et que, tandis qu'elle est lointaine, Las! mon cœur froidit à la peine!

Si j'étais poète, mon but Serait, en accordant mon luth, D'en tirer la note plaintive Qui sût toucher la fugitive Et l'attendrir un tantinet Par ode, élégie ou sonnet.

Poète, je voudrais encore, Chassant le chagrin qui dévore, Célébrer le jour bienheureux Qui nous réunira tous deux; Dans mon cœur, gonflé de tendresse, Lors quel hosannah d'allégresse !

Doux serait l'hymne à composer En l'honneur du premier baiser!

Joie! Ivresse! Extase! Délire!

Septième ciel!... Toute la lyre !-...

Voilà, si je faisais des vers, Comment, sur des modes divers,

Je chanterais la déplaisance Dont m'envahit sa longue absence!...

Mais poète n'étant point, las I Je suis triste et ne chante pas !

Page 1