LES MASQUES
Riants, tristes, heureux, souffrants, bruns, jaunes, blancs, Ils sont divers, ils sont troublants, Les masques.
Ils ne laissent jamais voir jusqu'au fond des cœurs, Ils égarent, ils sont menteurs, Les masques.
Lorsque l'âme, en secret,, rêve quelque noirceur, Ils ont aux lèvres la douceur, Les masques.
Hypocrites, jaloux, faux, lâches, envieux, Ils ont la bonté dans les yeux, Les masques.
Charmants, rêveurs, très beaux, doux, purs comme le jou Ils nous trompent, même en amour, Les masques.
Et si nous nous prenons tous à leur vision, C'est qu'ils donnent l'illusion, Les masques!
GROQUERIES DE PRALINES
CROQUERIES DE PRALINES
Les dents, en croquant les pralines, Ont des musiques très câlines ; Aussi, quand elles vont chanter, Je me plais à les écouter.
Croc croc ! Croc croc! font les quenottes. Et chaque « croc croc ! » a des notes Donnant, dans son intensité, La gamme du plaisir goûté.
— Croc croc t.. Je sais des gens, dit l'une, a A qui l'on donnerait la lune
» Sans qu'ils s1en déclarent contents.
» Une praline entre les dents,
» Croc croc ! pour moi comble mon rêve. »
— Moi, la praline que j'achève » Dit l'autre, m'ouvre l'appétit,
» Croc croc t pour celle qui la suit. — »
— Moi, murmure une note tendre,
» Je ne puis, sans la plaindre, entendre )) La praline qui se défend, » Qui résiste, lutte et se fend » Pour livrer enfin son amande » A la dent cruelle, gourmande » Et dure au malheureux bonbon » Dont le seul crime est d'être bon ! » Je le croque aussi, moi, sans doute, » Mais c'est parce que je redoute » Qu'un autre le croque avant moi ; » Que voulez-vous, chacun pour soi. »
Puis c'est une note moins triste Qui chante :
— Quand on est artiste, » On doit, sans remords, savourer
)) Tout ce qui peut nous inspirer!
» La praline, par sa nature,
» Sa capricieuse structure,
» Par ses tons bruns, rouges ou blancs,
» M'ouvre des horizons troublants !
» Aussi, croc croc ! l'art qu'elle exhale,
» Pour m'en imprégner, je l'avale ! »
Autre note encore :
— Croc croc !
» Fi ! des pralines qui sont toc 1 « Pour faire avec nous connaissance » 11 faut qu'elles aient pris naissance )') Chez Boissiar ou chez Siraudin. »
Q&, c'est le petit chœur mondain.
Puis la note scientifique
Qui, dans un style magnifique,
— Hélas ! bien ennuyeux souvent, — Nous assourdit :
— Pour le savant » Rien de puéril, d'inutile !
» Telle chose, d'aspect futile, » Peut cacher un enseignement.
» Une praline, évidemment, » De la science est bien indigne, » Il n'importe ! Je me résigne )) A l'honorer d'un examen » Dans l'intérêt du genre humain.
» Croc, croc!.. Parfait !.. Dès lors, j'atteste, » Messieurs, la preuve est manifeste, » Que la praline, oui, messieurs, » Est un régal délicieux !.. »
Croc croc croc!... Autre mélodie
Sur un ton doux de psalmodie :
« — La supérieure du couvent,
» Croc croc ! nous défend bien souvent
» Le péché de la gourmandise !
» Croc croc ! Pour qu'ainsi l'on nous dise
» Qu'à jamais il nous damnerait,
» Il faut qu'il ait beaucoup d'attrait. » Croc, croc! En effet, ces pralines » Ont des douceurs bien patelines !
» Méfions-nous, mes chères sœurs, )) Croc croc ! car, qui sait? ces douceurs » Nous viennent du diable peut-être !
)) Croc croc ! faisons -les disparaître !.. » Dieu bon, puisque tu le voulus, » Croc croc croc !.. le péché n'est plus ! »
Et que de choses encor chante
Cette musique si touchante !
Croc croc ! par ici, croc croc ! par là !
Bref, il résulte de cela
Que, bien sûr. la praline est faite
Pour mettre à tous le cœur en fête.
Qu'elle vienne de chez Boissier,
Ou même de chez l'épicier,
(Les pralines n'ont pas de honte)
Tous nous y trouvons notre compte.
Aussi, laissant le chocolat
Qu'un seul coup de dent met à plat ;
Témoignant un dédain suprême
Au bonbon mou, qui fond lui-même;
Fuyant le marron — innocent
Qui croit séduire en se glaçant I —
Evitant aussi la dragée,
De plâtre si souvent chargée,
Et ne donnant pas un regard
Au reste, nous n'avons d'égard
Que pour elles, pour les pralines
Qui font, en musiques câlines,
Croc croc ! avec une gaîté
Qui double le plaisir goûté.