‹ Cabet: de la démocratie au communismeChapitre 2 sur 19 · BIOGRAPHIE · texte numérisé non relu

BIOGRAPHIE

Etienne Cabet naquit à Dijon le 1®' janvier 1788. D'abord apprenti chez son père, qui était maître tonnelier, il fut, sur les conseils de ses professeurs, envoyé à TEcole Centrale de la ville. Il y fit de si rapides progrès que lors de la création du lycée, le proviseur le choisit comme maître d'étude, bien qu'âgé à peine de quatorze ans. Détourné du professorat par le despotisme universitaire, il entreprit l'étude du droit, fut reçu docteur en 1812, et entra au barreau dijonnais.

C'est à la fin de l'Empire que commença sa carrière politique. Son père lui avait transmis des sentiments républicains; il applaudit au 20 mars par haine de l'ancien régime.

Il s'enrôla dans la Garde nationale et devint un

des fondateurs et des directeurs de la Fédération bourguignonne, vaste association organisée pour appeler toute la population à la défense du territoire contre l'étranger.

Lors de la deuxième Restauration, Cabet fut traduit devant le conseil de discipline qui le suspendit pour trois mois de sa profession d avocat, pour avoir arboré le signe de la révolte contre l'autorité légitime et avoir fait partie de comités désorganisateurs de l'ordre social.

Sa peine terminée, il se consacra à la défense des libéraux traqués par la police.

Après le procès du général Vaux, acquitté grâce à lui, Cabet vint passer quelque temps à Paris pour étudier les règles particulières à la Cour de cassation.

A cette époque, il entra en relations avec les avocats les plus célèbres du barreau parisien et devint l'un des chefs du parti libéral. Se lançant chaque jour davantage dans la politique militante, son autorité grandit vite au sein de la Charbonnerie à laquelle il s'était rallié en 1819. Deux ans plus tard, il était nommé membre du Comité directeur.

Contraint par le mauvais état de sa vue d'abandonner le barreau, il s'associa à un avocat pour fonder un grand établissement de consultation et de correspondance, puis il fut chargé de la direction du Recueil de Jurisprudence de Dalloz.

Il prit une part active à la Révolution de 1830. Dès les premiers jours, il était membre d'une municipalité insurrectionnelle et lançait des proclamations. Il se fit surtout remarquer en ces jours agiles par l'activité qu'il déploya en faveur de l'établissement immédiat de la République.

Les émeutiers victorieux s'étaient aussitôt divisés en deux camps, à la vérité fort inégaux. Tandis que l'immense majorité n'aspirait qu'à un changement de roi, les démocrates intransigeants exigeaient la convocation d'une Constituante élue au suffrage universel dont ils attendaient un verdict conforme à leurs préférences.

Lorsque lé duc d'Orléans fut proclamé lieutenant général du Royaume, les plus exaltés d'entre eux proposèrent de remonter sur les barricades ; ce fut Cabet qui les en détourna. Il représenta vivement les dangers d'un tel projet, faisant ressortir que les républicains n'étaient qu'une faible minorité, que leur tentative serait étouffée dans le sang et leur parti réduit pour longtemps à l'impuissance.

Cependant, ne désespérant pas du triomphe de sa cause, il multipliait les appels à l'opinion et s'adressait au duc d'Orléans lui-même. Le 1*' août, en effet, s'étant rendu au Palais-Royal, il conjura le duc d'entrer franchement dans la voie révolutionnaire, et de convoquer un Congrès national nommé

avec la mission spéciale de faire une constitution et de choisir le clief de l'Etat.

Malgré tous ces efforts, la Chambre s'attribua le pouvoir constituant et, sans consulter le Peuple,

édifia un nouveau trône. Toutefois ce fut aux libéraux avancés de la gauche dynastique que Louis- Philippe confia d'abord le gouvernement. Gabet comptait parmi eux de nombreux amis : il était surtout lié avec Dupont, de l'Eure, ministre de la justice. Celui-ci le nomma procureur général à Bastia.

Le séjour de Cabet en Corse ne devait pas être de longue durée.

La politique du gouvernement s'étant modifiée dans un sens conservateur et des élections devant avoir lieu, Cabet adressa à ses compatriotes une profession de foi républicaine qui amena sa révocation.

Il fut élu député de Dijon le 6 juillet 1831 et alla s'asseoir à l'extrême gauche de la Chambre, entre Manguin et le général Lamarque ; il s'y montra, dit un journal {La Phalange), l'organe le plus avancé de la Démocratie.

Poursuivi pour deux articles où son républicanisme s'était affirmé sous une forme particulièrement violente, il fut condamné à deux ans de prison et à l'interdiction politique pendant quatre ans. Il préféra s'expatrier.

C'est dans les loisirs de l'exil que son égaliiarisrne, jusqu'alors purement politique, devint social, qu'il adhéra à la vieille utopie communiste et qu'il composa le Voyage en Icarie. Nous reviendrons plus loin sur cette partie si intéressante de sa vie.

Il entreprit aussi pendant son séjour à Londres une Histoire Populaire de la Révolution Française, parue en 1840 : œuvre de parti, écrite avec hâte, absolument dépourvue d'intérêt.

Ce n'est qu'à son retour en France qu'il publia le Voyage en Icarie.

Dès lors, tout en continuant la lutte politique dans le Populaire de 1841, il se consacra avant tout à la création d'un parti communiste. Son influence sur les ouvriers était énorme, beaucoup plus grande que celle des chefs d'écoles socialistes dont les doctrines étaient moins clairement définies. La liste des brochures, tant politiques que sociales, qu'il fit paraître à cette époque, occuperait plusieurs pages. Quelques-unes seulement sont à lire, comme développant les idées essentielles du système : Douze lettres d'un Communiste à un Réformiste (1842). La Propagande Communiste (1842). Le Démocrate devenu Communiste (1842). VAlmanach icarien (depuis 1843).

Il consacra un volume — Le Vrai Christianisme (1847) — à une thèse qui lui était chère, d'après laquelle le Communisme ne serait que la restau-

ration du ChristiaDisme dans sa pureté primitive.

Nous verrons dans quelles conditions il partit pour rAmérique pour y tenter la réalisation de ses idées. C'était à l'époque de la Révolution de 1848, il était encore à Paris lorsqu'elle éclata ; mais, distrait par les préparatifs de son expédition, il n'y prit qu'une faible part et passa beaucoup plus inaperçu qu'en 1830.

Parti au début de l'année 1849, il ne revint en France que deux ans plus tard, pour s'y défendre contre les accusations d'escroquerie portées contre lui pendant son absence. Après avoir obtenu sans peine un acquittement, il fonda, pour combattre la politique de Louis-Napoléon, un nouveau journal qui n'eut que quelques numéros. Le Coup d'Etat étant survenu, Cabet retourna en Amérique.

Dans le chapitre que nous consacrerons à sa tentative de colonisation communiste, nous verrons comment s'y écoulèrent ses dernières années, et comment il mourut en novembre 1856, après avoir assisté à l'écroulement de son rêve.

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