CRITIQUE DE L'ORGANISATION SOCIALE EXISTANTE
Les écrivains socialistes nous présentent d'ordinaire le tableau de deux sociétés. Comme celle qu'ils condamnent a sur celle qu'ils louent le désavantage d'exister, elle ne manque pas de leur suggérer des idées critiques généralement précises et parfois profondes. Aussi peut-on dire que la critique est la partie la plus forte de leurs œuvres.
L'analyse et les citations que nous allons faire des pages critiques de Cabet, nous obligeront à reconnaître qu'il a fait exception à cette règle,
Les hommes sont naturellement égaux ; Topinion contraire provient d'une confusion entre la différence et l'inégalité. Les hommes sont différents en taille, couleur, force physique, etc.. ils ne sont pas inégaux. Plus exactement, ils le sont partiellement; l'un est vigoureux et stupide, l'autre faible et intelligent. Mais ce qu'il faut considérer, c'est la force totale d'un homme vis-à-vis d'un autre homme, et c'est là une question infiniment complexe. Une foule d'éléments divers (qualités et circonstances) entrent dans la composition de cette force. « Cette complication est telle qu'il est impossible d'apercevoir quel est le plus fort, tant que la victoire ne l'a pas montré ; et même si ces deux hommes se font la guerre sans se tuer, chacun d'eux pourra être alternativement vainqueur et vaincu (^).
Si Ton observe que plusieurs faiblesses peuvent être réunies en un même homme, nous répondrons que les faibles n'ont qu'à se réunir pour rétablir par le nombre l'égalité des forces.
Du moins c'est la Raison qui leur indique ce moyen et a comme elle est la principale arme que la Nature a donnée à l'homme pour se conduire et se
(1) Voynye en Icarie, p. 384.