ACTE PREMIER
comprends... C'est vrai, je suis fatigué, énervé, écœuré!... Pourquoi ne viens-tu pas vivre à Paris, avec moi?
MADAME CARDEVENT.
Ah! si je pouvais... Mais, sans être pauvre, nous ne sommes pas riches, tu sais bien... Et qui donc ferait valoir notre petit bien?... Sans ça, mon Pierre, il y a longtemps que je serais là! Tu ne veux pas me dire ce que tu as?
Mais, je te répète...
MADAME CARDEVEiNT.
Et moi, je te répète que tu n'es pas comme les autres fois. D'abord, les autres fuis, quand j'arrivais, tu ne m'avais pas plutôt embrassée que tu courais à mon panier, pour voir ce que je t'apportais, et même, des fois, tu ne m'embrassais qu'après... gourmand!... Tu n'es pas malade?
PIERRE
Moi! regarde-moi donc!... (n fouiUe dans le panier et en tire les
objets à mesure qu'il les nomme.) Oh! dcs gauls de laine! dos bas!... et un gilet!... Es-tu mignonne!
MADAME CARDEVENT.
Dame! tu m'as dit que l'atelier était froid l'hiver, alors je t'ai tricoté ça.
Toi-même?
MADAME CARDEVENT.
Tu sais bien que quand je ne tricote pas, les doigts me démangent et même, si tu permets?... (EUe tire un tricot de sa
poche et se met à tricoter.) Fouille donC enCOrO.
Oh! du romarin! des bruyères!... (riairant le bouquet.) Hum! ça sent chez nous.
MADAME CARDEVEM.
Encore ! encore !
PIERRE, tirant du panier un pot ilc confitures.
Du coudounal!
MADAME CARDEVENT.
Tu es content, hein?
PIERRE, r embrassant.
Je ne t'aime pas assez, tiens!
MADAME CARDEVENT.
Que si! Comment, tu n'y goûtes pas?... Quand je te dis que tu n'es pas comme d'habitude... (Regardant sur la tabie.) Eh bien, qu'est-ce queje vois là?... De l'eau! du pain! Qu'est-ce que ça veut dire?... Pierre, ce n'est pas ton déjeuner, ça?
PIERRE
Mais non! mais non!
MADAME CARDEVENT.
Bien vrai, au moins! Ah! mon enfant, je souffre déjà tant à vivre loin de toi; si, en plus, je pouvais penser que tu manques... que tu te prives...
PIERRE, mangeant.
Rudement bon le coudounal!
MADAME CARDEVENT,
Tu ne m'as pas demandé d'arsrenl cette année?.,. Pour-