ACTE DEUXIÈME
fais même vos courses. Et tout cela pour effacer des fautes dont je ne suis pas la seule coupable, après tout. Ah ! pourquoi m'avez-vous amenée ici ?
Elle pleure.
MADAME DE LAVERSÉE.
Pourquoi ? Alors, c'est moi qui suis responsable de vos torts, c'est parce que je vous ai amenée ici que vous avez été... inconséquente, pour ne pas dire plus.
Madame !
MADAME DE LAVERSÉE.
Comment, je vous prends à la pauvreté, à l'abandon, à pis encore, peut-être. Au lieu de la chambre garnie, des gants de filoselle, des leçon? à trois francs le cachet qui étaient votre lot, je vous installe dans un milieu d'hommes intelligents, d'artistes célèbres; vous profitez de mon luxe, vous partagez mes plaisirs, je vous gâte à ce point que vous êtes chez moi plus maîtresse que moi-même... Et voilà votre reconnaissance! Eh! que pouvais-je faire de plus? dites! Pour être une jeune fille comme les autres, que vous a-t-il manqué ?
VALENTINE
Une mère.
MADAME DE LAVERSÉE.
Ah ! je n'étais pas d'âge à vous en servir.
VALENTINE
Il ne fallait pas me gâter, madame, il fallait m'aimer, il ne fallait pas commencer par faire de moi la maîtresse de la maison, puisque je devais finir par en être la servante.
MADAME DE LAVEKSÉE
Et VOUS, mademoiselle, il ne fallait pas être aussi effrontément orgueilleuse et coquette, il fallait garder dans ce monde où je vous introduisais, le sentiment vrai de votre situation, il fallait...
Mais je n'étais qu'une pensionnaire, madame, quand vous m'introduisiez dans ce monde d'hommes intelligents, d'artistes célèbres, je veux bien, mais hardis, familiers, libres d'allures et de langage. Quelles leçons pouvais -je en attendre? Quels conseils? Quels exemples?
MADAME DE LAVEKSÉE.
Comment ! quels exemples ?
VALENTINE
Pourquoi se seraient-ils gênés avec moi, Louiso-Valcntine, la protégée anonyme de votre oncle le ministre ?Qu'êtais-je pour eux, moi? une curiosité de plus dans votre salon, un bibelot de votre charité, une sorte de camarade, une gamine, parfois môme un gamin quand vous m'habilliez en garçon. Mais souvenez-vous donc? On m'appelait Titinc, la gosse et quand on croyait que je n'écoutais pas, Valentine, ou l'enfant du ministère ! Ah ! je l'ai ntendu ! On me faisait boire du Champagne, fumer dans les coins, on me poussait aux extravagances et on y applaudissait, vous la première! Oh! tout cela sans mécl.uiceté, pour s'amuser, pour m'amuser aussi peut-être. Oui, mais, et le sentiment vrai de ma situation, qu'est-ce qu'il pourrait bi(m devenir dans tout cela? Et d'ailleurs ma situation! Quelle situation? Qu'étais-je poui- vous? Que suis-je chez vous? votre enfant d'adoption? votre amie? votre domestique? quoi?