ACTE QUATRIÈME
le regrette. Si Dieu vous appelle à lui, c’est apparemment en expiation de vos fautes. v
HILDA
De mes fautes?...
JOËL
Excusez-moi, c’est le pieux langage qu’on doit tenir aux recluses, je fais ce qu’on me dit pour gagner le pain qu’on me donne. Ce pain je ne l’aurai plus demain peut-être, car je ne suis que le remplaçant au maitre en pharmacie qui est malade... s’il allait se rétablir I...
HILDA, le regardant.
En effet 1 je ne vous ai pas encore vu depuis trois mois que je suis enfermée ici... et pourtant un vague souvenir... le son de votre voix... oui, je vous ai vu déjà... cette figure sinistre m’apparait dans le passé à travers un nuage.
JOËL
Je ne puis comprendre...
HILDA
Il y a un an, vous étiez en Allemagne.
JOËL
En Allemagne?...
„ HILDA
Au village d'GEttingen;... vous y sauviez la vie à un blessé.
JOËL
Un blessé!...
HILDA
Vous étiez médecin, alors...
JOËL
Médecin?... Oui... oui, pour mon malheur, j’aspirais à la réputation, à la fortune, à la gloire. Chimères!... visions!... voilà où j’en suis réduit. La déception, la misère, le déses-
f ioirl... Bientôt peut-être la folie... (Riant d’an rire sinistre.) Ah ! es hommes sont bien ingrats!...
HILDA
Yous ne me reconnaissez pas?
JOËL
Nonl
Sou venez- vous?
JOËL
Je ne veux pas me souvenir.
HILDA
Pourquoi ?...
JOËL
Parce que je mourrais. J’ai voulu lutler contre l’ignorance, contre la routine, j’ai été vaincu; le corps et l'àme ont été écrasés, j’ai dû laisser là mes projets pour vivre du labeur de mes mains; car j’ai une femme et deux beaux enfants à nourrir. Tout cela meurt de faim, quand mon travail n’a pu gagner le pain du jour.
HILDA
Oh I je vous plains!...
JOËL
Et le travail chôme souvent, quoique je ne refuse rien. Je sers les malades, je creuse les fosses au cimetière pour ceux
3 ue ma science aurait pu sauver peut-être. Ainsi le veut ma estinée. — Oh 1 si je pouvais retourner dans mes montagnes de Bohême I...
Qui vous en empêche?...
JOËL
La pauvreté! On ne peut pas aller mourir où l’on veut.
HILDA
Je ne suis donc pas seule à souffrir.
JOËL, tirant de sa botte on petit verre et on flacon.
Ne parlons plus do cela... Voilà un petit flacon dont deux gouttes dans un peu d’eau vous calmeront, deux gouttes seulement, car c’est un poison violent.
HILDA, te tournant brusquement.
Un poison?...
JOËL
La nature ést bizarre, n’est-ce pas ?... La santé ou la mort, selon le caprice du médecin.
HILDA
Quand je serai sortie d’ici, je ne veux plus que vous manquiez de pain...
JQEL.
Quand vous serez sortie?...