‹ CadetteChapitre 15 sur 45 · TREIZIÈME ENVELOPPE · texte numérisé non relu

TREIZIÈME ENVELOPPE

Mon Dieu, quelle nouvelle ! Quelle nouvelle, mon Dieu I Ah ! grand'mère, comment avez-vous pu garder si longtemps ce cher secret !

J'ai une sœur.

Voyons, c'est bien vrai?On le dit, on Técril; donc, c'est vrai.

Je n'oublierai jamais l'impression que j'ai ressentie hier. Je revenais de chez les Préauloup horriblement triste. Nos compositions étaient finies, et j'apprenais par madame de Préauloup que, grâce à l'ingérence de madame Mimi, je retournais après Pâques chez madame Gilles. Mon agréable existence d'écolière allait finir.

Pour me consoler, madame de Préauloup m'avait confié que l'année prochaine René et Guillaume seraient très probablement obligés d'aller suivre des cours particuliers dans des écoles spéciales, et que Geneviève m'accompagnerait chez ynadame

Gilles. Mais je ne me préoccupe jamais de Tannée prochaine. G*esttrèsloin. Je ne voyais qu*une chose, la perspective de m*ennuyer quatre heures par jour cet été. J'arrive donc tout attristée au Pavillon. Dans la cour je rencontre le facteur et son petit compagnon, un barbet tout crotté, mais très intelligent, qui me connaît et qui me fait toujours mille caresses .

Au lieu de monter chez .grand'mère, je me dirige vers ma chambre ; mais j'entends Mathurine qui m'appelle. Je reviens sur mes pas, j'entre chei grand'mère ; je la vois assise à son petit bureau de Boule, une lettre à la main et Mathurine rouge et animée, les poings sur les hanches, ayant l'air d'écouter des nouvelles.

« Germaine, dit grand'mère, qui a de gros plis sur le front, je t'ai caché la vérité le plus longtemps possible ; mais enfin il faut bien que tu apprennes l'événement. Tu as une petite sœur.

— Une petite sœur! une. ..quoi. ..Une petite sœur. Ah I répétez cela, grand'mère ! »

Non, jamais je n'avais senti mon cœur battre si fort qu'en ce moment-là. Si j'avais désiré une chose au monde, c'était celle qui m'était annoncée. Ricu que d'entendre dire de moi : « C'est une fille unique, >; me causait une impression d'ennui. Et je ne l'étais plus, comme cela, du jour au lendemain. Était-ce possible?

Je rencontre le facteur.

Grand'mère m'a passéun billet, que j'ai lu avec des larmes plein les yeux. Monsieur papa m'écri-I vait bien affectueusement, me disait que la mère et' Tenfant se portaient bien, et ajoutait que j'étais choisie pour marraine.

« Oh I grand'mère, quel bonheur I » me suis-je écriée quand j'ai eu recouvré la parole.

M athurine s'est mise à rire.

<( Là! Madame, qu'est-ce que je vous disais 1 Germaine a trop bon cœur pour ne pas se réjouir de voir sa famille s'agrandir.

— Tu t'en réjouis vraiment, Germaine?

— De tout mon cœur, grand'mère. »

Grand'mère a hoché la tête en grommelant.

« Vous voilà sœur aînée, a ditMathurine qui s'amusait de nous écouter.

— Consens-tu à être marraine? a demandé grand'mère d'un ton sec.

— Oui, oh I oui. Quand sera le baptême ? '

— Ceci dépendra de la saison, de mes affaires. Comme je n'ai jamais rien promis à ce sujet, il a été entendu qu'on ondoierait l'enfant.

— Faudra- t-il que je sois là ?

— Non, il n'y aura pas du tout besoin de toi, tu ne serais maintenant qu'un embarras pour ta mère et pour monsieur son mari, qui ont bien assez à s'occuper de cette cadette. »

Je ne pouvais m'expliquer l'air de dédain de ma

grand'mère, mais j*eii étais bien affligée. Mathurine, qui m'a suivie dans ma chambre, m*a donné quelques explications. Je ne suis plus fille unique : ma petite sœur partagera avec moi la fortune de ma mère.

« Eh bien ! tant mieux 1 Mathurine. Je ne voudrais pas être riche et avoir une petite sœur pauvre.

— Vous êtes un bon cœur, Germaine ; mais dans le monde on regarde beaucoup à la grosse fortune. Et pour dire vrai, quand les sœurs aînées ont votre âge, elles font la grimace aux cadettes.

— Eh bien! Mathurine, je ne serai pas de ces personnes-là. Je Taimerai, ma petite Cadette, je l'aime déjà sans l'avoir vue, je voudrais être auprès d'elle, et j'aurai bien du chagrin si grand'mère remet le baptême aux vacances.

— Elle le remettrait plus loin si elle pouvait : madame, à son âge, n'a plus d'intérêt aux pouponneries.

— Est-ce qu'elle peut le remettre à plus tard encore, Mathurine?

— Je ne sais pas ; mais vous connaissez bien madame pour une vraie chrétienne. Elle est un peu en humeur maintenant, et elle remet la cérémonie au plus loin. Mais il s'agit d'une chose de religion, et elle ne voudra pas laisser trop longtemps cette innocente sans baptême. Elle espérait que vous auriez refusé. Ce voyage l'ennuie bien.

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— Mais puisque c'est moi qui suis marraine, elle pourrait m'envoyer avec vous à Paris.

— Ge maine tous ne conna ssez pas madame Slle s éta t rés gnée à grand pe ne à aous la sser

-quitter Péran ma s comme elle d sa t 1 enfant est h la mère A présent que madame votre ma man vous a laissée au Pav lion elle n entend pas

q le U ez mèmepo r cette pet le ade e c[ui ne lui est rien du tout, à elle. Et puis, s'il faut tout vous dire, on n'a pas l'air de vous désirer tant que ça, et ce poupon-là a pris votre place, si bien que, si vous allez pour le baptême, madame sera obligée de coucher à l'hôtel.

— J'aurai toujours ma place chez maman, ai-je dit, le cœur gros.

— Oui, oui ; mais on s'est tout de même habitué à se passer de vous. »

Je n'ai rien répondu, je n'avais rien à répondre.

C'est bien moi qui ai voulu venir à Péran ; c*est bien moi qui ai voulu demeurer avec ma grand'mère.

Enfin, ma petite sœur me verra toujours de loin en loin, puisqu'il est convenu que j'irai une fois par an visiter maman. Je serai si bonne pour elle pendant ce séjour, je m'en occuperai tant, qu'elle ne manquera pas de m'aimer I

J'ai écrit une longue lettre à maman, une autre à monsieur papa, et une troisième à Cadette.... dans mon journal ; la voici :

« Ma chère petite sœur,

(( J'apprends ta naissance et je veux te dire que je t'aime déjà beaucoup. J'ai été longtemps bien triste de ce nom de fille unique qu*on me donnait; j*enviais les personnes de mon âge qui avaient des frères et des sœurs. Tu as bien fait de naître pour la consolation et le bonheur de ta sœur Germaine.

« En plus que ta sœur, je serai ta marraine, mon bijou. Ceci m'obligera à être bien sage et à te donner le bon exemple en tout. J'ai bien envie de t' embrasser. Peut-être me ressembles-tu ? Je vais me mettre à l'ouvrage et te broder un beau petit

béguin que je nouerai moi-même sous ton menton le jour de ton baptême. A bientôt, petite chérie ; petit ange, à bientôt I

« Ta soBur très heureuse, a Gerhainb. »

« P. S. Comme toutes les petites filles, tu aimeras àjoueràla poupée sans doulc. Je vais donc lo

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