‹ CadetteChapitre 20 sur 45 · DIX-SEPTIÈME ENVELOPPE · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME ENVELOPPE

Je suis bien fatiguée; mais il a été très beau ce baptême. Un peu avant dix heures, est arrivé celui qu'àPéran on appellerait « mon compère ».

C'est un grand et gros monsieur qui a les yeux bleu-porcelaine, des joues rouges, des favoris rou« ges et des cheveux rouges. Il parlerait bien le français, s*il ne changeait sans cesse les genres; il dit: « la baptême et le petite fille. » Du reste, il parle très peu ; mais il a Tair content, et il a fait de beaux cadeaux.

Cadette avait une toilette exquise ; tout le monde s'était ruiné pour la faire belle, elle était jolie à croquer et de très bonne humeur aussi. Ce qui l'intéressait, c'étaient les immenses rubans rouges du bonnet de cérémonie de sa nounou. Elle tournait sans cesse sa petite tête pour les regarder flotter*

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Elle me parait d*une intelligence remarquable. Ce n*est pas une illusion, elle m'a prise en affection; quand je parais, elle agite ses petits bras et gazouille éperdument.

Mais l'heure sonne, grand'mère fait son entrée ; M. Tom lui est présenté. Je la trouve sérieuse.

D'autres personnes de la famille arrivent; nous descendons, nous montons en voiture et nous nous dirigeons vers l'église Saint-François-Xavier, notre paroisse.

Au bas du péristyle, M. Tom m'offre le bras et nous entrons aux sons de l'orgue. Je fais tout un effort de mémoire pour me réciter à moi-môme et couramment le Credo^ la belle prière que je vais dire au nom de ma filleule. J'étais, d'ailleurs, très émue ; j'ai suivi la cérémonie avec toute l'attention possible, et je trouvais mon rôle très auguste pour une petite fille. Cadette a gazouillé comme un oiseau tout le temps, et j'ai récité le Credo sans hésitation. Le bon Anglais, très rouge, murmurait entre ses longues dents, et se rattrapait à mes propres paroles. Maman pleurait dans son mouchoir. Pauvre maman ! elle a eu presque une faiblesse, au sortir des fonts baptismaux. J'ai été obligée de suivre M. Tom, qui allait signer sur les registres, et, quand je suis revenue, maman avait quitté l'église.

Je l'ai retrouvée à la maison, toujours émue, mais beaucoup mieux portante.

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Elle tenait Cadette, baptisée, sur ses genoux.

« Embrasse ta filleule ! » m'a-t-elle dit.

Et,in*einbrassantmoi-mème,elleaajoutétoutbas.

« Tu seras presque une petite maman pour elle, Germaine, n'est-ce pas ? »

J*ai répondu oui de tout mon cœur, et j'ai emporté ma filleule qui commençait à mettre son beau bonnet de travers et à mordre dans sa riche bavette de dentelle.

Le soir, il y a eu un grand dîner.

J'étais dans les honneurs, avec mon compère, M. Tom. A la fin du dîner, il ne parlait plus du tout; il avait pris un air très grave et il devenait de plus en plus rouge. Chaque fois qu'il vidait son verre, il souriait, et semblait extrêmement content. Il s'est mis tout à coup à parler anglais avec monsieur papa, qui le regardait singulièrement; puis il m'a parlé, i\ moi, une langue inconnue, faite de mots français et de mots anglais.

Quand nous avons quitté la table, il se tenait très raide et il marchait d'un pas saccadé.

Nous nous sommes séparés à la porto du salon, et, quand j'y suis revenue, après avoir embrassé Cadette, il avait disparu.

La soirée ne s'est pas prolongée tard. On aurait dit une soirée à Péran.

Grand'mère a fait son Tvhist, et est partie de Lonne heure avec Mathurinc.

Je I tti pnse^daati mes bras

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