‹ CadetteChapitre 23 sur 45 · DIX-NEUVIEME ENVELOPPE · texte numérisé non relu

DIX-NEUVIEME ENVELOPPE

Nous robinsonnons sur toute la ligne, et cependant René et Guillaume ne partiront pas encore.

Tous les grands parents sont absorbés par la politique, et nous avons pris notre volée.

Nous habitons la forêt. Chacun de nous s*amuse à sa manière. René et Guillaume tendent des pièges, chassent et pèchent, moi et Geneviève faisons des lessives, préparons les repas, dressons des petits autels, instruisons les animaux. Barbiche se tient debout et fait le mort, à mon injonction ; Trotte- menu met un genou en terre et saisit avec ses dents le mouchoir suspendu aux branches ; nous avons un corbeau qui dit « Morbleu » très bien et qui loge à la Roche-aux-Nids. Ces jeux et ces travaux nous font oublier nos préoccupations pénibles, et nous regrettons, mais là bien sincèrement, de n'être pas nés bûcherons, sabotiers ou bergers. Guillaume aurait été un fameux saltimbanque. Il

Nous faisoDs des lessives

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grimpe comme un chat aux plus grands arbres» il fait des tours étranges sur les trapèzes de la forêt, avec cela il est ventriloque et nous fait parfois des peurs effroyables. René est aussi bien souple et bien hardi, mais il fait toujours des vers, ce qui lui donne des distractions. Plusieurs fois, notre cuisine faite, nous avons été le chercher et je Tai bien vu crayonner sur ses genoux dans les arbres. Du reste, je n'ai rien à dire, puisque je continue à écrire fidèlement mon journal. Je ne fais pas d'autre devoir que celui-là et il n'a jamais de corrigé. J'aurais bien voulu écrire dans notre maison rustique de la Roche-aux-Nids. Il y a là une planchette qui m'aurait été un bureau commode, niais Geneviève n'aurait pas manqué de venir lire ce que j'aurais écrit, par-dessus mon épaule, et René et Guillaume se seraient peut-être amusés de ce qu'ils auraient lu sous mon enveloppe.

J'attends le soir, prudemment.

Avant de faire ma prière, je m'assieds à mon bureau et j'écris le pressé, l'important. Gela me coûte beaucoup maintenant que je vis comme une petite sabotière, j'ai une terrible envie de dormir et je trouve que ma main devient calleuse. Aussi j'écris très court et je remets toujours au lendemain pour raconter les détails. Et le lendemain j'ai la même envie de dormir et mes doigts sont de plus en plus raides.

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