VINGT-SIXIÈME ENVELOPPE
Cet appartement, trop petit il y a huit jours, est tellement grand maintenant, tellement vide surtout, que j'ai des moments de terreur le soir.
Hélas ! tout ce qui s*est passé n'est-il pas bien écrasant pour moi !
Un soir je laisse ma chère maman tout cnliôre à ses projets de voyage. Je m'endors Tesprit occupé des plus riantes pensées. Au milieu de la nuit, des cris me réveillent en sursaut, j'entends mon nom comme dans un rêve. J'ouvre les yeux, j'écoute. Ce n'est pas un cauchemar. La bonne de Cadette crie en me secouant :
« Mademoiselle, venez vite. »
Je me lève, je mets à la hâte quelques vêlements et je cours chez maman.
Je vois, comme à travers un nuage, le médecin, un prêtre, je sens mon cœur défaillir, mes yeux se ferment, mais une voix me dit :
\ (r Mon enfant, raidissez-vous contre Témotion et allez Tembrasser une dernière fois. »
Je prends le bras qui m^est offert, celui du vieux prêtre, et je vais tomber à genoux auprès du lit de maman qui est blanche et si immobile que je jette un grand cri, la croyant morte.
A ce cri elle ouvre les yeux.
« C'est toi, Germaine ? »
Sa voix n'est plus la môme, ejle est très basse et très profonde.
Je sanglote : C'est moi, maman.
— J'ai attendu... le médecin espérait jusqu'à demain.., mais non. Apporte-moi Blanche. »
Je me relève, je cours au berceau de Cadette, jô remporte dans ses couvertures, et je reviens, et je m'agenouille avec elle près du lit de ma pauvre maman.
Elle nous a regardées tour à tour de ses grands yeux très clairs, sans larmes; puis sa main, sa main glacée, s'est posée d'abord sur ma tète ; puis sur celle de l'enfant endormi.
« J'accepte, Seigneur, j'accepte, a*t-elle mur* muré. »
Puis elle a fait un signe, j'ai donné Blanche à sa bonne et j'ai noué mes deux bras autour du cou de ma chère maman.
« Ma fille ! ma petite Germaine I
— Maman.
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ASTOR, LEUOX i TILDEN FOUN©ATIONa
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— Dieu me rappelle, je prierai pour toi au ciel. » Je sanglotais.
« Cette pauvre petite I toi seule Taimes.
— Je Taime beaucoup, maman.
— Remplace-moi près d'elle.
— Oui, maman, je vous le jure.
— J'étouffe, laisse-moi respirer. »
Je me suis redressée ; puis je suis retombée à genoux. Une heure plus tard, je me retrouvais sur mon lit où Ton m'avait portée évanouie.
Et voilà comment il ne faut qu'un moment pour qu'on se retrouve tout à coup privée de sa mère, tout à fait orpheline.
Maintenant ce qui se passe m'intéresse peu. Je vois toutes sortes de gens, je suis convoquée chez des messieurs qui me lisent des papiers. J'y rencontre le parrain de Cadette, M. Tom Broadway, qui est, il paraît, son tuteur. Le mien habite Lyon et ne s'occupe pas de moi. J'attends grand'mère, elle a été malade; mais elle m'écrivait tous les jours depuis la mort de maman et elle vient me chercher. Oh ! j'ai bien envie de quitter Paris, cet appartement I Mais où ira Cadette ? Mon tuteur n'est pas son tuteur, ma grand'mère n'est pas sa grand'mère. Qu'importe, elle est ma sœur et j'ai promis à maman de m'en occuper toujours. Je tiendrai ma parole. A seize ans, on sait ce qu'on promet, on sait à quoi on s'engage. La pauvre petite, comme
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si elle se doutait de quelque chose, est plus affectueuse que jamais.
Mon Dieu 1 je tremble de penser que, si je n'étais pas là, elle serait abandonnée aux mains des domestiques. Elle me donne de bien mauvais rêves. A peine endormie, je me figure qu'on remporte, je vois M. Tom avec ses favoris rouges, qui traîne le berceau par la chambre, et je me réveille en pieu- ]
rant.
Demain je ferai mettre le cher petit berceau dans la ruelle de mon lit, et, rien qu'en tendant la main, je m'assurerai queCadctte ne m'a pas quittée.