ASTOR, LE«NOX
TILDEN FOUNBATrONS
— Ma petite-fille, je suis pour les principes. Un enfant n*a rien à exiger de sa mère.
— Mais si maman m'avait commandé de lui demander quelque chose aujourd'hui, pour mes quinze ans?
— C'est différent.
— Elle me l'a commandé.
— Ah ! que comptez- vous lui demander,6ermaine ?
— Je cherchais, grand'mère ; mais j'ai trouvé maintenant. Je lui demanderai de m'envoyer en pension.
— Germaine !
— En pension,., chez vous, à Péran. »
Grand'mère sourit.
« Vous êtes une petite fille avisée, Germaine. Faites cela. Si vous ne réussissez pas, je parlerai à mon tour ; mais voyez-vous, il vaudrait mieux que je ne parlasse pas. Entre votre mère et moi, depuis son nouveau mariage, il n'y a plus qu*un fil. Un refus le ferait casser, et ce serait fini entre nous, à jamais.
— Mais pas entre moi et vous, grand'mère ?
— N'avez-vous pas appris votre catéchisme, Germaine ? Bien (Tautrui tu ne prendras. L'enfant appartient à sa mère.
— Et un peu aussi à sa grand'mère, je pense.
— Oui, oui, s'il était là, lui I »
Et sur ce mot grand'mère a levé les yeux au ciel :
puis les a fermés comme pour dormir, et je me suis mise à griffonner notre conversation en recomman-' dant bien à ma plume de ne pas grincer trop fort sur le papier.
Heureuse grand*mère, qui sait faire comme cela des petits sommes en plein jour ! Ce n*est pas moi qui dormirais après un semblable entretien.
Mon cœur bat si vite, à la pensée du cadeau étrange que je vais demander à ma pauvre maman f Jamais petite fille n'en a demandé de pareil, je crois. Si elle était seule, si elle restait à Paris, je ne consentirais pas à la quitter. Mais puisqu'elle va en Ecosse avec monsieur papa, qui est très attentif pour elle, je peux bien, moi, aller voir mon vieux Péran et ma belle forêt. Mathurine m'a dit que mes petits camarades m'attendaient, que tout le monde me réclamait. Un peu plus elle ferait parler en mon honneur le vieux chien, le vieux cheval, le vieux carrosse, les lièvres et les arbres de la forêt.
Ah I la forêt ! les grandes clairières I les sources I les nids d'oiseaux !
Que dira maman quand je lui demanderai un voyage, au lieu d'un bijou qu'elle compte me donner sans doute? Et si elle refuse, et si ma grand'mère se fâche ? Elle a déjà tant envie de se fâcher pour de bon ?
Alors, je perdrai ma grand'mère. Cette crainte me donne froid dans le cœur.
Mon bon ange, êtes-vous par là? Glissez-moi donc au cœur une bonne inspiration. Il est dur pour une petite fille d'être mêlée à des choses incompréhensibles, c'est terrible de sentir qu'il n'y a plus qu'un fil entre ceux qu'on aime. Car je les aime tous, j'aime tout le monde, moi ! Et il n'y a plus qu'un fil ! gi and'mère l'a dit.
Mon Dieu, mon Dieu, faites qu'il ne se casse pas entre mes doigts, ce pauvre petit fil d'amour si fin, si fin qu'on ne le voit presque plus.
i6 CADETTE.
grand'mère, qui ne perd jamais de vue le décorum, lui a donné sur le dos un bon coup de son ombrelle, et elle m'a lâchée.
J'ai monté Tescalier en donnant le bras à ma grand'mère. A chaque marche, je voyais son visage perdre l'expression heureuse qui m'avait accueillie. A la porte qui s'est ouverte devant maman et monsieur papa, elle avait repris sa figure paisible et un peu glacée. Elle a serré la main à maman du bout du doigta et a fait une profonde révérence à monsieur papa, qui lui a offert le bras pour la conduire à son appartement.
Le déjeuner s'est très bien passé ; mais la conversation qui s'est engagée au dessert a donné à ma grand'mère sa physionomie de neige. Maman s*en est aperçue et a voulu changer le sujet; mais monsieur papa parlait de TÉcosse où ils vont aller tous les deux, et il ne voyait même pas les signes de maman.
Moi je trouve tout simple qu'il aille voir sa sœur à Dundee ; évidemment grand'mère n'est pas de mon avis.
Après le déjeuner, elle a demandé la permission de se retirer pour se reposer, et elle est venue faire sa sieste dans ma chambre, et là nous avons parlé de nos petites affaires. Elle n'est pas contente ; elle blâme ce voyage qui m'oblige à retourner en pension. EII(^ me trouve grandie, maigrie,
pâlie. Mathiirine est venue ajouter i ses craintes.
Mathurine était très mécontente de la cuisine. La femmede chambre de Madame l'avait traitée comme un chien.
C'est étonnant comme Mathurine est orgueilleuse,
Gruid'iiièrQ m repose.
elle exige plus d'égards que ma grand'mëre ellem6me.
Elle a dit que je n'avais plus que la peau sur les os, et elle a dit que personne ne s'occupait de ma santé, elle en a tant dit que ma grand'mëre en csl arrivée à me t&ter le pouls et à examiner gravement ma langue. Elle m'a trouvé de !a fièvre.
« Grand'mëre, c'est le plaisir de mus revoir.
— Non, les émotions agitent les nerfs, mais n'ont pas d'action sur le cours du sang. »
Et elle a ajouté :
« Ma petite-fille, il faut revenir à Péran.
— Grand'mère, tout de suite.
— Puisque votre mère et monsieur son mari voyagent, il serait tout simple que vous vinssiez chez moi.
— Tout simple, grand'mère.
— Vous êtes si avancée dans vos études, ce sont vos parents eux-mêmes qui le disent, qu'une année de pension en plus est parfaitement inutile. .
— Absolument inutile.
— Il y a des professeurs de musique à Péran.
— Oui, il y en a.
— La santé est le premier des biens.
— Oui, grand'mère, oh I oui. »
Elle appuya son menton sur sa main.
« Gomment leur demanderai-je cela? dit-elle.
— N'importe comment, grand'mère.
— Si, car je ne supporterais pas un refus. Il y va de ma dignité. J'ai déjà fait tant et de si douloureux sacrifices I Chez moi j'aurais fêté avec bonheur vos quinze ans, ma petite-fille. Ici, j'ai le cœur navre. Est-il bien possible que je demande comme une grâce qu'on laisse venir chez moi la fille de mon tilsl
<— Mais, grand'mère, si je le demandais, moi?
gravement ma langue
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ASTOR, LENOX î
TILDEN FOUNBATrONS
— Ma petite-fille, je suis pour les principes. Un enfant n*a rien à exiger de sa mère.
— Mais si maman m*ayait commandé de lui demander quelque chose aujourd'hui, pour mes quinze ans?
— C'est différent.
— Elle me Ta commandé.
— Ah ! que comptez-vous lui demander,6ermaine ?
— Je cherchais, grand'mère ; mais j*ai trouvé maintenant. Je lui demanderai de m'envoyer en pension.
— Germaine !
— En pension,., chez vous, à Péran. »
Grand'mère sourit.
« Vous êtes une petite fille avisée, Germaine. Faites cela. Si vous ne réussissez pas, je parlerai à mon tour ; mais voyez-vous, il vaudrait mieux que je ne parlasse pas. Entre votre mère et moi, depuis son nouveau mariage, il n*y a plus qu'un fil. Un refus le ferait casser, et ce serait fini entre nous, à jamais.
— Mais pas entre moi et vous, grand'mère ?
— N'avez-vous pas appris votre catéchisme, Germaine ? Bien (Tautrut tu ne prendras. L'enfant appartient à sa mère.
— Et un peu aussi à sa grand'mère, je pense.
— Oui, oui, s'il était là, lui I »
Et sur ce mot grand'mère a levé les yeux au ciel :
grand'mère, qui ne perd jamais de vue le décorum, lui a donné sur le dos un bon coup de son ombrelle, et elle m'a lâchée.
J'ai monté Tescalier en donnant le bras à ma grand'mère. A chaque marche, je voyais son visage perdre l'expression heureuse qui m'avait accueillie. A la porte qui s'est ouverte devant maman et monsieur papa, elle avait repris sa figure paisible et un peu glacée. Elle a serré la main à maman du bout du doigta et a fait une profonde révérence à monsieur papa, qui lui a offert le bras pour la conduire à son appartement.
Le déjeuner s'est très bien passé ; mais la convei-sation qui s'est engagée au dessert a donné à ma grand'mère sa physionomie de neige. Maman s'en est aperçue et a voulu changer le sujet; mais monsieur papa parlait de l'Ecosse où ils vont aller tous les deux, et il ne voyait môme pas les signes de maman.
Moi je trouve tout simple qu'il aille voir sa sœur à Dundee ; évidemment grand'mère n'est pas de mon avis.
Après le déjeuner, elle a demandé la permission de se retirer pour se reposer, et elle est venue faire sa sieste dans ma chambre, et là nous avons parlé de nos petites affaires. Elle n'est pas contente ; elle blâme ce voyage qui m'oblige à retourner en pension. Elle me trouve grandie, maigrie,
CAOETTB. 19
pâlie. Mathurine est venue ajouter à ses craintes.
Mathurine était très mécontente de la cuisine. La femmede chambre de Madame l'avait traitéecomme un chien.
C'est étonnant comme Mathurine est orgueilleuse,
Gruid'iiièro le reiiotu.
elle exige plus d'égards que ma grand'mëre ellemême.
Elle a dit que je n'avais plus que la peau sur les os, et elle a dit que personne ne s'occupait du ma santé, elle en a tant dit que ma grand'mëre en est arrivée à me literie pouls et à examiner gravement ma langue. Elle m'a trouvé de la fièvre,
« Grand'mère, c'est le plaisir de vous revoir.
— Non, les émotions agitent les nerfs, mais ii*ont pas d'action sur le cours du sang. »
Et elle a ajouté :
(( Ma petite-fille, il faut revenir à Péran.
— Grand'mère, tout de suite.
— Puisque votre mère et monsieur son mari voyagent, il serait tout simple que vous vinssiez chez
moi.
— Tout simple, grand'mère.
— Vous êtes si avancée dans vos études, ce sont vos parents eux-mêmes qui le disent, qu'une année de pension en plus est parfaitement inutile. .
— Absolument inutile.
— Il y a des professeurs de musique à Péran.
— Oui, il y en a.
— La santé est le premier des biens.
— Oui, grand'mère, oh ! oui. »
Elle appuya son menton sur sa main.
« Comment leur demanderai-je cela? dit-elle.
— N'importe comment, grand'mère.
— Si, car je ne supporterais pas un refus. Il y va de ma dignité. J'ai déjà fait tant et de si douloureux sacrifices I Chez moi j'aurais fêté avec bonheur vos quinze ans, ma petite-fille. Ici, j'ai le cœur navre. Est-il bien possible que je demande comme une grâce qu'on laisse venir chez moi la fille de mon 111s!
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ASTOR, LENOX t
TILDEN FOUNBATXONS
— Ma petite-fille, je suis pour les principes. Un enfant n'a rien à exiger de sa mère.
— Mais si maman m'avait commandé de lui demander quelque chose aujourd'hui, pour mes quinze ans?
— C'est différent.
^ Elle me l'a commandé.
— Ah ! que comptez- vous lui demander,Germaine ?
— Je cherchais, grand'mère ; mais j'ai trouvé maintenant. Je lui demanderai de m'envoyer en pension.
— Germaine !
— En pension,., chez vous, à Péran. »
Grand'mère sourit.
« Vous êtes une petite fille avisée, Germaine. Faites cela. Si vous ne réussissez pas, je parlerai à mon tour ; mais voyez-vous, il vaudrait mieux que je ne parlasse pas. Entre votre mère et moi, depuis son nouveau mariage, il n'y a plus qu'un fil. Un refus le ferait casser, et ce serait fini entre nous, à jamais.
— Mais pas entre moi et vous, grand'mère ?
— N'avez- vous pas appris votre catéchisme, Germaine ? Bien cTautrtn tu ne prendras. L'enfant appartient à sa mère.
— Et un peu aussi à sa grand'mère, je pense.
— Oui, oui, s'il était là, lui I »
Et sur ce mot grand'mère a levé les yeux au ciel ;
— Mademoiselle, vous rappelez-vous le vieil éclopé qui mendie sous la muraille des carmélites ?
— Oui, très bien.
— Pas plus tard qu'hier, il m'a demandé si la petite demoiselle n'allait pas bientôt revenir.
— Cela me fait bien plaisir, Joseph. Mais pour les bêtes, c'est plus étonnant.
— Je ne dis pas non ; mais il est sûr que Barbiche et Mitaine relèvent le museau et remuent la queue quand on dit votre nom un peu fort. C'est notre amusement à Mathurine et à moi de faire cette expérience. »
Ma conversation avec Joseph finit là. Grand'mère arrivait avec Mathurine et les colis.
Joseph descendit de son siège pour installer au dehors de la voiture ce qui ne pouvait pas entrer au dedans.
Il me donna la garde du vieux Moustapha, ce que je fis en caressant sa longue crinière.
Il n'y avait pas à craindre qu'il s'emportât; mais ma grand'mère, qui l'a connu fougueux, recommande toujours par habitude de ne pas le livrer à lui-même.
Nos colis rangés, logés, attachés dedans, dehors, à Tarrière, Joseph remonta sur le siège, et Mathurine demanda comme une grâce de monter auprès de lui. a Le sang lui bouillait dans la tête, disaitelle, il lui fallait le grand air. »
Grand'mère lui permit de la quitter, et elle se logea auprès de Joseph au milieu d'un tas de boîtes et de cartons, tandis que grand'mèrc et moi nous nous installions bien à notre aise dans rintérleur.
Clic, clac, clic, clac I
Je reconnaissais les beaux claquements du fouet de Joseph !
C'était toute une musique qui rappelait son ancien métier de postillon.
Aux premières notes, Moustapha faisait mine de s'élancer ; puis il reprenait le trot lent et doux qui plaît tant à grand'mère.
« N'es-tu pas contente de ne plus être secouée dans ces machines qui roulent sur des rails ? me demanda grand'mère.
— Grand'mère, je suis contente de tout. Contente d'être dans votre voiture, contente d'être traînée par votre cheval, contente d'être conduite par Joseph, contente de m'en aller voir Péran, contente surtout d'être avec vous. »
Et je l'embrassai, car mon cœur se fondait de reconnaissance envers elle.
Elle me fit une petite caresse, et ce fut tout. Grand'mère n'est pas tendre pour une grand'mère, et grand'mère n'aime pas tous les enfants comme moi. Elle m'aime parce je suis sa petite-fille.
Il faut dire aussi qu'elle était bien fatiguée, car elle disait sans cesse :
« Eh bien, nous n'arriverons donc pas I »
Nous sommes arrivés... au clair de lune. C'est au clair de lune que j'ai revu le clocher de Péran, la forêt de Péran, la maison au grand pavillon qui est à mes yeux la plus charmante maison du monde.
Cette église, cette forêt, cette maison, me paraissaient doublement belles sous la jolie lumière de la lune, qui est si douce, si douce.
Dans la cour du pavillon, grand remue-ménage. La cousine de Mathurine, qui Ta remplacée à la cuisine pendant son absence, la nièce de Mathurine . qui est devenue la femme de chambre de grand'mère, un petit garçon de la parenté de Mathurine et qui est Taide de Joseph, entouraient la voiture. Le chien jappait et le chat passait comme une ombre entre nos jambes.
« Mais taisez-vous donc, s'était écriée Mathurine, c'est nous, bien sûr, qui arrivons. Ne voyez -vous pas que madame est lassée? »
Il était certain que grand'mère ne tenait plus guère sur ses jambes. Sur son ordre, je l'ai conduite à la salle à manger.
« Si je remonte dans ma chambre, me dit-elle, je ne mangerai pas et mon sommeil s'en ressentira. Germaine, dis à Mathurine de faire servir immédiatement. »
J'ai couru à la cuisine, la grande cuisine hospitalière, 3^n larçe foyer, ornée de toutes sortes cj'qs-r
tensiles brillants dans lesquels se mire Mathurine.
Gomme je me sentais chez moi, là, où il y avait tant d'espace et tant de liberté 1
Je suis revenue, précédant le potage, et je me suis assise en face de la grande fenêtre qui avait été laissée ouverte. De temps en temps passaient devant des chapeaux et des coiffes. Tous les braves gens qui étaient de près ou de loin au service de ma grand'mère et qui n'avaient pu se trouver à Tarrivée, venaient s'assurer de notre présence. Cela les amusait de nous voir dans le lointain.
Grand'mère ne quitte jamais le Pavillon : son absence était comme un deuil pour tout Péran.
Après les gens sont venues les bêtes.
Tout à coup j'ai vu apparaître une tête ou plutôt une petite perruque d'un gris sale, au milieu de laquelle brillaieni deux petits points noirs, deux pattes se sont posées sur le granit. C'était Barbiche, le barbet, bien vieilli, mais toujours intelligent. Je lui ai crié : « Bonsoir, Barbiche. » Et il s'est mis à remuer la tête et à grommeler, ce qui est la manière de rire des chiens.
« Et Mitaine ? ai-je dit à grand'mère, je l'ai sentie passer; mais je ne l'ai pas vue.
— On vient de m'annoncer que Mitaine est devenue mère de famille, répondit grand'mère ; cela la rend plus sauvage. Sans cette circonstance elle aurait déjà songé à venir me réchauffer les pieds. »
Gomme grand^mère disait cela, Mitaine en personne sautait sur Tappuide la croisée et s'y asseyait pour nous contempler.
C'est une jolie chatte blanche qui a les oreilles tachetées de noir, les pattes gantées de noir jusqu'à ses ongles blancs, ce qui lui a valu son nom de Mitaine. Barbiche et elle faisaient la plus drôle de figure sur cette fenêtre?
« Eh bien, Mitaine, vous voilà donc en famille? a dit grand'mère, qui parle volontiers aux bêtes; n'allez pas devenir voleuse pour cela, et tâchez de bien élever vos petits chats. »
Mitaine nous regardait fixement. Tout à coup elle a sauté dans l'appartement, et elle est venue rôder autour de ma grand'mère en miaulant tout doucement.
« Et où avez- vous mis vos enfants, Mitaine? a repris grand'mère, où sont vos petits chats? Pas dans les appartements, je pense ! Cela vous est défendu, vous savez bien.
— Elle a l'air de vous écouter, grand'mère.
— Elle m'écoute, ma fille, je n'ai jamais vu chatte . plus intelligente. Eh bien, où va-t-elle ? »
Mitaine avait, d'un bond, gagné la fenêtre, et, passant par- dessus la tête de Barbiche, avait disparu.
« Elle est allée se coucher dans son bûcher, a repris grand'mère, faisons comme elle. Germaine, demande nos bougeoirs. »
J'ai sonné ; Mathurine est arrivée portant le bougeoir de grand'mère, un vieux bougeoir de cuivre à poignée plate et très longue, ce qui fait que jamais une tache de bougie ne déshonore la robe de grand'mère.
« Le vôtre est dans la chambre de madame, m'a dit Mathurine ; ces pauvres filles se trompent en tout quand je ne suis pas là. »
Nous sommes montées au premier étage, et grand'mère a poussé un soupir de soulagement en entrant dans sa grande chambre, où je ne trouve pas le plus léger changement.
Gomme je refermais la porte, un miaulement s'est fait entendre.
(( C'est Mitaine qui vient me dire bonsoir selon son habitude, dit grand'mère, tu peux lui ouvrir. »
Grand'mère me tutoie depuis que nous sommes à Péran.
J'ai ouvert la porte, et Mitaine s'est présentée un petit chat dans la gueule.
« Je vous dis que cette bête-là a trop d'esprit, s'est écriée Mathurine, ne voilà-t-il pas que, sur l'ordre de madame, elle vient lui présenter ses petits!
— Je le lui avais demandé en effet, » a répondu grand'mère sans rire.
Mitaine avait marché droit à elle et avait déposé 5qr S4 robe le petit chat blanc qu'elle port2^it.
« C'est bien, Mitaine, a dit grand'mère toujours grave ; il est très gentil ton petit chat. »
Mitaine la regardait, elle a repris délicatement la bfite par la peau du cou et l'a posée cette fois sur les genoux de grand'mère.
Grand'mère a passé un doigt sur la petite bëte et
Mitaine
présentée.
Mitaine, qui n'attendait que cette caresse, a repris son petit et a disparu.
H Elle va apporter les autres, dit Mathurine, vous allez voir ça. »
En effet Mitaine s'est représentée avec un petit chat noir et l'a encore fait caresser par grand'mère.
(I Est-ce fini ? a dit grand'mère, je n'entends pas qu'elle vienne miauler à ma porte cette nuit pour me présenter un autre enfant. »
50 GADETTS.
Maihurine a ouvert la fenêtre et a crié : « Joseph I
— Qu'est-ce qu'il y a? a répondu Joseph de Técurie.
— Combien Mitaine a-t-elle de petits chats?
— Deux, car j'en ai noyé un qui est né aveugle.
— C'est fini, a dit grand'mère, ce n*est pas trop tôt.»
Elle m'a embrassée et j'ai pris le chemin de ma chambre avec Mathurine, qui portait mon bougeoir et qui était toute fière des hauts faits de la chatte, pour laquelle elle a un faible.
Quand elle a été partie, j'ai passé une revue de ma chambre. Comme celle de grand'mère, elle n'avait pas changé.
Tous les vieux meubles mes amis sont à leur place^ il ne m'était pas difficile de me croire revenue de cinq ans en arrière.
J'ai fait ma prière agenouillée en face de la forêt éclairée par la lune, et comme on est toujours un petit enfant devant le bon Dieu, qui est si grand, j'ai redit celle que grand'mère m'avait apprise dans cette même chambre, alors que je ne savais guère que balbutier.
Mon Dieu je vous donne mon cœur, Je vous prie de le prendre Et de vous en rendre, Uétemel possesseur.
A jamais.