‹ Caféisme et Troubles PsychiquesChapitre 23 sur 35 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Etat mental des caféiques

De même que « ne devient pas alcoolique qui veut », tous € L 30 les buveurs de café ne sont pas des caféiques.

Là, comme pour tous les toxiques, se posent les grandes

questions de l'élimination (intégrité du filtre rénal), des susceptibilités individuelles que rien ne peut faire prévoir, et de la prédisposition à délirer, propre à certains individus que l’on classe, soit parmi les dégénérés, soit parmi les névropathes.

Dans l'alcoolisme, toute une catégorie de malades font des troubles cérébraux, et toute une autre, voit l'action nocive de l’alcoo! se porter sur les divers viscères. Dans le caféisme, l'action se portera plus spécialement sur le le système nerveux, sur le cerveau, mais, les cas ne sont pas rares d’action sur le tube digestif. Et il est probable, que chez des susceptibles, qui sont atteints de tremblement dès l'absorption d’une tasse de café, l'augmentation des doses de cet excitant, ferait éclore des troubles mentaux, qui seraient des manifestations nerveuses d’un degré plus élevé.

Eh bien, prenons l'exemple de cette caféique qui se met à trembler deux heures après avoir bu sa tasse de café. Elle sera incommodée par ce tremblement, et, en devinant la cause, elle cessera l'usage du café. De même lorsque le

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résultat sera l'insomnie. Mais, il est toute une catégorie d'individus qui, connaissant le mal et sa cause, ne savent ni ne peuvent s'arrêter sur la pente. Et voici la caféique, qui, peu à peu, s’habituant à son tremblement, parvenant avec le temps, à vaincre son insomnie ou à s'en accommoder, en arrivera à boire progressivement ses 12 à 15 tasses de café par jour. Et que, par une infection, une intoxication surajoutée, ses organes d'élimination vienpent à fonctionner d’une facon défectueuse, voici une caféique, qui, bien que supportant sa boisson depuis des mois ou des années, fera un délire hallucinatoire dont la cause demeurera i insoupçonnée.

Cette caféique, non encore délirante, est déjà une névropathe, impressionnable, irritable, aux yeux brillants, souvent amaigrie, avec des troubles vaso-moteurs cutanés fréquents : pâleur, rougeur, dermographisme, chez laquelle l'intensité des réactions est hors de proportions avec la cause d’excitation. Sa parole est brève, ses gestes sont vifs ; elle ne supportera pas le bruit que feront ses enfants en jouant, elle les frappera. Elle négligera quelque peu les soins de son ménage, surtout si le mari, en général ouvrier travaillant à l'usine, n’est pas à la maison. Elle ira vers ses amies, caféiques comme elle, au contact desquelles il est possible qu'elle ait contracté sa passion, et là, autour de la cafetière qui chantera sur le poêle, on boira le café par bolées ; ce seront des conversations et même des discussions vives, animées, semblables, dit le D' Petit, du Creusot, à celles d'hommes un peu enivrés dans un café.

Cet engouement pour le café s'explique non seulement

e par son arôme, mais, Comme pour l'alcool, par ce préjugé qu'il donne des forces et du courage. En hiver, c'est la

sensation de chaleur qu’il procure. C'est enfin le sentiment de dépression que la caféique éprouve le matin, après une puit d’abstinence, qui fait que, dès le réveil, elle boit un bol de café. Un moment après, la voici & en train », elle en conclut « que le café est sa vie » et qu’elle ne saurait s’en passer.

Une tasse de café ne fait jamais de mal, a-t-on coutume de dire, et une femme la boira plus volontiers qu'elle ne prendrait un verre de vin, du moins en cerlains milieux. C’est pourquoi, en de nombreuses régions, le caféisme pourrait être appelé l'alcoolisme des femmes.

Que, pour une raison pathologique quelconque, le médecin de la famille ordone la suppression du café chez cette intoxiquée, elle fera des troubles de dépression importants, elle deviendra triste, sans force et sans goût, pendant un temps assez long.

Contrairement à ce qui arrive dans l'alcoolisme chronique, la caféique n’est pas une héréditaire, etnousne croyons pas devoir signaler une relation entre le caféisme des parents et celui des enfants.

La caféique chronique ne perd pas, sous l'influence du du toxique, les sentiments éthiques développés chez elle par l'éducation et les conditions de la vie en société ; elle ne subit pas la dégradation progressive que provoque l’alcoolisme chronique. 5

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