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délire, et ce délire, déclanché probablement par des hal ucinations, revêt un caractère terrifiant.
L'état de confusion mentale est grand, la malade ne peut
fixer son attention, elle essaye néanmoins, sans y parvenir
parfaitement, de répondre aux questions, mais, sa pensée s'égare, elle se surexcite et prononce des paroles incchérentes, des lambeaux de phrases qui expriment la terreur dans laquelle s'agite la malade : « Ses enfants sont noyés, pendus, égorgés, sa famille est perdue », Au Cours ide ce délire verbal, des scènes de carnage, d'empoisonnemént, de meurtre, sont décrites avec plus ou moins de précision.
Ce délire est suggéré par des hallucinations de l'ouiïe et de la vue. Une de ces malades entendait crier : « Au canal ! » et elle a vu, en même temps, son mari jelé au canal. Contrairement au délire hallucinatoire alcoolique, où les hallucinations visuelles prédominent, le délire hallucina-
toire caféique est caractérisé, nous semble-t-il, par la prédominance des hallucinations auditives. Le caractère zoopsique et professionnel est moins marqué què dans l'alcoolisme.
Les hallucinations de la sensibilité générale, du goût, de l’odorat, sont souvent associées.
Les réactions sont liées au caractère violent et tumultueux de ces hallucinations. Elles consistent en cris, désordre des actes, anxiété qui n’est pas celle des mélancoliques, et qui est plutôt de la terreur; parfois se produisent des actes de vengeance exercés sur les personnes de l'entourage. :
L'état physique est caractéristique. Les yeux sont brillants, le tremblement, de la langue et des mains est constant, Il existe de l’hyperesthésie des troncs nerveux et
des masses musculaires. La face est vultueuse où présente un aspect fébrile La langue est chargée, 1 haleine fétide, la soif vive. L'examen physique est rendu difficile par l'état
d’agitation des malades.
Formes cliniques.— Il existe des formes moins graves caractérisées par une simple bouffée hallucinatoire, telle que celle dont nous relatons l'observation.
Ici, tout est à un degré moindre, les hallucinations auditives sont toujours pénibles : «On va lui faire son affaire! » Les hallucinations visuelles peuvent être réduites à de simples illusions sensorielles. Mais ce qui domine, c’est le
caractère terrifiant de l’hallucination, à tel point que la malade de notre observation s'enfuit à travers champs, abandonnant ses bagages. Et depuis, elle n'eut plus de nouvelles hallucinations. La malade comprend qu'un danger la menace, elle veuts’y soustraire par tous les moyens. Telest le mode de réaction de ce délire hallucinatoire. :
Beaucoup de médecins des centres d'usines ont rencontré dans leur. clientèle, des femmes, atleintes de troubles mentaux, caractérisés par des hallucinations et un délire
tapageur durant une quinzaine de jours seulement. Ces troubles, dont l’origine était insoupçonnée, pouvaient être dus à l'absorption de trop grandes quantités de café. Nous sommes loin de dire que le café en était toujours la cause, mais, son action doit être envisagée comme très importante. Dr
Les bouffées délirantes peuvent être sujettes à récidive, d'autant plus, qu'après un premier accès, l'organisme reste prédisposé, et une dose moindre de café pourra faire éclater de nouveaux accès, cédant, comme le premier, à la suppression du toxique.
Les formes de ce délire varient. La confusion mentale peut être davantage marquée, et masquer le délire. Mais, au bout d’un temps plus ou moins long, les grandes lignes du délire hallucinafoire caféique se dégagent.
On note aussi des impulsions au suicide, mais nous n'avons pas constaté de tentatives de suicide.
Terminaison. — Comme les délires toxiques, le délire hallucinatoire caféique est de courte durée. En quinze jours ou un mois, la malade est revenue à son état normal. La guérison arrive peu à peu, le délire et les réactions deviennent moins violents, en même temps que les hallucinations s’effacent. Au bout de quelques semaines, il ne subsiste plus que des cauchemars que la malade peut décrire. Et c’est alors qu’elle fournit des renseignements sur sa façon de vivre, sur ses habitudes de prendre du café.
Les malades avouent très facilement leur passion, contrairement à la majorité des alcooliques (surtout femmes), qui jurent ne jamais boire d'alcool.
Diagnostic. — Le diagnostic est celui du délire hallucinatoire en général, mais il s’agit d'en déterminer l'origine.
Le diagnostic important doit être fait avec un délire hallucinatoire alcoolique. Les signes physiques sont presque les mêmes. Le subictère n'existe pas dans le délire caféique pur..Il est assez difficile de déterminer le caractère exact des hallucinations.
Traitement. — Alitement. Balnéation tiède prolongée. Purgation. Régime lacté. Surveiller le cœur. Si l’état infectieux est marqué, injections quotidiennes d’un litre de sérum, additionné ou non de sulfate de spartéine.
Lavages de l'intestin journaliers avec la canule de Chatel- Guyon.
Nous avons tenu à atlirer l'attention sur ce délire particulier. Il nous a paru rationnel de l’attribuer à l’action du café, étant donné qu'on ne pouvait trouver aucune autre cause pour l'expliquer chez nos malades.
Délire hallucinatoire. Signes physiques de caféisme aigu. Guérison au bout d’un mois.
Br Je de D.
44 ans. Entrée le 26 Mars 1919. Profession : ménagère.
Pas d'antécédents héréditaires.
Deux fils bien pôrtants.
Pas de maladies antérieures.
Depuis cinq mois, son caractère s'est modifié ; elle est devenue très irascible. Depuis huit jours, son trouble à augmenté. Elle a interpellé une de ses voisines, l'accusant d’avoir trahi- et vendu le syndicat de M... A la suite de cet accès de colère, elle perdit connaissance pendant un quart d'heure. Ensuite, son excitation commença ; elle disait qu'elle n'avait jamais vendu la France, .et qu'on allait jeter à l’eau son mari et ses enfants pour payer la dette du syndicat.
Elle disait en outre qu’on voulait l'empoisonner, et pour cette raison elle refusait toute nourriture. « Elle devait mourir ! 6on beau-père était son juge suprême! » Devenue violente, elle a gifflé son frère, son mari et une voisine.
L'insomnie est totale.
Interrogatoire. — A l’arrivée, elle ne peut indiquer le mois ni l’année et tient ces propos sans suite : « Nous sommes en
LAS 1914, 1914 et 5, ça fait 1924... 5 ans endormie ! C'est läche ! Mais je leur pardonne tout ! Ils peuvent venir! Ça ne fait rien l.Je suis mère ! J'ai des fils ! C'est. égal ! » L'erreur au- sujet des dates parait plutôt un trouble de l'aftention que la mémoire.
Le matin, elle a souffleté une malade calme qui était assise, elle a également tenté d'étrangler une autre malade qui ne s'occupait nullement d'elle. Interrogée à ce sujet, elle a répondu qu'elle ne savait pas pourquoi elle frappait.
La nuit fut très agitée. «Je veux sauver mes enfants ! Ma belle-sæœur est empoisonnée ! Je veux sauver la France ! »
Elle est hallucinée : elle entend des voix crier « Au eanal !», elle à vu jéter son mari au canal. Voilà 15 jours que ces voix l'obsèdent. Elle déclare ne pas pouvoir surmonter l'idée de la ‘grève.
Pas d'idées de persécution.
L'examen physique nous montre : une langue sale, yeux brillants, faciès vultueux. Tremblement des mains et de la langue. Il ne peut ètre poussé plus loin en raison de l'état d’extrème agitation de la malade.
Cet état d’agitation dura quinze jours environ. Le 11 Juillet, la malade est redevenue calme et docile ; elle ne chante ni ne crie plus ; elle dort bien. Elle s'occupe au ménage, au raccommodage. Depuis plusieurs mois, nous dit-elle, elle ne dormait plus, elle était énervée, parlant seule continuellement et ne supportant pas le bruit. Depuis huit jours, elle n’entend plus de voix, mais elle a encore des cauchemars ; elle ne parle plus seule, et se rend compte qu'elle avait l'esprit troublé.
Elle nous avoue alors boire deux et trois litres de café noir par jour: une demi-livre de café lui faisait ? jours, et les voisines, connaissant son penchant pour cette boisson, lui en offraient encore. Mais elle nie avoir jamais pris de vin ou d’eaude-vie, et sa famille le confirme. ;
Un mois après son admission, cette malade sortait guérie,
nd
conservant simplement du tremblement de la langue et une légère exagération des réflexes, °« RÉFLEXIONS Ce délire hallucinatoire, joint à l'état infectieux, présenté par la malade, faisait penser à un délire toxique. L'explication en fut fournie, par la quantité de café absorbée journellement.
Caféisme. Bouffée hallucinatoire courte.
Communiquée par M. le D' Baudrand
M X. Patronne de café.
Pas d'antécédents héréditaires.
Durant 15 jours, elle a présenté des troubles nerveux, caractérisés par :
Excitation verbale.
Explosions de rire non motivées.
Hallucinations auditives et visuelles.
Insomnie totale.
Cette malade buvait beaucoup de café et peut-être un peu d'alcool. ;
Signes physiques du caféisme : tremblement de la tête et des mains. Faciès vultueux. Yeux brillants. Pouls rapide. Langue sale. Pas de température. É Au bout de 15 jours, par le sevrage et les bains prolongés, la
malade était revenue à son état normal.
Délire hallucinatoire caféique subaigu (bouffée délirante). — 2° accès, Caïéisme NV Ne P., 56'ans, cuisinière, ? énfants morts en has àge Ce
convulsions.
ne
Cette femme se rendait par le train d'un village de lIlle-et- ‘Vilaine, où elle avait une place de cuisinière. Elle voyageait dans ün compartiment avec des soldäts. Le train s'arrêta plusieurs fois en pleine campagne. Elle vit alors « un civil qui se barbouillait la figure avec quelque chose de blanc et quelque chose de noir qu'il sortait de sa poche ». Elle entendit un autre dire : « Elle n’en n'a plus pour longtemps ». Un autre homme « habillé en soldat » était couché. € On la regardait comme pour l'endormir ». Elle a entendu des propos suspects : « Elle a de la chance : elle va à Lyon où elle a trouvé une place pour gagner de l'argent, elle a une allocation, et un ordre de transport ». Elle entendit une dame dire : « Il faut lui mettre quelque chose de noir sur la figure. Est-ce ici qu'on va lui faire son affaire ou plus loin ? Le tunnel est endommagé, elle ne pourra pas aller plus loin ».
Affolée encore davantage par les arrêts successifs du train. elle descendit de wagon, laissant là tous ses bagages qui contenaient ses économies et ses vêtements. Elle s'enfuit à travers champs, se croyant poursuivie, et entendit pendant sa fuite une voix : « Tiens ! tu l'as ratée ! ». Elle en conclut qu'on avait dù tirer sur elle. Ce fut sa dernière hallucination.
Elle se réfugia dans l'église du village, y couchant et y mangeant du chocolat, et du lait que lui apportait la gouvernante du curé.
Elle raconte qu'il y à 4 ans, à T.…., après le décès de son mari, elle avait déjà entendu des propos mehaçants « tout un chambardement ». Elle était allée loger à l'hôtel, mais, là encore, elle voyait devant sa fenêtre « des espèces de sujets qui bousculaient les carreaux ». Deux fois, elle est allée au bord de la Loire pour se suicider, « poussée par du poison mis dans son vin ».
Examen physique. — La face est vultueuse, les yeux vifs et brillants. Elle n'à pas de tremblement de la langue ni des mains. Pupilles normales. Pituites le matin. Pas de crampes. Pas
d'hyperesthésie des masses musculaires. Réflexes exagérés. Goitre volumineux. Ne buvait presque pas de vin ni d'alcool, mais buvait du bon café : « J'aime le café, et le café fort, j'en bois plusieurs fois dans la journée ». Elle en prend le matin en se levant, elle en boit en mangeant en guise de boisson, et le soir elle dine avec un morceau de pain trempé daus du café noir. C'est sa boisson favorite, et elle a toujours un sac de café dans sa malle pour être sûre de n'en jamais manquer. Depuis 1915, elle dort mal.
CERTIFICAT DE ?4 HEURES. — A présenté, semble-t-il, une bouffée délirante et hallucinatoire. Elle entendit dans le train des menaces de mort à son adresse, et surprit des attitudes et des gestes inquiétants. En gare de D... elle s'enfuit, mais les menaces continuaient à se faire entendre. Elle se réfugia à l'église où elle demeura deux jours jusqu'à ce qu'on l'amène à l'asile. Semble avoir eu un accès analogue en 1915. Abus de calé.
Dès son arrivée à l'asile, elle s'est montrée calme et docile, mais elle croit toujours fermement à la réalité de sa frayeur. Elle donne de nombreux détails. Pas d'idées de persécution. Ne se connait.pas d'ennemis.
Elle va bien actuellement, travaille. Sa face n'est plus vultueuse, elle est plus calme. Les rotuliens sont exagérés. Sensibilité normale.