SCÈNE 6 LES MEMES; LE PRINCE
LE PRINCE
Oui, grand homme!...
est possible!
Et d'après ce que j'ai vu, tout lui
Vous vous exagérez quelques résultats, dus au hasard plus qu'à la science!
LE PRINCE
Je peux parler sans crainte devant monsieur qui vous doit la vie... et moi, je viens vous demander bien plus encore... oui... plus que la vie!...
CARACOLI.
Vi m'étonnez!... car ze connais peu de choses piu indispensables et piu utiles per vivre.
LE PRINCE
J'ai un nom, de la naissance... je ne suis pas mal...
CARACOLI.
Vi êtes très-bien!
LE PRINCE
Je suis un des plus riches seigneurs de la Bavière, et, de plus, amoureux à en perdre la tète d'une personne qui ne m'aime pas et se moque de moi.
Ce n'est pas naturel!
CARACOLI.
Li SUN SOÉC!
LE PRINCE
C'est ce qu'il me semble !...
battre ce sort?
Et ne pourrait-on pas com-
Je vous ai dit que tout était possible.
LE PRINCE (avec transport) Ah! tout ce que je possède est à vous!
Quelle est cette personne?
LE PRINCE (vivement)
Ce quelle est!... charmante, adorable!... Rien que d'en parler, le coeur me bat, et la fièvre me prend... Voyez Plutôt:
CARACOLI.
Pauvre prince!
Je vous demande qui elle est.
LE PRINCE
Une fée, une magicienne, une sorcière!...
Mais son rang?... une comtesse, une marquise?
LE PRINCE
Si ce n'était que cela, je n'aurais pas besoin de vous.
0 ciel! une princesse?
LE PRINCE
Bien plus encore!... une reine, une déesse... Corilla, la première cantatrice de l'Italie!
la diva
Pardon! pardon...
connais pas!...
absent du pays depuis cinq ans, je ne
CARACOLI.
Ze connais pas davantage!
LE PRINCE
Vous ne connaissez pas la Corilla?... la prima donna de
San Carlo!... c'est là que je l'ai vue et entendue pour
la première fois... Depuis, elle a été à Venise et à Mi-
lan... je l'y ai suivie et admirée de loin, et toujours aux premières loges... Elle est depuis quelques jours à Paris... voilà pourquoi je suis venu en France... et
comme elle doit bientôt partir pour Vienne, je m'apprête à voyager en Allemagne... C'est ainsi que j'aurai fait mon tour d'Europe.
Et elle ne vous aime pas?
LE PRINCE
Non, monsieur le comte!
CARACOLI.
Elle veut que vi l'épousiez!
LE PRINCE
Je le lui ai proposé... et elle refuse!
CAGLIOSTRO (étonné) Votre main et votre fortune
LE PRINCE
Oui, monsieur!
Oh! ce n'est pas une cantatrice comme une autre.
LE PRINCE
Je le crois bien... Une froideur, une indifférence... Voilà pourquoi ce n'est pas trop de vos philtres les plus rares, les plus précieux... N'épargnez rien... Si, avec ma fortune, dont je ne sais que faire, j'achète le bonheur qui me manque, c'est tout bénéfice...(Se mettant à la table) Et un mot de moi sur mon banquier...Que vous faut-i1? dix, vingt mille livres?
C'est trop! c'est trop...
plus tard, nous verrons!
la moitié suffira...d'abord...
LE PRINCE (avec ivresse) Elle m'aimera donc, elle m'aimera donc bien?
Pas tout de suite... ni trop vivement... Il ne faut jamais de doses trop fortes, surtout en amour... qui demande au contraire à être pris peu et souvent.
LE PRINCE
Qu'elle commence par ne plus me haïr et par me supporter voilà tout ce que je demande.
Nous y arriverons... Vous me présenterez à elle...
LE PRINCE
Je passe toute la journée à Paris... elle me l'a dit, et ne veut recevoir personne... C'est pour cela que je suis venu à Versailles, faire ma cour au roi et au cardinal de Rohan, à qui j'ai un service à demander.
CAGLIOSTRO Pour vous?
LE PRINCE
Non, pour elle! toujours pour elle!...
C'est bien... À demain, donc!...et bientôt, je l'espère, je vous remettrai cette fiole! Silence!
(Un domestique entre par la porte à gauche, et s'adresse à Caracoli.)