‹ CagliostroChapitre 3 sur 19 · LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

LE DOMESTIQUE

Madame a fait préparer pour monsieur le marquis une collation dans la pièce à côté.

CARACOLI (vivement) Z'y vais!

CAGLIOSTRO (bas) Et observe toujours!

CARACOLI (bas) À zeun je suis mauvais observateur... ma, dés que z'aurai manzé...

LE DOMESTIQUE (à Cagliostro) Madame la marquise prie monsieur le comte de l'attendre ici, dans une demi-heure.

(Le domestique sort)

Oui, certes! (A part) Et sa petite-fille qui m'attend au jardin...g'y cours...ll faut de l'ordre dans ses rendez-

vous... (Au prince) Adieu, monseigneur, dès demain...dès aujourd'hui même, cela ira mieux, je vous le promets...

(Il sort par la parte du fond, et Caracoli par la porte à gauche.)

LE PRINCE (seul)

Cela ira mieux, dit-il... Je n'ose y croire encore... et cependant, il est si habile, il produit des effets si étonnants, que s'il veut employer en ma faveur cette puissance sympathique et attractive dont il parlait...

- SCÈNE 8 LE PRINCE, CORILLA, entrant par la porte à gauche.

LE PRINCE (poussant un cri) Dieu! c'est elle! c'est Corilla!

CORILLA (étonnée) Le prince!

LE PRINCE

Vous, qui d'aujourd'hui ne deviez pas quitter Paris...

CORILLA

Vous l'avez dit!

LE PRINCE

Ici, dans l'hôtel de la marquise de Volmérange, où vous veniez pour moi

CORILLA (souriant) Vous vous trompez!

LE PRINCE

Allons donc!'... qui pourrait vous amener chez la marquise, que vous ne connaissez pas?

C'est mon secret!... Je déteste les gens curieux... et vous êtes toujours là, devant moi, comme un point d'interrogation.

LE PRINCE (galamment) Vous voulez dire d'admiration!

CORILLA

C'est mieux!... Eh bien! monsieur, je venais étudier les modes de la cour, moi, étrangère, qui n'ai encore pris ni la poudre, ni les mouches... Mais vous-même, pourquoi me surprendre à Versailles? Qu'y venez-vous faire?

LE PRINCE

Solliciter pour vous et appuyer de nouveau auprès du cardinal de Rohan la demande que vous avez adressée à la cour de Rome... Vous, Corilla, avoir des affaires avec le saint-siège!... qu'est-ce que ce peut être?

CORILLA (sévèrement) C'est mon secret !

LE PRINCE

C'est juste, c est juste... je me tais... Plus qu'un mot seulement... sur une affaire personnelle...

CORILLA

Soit! si vous vous dépêchez.

LE PRINCE

Dites-moi... si aujourd'hui, dans ce moment, ma présence vous impatiente comme à l'ordinaire?

CORILLA

Pas autant!

LE PRINCE

Bravo! ça commence!... Et si malgré vous, bientôt peutêtre, vous alliez m'aimer... Hein? vous en seriez bien étonnée...

CORILLA (galament) Moi! ma foi non!

Cavatine C'est un caprice Qui rend propice La cantatrice Au cœur changeant Sachez attendre Un aveu tendre Qui peut dépendre D'un seul instant!

Vous êtes le plus estimable

De tous les princes bavarois;

Je devrais vous trouver aimable, Et je le voudrais quelquefois...

Oui, oui, je le voudrais...

Mass Male:

C'est un caprice, etc.

Maintenant, partez, laissez-moi Seule en ces lieus! je le désire...

Comment, vous hésitez, je croi? Vous osez demander pourquoi?

pourquoi? pourquoi?

Je le veux... Cela doit suffir!

(Le prince salue et s'éloigne.) C'est bien! c'est bien! vous comprenez.!

(A part, le regardant s'éloigner) Ah! vraiment, tant d'obéissanco Me touche le cœur!...

(Haut) Revenez!

(Le prince accourt auprès d'elle) Je vous dois une récompense.

Lui tendant sa main à baiser.

Tenez! monsieur, tenez! tenez!

(Le prince porte vivement la main de Corilla à ses lèvres) Vous le voyez!

C'est un caprice Qui rend propice La cantatrice Au ceeur changeant!

Et maintenant Partez... oui, partez sur-le-champ!

(Le prince sort par le fond) - SCÈNE 9 CORILLA, seule, puis LE CHEVALIER.

CORILLA

Oui, certes, il mériterait d'être aimé, si la raison pouvait compter pour quelque chose en amour. (Apercevant le chevalier qui entre par la porte à droite) Ah! vous voilà, chevalier!

LE CHEVALIER (d'un air effrayé) Corilla!

CORILLA

Après la lettre qui vous prévenait de ma visite, il me semble qu'elle ne devrait pas vous étonner...

LE CHEVALIER

Si vraiment... car je vous avais répondu sur-le-champ à l'hôtel où vous deviez descendre... que c'était moi qui, ce soir, irais vous trouver.

CORILLA

Et pourquoi?

LES MEMES; CARACOLI, ouvrant la porte à gauche. CARACOLI (apercevant le chevalier)

Ah! notre chevalier en tête-à-tôte avec une zolie dame qui n'est pas sa cousine... Ascoltiamo!

(II rentre dans le cabinet)

CORILLA (continuant de causer avec le chevalier) Eh! oui, sans doute, monsieur, pourquoi?

LE CHEVALIER

Parce que dans cet hôtel, où je demeure avec ma tante, ma grand'tante, la douairière de Volmérange...

CORILLA (riant)

Celle qui eut autrefois à la cour une si grande réputation de beauté et de coquetterie... Elle ne saurait être l'ennemie des amours... et ne peut vous blâmer d'employer votre jeunesse comme elle a employé la sienne.

LE CHEVALIER (avec embarras) Mais, au contraire... elle est sévère maintenant pour tout le temps...

CORILLA (riant)

Où elle ne l'a pas été... Cela fait bien de l'arriéré... Mais peu vous importe, à vous, que votre fortune et votre position rendent indépendant... Et puis, il faudra bien qu'un jour ou l'autre vous me présentiez à ma nouvelle famille.

LE CHEVALIER

0 ciel! que voulez-vous dire?

CORILLA

Que bientôt, je l'espère, il n'y aura plus d'obstacle... Oui, monsieur, lorsque votre père vous a envoyé en Italie, pour former votre jeunesse... et que vous avez commencé par vous jeter dans le Tibre, pour me sauver, moi, pauvre fille, qui allais me noyer par désespoir... quand vous vous êtes mis, après cela, à m'adorer et à vouloir m'épouser...

LE CHEVALIER

Corllla!

CORILLA

Ah! je n'ai rien oublié... ni vos serments, ni les miens... ceux de nous aimer toujours... dans la misère comme dans la fortune... malgré le temps, malgré l'absence, malgré les séductions... et elles ne m'ont pas manqué, je vous prie de le croire!... Mes succès m' ont entourée d'adorateurs que j'ai tous repoussés... tous, je te le jure... Tu étais mon premier amour, et j'y suis restée fidèle... Moi, d'abord, j'ai toujours été bizarre et originale... Vous le savez mieux que personne, monsieur, puisque, malgré vos instances, j'ai refusé votre main, tant qu'a vécu votre père.

C'est vrai!

CORILLA

C'était là un obstacle... de votre côté...

du mien y en avait-il aussi!

et peut-étre

LE CHEVALIER

Et lesquels?

CORILLA

Je ne vous en ai jamais parlé... parce qu'alors ils étaient invincibles... mais bientôt, je l'espère, ils n' existeront plus... Demain, après-demain peut-être, j'en aurai l'assurance.

LE CHEVALIER

En vérité, Corilla, je ne vous comprends pas...

CORILLA

Et vous n'avez besoin de rien comprendre... sinon que je vous aime... et que je suis venue en France, non pour y briller, comme vos journaux le supposent... mais pour vous revoir et pour vous dire: Tu m'aimais quand je n' avais rien... et maintenant que j'ai gloire, fortune et renommée, je te les dois et je te les apporte!

LE CHEVALIER (avec embarras)

Ah! que de reconnaissance!... et comment m'acquitter?... Mais il faut que je vous voie, que je vous parle sur de nouveaux embarras, bien légers sans doute, suscités par...

CORILLA

Par qui? par votre grand'tante?... vous ne lui devez rien, que des respects et des petits-neveux... et si vous n'osez lui avouer la vérité... je m'en charge... J'ai là vos lettres, vos bagues, vos cheveux, votre promesse de mariage... J'ai tout gardé, jusqu'au poignard que vous m'avez permis de vous plonger dans le coeur, si vous m'étiez infidèle... J'expliquerai à madame la marquise la valeur de tous ces gages... Elle la comprendra, j'en suis sûre... ne fût-ce que de souvenir...et je vous apporte son consentement.

LE CHEVALIER

Oui, oui, mais pas aujourd'hui... car il faut éviter le bruit et le scandale... et elle a chez elle une nombreuse réunion qui doit ignorer nos affaires de famille...

CORILLA

C'est juste! Et quand on me donne de bonnes raisons...

LE CHEVALIER

Demain donc, demain, j'irai vous retrouver à Paris... et d'ici là, je me serai décidé à avoir du caractère, et à prendre un parti.

CORILLA

A merveille!... je retourne à mon hôtel, aux Armes de France, reprendre ma voiture.

Oui, oui, partez.

CORILLA

Eh bien! monsieur, vous ne m'embrassez pas

LE CHEVALIER

Si, vraiment! ..(11 l'embrasse et s'arrête) Dieu! j'avais cru entendre...

CORILLA

Votre grand'tante!... Prenez garde, chevalier..(D'un ton tragique.) je vais devenir jalouse...et me servir contre elle du poignard qui vous était destiné.(Gaiment) Adieu, Mon ami, à demain!

(Elle sort par le fond) - SCÈNE 11

LE CHEVALIER (seul)

Gràce au ciel! elle s'éloigne!... Plus aimable et plus jolie, s'il est possible... qu'au temps où je l'aimais.. Oui, quand je l'aimais..car je suis encore à m'expliquer comment il s'est fait que peu à peu, depuis trois ans, je ne l'aime plus.

Qu'ai-je dit! quel blasphème! ah! je l'aime toujours! Mais il en est une autre, hélas! qui m'est plus chère. Un amour pur, véritable, sincère, Et pour lequel je donnerais mes jours!

Romance Léger par goût et par système, D'amour chaque jour je changeaïis, Mon ceeur séduit n'est plus le même...

Cécile, je t'ai vue... et j'aime Pour jamais! Oui, pour jamais!

Adieu, beautés au ceeur volage,

Adieu, j'ai brisé vos filets; Grâce à l'amour, je deviens sage, J'aime Cécile et je m'engage Pour jamais, Oui, pour jamais!

Ah! c'est ma tante! Allons! pas de temps à perdre pour, faire ma demande...

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