‹ CagliostroChapitre 8 sur 19 · QUINTETTE · texte numérisé non relu

QUINTETTE

0 flamme qu'Epicure Adorait comme un dieu!

Car tout dans la nature Est créé par le feu!...

TOUS

Quoi! tout dans la nature Est créé par le feu?

D'un volcan sans cratère Les immenses fourneaux Dans le sein de la terre Enfantent les métaux!

TOUS

Dans le sein de la terre Enfantent les métaux!

LE PRINCE (regardant dans le fourneau) Je ne vois encor rien paraître.

Il faut bien que l'œuvre ait son cours.

(Lui remettent le soufflet)

Soufflez, prince, soufflez toujours!

LA MARQUISE et CÉCILE.

Oui, soufflez donc, soufflez donc!

(Les deus femmes sont à droite près du fourneau qu'elles regardent, et le prince continue à souffler. Pendant ce temps, Cagliostro est passé è gauche et prend à part Caracoli)

CAGLIOSTRO (bas à Caracoli) Ce bon?

CARACOLI (de même)

Chez le banquier, ze l'ai touché, mon maître!

CAGLIOSTRO (de même) Donne!

CARACOLI (fouillant dans sa poche) Avec l'escompte et l'appoint, Ze vous l'apporte, et rien n'y manque.

(I1 lui glisse dans la main un portefeuille)

CAGLIOSTRO (avec impatience) Et de l'or?

CARACOLTI.

Il n'en avait point.

(naïvement) Mais c'est en bons billets de banque, C'est tout comme!

CAGLIOSTRO (à part, avec colère) Tout est perdu!

CARACOLI (montrant les deux dames et le prince qui sont près du fourneau) Que font-ils donc?...

LA MARQUISE De l'or!

(avec emphase)

CARACOLTI.

De l'or!

(A voix basse, à Cagliostro) Tant mieux, vous en aurez!

(Il court auprès d'eux)

Ensemble.

LE PRINCE, LA MARQUISE, CÉCILE et CARACOLI.

A mes yeux avides

Rien ne s'offre encor...

Souffleurs intrépides

Redoublons d'effort!

Quel Secret prospère

Pour tous les états,

Si chacun peut faite

De l'or ici-bas!

CAGLIOSTRO (avec impatience) À leurs yeux avides

Rien ne s'offre encor...

Badauds intrépides

Il leur faut de l'or!

Quelle est ma misère

Et mon embarras!

Et comment en faire

Quand on n'en a pas!

LA MARQUISE (à Caracoli, montrant Cagliostro) Oui vraiment, ce grand alchimiste Va faire l'épreuve à nos yeux!

CARACOLI (allant à Cagliostro) Ainsi donc le secret existe?

De le voir ze souis curieux.

LE PRINCE (à droite, Grand Dieu!

poussent un cri)

LA MARQUISE et CÉCILE Quoi donc?

(vivement)

LE PRINCE

J'aperçois quelque chose!

LA MARQUISE et CÉCILE (s'approchant)

Ciel!

CARACOLI (de même)

Déjà!

CAGLIOSTRO (avec sang-froid)

Ce doit être à bien petite dose!

CÉCILE Moi,

(regardant) je ne vois que du charbon!

CARACOLI main) Moi de même!

(regardant avec son lorgnon qu'il tient à la

LA MARQUISE, LE PRINCE et CÉCILE.

Non! non! non!

LE PRINCE, LA MARQUISE, CÉCILE et CARACOLI (à droite) A mes yeux avides, etc.

CAGLIOSTRO (seul à gauche) À leurs yeux avides, etc.

(Caracoli pose sur la table à gauche, et pour prendre un soufflet, le lorgnon et la chaîne qu'il tenait à la main. Pendant qu'il souffle, Cagliostro, qui était seul à gauche, s'approche de la table; il aperçoit le lorgnon et la chaîne laissés par Caracoli, il les saisit vivement sana être vu des autres, qui sont à l'extrême droite du théâtre)

CAGLIOSTRO (jetant le lorgnon et la chaîne dans le fourneau; à part)

Soudaine et dernière espérance

Qu'à mes yeux le sort vient offrir!

LA MARQUISE (s'approchant de Cagliostro, le fourneau et qui a repris le soufflet) Ah! faites que cela commence,

D'honneur je n'y puis plus tenir!

qui est devant

LE PRINCE

Ni moi non plus!

Ah! patience!

11 faut bien que l'ceuvre ait son cours!

(Lui remettant le soufflet)

Soufflez, prince, soufflez toujours!

LE PRINCE

Maintenant cette flamme ardente Ferait dissoudre en un instant Le fer ou le enivre...

CAGLIOSTRO (avec joie) Vraiment !

L'oeuvre s'avance alors!

(Il jette une pincée de colophane qui fait jaillir la flamme.) Cette poudre puissante Doit l'achever!

LE PRINCE (s'approchant du fourneau) Ah! cette fois, voyez,

Sur ces charbons torréfiés,

Briller ce métal jaune!...

LA MARQUISE Est-il vrai!

(voulant y porter la main)

CAGLIOSTRO (l'arrétant) Prenez garde! Ce métal est brillant!

LA MARQUISE

Grands dieux!

(Cagliostro a pris, avec des petites pinces d'acier, un morceau d'or qu'il lui présente) Donnez! donnez!

CÉCILE et CARACOLI (auprès de la marquise) Ah! que je le regarde!

CAGLIOSTRO (avec d'autres pinces, présentant au prince un autre fragment d'or) Examinez ce métal précieux!

TOUS

0 miracle!

0 spectacle

Dont mon oeil doute encor!

0 prestige!

0 prodige!

C'est de l'or!

0 magie!

0 génie!

Devant des succès tels

Tout s'efface,

Et sa place

N'est plus chez les mortels!

oui, de l'or!

Ah! c'est vraiment sublime...

(A Caracoli, qui retarde autour de lui.) Eh! mais, qu'avez-vous donc?

CARACOLT.

Pour mieux examiner, Et ze ne le vois pas...

ze cherche mon lorgnon...

Il était là...

CAGLIOSTRO (passant près de lui et lui prenant la main) Silence!

LE PRINCE Comment !

(qui l'entend) Que dites-vous?

Je dis

Qu'une semblable expérience

Ne peut se faire qu'entre amis...

Je réclame avant tout, mesdames, du silence!

LA MARQUISE

Sans doute...

(A part)

J'en veux instruire tout Paris.

Mais...

LE PRINCE Moi,

(de même)

j'en veux, pour ma part, instruire tout Paris. Ensemble

TOUS

0 miracle !

0 spectacle, etc.

LES MÉMES- LE CHEVALIER, paraissent à la porte du fond.

LE PRINCE

Monsieur le chevalier en ces lieux!

LE CHEVALIER (à Cagliostro)

Je ne m'attendais pas à vous trouver en si nombreuse compagnie... mais peu importe!... Vous qui savez tout, monsieur, vous connaissez sans doute le motif qui m'a fait quitter Versailles et qui m'amène ici à Paris... chez vous!...

Je crois le deviner.

Eh bien?

Dès que vous le voudrez, à vos ordres.

monsieur le chevalier, je serai

LA MARQUISE Mon neveu!..

(vivement)

messieurs, je ne le souffrirai pas!

CÉCILE

Mais qu'est-ce donc? Qu'y a-t-il?

LE CHEVALIER

Eh! quoi, ma cousine, ignorez-vous donc qu'on vous sacrifie, que votre main est promise à monsieur! é .

CECILE (avec effroi) Ma main! jamais!

LA MARQUISE

Comment! quand je le veux!...

CÉCILE

Mais quand vous savez que j'aime le chevalier!

LE CHEVALIER (à Cagliostro) Vous entendez, monsieur!...

CAGLIOSTRO (avec sang-froid)

Parfaitement !... mais si mademoiselle se trompait... (Mouvement de Cécile) Eh! mon Dieu! nos sentiments d' hier sont-ils toujours ceux d'aujourd'hui... et si vous changiez d'idée!...

CÉCILE (avec fierté) Monsieur!...

Si demain, cousin?

si dans un instant vous cessiez d'aimer votre

CÉCILE Jamais!

(vivement) jamais!

(En ce moment on frappe trois coups dans la main, à le porte à gauche.)

Écoutez!

LA MARQUISE

Qu'est-ce donc?

Quel nouvel incident?

CAGLIOSTRO (à Cécile)

Nous vous protégeons tous, et rien ne vous menace! Eh bien! daignez entrer dans cet appartement,

Cinq minutes...

CÉCILE (étonnée) Comment !

Il ne m'en faut pas tant

Pour que de votre coeur un vain amour s'efface.

LE CHEVALIER

Quoi! Cécile!

CÉCILE (au chevalier)

Ne craignez rien...

Pour le confondre enfin...

(Haut)

J'accepte et je revien.

(Elle entre dans la chambre à gauche

LE CHEVALIER

Ah! grand Dieu! je n'y comprends rien!

- SCÈNE 7 LES MÉMES, excepté Cécile.

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