DE LA CLASSE DES MAMMIFÈRES
$ 106. La classe des Mammifères, ou des animaux vertébrés pourvus de mamelles, se compose de l’homme et de tous les animaux qui lui ressemblent par les points les plus importants de leur organi=
FA due
sation. Elle se place naturellement en tête du règne animal, comme | renfermant les êtres dont les mouvements sont les plus variés, les | sensations les plus délicates, les facultés les plus multipliées et | Pintelligence la plus développée; et elle nous intéresse aussi plus | que toute autre, car elle nous fournit les animaux les plus utiles soit | pour notre nourriture, soit pour nos travaux et pour les besoins de | notre industrie.
| Ilest en général facile de distinguer , au premier coup d'œil, lun mammifère d’un oiseau, d’un reptile, d'un poisson, ou de tout autre animal, par la seule considération de sa forme extérieure et de la nature de ses téguments: car les mammifères sont les seuls animaux vertébrés dont le corps est couvert de poils, et ordinairement leur forme générale ne s'éloigne que peu de celle des espèces que nous avons continuellement sous les yeux, et que nous prenons naturellement comme types de ce groupe; mais quelquefois ils ne se reconnaissent pas à un examen aussi superficiel, car il en est dont la peau est complétement nue, et dont le corps, au lieu de ressembler à celui du chien, du cheval ou d’un autre mammifère ordinaire, présente les formes propres aux poissons : le marsouin | pl. 42, fig. 6), et la baleine, par exemple, sont dans ce cas : aussi le vulgaire les prend-il pour des poissons, dont ils diffèrent cependant par leurs mamelles, par leur mode de respiration, et par une foule d’autres caractères.
$ 107.Ce que les mammifères offrent de plus remarquable, c’est leur mode de développement et d'alimentation pendant les premiers temps de la vie. Ces animaux sont tous vivipares, et pendant la période embryonaire de leur existence ne portent pas avec eux un amas de matières nutritives, comme cela se voit chez les animaux Ovipares : ils puisent ces matières directement dans le sang de leur mère ; et après la naissance le jeune vit encore aux dépens de celle-ci, qui l’allaite pendant un temps plus ou moins long. , Le lait destiné à cet usage est un liquide blanc et opaque, formé par de l’eau tenant en dissolution du sucre de lait, du caséum, “quelques sels et un peu d'acide lactique libre, et tenant en suspension des globules de beurre. Ses qualités varient un peu chez “les différents animaux et peuvent être modifiées par les aliments “dont ceux-ci font usage ; en général il laisse, par l’évaporation , “10 à 42 pour 400 de parties solides, mais sa richesse peut varier "beaucoup suivant les circonstances.
Ce liquide alimentaire est sécrété par des glandes particulières nommées mamelles, qui existent dans les deux sexes, mais qui ne servent à l'allaitement du jeune que chez la femelle. Des organes analogues ne se rencontrent dans aucune autre classe du règne
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animal, et c'est à raison de leur existence chez tous les a du groupe dont nous faisons ici l'histoire que les zoologistes 0: t donné à ces êtres le nom de mammifères. ÿ
Le nombre des mamelles est en général à peu près en rapport avec celui des petits dont se compose chaque portée : souvent:onn n'en compte que deux (chez les singes, l'éléphant, la chèvre et les cheval, par exemple), mais quelquefois aussi leur nombre est: beaucoup plus considérable : ainsi la vache; le cerf, le lion, en ont, quatre, le chat huit, le cochon et le lapin dix, le rat dix ou douze; et l’agouti douze à quatorze. La position de ces glandes varie aussi# chez les singes et les chauves-souris, elles sont placées sous la poitrine comme chez l’homme; chez la plupart des carnassiers’ elles sont situées à l'abdomen aussi bien qu’au thorax; et chez le cheval, le bœuf, le mouton, etc., elles sont placées encore plus en arrière, près de ' articulation des membres postérieurs.
$ 108. La peau, ainsi que nous l’avons déjà dit, présente, dans la classe des mammifères, des particularités remarquables. Chez un petit nombre de ces animaux elle.est nue, mais chez la plupart elle est garnie de poils servant à la protéger et à conserver la chaleur développée dans l’intérieur du corps. Ces appendices sont sécrétés par des bulbes logées dans le derme, et la matière dont ils sont em majeure partie composés offre la plus grande analogie avec du mucus desséché. En les examinant au microscope, on voit quels quefois très distinctement qu'ils sont formés d’une foule de petits cônes ou cornets emboîtés les uns dans les autres; mais, en: géné: ral, ils ont l'apparence d'un simple tube corné, dont l'intérieur paraît être rempli d’une matière pulpeuse. Chez la plupart des anis maux , ils sont cylindriques et plus gros à leur base qu'à leur soms met; souvent ils sont plus ou moins aplatis ; on en connaît qui sont tout-à-fait lamelleux et semblables à des brins d'herbe. Les noms par lesquels on désigne les diverses variétés de poils diffèrent suis vant les propriétés de ces filaments cornés et suivant les parties où ils croissent. Ainsi on les appelle piquants lorsqu'ils sont très" gros, pointus, très roides, et qu'ils ressemblent à des épines (exemples, le porc-épic et le hérisson ) ; et soies lorsqu'ils sont moins gros et beaucoup moins résistants, mais encore très roides;. excepté vers leur extrémité (exemple, le sanglier). Les crins me diffèrent guère des soies que par un peu plus de souplesse et moins de grosseur : en général, ils sont droits comme elles; mais cepen dant ils sont quelquefois ondulés , surtout lorsqu'ils sont très longs. La laine est une espèce de poil long, très fin et contournéem tout sens ; enfin le duvet ou la bourre se compose de poils d'une finesse et d’une mollesse extrêmes, qui, en général, se trouve
cachés au-dessous d’une couche plus ou moins épaisse de poils ordinaires, que l'on désigne souvent sous le nom de jar.
La couleur des poils varie beaucoup, mais peut presque toujours se rapporter à des modifications du blanc, du noir, du brun roux ou du jaunâtre; elle paraît dépendre de l'existence d’une graisse colorée qui est soluble dans l’esprit-de-vin bouillant : lorsqu'on extrait cette huile par l’action du liquide dont nous venons de parler, les poils prennent tous une teinte gris-jaunâtre. Dans les cheveux blancs on a trouvé aussi une huile blanche, qui, dans les cheveux roux, est remplacée par une huile rougeâtre; et, dans les cheveux noirs, on a constaté l'existence d’une huile teinte en noir bleuâtre par du sulfure de fer (1). Du reste leur couleur Varie presque toujours dans les différentes parties du corps, êt la disposition générale de ces teintes constitue ce que lon nomme le pelage des animaux. En général, les couleurs sont beaucoup plus foncées à la face supérieure qu'à la face inférieure du corps; et lorsqu'elles forment des taches, celles-ci sont presque toujours disposées symétriquement de chaque côté, à moins toutefois que les animaux ne soient réduits à l’état de domesticité, car alors leur pelage présente souvent la plus grande irrégularité. Le pelage est ordinairement le même dans les deux sexes, et, en général, ne varie que peu aux différents âges. Dans quelques espèces, cependant, les jeunes ont des taches et des nuances variées qui disparaissent chez l’adulte, et souvent 1l arrive que la couleur des mammifères change avec les saisons.
En général, les poils tombent à une époque déterminée de l’année et sont remplacés par d’autres; cette mue a lieu le plus souvent au printemps ou en automne. Tantôt elle s'opère sans que la couleur du pelage soit modifiée ; d’autres fois elle entraîne des changements très considérables , soit dans la couleur, soit dans l’abondance et la nature des poils. Ainsi, notre écureuil commun, dont le pelage est d'un roux foncé en été, devient d’un beau gris bleuâtre en hiver. Dans cette dernière saison la fourrure des mammifères est ordinairement beaucoup plus épaisse qu’en été, et on y trouve, sous les crins ou poils soyeux qui la composent en partie, une quantité plus où moins considérable de duvet. L'influence de la température se fait sentir de la même manière sur les animaux qui habitent des climats différents : ceux des pays froids ont une four-
- (1) Il existe aussi dans les différentes espèces de cheveux du soufre qui peut facilement se combiner avec le plomb et quelques autres métaux pour former des sulfures colorés ; c’est de la sorte qu’on parvient à les teindre en noir par l'application de sels de plomb, de mercure , etc.; le sulfure qui se forme alors dans la substance du poil étant de cette couleur.
rure épaisse et abondamment fournie de duvet , tandis que ceux des pays chauds n’ont guère que des poils courts secs, roides et peu nombreux.
Ce que l’on recherche le plus dans les fourrures, c’est la finèsail l'abondance, le moelleux et le brillant du poil; or, d’après ce que nous venons de dire relativement à l'influence des saisons et du climat sur l'enveloppe tégumentaire des mammifères , on peut pré= voir que ce doit être dans les pays les plus glacés, dans les mon: tagnes et surtout pendant l'hiver, que se trouvent les plus belles pelleteries, et, en effet, c’est du Nord que nous les tirons presque toutes. La France et les pays voisins fournissent bien quelques fourrures, connues sous le nom de sauvagines ; mais c'est prins cipalement dans la Sibérie et la partie la plus septentrionale de l'Amérique que le commerce des pelleteries devient réellement important.
Lorsque les bulbes des poils sont extrêmement rapprochés , les filaments cornés qu’ils produisent se soudent en quelque sorte entre eux et forment des lames solides : c’est de la sorte que paraissent naître les espèces d’écailles qui recouvrent tout le corps de certains mammifères très singuliers, connus sous le nom de pangolins (pl. 40, fig. 4), et la cuirasse des tatous (pl. 40, fig. 2): les anatomistes s'accordent aussi à regarder les ongles et la corne comme ayant la même origine.
$ 109.Tous les mammifères, à l'exception des Cétacés (c'est-à-dire les dauphins, les marsouins, etc.) , ont deux paires de membres, savoir : une paire de membres antérieurs ou thoraciques, et une paire de membres postérieurs ou abdominaux ; mais chez les Cétacés cette dernière paire manque, et il n'existe, par conséquent, que des membres thoraciques. Chez tous les animaux de cette classe, la structure de ces organes est à peu près la même que chez l’homme . et les différences que l’on y remarque dépendent principalement de la longueur relative des divers os, et du nombre des doigts , qui du reste ne dépasse jamais cinq.
La conformation des membres varie un peu, suivant les usages auxquels ils sont destinés. Ils peuvent servir : 4° à la marche, au saut, etc. ; 2° à la préhension et au toucher ; 3° à fouur la terrer je à la nage : et 5° au vol : et lorsqu'ils sont le mieux adaptés à l'une de ces fonctions , ils ne sont que peu ou point propres aux autres.
Lorsque les membres sont destinés à servir uniquement à soutenir le corps et à le mouvoir sur la surface de la terre , ils doivent avoir beaucoup de solidité et être cependant très grêles vers le boub, afin d’être plus légers ; or, des doigts longs et flexibles nuiraïent à cette solidité, et un nombre considétahls de ces organes aug-
menterait sans utilité le poids du pied ; aussi, chez les animaux dont les quatre pieds ne servent qu’à la course (le cerf, par exemple), les doigfs sont-ils ordinairement au nombre de deux ou trois seulement, courts, peu flexibles, et complétement enveloppés à leur extrémité par les ongles , qui les protègent ; quelquefois même il n'y à qu'un seul doigt, comme cela se voit chez le cheval.
Lorsque les membres sont destinés à servir principalement à la préhension des objets et au toucher, il en est tout autrement ; ils sont alors très flexibles et terminés par cinq doigts, longs, bien \séparés entre eux , et si mobiles que l’un d'eux peut, à volonté, ‘changer de position et s'appliquer contre les autres à la manière ‘d'une pince ; l’ongle est en même temps plat et ne recouvre que le ‘dessus de l'extrémité des doigts, dont la face inférieure ressemble à une pelote molle; enfin, la main tout entière peut tourner sur l'avant-bras pour se diriger tantôt en dedans, tantôt en dehors.
Les pattes du cheval peuvent être prises pour exemple du mode ‘de conformation des membres destinés à servir uniquement à la ‘course , et la main de l’homme comme exemple du mode de con- “formation de ces mêmes organes , lorsqu'ils sont destinés par la mature à servir uniquement à la préhension et au toucher. Mais, ‘entre ces deux extrêmes , il existe un grand nombre de degrés in- ‘termédiaires, et chez beaucoup de mammifères les pattes servent ‘en même temps à la course, à la préhension et au toucher, et remplissent d'autant mieux l'une ou l’autre de ces fonctions que leur conformation se rapproche davantage de l’un ou de l’autre des deux modes de structure dont nous venons de parler.
Les mammifères qui grimpent le nueux ont en général les pattes plus ou moins semblables à notre main, et propres à saisir les objets ; il en est cependant qui, à l'aide d'ongles très aigus, peuvent monter aux arbres en s’y accrochant seulement, bien que leurs doigts ne soient ni longs, ni très flexibles , ni opposables entre eux. La plupart de ces animaux ont une longue queue dont ils se servent comme d’un balancier, et quelquefois même cet organe est assez flexible pour s’enrouler autour des branches et pour tenir lieu d’une ‘espèce de main (exemple, certains singes; voy. pl. 7, fig. 8 et 9).
On remarque aussi des différences dans la conformation des membres, suivant que l'animal est destiné à courir ou à sauter ; dans ce dernier cas, la longueur des membres postérieurs l’emporte, en général, de beaucoup sur celle des membres antérieurs { exemple : le lapin et surtout le kanguroo; pl. 9, fig. 11, et la gerboise, pl. 40, fig. 44).
… Lorsque les pattes doivent servir à l’animal pour fouir la terre, elles sont courtes (ce qui leur donne plus de force), larges et armées
9% ZOOLOGTE.
d'ongles puissants et d’une forme particulière. Les taupes $ont, de tous les mammifères , ceux dont les membres thoraciques sont le mieux conformés pour cet usage (pl. 8, fig. 10). *
Pour que les membres soient conformés d' une manière favori à la natation, ils doivent étre courts et larges, afin de frapper l'eau avec -plus de force et d'agir sur une plus grande surface! Aussi, chez les mammifères dont la vie est complétement aquati= que, ces organes ont-ils la forme de grandes palettes qui ressems blent extrêmement aux nageoires des poissons ; le bras et l'avant bras deviennent si courts , que le pied semble attaché immédiatement au corps, et les doigts sont tous cachés sous une peau commune (pl. 12, fig. 6, etc.). Quand l'animal doit se servir de ces nageoires pour se traîner sur le sol, leur conformation se rapproche un peu plus de celle de la patte d’un quadrupède ordinaire (pl. 9, fig. 7). et lorsque les membres doivent servir principalement à la course, sans cesser cependant d’être bien appropriés à la nage , les doigts sont simplement réunis par un repli lâche de la peau, appelé palmure, qui se tend lorsqu'ils s’écartent, et donne ainsi à la patte la largeur nécessaire.
Enfin, lorsque les membres des mammifères sont conformés pour servir au vol, ils présentent aussi une disposition particulière ; les membres thoraciques deviennent très longs, les doigts surtout s’allongent d’une manière démesurée et soutiennent un repli de la peau des flancs, comme les baleines d’un parapluie en tendent le taffetas. Les chauves-souris nous présentent ce mode d'organisation ; leurs mains sont de la sorte transformées en de véritables ailes (pl. 8, fig. 1 et 3).
Nous ajouterons encore que quelques mammifères dont les membres sont conformés pour courir ou pour grimper seulement, peuvent aussi se soutenir un peu dans l'air à l’arde des replis de la peau qui S étendent entre les pattes antérieures et postérieures , et qui constituent ainsi une espèce de parachute (pl. 40, fig. 3); maïs ce mode de conformation ne donne pas la faculté de voler réellement, comme la disposition dont 1l vient d’être question.
$S 410. Les mammifères sont, de tous les animaux, ceux dont l'intelligence est le plus développée, et ce sont aussi ceux dont le cerveau est le plus volumineux. Mais, à cet égard, ils présentent: entre eux des différences très grandes , et on remarque qu’en général ils sont d'autant moins favorisés sous ce rapport , qu’ils res semblent moins à l’homme, que leur front est plus fuyant et leur museau plus saillant. d
$ 441. Il existe aussi des différences très grandes entre we | divers mammifères, sous le rapport de leurs dents ; et, comme
| conformation de ces organes est toujours en rapport avec la nature | des aliments dont l'animal est destiné à faire usage, nous en dirons |quelques mots.
Quelques mammifères qui se dontlhent d'insectes mous euaid Ides fourmis), ou de très petits poissons qu'ils peuvent avaler en entier, sont privés de dents; mais chez presque tous les animaux decette classe, il existe des dents destinées à diviser les aliments. Lesmolaires sont généralement les plus utiles : aussi leur existence est-elle plus constante que celle des incisives ou des canines : celles-ci sont nécessaires pour saisir et dévorer une proie vivante , et ne manquent, par conséquent, chez aucun carnassier ; mais elles sont moins utiles aux herbivores, et les uns ou les autres manquent chez plusieurs des mammifères qui ont un régime végétal. Quelquefois aussi elles ne servent plus à la mastication , mais prennent un grand développement et constituent des défenses plus ou moins puissantes. La forme des denis molaires varie aussi suivant le régime de l’animal. Chez ceux qui se nourrissent de chair, elles sont comprimées , tranchantes , et disposées de façon à agir les unes contre les autres, comme le font les lames d’une paire de ciseaux (pl. 8, fig. 12); chez ceux qui vivent d'insectes, ces dents sont hérissées de pointes coniques , quise correspondent, de manière que les unes s'emboîtent dans les intervalles que les autres laissent entre elles (pl. 8, fig. 5) ; enfin, lorsque la nourriture de Ces animaux consiste principalement en fruits mous, ces dents sont simplement garnies de tubercules mousses (pl. 8 , fig. 6), et lorsqu'elles sont destinées à broyer des substances végétales plus ou oins dures, elles sont terminées par une large surface aplatie et rude comme celle d’une meule.
$ 112. Pour donner une idée nette des principales modifications de l'organisation chez les mammifères, il nous suffit de faire connaître quelques unes des espèces principales. $ 113. L'Homue , comme nous l’avons déjà dit, appartient à cette ‘classe ; son organisation ne diffère même que très peu de celle d’un: “#rand nombre d’autres mammifères ; les fonctions de la vie de nutrition s’exécutent de la même manière chez eux et chez nous, et la structure des organes de nos sens ne présente que peu de particularités ; mais cependant l’homme se trouve à une distance immense de tous. les autres animaux , et ce qui l'en distingue surtout, c’est l'intelligence admirable dont la nature l’a doué: Les principales différences physiques qui distinguent l’homme \SOnt : | | 4° Le grand développement de son cerveau , d’où résulte la saillie de son front.
2e La conformation de ses mains. Les membres thoraciques de l'homme sont disposés de la manière la plus favorable pour l'exer=. cice de leurs fonctions comme organes de préhension et de toucheré les doigts sont longs et flexibles ; ils ont tous des mouvements sé= parés, ce qui n’a pas lieu chez les autres animaux, même chez ceux qui sont pouvus de mains. Le pouce, qui leur est opposable, est plus long à proportion que chez les singes, et par conséquent peut s'appliquer plus facilement contre extrémité de la face palmaire des autres doigts et mieux saisir les petits objets. Les ongles ne garnissent que la face dorsale de l’extrémité des doigts et sont larges et plats, de façon à prêter un appui au tact sans lui ôter rien de sa délicatesse ; enfin, la main en entier peut exécuter les mouvements de rotation les plus étendus.
3° Sa position verticale et bipède. Chez tous les Mmammiféresl l’homme excepté, les membres antérieurs servent aux mêmes usa ges que les membres postérieurs et sont toujours employés à la locomotion , lors même qu’ils sont conformés de manière à pouvoir agir en même temps comme organes de préhension ; chez l’homme, au contraire, les membres postérieurs servent exclusivement à la station et à la locomotion, tandis que les membres antérieurs restent libres pour agir comme instruments de préhension et de toucher ; différence qui suffirait déjà , à elle seule , pour leur faire remplir leurs fonctions avec un degré de perfectionnement bien supérieur à tout ce qu'on voit chez les singes et les autres mammifères. La position verticale qui, sous une foule d’autres rapports encore, est si favorable à l'homme, a été considérée par quelques auteurs comme ne lui étant pas naturelle et comme étant seulement le résultat de l'éducation ; mais c’est une erreur. Quand même il le voudrait, l’homme ne pourrait marcher habituellement sur ses quatre membres : il est de tous les mammifères celui dont les membres postérieurs sont conformés de la manière la plus favorable pour servir de soutien au corps, et tout dans son organisation est disposé pour la station verticale. En effet, le pied est très large et disposé de façon à appuyer sur le sol, dans presque toute l'étendue de sa surface intérieure : les divers os qui le forment sont solidement unis entre eux, et la jambe pose verticalement sur lui; le talon fait une saillie consibérable en arrière de cette articulation à le genou peut s'étendre complétement, de façon que le poids du corps se transmet directement du fémur au tibia ; les muscles qui étendent le pied et la cuisse sont remarquables par leur volume et leur force ; le bassin est beaucoup plus large que chez les autres animaux , Ce qui, en écartant les cuisses et les pieds, augmente l'étendue de la base de sustentation. Enfin , la tête est presque en
équilibre sur le tronc , parce que son articulation est placée sous Je milieu de sa masse , et les yeux sont dirigés en avant précisément dans la direction où ils doivent lui être le plus utiles.
| La position horizontale serait au contraire extrêmement incom- | mode pour l'homme , car alors son pied de derrière , court et presque | inflexible , et sa cuisse trop courte, ramèneraient son genou contre | terre, tandis que ses membres antérieurs seraient trop flexibles et | trop écartés pour lui fournir un appui solide ; la position de la tête, | son poids et l'absence du ligament cervical qui, chez les quadru- | pèdes , sert à soutenir cette partie du Corps , ne lui permettraient | pas de la tenir relevée, et ses yeux, dirigés contre terre, ne lui | serviraient pas à voir devant lui. Mais cette position ne serait pas seulement gênante, elle serait impossible à conserver longtemps , car les artères qui vont au cerveau de l’homme ne se subdivisent |point comme dans beaucoup de quadrupèdes, et leur volume |étant très considérable, le sang se porterait avec tant de force dans cet organe délicat, qu’il en résulterait des apoplexies fré- | quentes. vo)
| L'homme est le seul mammifère vraiment bimane et bipède. Les singes, qui, sous beaucoup d’autres rapports , lui ressemblent extrêmement , ont bien les membres antérieurs disposés comme les siens , mais leur pied est très différent ; c’est une véritable main, propre à saisir et à grimper, tandis que notre pied ne peut, en aucune façon , servir d'organe de préhension, car ses doigts sont |peu flexibles , et le pouce, qui est plus gros que les autres doigts et placé sur la même ligne, ne leur est point opposable.
&° La perfection de son appareil vocal. C’est le seul animal de cette classe qui puisse articuler des sons, et c’est à cette faculté qu'il doit la parole. é
Mais l’homme , qui est si favorisé du côté de l'intelligence et de adresse , ne l’est point du côté de la force. Sa vitesse à la course lest beaucoup moindre que celle des animaux de sa taille , et la nature ne l’a doué d'armes n1 pour attaquer ni pour se défendre. Une | grande partie de son corps n'a même pas de poil pour le protéger contre l’intempérie des saisons , et 1l est, de tous les animaux, celui qui est le plus longtemps à prendre les forces nécessaires pour \ se.suffire à lui-même.
Si le Créateur n'avait donné à l’homme l'instinct de la sociabilité | et la puissante intelligence qui le distingue , il aurait été un des | êtres les plus misérables qui habitent la surface de la terre , et pro- | bablement sa race en aurait bientôt disparu; mais cette impulsion | instinctive, jointe au sentiment de sa faiblesse, l’a porté à vivre | associé avec ses semblables , et ses facultés intellectuelles lui ont
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98 s) AE ZO0LOGIE. Le 1
permis tofs de tirer pa ti de tout ce qui l'entourait , pour à assurer” sa subsistance et son bien-être. à
Les détails dans lesquels nous sommes entrés relativement à lai structure de l’homme, en traitant de la Physiologie et de l'Anato= mie , nous permettent de ne pas revenir ici sur l’ensemble de som” organisation.
$ 11 4. Il n'existe dans le genre humain qu’une seule espèce ; rail cependant tous les hommes sont loin de se ressembler, et les prin* cipales différences qu'ils présentent se transmettent , sans interrup= tion, de génération en génération : aussi ne peut-on se refuser à admettre, dans cette espèce unique, plusieurs variétés bien distinctes.
Les peuples qui habitent l’ancien monde paraissent apparte=" nir à trois variétés principales désignées par les naturalistes sous le nom de race Caucasique, de race Mongolique et de race Ethio= pique.
La vaRIÉTÉ CAUcAsIQUE se distingue par la beauté de l’ovale que forme sa tête, par le développement de son front, la position horizontale de ses yeux, le peu de saillie de ses pommettes et de ses mâchoires , ses cheveux lisses et la couleur blanche, où du moins blanchôtre de sa peau ; elle est remarquable aussi par sà perfectibilité, car c’est elle qui a donné naissance à tous les peuples les plus civilisés de la terre. Elle occupe toute l’Europe, l'Asie occidentale jusqu'au Gange et la partie la plus septentrionale de l'Afrique ; mais on la croit descendue primitivement des montagnes du Caucase, situées entre la mer Caspienne et la mer Noire, et c ‘est en raison de cela qu'on l'appelle Caucasique.
La variéré Moncozique diffère à plusieurs égards de la variété Caucasique : ici la face est aplatie ; le front bas, oblique et carré: les pommettes saillantes ; les yeux étroits et obliques : le menton légèrement saillant ; la barbe grêle ; les cheveux droits et noirs, et la peau olivâtre. Les langues propres aux races Mongoliques ont aussi des caractères qui leur sont communs, et qui les séparent nettement de celles appartenant aux peuples Caucasiques : les mots qui les forment sont tous monosyilabiques.
Cette variété de l'espèce humaine est répandue à l’orient des réè gions occupées par les races Caucasiques ; on la rencontré d’abord dans le grand désert de l'Asie centrale , où se trouvent les Calmoucks et d’autres tribus Mongoliques encore nomades: presque toutes les
peuplades de la partie orientale de la Sibérie lui appartiennents, mais la nation la plus remarquable formée par les hommes de cette race est celle des Chinois , dont le vaste empire a été, de toutes les: -parties du monde, le plus anciennement civilisé. La Corée, le Ja»
:"VmRr , LIN ”
A. VERTÉBRÉS = MAMMIFÈRES. 99 pon, les îles Philippines, les îles Mariannes, les Îles Carolines et toutes les autres terres qui s'étendent aû nord de l'équateur, depuis le premier de ces archipels jusqu'au 472€ degré de longitude orientale, sont aussi peuplées par des races Mongoliques. Enfin , les habitants des îles Aléutiennes et de la partie voisine de la côte OC— cidentale de l'Amérique, se rapportent aussi à cette grande division de l'espèce humaine.
. Les Malais , qui occupent l’Inde au-delà du Gange et une grande partie de l'archipel Asiatique, constituent , suivant quelques naturalistes , une variété distincte de la Mongolique et de la Caucasique; mais la plupart des auteurs les regardent comme provenant d'un mélange de ces deux races.
Enfin, les races Mongoliques paraissent s'être étendues dans les régions hyberboréennes des deux hémisphères, car c’est avec elles qu'ont le plus d’analogie toutes les peuplades abâtardies que l’on rencontre depuis le cap Nord en Europe jusqu'au Groënland, et que l’on connaît sous le nom de Lapons , de Samoïèdes , d’Esquimaux , etc.
Une troisième branche bien distincte de l'espèce humaine est la VARIÉTÉ Ermiopique ou NÈçre , caractérisée par son crâne comprimé , son nez écrasé, ses mâchoires saillantes, ses grosses lèvres, ses cheveux crépus et sa peau plus ou moins noire. Elle est confinée au midi de l'Atlas , et paraît se composer de plusieurs races bien distinctes, telles que la Mosambique, la Boschimanne et la Hottentote.
… La population primitive de l’Australasie et des archipels nombreux de l'Océanie est aussi une race noire, qui a beaucoup d’analogie avec celle des nègres Mozambiques, mais dont les cheveux, quoique rudes , sont lisses ; du reste, ces peuplades barbares et misérables, auxquelles on a donné le nom d’Alfourous, ne sont encore que peu connues.
Enfin, les indigènes de F Amérique sont regardés par la plupart des naturalistes comme ne pouvant être rapportés à aucune dés trois variétés de l'espèce humaine dont l’ancien monde est peuplé. Ils sont en général remarquables par leur teint rouge de cuivre, leur barbe rare et leurs cheveux longs et noirs ; mais ils diffèrent beaucoup entre eux. Les uns ont la plus grande analogie avec les races Mongoliques de l’Asie; d’autres , au contraire, se rapprochent un peu des formes européennes. Leur nez est aussi saillant que le nôtre , et leurs yeux sont grands et ouverts. | À 115. Les Siérs sont, de tous les mammifères , ceux qui res |semblent le plus à l’ homme ; mais ils ont des mains aux membres abdominaux , aussi bien qu ‘aux membres thoraciques , et par con-
séquent au lieu d’être des bimanes, ce sont des quadrumanes. IIS sont essentiellement frugivores , et leurs dents ont la glus grande similitude avec celles de l’homme; leurs molaires sont tubercu-? leuses comme les nôtres , et leurs incisives , au nombre de quatre” à chaque mâchoire ; mais leurs canines sont beaucoup plus lon gues. Ce sont des animaux de moyenne ou de petite taille, dont leu crâne est presque toujours arrondi , le museau médiocrement pro longé, le cou court, le corps svelte et les membres grêles et longs (pl. 7, fig. 4). Ils sont couverts d’un poil assez serré, longl et soyeux ; néanmoins leur ressemblance avec l’homme est quel-n quefois extrême , et il en est qui, dans le jeune âge, n'ont pas law ligne faciale notablement plus oblique que beaucoup de nègres ;" par les progrès de l’âge, leur museau devient toujours beaucoup plus saillant, et chez quelques singes cette partie de la face se dé, veloppe au point de ressembler à celle d’un chien (fig. 7). Les. gestes et les allures de ces animaux ont souvent beaucoup d'ana=. logie avec les nôtres. Plusieurs se tiennent facilement dans une position presque verticale, surtout lorsqu'ils peuvent s’aider d'un’ bâton comme nous nous servons d’un canne, et on en voit qui marchent de la sorte, mais ce n'est jamais d'une manière aussi sûre que l'homme ; ils sont au contraire admirablement bien organisés: pour grimper de branches en branches. La longueur et la flexibilité de leurs membres, l’existence d’une main à l'extrémité de tous ces organes, la grande énergie de leur système musculaire , leur permettent de déployer alors une agilité étonnante, et la nature a en outre pourvu plusieurs de ces animaux d’une longue queue préhensible , qui leur sert comme une cinquième main, pour se suspendre aux branches , se balancer dans les airs et prendre leur élan , lorsqu'ils veulent sauter d’un arbre à un autre.
Les Singes sont propres aux pays chauds ; une seule espèce vit sauvage en Europe, sur les rochers de Gibraltar, et, chose très’ remarquable, ceux du Nouveau-Monde ent tous des caractères qui les distinguent de ceux de l’ancien continent.
On donne aussi le nom de quadrumanes à quelques autres mammifères dont l’organisation est très analogue à celle des Singes; les Ouistitis et les Makis, par exemple. |
$ 116. Le chien, le chat, le lion et les autres mammifères carnas® siers présentent des caractères qui ne permettent de les confondre, ni avec ceux dont 1l vient d’être question, ni avec les insectivores, es rongeurs, etc. De même que les bimanes et les quadrumanes, ils: sont onguiculés, c'est-à-dire pourvus de petits ongles et non de sa= bots ; et leur bouche est armée de trois sortes de dents; mais ils” n'ont pas le pouce opposable aux autres doigts ; et leurs dents”
molaires sont tranchantes et propres à couper de la chair (pl. 7, fig. 9).
D'après le genre de vie de ces animaux, on peut prévoir que leur canal intestinal doit être moins volumineux et moins long que chez les mammifères qui se nourrissent de substances végétales. Les carnassiers, pour saisir et dévorer une proie, qui souvent se débat contre eux, ont besoin d’une force considérable dans leurs .mâchoires : aussi les muscles servant à rapprocher ces organes sont-ils très volumineux, ce qui donne à la tête de ces animaux beaucoup de largeur. En général, leurs mâchoires sont très courtes, . et le mode d’articulation de cet os avec le crâne indique aussi que les dents sont destinées à couper la chair, mais non pas à broyer de l'herbe ou des racines; l'articulation est dirigée en travers et serrée comme un gond , de façon à s'opposer à tout mouvement latéral, et à ne permettre à la bouche que de s'ouvrir et de se fermer, comme le feraient des branches de ciseaux. Les dents canines sont grosses, longues et écourtées entre elles; les incisives, au nombre de six à chaque mâchoire, sont petites ; enfin les molaires sont tantôt entièrement tranchantes, tantôt mêlées seulement de tubercules mousses, et ne présentent jamais de pointes coniques disposées comme chez les insectivores (pl. 7, fig. 9). L'une des dents grosses molaires est ordinairement beaucoup plus grande et plus tranchante que les autres, et porte le nom de dent carnassière; derrière elle se trouvent une ou deux dents presque plates, que l’on appelle tuberculeuses, et entre elles et les canines, un nombre variable de fausses molaires. La forme et la disposition de ces diverses dents sont en rapport avec les habitudes plus ou moins carnassières de ces animaux. Ceux qui vivent le plus exclusivement de proie ont les dents les plus tranchantes et les mâchoires les plus courtes (ce qui en augmente la force), tandis que ceux qui se nourrissent de substances végétales aussi bien que de chair ont les dents, en majeure partie, tuberculeuses : aussi peut-on juger du régime plus ou moins carnivore de l'animal, par la proportion de ces parties tranchantes et tuberculeuses.
Les animaux de cet ordre ont, en général, les pattes armées d'ongles crochus et propres à retenir ou même à déchirer leur proie ; il est aussi à noter qu'ils manquent presque complétement de clavicules. Ce mode d'organisation se rencontre dans le genre Chat, les Hyènes, les Putois , les Martes, les Loutres, les Chiens, les Blaireaux , les Ours, etc.
8 117 He genre Cia, que l'on peut considérer comme le type des carnassiers, comprend non seulement les Chats ordinaires, mais aussi les Tigres , la Panthère, le Lynx, etc. Ce sont de tous
les carnivores les plus fortement armés : leurs mâchoires , courtess, sont mues par des muscles prodigieusement forts; leurs ongles rétractiles, qui se cachent entre les doigts dans l’ état de repos par l'effet de ligaments élastiques , ne perdent jamais leur pointe mh leur tranchant. Leurs doigts sont au nombre de cinq aux pieds de devant et de quatre à ceux de derrière. Ils ont l’ouïe excessivement fine, et c'est le plus développé de leurs sens. Leur vue ne paraît pas avoir une portée très longue, mais ils voient bien le jour et la nuit ; leur pruneile se dilate et se resserre suivant la quantité de lumière : chez les uns elle est allongée verticalement, chez les autres elle est ronde. Ils font grand usage de leur odorat ; ils le consultent avant de manger, et même toutes les fois qu une cause quelconque vient leur donner de l’inquiétude. Leur langue est revêtue de pointes cornées très rudes. Leur pelage est en général doux et fin, et toute la surface du corps très sensible au toucher ; leurs moustaches surtout paraissent être le siége d’impressions très délicates. Doués d’une vigueur prodigieuse, ils n’attaquent cependant pas les autres animaux à force ouverte; la ruse et l'astuce dirigent tous leurs mouvements. [ls ne forcent jamais leur proie à la course, mais, cachés le plus souvent dans un repaire touffu , près des sources d' eau vive, ils y attendent l'animal qui vient se désalté= rer, et fondent d'un seul bond sur leur victime.
À la tête de ce genre se place le Lion, long de cinq à six pieds, de l'extrémité du museau à l’origine de la queue, haut de trois à quatre, et caractérisé par sa tête carrée, le flocon de poils qui termine sa longue queue , la crinière qui revêt la tête, le cou et les épaules chez le mâle. C’est le plus puissant des animaux carnassiers. Sa force est telle , que d’un seul coup de pied il brise les reins d'un cheval, et que, d’un coup de queue, il terrasse l'homme le plus robuste. Il peut franchir d’un seul bond un espace de trente pieds, et sans peine il traîne les plus gros bœufs à de grandes distances. Autrefois répandu dans les trois parties de l’ancien monde , il paraît aujourd hui presque confiné dans l'Afrique et quelques parties voisines de l'Asie.
L'animal que quelques auteurs appellent le Lion d'Amérique est une autre espèce du genre Chat, nommé Couguar ; qui est propre au Nouveau-Monde. #
Le Tigre royal ou Tigre d'Orient est un animal plus redoutable encore que le Lion, car il l’égale en taille et en force , et le surpasse en férocité ; son poil est ras et jaune en dessus avec des raies transversales noires. Il habite les Indes , et y occasionne les plus grands ravages.
Le Jaguar, qui est presque aussi grand que le Tigre royal et
| presque aussi dangereux, habite les grandes forêts d'Amérique ; | son pelage est jaune en dessus, avec quatre rangées de taches | noires en forme d'œil le long des flancs, et blanc rayé de noir en dessous. On le distingue quelquefois sous le nom de Tigre d’A- | mérique, et les fourreurs l’appellent la grande Panthère. , . La Panthère , si remarquable par la beauté de son pelage fauve, à taches noires en forme de roses, est répandue dans toute l’'A- | frique et dans les parties chaudes de l’Asie ; elle ressemble beau- | Coup au Léopard qui habite les mêmes régions. | » On donne le nom de Lynx à une autre espèce de Chat, remar- | quable par le pinceau de poils qui surmonte ses oreilles; son pe- | dage est roux, tacheté de roux brun ; il est indigène de l'Europe tempérée, mais il a presque entièrement disparu des contrées peuplées ; on le trouve encore dans les Pyrénées, les montagnes du royaume de Naples et en Afrique. Il grimpe sur les arbres les plus élevés des forêts, et s'y tient caché entre les branches pour épier sa proie. Il commet des dégâts considérables parmi les troupeaux, et détruit un grand nombre de lièvres et de bêtes fauves; sa vue est tellement perçante, que les anciens lui attribuaient la faculté de voir à travers les pierres des murs; cela est évidemment faux, mais il paraît qu'il distingue sa proie à une distance beaucoup plus grande que la plupart des carnivores.
… Le Chat commun est originaire de nos forêts d'Europe. Dans “Son état sauvage, il est gris-brun avec des ondes transverses plus foncées , le dessus pâle, le dedans des cuisses et des quatre pattes jaunâtre , la queue annelée de noir. En domesticité il varie, comme comme chacun le sait, en couleur, finesse et longueur de poils.
$ 148. Les Hyèwes (pl. 7, fig. 8) se distinguent des animaux du genre Cuar par le nombre de leurs doigts, qui est de quatre partout, par leurs ongles, qui sont propres à fouir et qui ne se relèvent pas pendant la marche, et par la disposition de leurs dents, dont la force æst si grande qu'elle leur permet de briser les os des plus fortes . proies. Leur queue est courte et pendante, et au-dessous de l’anus est une poche profonde, dans laquelle un appareil glanduleux séærète une matière visqueuse qui répand une odeur très désagréable. | Lep elage est rude, peu fourni, composé de poils longs, qui forment ne crinière sur le dos. Leur allure est des plus bizarres : elles tiennent leur train de derrière toujours beaucoup plus bas que celui de devant. Ce sont des animaux nocturnes, qui habitent les cavernes, et qui sont d'une voracité extrême; ils vivent de cadavres. et en cherchent jusque dans les tombeaux : ils ont une réputation de férocité qu'ils ne méritent pas. L'Hyène commune est originaire de
la Turquie asiatique, de la Syrie et de quelques contrées de l'A frique. Lo
$ 119. Les Putois, les Martes, les Loutres, et quelques autres carnassiers, se font remarquer par leur corps allongé, grêle et bas sur pattes; on les désigne quelquefois sous le nom commun de Carnassiers vermiformes, et ils sont caractérisés par l'existence” d'une seule dent tuberculeuse à chaque mâchoire ; tandis que chez les Chats et les Hyènes il n’y a pas de dent semblable à la mâchoire inférieure, et que chez les Chiens et les Civettes on en compte deux: Ils sont tous de petite taille ; mais ce sont des animaux très sanguinaires. |
Le genre Purois comprend le Putois commun, le Furet, la Be= lette, l’Hermine et plusieurs autres espèces, qui ont toutes la téêtem arrondie, le pelage brillant et doux, la queue longue et des glandes” anales qui sécrètent une matière fétide.
Les Marres ne diffèrent que peu des Putois, et sont également recherchées pour leur fourrure. La Fouine, qui ravage souvent n0$ basses-cours, appartient à ce genre.
Les Lourres ont la tête déprimée et les doigts palmés. Ce sons des animaux nageurs et nocturnes, qui habitent les bords des eaux, et vivent principalement de poissons.
$ 120. Le genre Carex comprend le Chien proprement dit , les Loups et les Renards. Tous ces animaux sont caractérisés par des particularités du système dentaire ; leurs pieds de devant ont CIingn doigts, et ceux de derrière quatre ; leurs ongles sont propres à fouir; leur vue est excellente, leur ouïe fine, leur odorat d’une subtilitém prodigieuse ; ils mêlent des végétaux à leur nourriture animale, el ils aiment la chair corrompue. Ce sont, en général, des animaux de taille moyenne, dont les proportions annoncent la force et l’agilité.
Le Chien domestique se distingue des autres espèces de ce genre par sa queue recourbée, et varie d’ailleurs à l'infini par la taille, da forme, la couleur et la qualité du poil. Cet animal naît les yeux fermés, et ne les ouvre que le dixième ou douzième jour. Les femelles: font de six à sept petits, et quelquefois douze. La vie du chien estn communément bornée à quatorze ou quinze ans. On en a vu cepeñi dant qui ont vécu jusqu'à vingt ans ; on reconnaît son âge pari dents, qui sont, dans la jeunesse, blanches, tranchantes et point 8, et qui deviennent mousses, inégales et de couleur noire à mesure quil vieillit.
Les chiens sont voraces et gourmands ; ils peuvent cependant se passer de nourriture pendant longtemps ; ils s ’accommodent: assez de toute espèce d'aliments, quoiqu'ils aient un goût particulier!
“pour la viande, et surtout pour les charognes. Leur estomac, doué “d'une grande énergie, digère très bien les os les plus durs et les plus compactes.
Le Chien court avec beaucoup de célérité, et peut fournir une longue route. Ayant les pores de la peau très serrés, 1l ne sue jamais, même dans les plus fortes chaleurs ; mais lorsqu' il est très échauffé il laisse pendre sa langue et la retire fréquemment, ce qui sert à le rafraîchir ; quand il est ainsi échauffé, il peut aussi se jeter dans l'eau sans en être incommodé. Il boit en lapant, de sorte qu'il enlève avec sa langue l’eau, qui, étant introduite ainsi peu à peu dans son estomac, s’échauffe de manière qu’il n’éprouve aucune incommodité par le froid subit qu'une masse d’eau avalée d'un trait produit dans l’intérieur du corps de l’homme lorsqu'il est très échaufté.
La grande sensibilité de l’odorat, dans quelques races de Chiens, leur donne un discernement que l’on ne rencontre dans aucune autre espèce d'animaux, sans en excepter l’homme. Cette sagacité se fait remarquer surtout dans la découverte et la poursuite du gibier. Le Chien saisit, souvent au bout de vingt-quatre heures, les traces odorantes dont le sol est imprégné, et il se dirige ainsi vers le gîte où se cache l'animal. On distingue pour la chasse deux prin- Cipales races de Chiens, dont l’une est dressée à poursuivre les animaux, et l’autre à les arrêter au lieu où elle les découvre. Le Chien est la conquête la plus complète que l’homme ait faite
Sur la nature; toute l'espèce est devenue notre propriété, et on a même perdu la trace de son état primitif. Les Chiens sauvages que l’on trouve dans plusieurs contrées sont des races domestiques qui ont recouvré leur indépendance depuis un certain nombre de générations, et repris par là quelques traits de l'espèce primitive. Des influences aussi puissantes que celles qui résultent de la diversité des climats, de la nourriture, etc., suffisent à peine pour expliquer les nombreuses modifications que le Chien domestique a | éprouvées, et qui forment ses différentes races : aussi a-t-on pensé | que nos Chiens n'avaient pas pour souche une seule espèce; mais | qu'ils venaient d' espèces différentes qu’on ne pouvait plus reconmaitre aujourd'hui à cause du mélange de leurs races. D’autres nsent que le Chien est un loup, d'autres encore un chacal appri- | VOi é : Mes Chiens redevenus sauvages , dans des îles désertes, ne ressemblent cependant ni à l’un ni à l’autre. Ces Chiens sauvages let ceux des peuples peu civilisés, tels que les habitants de la Nouvelle-Hollande, ont les oreilles droites, ce qui à fait croire que les faces européennes les plus voisines du premier type sont notre: | Chien de berger, ou notre Chien-Loup.
Le Loup commun se distingue facilement des Chiens domestiques par sa queue, qui est droite au lieu d’être relevée comme ist
derniers. Ses oreilles sont également droites (pl. 9, fig. 2), et. s pelage est fauve. Cet animal a la taille de nos plus grands Chien et la physionomie d’un Mâtin; mais, loin d’être comme eux un amis mal éminemment sociable, il vit presque toujours solitaire dans les grandes forêts, ne se réunit en troupe avec ses semblables que lors que la faim le presse. Il est très fort, agile, adroit, et pourvu dé tout ce qui lui est nécessaire pour la poursuite, l'attaque et la cons quête de sa proie; cependant il est naturellement lent et lâche, e ce n'est que lorsqu'il est poussé par la faim qu'il brave le dange et ose venir attaquer les animaux qui sont sous la protection du l'homme, comme les brebis, les moutons et même les Chiens Tourmenté par une faim excessive, il exerce de grands ravages :1" attaque les femmes, les enfants ; quelquefois même il ose se jeten sur l'homme. Il habite toute l'Europe.
Le Chacal, ou Loup doré, qui se trouve dans les parties chaude de l'Asie et de l'Afrique, ressemble par ses mœurs et par sa com: formation au Chien domestique bien plus que notre Loup commun Il se laisse apprivoiser.
Les Renaros diffèrent du Chien domestique et du Loup par leu tête plus large, le museau plus pointu, leur queue plus longue plus touffue , et par la forme des prunelles , qui, pendant le jour ressemblent à une fente verticale. Ils sont nocturnes , se creusen des terriers, répandent une odeur fétide, et n’attaquent que den animaux faibles. On en trouve des espèces dans toutes les partien du monde. Ceux des pays froids donnent une fourrure très recher chée.
Tous les carnassiers dont nous venons de parler, ainsi que “| sieurs autres, la Genette et la Civette, par exemple, ne marchepn que sur l'extrémité des doigts, en soulevant le tarse, disposition qu leur a valu le nom de Digitigrades , et qui leur donne une démarchi légère et beaucoup de rapidité à la course. Les Ours et les Blaireaw sont au contraire Plantigrades, c’est-à-dire qu'ils appuient de plante entière des pieds sur le sol; leurs mouvements sont Jen et ils mènent une vie nocturne. ET
$ 121. Les Ours sont de grands animaux à corps trapu, à mem bres épais, et à queue extrêmement courte; leurs allures sont trè: lourdes ; mais ils ont une force prodigieuse, et ont beaucoup d'intelligence. La conformation de leurs membres, peu favorable. 188 course, leur permet de se tenir facilement redressés sur leurs pattes de derrière, et de grimper avec agilité sur les arbres, qu'ilssems brassent entre leurs pattes. Quelques uns sont aussi très bons na:
è A. VERTÉBRÉS — MAMMIFÈRES. 107
geurs, et ils doivent en partie cette faculté à la quantité de graisse 4 leur corps est chargé. Ils sont , de tous les carnivores, ceux qui, par leur organisation, sont le moins astreints au régime carnassier ; en effet, la structure de leurs dents, presque entièrement tuberculeuses, est plus favorable pour broyer les fruits et les racines que pour déchirer et couper la chair : aussi sont-ils omnivores. Ils Isemourrissent également de substances animales et végétales ; mais ces dernières sont leur nourriture habituelle. Ils aiment les racines etlles fruits, et ils ont une préférence très prononcée pour le miel, qu'ils vont chercher au milieu d’une ruche, sans craindre beaucoup lapiqüre des abeilles, dont ils sont préservés par leur peau dure et 8 poils épais qui la couvrent. La plupart des Ours vivent dans les randes forêts ; mais il en est une espèce qui habite les côtes et les laces des mers polaires. Les premiers établissent d'ordinaire leurs
demeures dans des cavernes ou dans des antres qu'ils se creusent avec leurs ongles, forts et crochus ; en hiver, ils s’endorment dans leurs retraites , et, lorsque le froid est rigoureux, ils passent toute cette saison dans une léthargie profonde.
Be 122. Les Hérissons et les Musaraignes ressemblent beaucoup carnassiers, mais Sont organisés pour se nourrir d'insectes :
ssi leurs dents molaires, au lieu d’être tranchantes, sont-elles hies de pointes coniques propres à scier et à écraser ce genre aliment (pl. 7, fig. 7). Ces animaux constituent avec la Taupe ue poques autres petits mammifères un groupe naturel désigné us le nom d’Ixsecrivores.
D Hérissoxs ont le corps couvert de piquants au ver de poils, st la peau de leur dos est garnie en dessous de muscles tels, que ‘animal, en fléchissant la tête et les pattes vers le ventre, peut s’y enfermer comme dans une bourse, et présenter de toutes parts ses piquants à l'ennemi. Ils vivent dans les bois, et se tiennent cachés endant le jour entre les racines des vieux arbres. On en trouve assez communément en France.
| es Musaraienes (pl. 7, fig. 5) sont de très petits animaux dont l'aspect rappelle en général celui d'une souris ; leur corps est couvert de poils, et sur chaque flanc on leur trouve une petite bande Je soies roides, entre lesquelles suinte une humeur odorante. Elles se 5 ment dans des trous qu’elles se creusent en terre, et se nourrisse nt de vers et d'insectes La Musette est une espèce de Musaraigrie assez répandue dans nos campagnes , où on l’accuse, mais à tort, de causer par sa morsure une maladie aux chevaux et aux ets.
Les Taurss (pl. 7, fig. 6) sont des animaux essentiellement
souterrains et fouisseurs ; leur corps est trapu, leur museau allo et terminé par un boutoir mobile servant à percer la terre, et leur. membres antérieurs, très courts, mais extrêmement forts et larges, sont dirigés en dehors et terminés par d'énormes ongle propres à fouir. À l’aide de ces organes, les Taupes creuser dans le sol, avec une rapidité extrême et un art admirable, deA gues galeries, au milieu desquelles elles établissent leur demeure Les petites élévations qu’on voit souvent sur le sol, et qu'on aps pelle des taupinières, sont formées par les déblais que ces am maux rejettent au-dehors lorsqu'ils exécutent ces travaux souten rains. Îls ne sortent presque jamais de leurs labyrinthes, et nourrissent des vers et des larves d'insectes qu'ils y trouvent. Ml sont destinés, comme on le voit, à vivre dans une obscurité pri fonde : aussi leurs yeux sont-ils à peine perceptibles, et il exiss une espèce de Taupe qui est complétement aveugle. On leur comp vingt-deux dents à chaque mâchoire. La Taupe commune demi campagnes, qui est d'un beau noir, est répandue dans toutesfl contrées fertiles de l’Europe.
& 123. Les Chauves-Souris (pl. 7, fig. 2) ont beaucoup d'analops avec les insectivores ; mais au premier abord, elles semblent tenir tant de l'oiseau que du mammifere ; car elles sont pourvues, comm le premier, d’ailes puissantes, et elles sont organisées pour v@l dans les airs plutôt que pour marcher sur la terre; mais, Si On ex mine avec plus d'attention la structure de leur corps, on voit qu dans la réalité, elle ne diffère que très peu de celle des mammuifèr ordinaires, et que ces anomalies ne dépendent guère que de l'alle gement extrême de toutes les parties constituantes des membr antérieurs. Les ailes des Chauves-Souris ne sont en effet autre cho" que ces membres, dont tous les os, et ceux des doigts surtout (pl: fig. 4), sont devenus très longs et servent à soutenir un prolongs ment de la peau des flancs, comme les baguettes d’un parapli servent à en soutenir le taffetas. Du reste, ces organes ne sont destinés uniquement à la locomotion aérienne comme le sont les ail des oiseaux : lorsqu'ils sont reployés, ils servent aussi à l’anim pour ramper ou pour se suspendre à quelque corps saillant (pl fig. 3), et, à cet effet, ils ont le pouce libre, court et'armé dt ongle crochu, comme celui de la plupart des autres’mammifèren tandis que les autres doigts s'allongent outre mesure, perdentlen dernière phalange ainsi que les ongles, et sont enveloppés dans! repli de la peau, qui s'étend des côtés du cou aux pattes post rieures, ou même jusqu'à la queue. Les membres postérieurs C0 servent leurs dimensions ordinaires et sont très faibles : aussi |
ieds de derrière sont libres et pourvus de cinq doigts, petits, aux entre eux, et terminés par des ongles crochus. La marche stextrémement pénible pour ces animaux, et a lieu au moyen l'ane suite de culbutes obliques qui les fatiguent beaucoup : aussi fnt-ils recours à ce mode de progression que lorsqu'ils y sont cés. Lorsqu'ils veulent changer de place, ils le font en volant, et squ'ils veulent se reposer, ils s’accrochent à quelque corps sailint, afin de pouvoir prendre plus facilement leur élan.
Les Chauves-Souris sont des animaux nocturnes, qui fuient la imière ; pendant le jour elles dorment cachées dans des cavernes : “quelque autre endroit obscur, et ne sortent qu'à la brune. En hir, elles tombent dans un sommeil léthargique , qui dure souvent -ndant toute la saison froide. Leurs yeux sont excessivement pets, mais leurs oreilles sont souvent très grandes , et l'espèce de ict qu'elles exercent, à l’aide de la surface membraneuse de leurs les, est si exquis, qu'elles peuvent se diriger dans tous les recoins > leurs labyrinthes, même après qu'on leur a arraché les yeux, par la seule diversité des impressions de l'air.
Le régime de ces animaux varie; tous ne vivent pas de sub- ‘ances animales : les uns sont frugivores , les autres insectivores. ‘On donne le nom commun de Carrroprères à la division de la lasse des mammifères comprenant ces singuliers animaux , et *S galéopithèques, qui sont moins bien organisés pour le vol. 8 124. Les Rats, les Lièvres, les Castors, etc., sont des mammi- “res onguiculés comme tous les précédents, mais ils sont conforés pour se nourrir d'une manière différente, et sont caractérisés ar des particularités dans la disposition de l'appareil dentaire. Ces animaux n’ont pas de dents canines, et on leur voit, à chaque màhoire, un vide entre les dents incisives et molaires (pl. 7, fig. 42). es premières sont remarquables par leur force, leur longueur, leur me arquée, et leur bord tranchant est taillé en biseau ; leur “ombre est presque toujours de deux seulement à chaque mâchoire, >: leur surface antérieure est ordinairement teinte en jaune plus ou noms foncé. Les dents molaires ont une couronne large, plate et raversée par des lignes saillantes qui rendent leur surface semblale à celle d’une meule (pl. 4, fig. 3). Enfin la mâchoire inférieure e ces animaux , au lieu de s’articuler avec le crâne par un condyle ransversal (ainsi que cela se voit chez les carnassiers ), y est unie ar un condyle longitudinal, qui ne permet de mouvements que l'avant en arrière : il en résulte que ces animaux ne peuvent se vervir de leurs dents, ni pour déchirer la chair, ni même pour ouper leurs aliments , et qu'ils sont réduits en quelque sorte à les mer ou à les réduire par un travail continu en particules très
déliées, et c’est de là que leur est venu le nom de Rongew
D'après ce mode d'organisation, les rongeurs devaient néce sairement être destinés à se nourrir principalement de substa végétales ; quelques uns sont omnivores (les Rats , par exem mais la plupart ne vivent que de fruits, d'herbes , d’écorces ou racines. ;
Presque tous ces animaux sont de petite taille, et, en gén leurs pattes postérieures sont beaucoup plus longues que les an rieures , de façon qu'ils sautent plutôt qu'ils ne marchent. Le Li vre nous offre un exemple de cette disposition, qui, chez quelques autres Rongeurs (les Gerboises), est portée si loin, que l'animal re: se sert plus que de ses pattes postérieures pour se poser et pour sauter.
Les Rongeurs du genre Rar sont caractérisés par quelques pars ticularités dans la disposition de leurs dents, et par leur queue lon gue et écailleuse. Ce sont des animaux de petite taille, qui se nous rissent principalement de substances végétales (telles que des graines et des racines); mais ils mangent aussi des matières anis males, et, lorsque la disette les pousse, ils se livrent des combats acharnés et se dévorent entre eux. Il y en a trois espèces qui sont devenues communes dans nos maisons, savoir : le Rat domestique, le Surmulot et la Souris.
Le Rat domestique n'était pas connu des anciens, et paraît être originaire de l'Amérique. On ignore l'époque de son introduction en Europe, mais on sait que, jadis, il existait en grand nombre dans les lieux que le surmulot occupe maintenant, après y avoir presque entièrement détruit cette espèce. Le Rat domestique est même devenu us animal assez rare à Paris, eton ne le trouve guère que dans les granges, où il fait sa nourriture du grain, de la farine, dun fruit et des légumes de toute espèce qui s’y trouvent. Son goût pour les matières animales est très prononcé, et il fait la chasse" aux jeunes animaux. Dans les maisons rurales où il se propage, l devient un véritable fléau , par les dommages qu'il cause en rongeant le linge , les harnais de cuir , le lard , en un mot tout cé qui lui tombe sous la dent. |
Le Surmulot est le plus grand de nos Rats ; il a sept pouces de long (la queue non comprise), et son pelage est brun-roussâtre. HN est aujourd'hui très multiplié en Europe, mais cependant il n'y a été introduit que dans le xvin® siècle. Les vaisseaux faisant le com merce avec l'Inde l'ont transporté en Angleterre, d'où il s'est r& pandu en France, dans toutes les autres parties de l'Europe, en Amérique , et enfin partout où les Européens ont fondé des colo
nies. Aux environs de Paris, les Surmulots sont très abondants*
dan “: Mitiée. Ils se creusent des terriers à peine assez profonde \pour contenir leur corps.
| La Souris est la plus petite des espèces de Rats qui vivent dans os habitations et elle est la seule qui fût connue des anciens. Ce tit animal creuse dans les planchers de nos maisons, et dans s vieilles murailles dont le plâtre se détache facilement des. eries plus ou moins longues où 1l fait sa résidence habituelle ; énourrit de toutes les substances animales ou végétales qu 1 sut atteindre, eta surtout du goût pour le suif, le lard et les autres fps gras. Quelquefois on en rencontre, à l’état sauvage, dans jes bois, où ils se nourrissent principalement de glands et de | faînes. |
D Lors sont de jolis petits animaux , à poils doux, à queue lue et même touffue, au regard vif, qui oht beaucoup d’ analogie vec les Rats, se tiennent sur les arbres, et se nourrissent de fruits. De même que les Marmottes (pl. 7; fig. 10) , ils passent la saison froide roulés en boule et dans un sommeil léthargique très profond. On peut les reconnaître au nombre de leurs dents molaires, qui t de quatre à chaque mâchoire et de chaque côté.
Les Écureuis appartiennent aussi à l'ordre des Rongeurs , et se mt reconnaître par leur longue queue garnie de poils comme une arge plume. Ce sont des animaux remarquables par leur agilité , qui vivent sur les arbres et qui se nourrissent de fruits. Il y en a beaucoup d'espèces dans les deux continents. En France, on rencontre en grand nombre l’Ecureuil commun, qui, dans nos climats, conserve toujours les couleurs que chacun lui connaît (le dos d’un roux vif et le ventre blanc), mais dans le Nord devient, pendant l'hiver , d’un beau cendré bleuâtre et porte alors le nom ‘de petitgris ; dans cet état sa fourrure est très recherchée.
Les Casrors se distinguent de tous les autres Rongeurs par leur grande queue aplatie horizontalement , de forme presque ovalaire et couverte d’écailles (pl. 7, fig. 11). Ce sont d'assez grands anip aux, dont la vie est toute aquatique ; leurs pieds et leur queue les ident également bien à nager ; ils vivent principalement d’écorces | r autres matières dures, et ils se servent de leurs fortes dents inciisives pour couper toutes sortes d'arbres.
Le Castor du Canada est (pl. 7, fig. 11), de tous les quadru- Ipèdes , celui qui met le plus d’ industrie à {a fabrication de sa dere, à laquelle il travaille en société, dans les lieux les plus sores du nord de l'Amérique.
“Ces animaux se trouvent toujours dans le voisinage des fleuves let des lacs ; l'été ils habitent des terriers qu'ils se creusent sur le rivage ; mais, pendant l'hiver , ils se retirent dans des huttes con
EX
struites avec le plus grand soin sur le bord ou au milieu des eaux | En général, ils choisissent des eaux qui soient assez profondes pou ar ne pas geler jusqu'au fond, et, autant qu ils le peuvent, des eaux: courantes, parce qu’ils coupent le bois nécessaire à leurs construc= tions, au-dessus du point où ils travaillent, et alors le courant 1! mène où ils veulent. Si l’eau est dormante, ils commencent immé” diatement leur bâtisse, mais si l’eau est courante, ils forment d'a bord une digue en talus pour soutenir l'eau à une égale hauteur“ cette digue est formée de branches entrelacées les unes dans les autres, dont les intervalles sont remplis de pierres et de limon , et crépis ensuite d'un enduit épais et solide ; elle a ordinairement di ou douze pieds d'épaisseur à sa base, et elle est quelquefois d’une étendue très considérable. Au bout de quelques années, elle st couvre ‘ordinairement de végétation et se change en une véritable haie. Les huttes se construisent contre la digue de la même manière qu'elle, mais avec moins de solidité ; chacune sert à deux ot trois familles et a deux étages: le supérieur à sec pour les ani maux, l’inférieur sous l’eau pour les provisions d’écorces dont ils se nourrissent. Il n’y a que cet étage qui soit ouvert au-dehors, € la porte donne sous l’eau sans avoir de communication avec k terre. Les travaux des castors ne se poursuivent que la nuit, mai ils se font avec une rapidité étonnante. Lorsque la saison des neige! approche, ces animaux se rassemblent en grand nombre et se met: tent à réparer les huttes qu'ils avaient abandonnées au printemps ou à en construire d'autres.
Le voisinage de l’homme empêche les Castors de se réunir ains
et de bâtir ; les Castors solitaires qu’on trouve dans les terriers lé long du Rhône, du Danube ou de quelques autres rivières d'Eu rope, ne se construisent jamais de huttes, mais paraissent cependant être de la même espèce que le Castor du Canada. S 125. Les Taious (pl. 8, fig. 2), les Pangolins, les Fourmiliers
et quelques autres mammifères qui se nourrissent d'insectes mous tels que des fourmis, manquent de dents sur le devant de la boucht et constituent un petit groupe auquel on a donné le nom d'ordre des Epentés.
$ 126. Les Onceués, ou les mammifères dont les doigts sont ent veloppés d'un sabot, sont des animaux herbivores, et presque tous sont de grande taille. Les uns ruminent les aliments, les au: tres digèrent de la manière ordinaire.
Ces derniers constituent l’ordre des PACHYDERMES, ainsi nomm
à raison de l'espèce de cuir dur et épais dont sont revêtus la plu: part d’entre eux ; ce sont les Eléphants, les Rhinocéros, les Hippopotames, les Sangliers , les Chevaux, etc. }
| M Le genre ELépnanr : Ce genre (pl. 7, fig. 13) comprend des | animaux d’une taille gigantesque , d’un naturel doux et docile qui | Jeur rend très faciles les habitudes de la domesticité. L'amplitude 1 que doivent avoir les alvéoles de la mâchoire supérieure pour “ contenir les deux défenses la rend si haute, et raccourcit tellement | les os du nez, que les narines se trouvent dans le squelette vers le | de la face; mais elles se prolongent dans l'animal vivant .en | une trompe cylindrique, composée de fibres et de plusieurs petits muscles diversement entrelacés , qui est mobile en tous sens et “ Se termine en dessus par un appendice en forme de doigt. Cette trompe , dont l'intérieur communique aux fosses nasales, sert à « l'Eléphant pour saisir tout ce qu'il veut porter à sa bouche , pour pomper la boisson et la lancer ensuite dans son gosier ; elle supplée ainsi à la brièveté de son cou. Au moyen de ce bizarre instrument, MEléphant déracine un arbre, défait les nœuds d’une corde et Wparvient à ouvrir une serrure et à écrire même avec une plume. “Ces animaux ont la vue assez bonne; leur ouïe est fine, leur odorat délicat ; ils possèdent de l'intelligence , et leur prudence est extrême : ils gardent le souvenir des bienfaits comme des “ojures. Leur allure est pesante, mais l'étendue de leur pas donne de la rapidité à leur course. Quoique l’Eléphant soit le plus vigoueux et le plus puissant des quadrupèdes , il n'est dans l’état de mature ni cruel ni redoutable. Non moins pacifique que brave, il m'abuse jamais de son pouvoir et n'use de ses forces que pour sa propre défense ; dans ses déserts, on le voit rarement seul. Les troupeaux sont ordinairement de quarante à cent individus. Le plus ancien marche à la tête de la bande, le second d'âge veille à l’armière-garde. On dompte les Eléphants lorsqu'on les saisit jeunes ; ils peuvent alors être employés aux transports. On les charge d’un poids de cent myriagrammes (ou environ deux mille livres), et on leur fait parcourir, sans trop les fatiguer , un trajet de soixante à lquatre-vingts kilomètres (quinze à vingt lieues). Ces animaux nagent très bien ; ils vivent à peu près deux cents ans. On connaît deux espèces d'Eléphants : 10 l'Eléphant des Indes, qui a la tête oblongue, le front concave , les oreilles d’une médiocre grandeur et quatre ongles aux pieds de derrière (pl. 7, fig. 13). ‘On le rencontre dans toutes les parties chaudes de l'Inde, où les Wmaturels le chassent, le prennent, le domptent, et l'emploient ‘comme bête de trait et de somme. Ses défenses restent souvent très courtes ; 2° l’Eléphant d'Afrique, qui a la tête ronde, le front con. exe ; ses oreilles sont grandes, et il n’a que trois ongles aux pieds de-derrière. Il habite l'Afrique, depuis le Sénégal. jusqu’au Cap. Il est plus farouche que celui des Indes, et ses défenses sont beaub 5 |
A1 ZOOLOGIE. te Coup plus longues; la femelle les a aussi longues que le mâle: Or n’est pas encore parvenu à dompter cette espèce. ‘4
Ce sont les défenses d’Eléphants qui fournissent le er ivoire ; on le reconnaît aux lignes courbes losangiques que prése la tranche lorsqu'elle est polie. ‘4
Les Hippoporames ont le corps énorme, les jambes très courtes quatre doigts égaux à chaque pied (tandis que l'Eléphant en cinq), la queue médiocre , le museau renflé et la peau presqua dénuée de poils. Ces animaux vivent dans les rivières du cent et du midi de l'Afrique, où ils se nourrissent de substances végé tales. Ils sont d’un brun noir, et atteignent jusqu’à dix ou onZ pieds de long sur quatre ou cinq de haut. On en voit quelquefoi trois ou quatre au milieu des rivières ou près de quelque cataractt formant une espèce de ligne et s’élançant sur les poissons que“ rapidité du courant leur amène. Ils nagent avec une grande wi gueur, et demeurent longtemps sous l’eau sans avoir besoin 4 respirer l'air. Pendant la nuit, ils quittent les rivières pour se jete sur les plantations de sucre, de millet, de riz, qu’ils dévoret avec avidité. [ls marchent avec une telle impétuosité, qu'ils écre sent tout ce qui se trouve sur leur passage. Leur caractère féroc les a rendus très redoutables.
Les Cocnoxs ont aussi quatre doigts à tous les pieds : mais de sont très grands , dirigés en avant, et deux très petits, extérieur ne touchent presque pas la terre. Leurs incisives sont en nomb variable , et les canines sortent de la bouche et se recourbent tout" vers le haut, comme de véritables défenses ; leur museau est tel miné par un boutoir tronqué, propre à fouiller la terre. Ils vivent troupes dans les forêts , où ils se nourrissent de racines et de fruit quoiqu’ils n'éprouvent pas de répugnance pour la nourriture an male.
Les Ruxocéros sont de grands animaux trapus et lourds, q sont remarquables par l'épaisseur extrême de leur peau et par corne solide qu'ils portent sur le nez, dont les os sont très épa et réunis en une sorte de voûte pour la soutenir. Cette corne ,4 nature fibreuse et cornée, adhère à la peau et semble être com posée de poils agglutinés ; dans son intérieur il n’y a pas d'an osseux comme dans les corps des ruminants. Ces animaux habiten les parties les plus chaudes de l’ancien continent , et se trouve généralement dans les lieux où vivent aussi les Eléphants. Ils " cherchent les endroits humides ombragés, et se vautrent, manière des Hippopotames et des Cochons , pour assouplir leur. k ; Leur intelligence paraît fort bornée , et leur naturel est farouche indomptable.
| "8 127. Le genre Cnevar, comprenant le Cheval proprement dit, J'Ane , le Zèbre, et plusieurs autres espèces , se distingue de tous | les autres mammifères par la conformation du pied, qui se ter- |mine par un seul doigt apparent , ga arni d’un seul sabot. Ces animaux, que l’on désigne aussi sous le nom commun de solipèdes , ont à chaque mâchoire six incisives tranchantes qui, dans la jeunesse de l'animal , ont leur couronne creusée d’une fossette , et de chaque côté six molaires. Les mâles ont de plus à la mâchoire supérieure , et quelquefois à toutes les deux, deux petites canines qu manquent presque toujours aux femelles. Entre ces canines et là première molaire est l’espace vide nommé barre, où l’on place le mors, au moyen duquel l’homme dompte et dirige ces animaux. Ils ont l'œil saillant, la prunelle en forme de carré long, l'oreille longue et mobile, les narines sans mufle, la langue très douce, l'ouie très fine ; leur lèvre supérieure, fort mobile, est pour eux un instrument de préhension; tout leur corps est couvert d’un poil bien fourni, avec une crinière sur le cou. Aux jambes de devant, À quelquefois à celles de derrière, on trouve souvent une partie que, cornée, qu'on appelle chätaigne ou noix; leur queue est mé- Hiocre, mais souvent garnie de longs crins. Les Chevaux sont essentiellement herbivores; leur estomac cependant est simple et médiocre. Le Cheval se contente des herbes les plus communes orsqu'il y est habitué de bonne heure. Il aime les pâturages secs : on le nourrit à l'écurie avec du foin, de la luzerne, du trèfle, de a vesce, de l’avoine ; la paille de froment , d'orge et d'avoine, lui onvient aussi lorsqu' il reçoit en même temps une portion de Jon foin et des grains.
Le Cheval proprement dit se distingue des autres espèces de ce xenre par la couleur uniforme de sa robe et par sa queue garnie le poils dès sa base. Il les dépasse aussi par sa taille et par ja eauté de ses formes.
Le Cheval, compagnon de l'homme à la guerre et dans les tra aux de l agriculture, des arts et du commerce, est le plus impor— ant et le mieux soigné des animaux que nous ayons soumis à notre: juissance. Il est originaire des grandes plaines du centre de l'Asie : mais, aujourd'hui, il est répandu en nombre immense dans presque toutes les parties du monde, et il n'existe plus à l’état sauvage Hue dans les lieux où des Chevaux domestiques ont recouvré b liberté, comme en Tartarie et en Amérique. L'importation de ces hnimaux dans le Nouveau-Monde ne date que de trois siècles, et Lependant les Chevaux sauvages y sont en nombre immense. ‘On hsSure les y avoir rencontrés par troupes de plus de dix mille individus.
Le Cheval peut vivre environ trente ans; mais, dans sa id lesse , il perd presque toutes ses qualités précieuses. Avant l’âge de quatre ou cinq ans il ne peut être monté ni employé au t on voit donc qu’il importe beaucoup de pouvoir distinguer a certitude l’âge de ces animaux. Jusqu'à l’âge d'environ huit a on y parvient avec certitude à l’aide des changements successifs s “opérent dans leur système dentaire ; mais passé cette époque, 0x n’a aucun signe bien positif de leur âge, et on dit qu ‘ils ne mars quent plus, parce qu'alors les fossettes dont leurs incisives étaienn creusées sont effacées. |
L’Ane se reconnaît par sa taille, en général plus petite que cell du cheval, par ses longues oreilles, par la croix noire qu'il a Su les épaules , par la touffe de poils qui termine sa queue. Quoiqu« moins fort que le cheval, il n’est pas moins précieux que lui pou les habitants de la campagne, parce qu'il est plus patient et plun sobre. Il est comparativement plus fort et plus hardi que son heu" reux rival. Sujet à beaucoup moins d’infirmités, il soutient sa vie très peu de frais. Il n’est difficile que pour sa boisson : il lui faim une eau claire et limpide. Il est trois ou quatre ans avant de prend toute sa croissance, et pousse sa carrière jusqu'à vingt ou vingf cinq ans ; il dort moins que le cheval. Dans ses premières annéem il est vif, animé ; mais les mauvais traitements lui font bienf perdre sa vivacité : il devient lent, stupide et têtu.
Le lait d'Anesse, qui a une grande analogie avec le lait de 1 femme, est considéré comme un aliment ou comme un remèdes" lutaire dans quelques maladies, telles que la phthisie pulmonair"
$128. Les Rumixanrs sont remarquables par la structure de le appareil digestif : ils ont quatre estomacs (pl. 8, fig. 3 et 4). Le pres mier et le plus grand se nomme la panse, le second est appelés bonnet, le troisième le feuillet, et le quatrième la caillette. Ces animaën sont tous essentiellement herbivores, et lorsqu'ils mangent, ils axés lent d’abord leurs aliments sans les avoir mâchés. Ces substances pes nètrent alors dans la panse, et s’y accumulent ; mais, après y aW@ séjourné pendant un certain temps, elles sont ramenées danssh bouche pour être broyées et ensuite avalées de nouveau; qu elles redescendent dans l'estomac, elles n'entrent plus dans! panse ni dans le bonnet, mais vont de suite dans le feuillet, do elles passent dans la caillette. 1
Au premier abord, on s'étonne de voir des aliments pénétfen tantôt dans la panse et dans le bonnet, tantôt dans le feuillet, su vant que la déglutition se fait pour la première fois, ou quece substances ont été déjà ruminées, et on est tenté d'attribuer@ phénomène à une espèce de tact dont seraient douées les ouverture"
le ces diverses poches digestives ; mais il n’en est rien, et ce rékultat est une conséquence nécessaire de la disposition anatomique les parties. En effet, l’œsophage se termine mférieurement par une Pspèce de gouttière fendue longitudinalement qui occupe la partie pupérieure du bonnet et de la panse, et se continue jusque dans le feuillet. D’ordinaire, les bords de la fente dont nous venons le parler sont rapprochés, et alors la gouttière constitue un vériable tube qui mène de l'œsophage dans le feuillet; mais, si le bol “Himentaire avalé par l'animal est solide et un peu gros, il distend e tube et écarte les bords de l'ouverture qui fait communiquer lœsophage avec les deux premiers estomacs : les aliments toment alors dans ces poches; tandis que, si le bol alimentaire est nou et pulpeux, comme cela a lieu lorsque la mastication est comlète, les matières avalées coulent dans ce même tube sans écarter ss bords de la fente, et arrivent dans le feuillet.
C'est par ce mécanisme que les aliments non broyés que l'anijal avale pour la premiere fois s'arrêtent dans la panse et dans le onnet ; tandis qu'après avoir été mâchés une seconde fois et bien igérés, ils pénètrent directement dans le feuillet.
* Le mécanisme par lequel les aliments accumulés dans le prener estomac remontent dans la bouche est également très simple. Orsque la régurgitation commence, le bonnet se contracte et resse la masse alimentaire contre l’ ouverture, en forme de fente, ui termine l’œsophage ; celle-ci s’élargit alors de manière à saisir ne pincée de la masse alimentaire, la comprime, et en forme une etite pelote qui s'engage dans l'œsophage , dont les fibres se ontractent successivement de bas en haut, pour pousser ce noueau boi alimentaire jusque dans la bouche.
Les Ruminants sont de grands animaux peu intelligents, mais ui rendent à l’homme d'immenses services : ils lui fournissent resque toute la chair dont il se nourrit; leur lait nous donne jussi d'excellents aliments; leur graisse, qui est plus dure que elle des autres quadrupèdes , et qui porte le nom de suif, a de ombreux usages dans l’industrie et dans l'économie domestique ; Sur peau, préparée par le tannage, constitue presque tout le cuir "ont nous nous servons ; enfin , leurs cornes . leurs os, leur sang, t jusqu'à leurs intestins, dont on fait des cordes, nous sont utiles. Pendant leur vie, plusieurs de ces animaux , employés comme nêtes de somme, sont également précieux pour le commerce et sour l’agriculture.
Les principaux genres de Ruminants sont les Bœufs, les Mou- “ons, les Chèvres, les Cerfs, la Girafe et les Chameaux. 6129. Le genre Bœvur diffère des autres ruminants par la
forme du corps et par la disposition des cornes , lesquelles, revêtues. d’une gaîne cornée , et formées intérieurement par un prolongemenh de l'os du front , sont dirigées de côté, puis recourbées en "1. en avant en forme de croissant.
Les espèces principales sont : le Bœuf ordinaire, l’Aurochs, à | ginaires l’un et l’autre de l'Europe; le Buffle, le Yack , Qui SON propres à l'Asie; le Bison et le Bœuf musqué, qui appartiennent l'Amérique septentrionale.
Le Bœuf ordinaire, qui dans sa jeunesse est appelé Veau, et don le mâle porte le nom de Taureau, et la femelle celui de Vache, # pour caractère particulier un front plat, plus long que large, de cornes rondes, placées aux deux extrémités de la ligne saillanti qui sépare le front de l’occiput, et les quatre mamelles placée par paires. Aussi vigoureux que docile, le Bœuf est d'une grandi utilité pour l’économie domestique et pour l’agriculture, soi comme bête de trait, soit à raison des produits qu'il nous fournit Sa chair, qui est très succulente, constitue un de nos aliments le plus sains et les plus nourrissants. Sa peau, bouillie, donne de} colle-forte ; tannée, elle se change en cuir, et sert principalement faire des souliers ; les poils entrent dans la composition de certain mortiers, et servent de bourre ; les cornes sont employées par le tabletiers pour faire des peignes, des écritoires et autres ustensiles On brüle sa graisse; on fait d’excellent engrais avec son sang dont on se sert aussi pour fabriquer une couleur bleue très utiles connue sous le nom de bleu de Prusse ; ce sang est employé encor dans plusieurs arts chimiques, entre autres dans les raffineries d sucre et d'huile de poisson. La membrane qui couvre les intes tins, lorsqu'elle est séchée, forme ce qu'on nomme la baudruche,« est employée pour recouvrir les aérostats, et battre l'or en feuille très minces ; enfin le lait de la Vache donne la crème, le fromag et le beurre. Il y a des Bœufs dans toutes les parties du monde mais ces animaux sont originaires de l’Europe et de l'Asie.
L’Aurochs est le plus grand des quadrupèdes de l'Europe. Ile distingue de notre Bœuf domestique par son front bombé, plu large que haut, par l’attache de ses cornes au-dessous de la crêt occipitale, par une sorte de laine crépue qui couvre la tête et cou du mâle, et qui forme une barbe courte sous la gorge, enfi par une paire de côtes de plus. On voit donc que c’est à tort qu® a représenté l’Aurochs comme étant la souche de nos bêtes à cornes Il habitait autrefois toute l'Europe tempérée, mais aujourd'huiss:
race est presque détruite, et on n’en trouve plus que quelques ind vidus réfugiés dans les grandes forêts marécageuses de la Lihuese des Krapacs et du Caucase.
sk;
.| “Le Buffle, originaire de l'Inde et naturalisé en Italie et en Grèce, “à les cornes marquées en avant par une arête longitudinale. Il a - moins de docilité que le Bœuf ; mais il est plus robuste et plus facile à nourrir. [1 aime à se vautrer dans la fange, et il est excellent nageur : il plonge parfois jusqu’à dix ou douze pieds de profondeur pour arracher avec ses cornes quelques plantes aquatiques qu'il ange en nageant.
de Yack, aussi nommé Buffle à queue de chevalet Vache gro- "ynante de la Tartarie , est une espèce de petite taille , originaire du Al nbet. Il porte sur le ‘dos une longue crinière, et sa queue est gare de poils longs comme ceux du cheval. C'est avec cette queue “qu'on fait les étendards qui servent parmi les Turcs à distinguer les officiers supérieurs. On en peut voir plusieurs dans les galeries
à Muséum d'Histoire naturelle.
De Bœuf musqué habite les parties les plus septentrionales de l'Amérique , et grimpe sur les rochers presque aussi bien que les chèvres ; il est remarquable par ses cornes, presque réunies à leur base au-devant du front, et par l'odeur forte de muse qu'il répand.
Le Bison d'Amérique ressemble beaucoup à l’Aurochs, quoiqu'il
ait les jambes et la queue plus courtes, le poil plus long, et quel-ques autres différences plus légères.
…$ 130. Le genre Mourox se compose des Ruminants dont les cornes, organisées de la même manière que celles des Bœufs, sont d'abord dirigées en arrière et revenant ensuite plus ou moins en avant, en spirale ; ils manquent de barbe, et ont le chanfrein convexe ; du reste, ils diffèrent à peine des chèvres.
Une espèce de ce genre, l’Argali, dont le mâle a de très grosses ornes triangulaires à leur base, arrondies aux angles , aplaties en avant et striées en travers, semble devoir être considéré comme la souche de toutes les variétés de nos moutons domestiques; cet animal se trouve en grand nombre dans le Kamtschatka, dans toutes es régions montagneuses de l'Asie centrale, et sur les plus hautes montagnes de la Barbarie, de la Corse et de la Grèce. Il devient prud comme un daim ; ik est très agile.
| Le Mouflon, que l'on trouve en Europe , en Afrique et en Amérique, diffère de l'Argali en ce que sa taille ne devient jamais aussi grande ; sa femelle n’a que rarement des cornes , et lorsqu'elles l existent. elles sont très petites. Il y a dans les Mouflons des variétés qui sont noires en tout ou en partie, et d'autres plus ou moins blanches. Ces animaux vivent en troupes.
Le Mouton domestique, qui, dans sa jeunesse, porte le nom d’Aneau, et dont la femelle est appelée Brebis, est un animal trop
Cu
connu pour qu'il soit nécessaire d'entrer dans de longs détails sur ses mœurs et sur ses caractères zoologiques. On l'élève en trot peaux nombreux , pour en obtenir la toison, qu’on tond tous les ans, et dont les poils frisés se nomment laine. La graisse de cesr animaux, blanche et cassante, sert à faire la chandelle; c’est avees leurs intestins roulés et desséchés que sont fabriquées les cordes# boyaux; enfin leurs excréments, qui donnent un engrais très” chaud, contribuent puissamment à augmenter la fertilité des” terres. Les Brebis Mérinos qui se trouvent en Espagne sont remar quables par la finesse de leur laine. Autrefois leur exportation étaif: défendue en Espagne ; mais aujourd'hui on en élève en France ét dans presque toutes les autres parties de l'Europe. Les premiers Mérinos furent importés en 1776, d’après les ordres de Trudaine intendant des finances; aujourd’hui nous en possédons envirot" 500,000, sans compter les métis. |
La tonte des Moutons se fait tous les ans vers le mois de mai, lorsqu’en écartant les mèches de la laine, on aperçoit la pointe d'un@ laine nouvelle. Quelquefois on lave la laine sur le dos de l’animals avant de la couper ; plus souvent on la coupe telle qu'elle est, em preinte d’une sueur grasse, nommée swint, qui la préserve des teignes et autres Insectes.
& 131. Les Cuèvres ont les cornes semblables à celles des moutons , mais dirigées en haut et en arrière, le menton ordinaire: ment garni d’une longue barbe, et le chanfrein de leur face con: cave. Toutes les espèces de ce genre sont d'Europe ou d'Asie, & vivent par petites familles, sur les montagnes escarpées, où elles déploient une agilité étonnante.
L'Ægagre, ou Chèvre sauvage, qui paraît être la souche de toutes les variétés de nos Chèvres domestiques , habite en troupes sur les montagnes de la Perse, et peut-être même dans les Alpes.
Le Bouquetin est une autre espèce de Chèvre sauvage qui habité le sommet des hautes montagnes de l’Ancien Monde. À
La Chèvre domestique est très répandue dans toute l'Europe, cl c'est un animal qui donne de grands profits, et n’est que d’un en tretien peu coûteux. Il semble cependant se plaire mieux dans les montagnes et sur les rochers escarpés que dans les champs cultivés! Sa nourriture favorite consiste en bourgeons de jeunes arbres} est capable de supporter les plus fortes chaleurs ; l’orage ne l’effraie nullement, et les pluies ne l’incommodent point. Le lait de Chèvre est gras, nourrissant et médicinal ; il se coagule moins sur l’esto* mac que celui de la vache, et par conséquent est d’une plus fa digestion.
$ 132. Les ruminants du genre Cerr se distinguent des autre
Ages, LR
|mammifères par la nature de leurs cornes, dont l’axe osseux n’est: pas revêtu d’une gaîne cornée comme chez le bœuf, et se dépouille bientôt de la peau qui d’abord la recouvrait : la proéminence osseuse, lainsi mise à nu, se sépare , au bout de quelque temps, du crâne; ‘elle tombe , et l'animal demeure sans armes ; mais il lui en repousse “de nouvelles, qui se développent plus encore que celles qu'elles ‘ont remplacées, et qui tomberont à leur tour sous l'influence des imêmes causes. Ces cornes osseuses, et sujettes à des changements périodiques, portent le nom de bois.
| On connaît un grand nombre d'espèces du genre Cerf : le Cerf ‘commun, le Daim, le Chevreuil et le Renne, par exemple. Tous ces inimaux habitent les forêts, et sont légers à la course ; leurs jam- ‘bes sont longues et fines , leur corps svelte et arrondi, et leur pelage propre et luisant. En général, ils sont remarquables par leur beauté et l'élégance de leurs formes. C’est ordinairement au printemps qu'ils changent de cornes, et les femelles en manquent presque toujours.
Les AnriLopes sont des ruminants qui ressemblent beaucoup à des Cerfs ; mais qui, à la place de bois, ont des cornes persistantes erevêtues d'un étui corné comme celles des bœufs. Le Chamois ê ppartiont à ce genre.
La Grrare se distingue de tous les autres ruminants par la forme de son corps et par la structure de ses cornes, qui sont coniques et recouvertes par la peau (fig. 6). Elle a environ six mètres. de haut, et se nourrit principalement de feuilles. Le seule Miss connue habite l'Afrique.
À S133. Les CHameaux n'ont pas, comme les ruminants ordinaires, laïtête armée de cornes, et leur pied n'est pas fourchu comme chez les précédents. Ils sont remarquables par les masses énormes de graisse qu'ils ont sur le dos, et qui les font paraître bossus , et par la structure de leurs pieds , qui sont admirablement bien conformés pour marcher sur le sable, si commun dans les régions habitées par ces animaux : en effet, leurs deux doigts sont réunis en dessous , jusque près de la pointe, par une semelle épaisse et \flexible.
Ces animaux sont propres aux parties chaudes de l’ancien |continent ; ils sont célèbres par leur docilité, par la faculté de soutenir de longues routes, quoique pesamment chargés, et surtout par leur extrême sobriété. Les Chameaux, sans lesquels peut-être les hommes n’eussent jamais pu traverser les vastes solitudes de sable que l'on rencontre en Asie, en Afrique, ont la fäculté de passer plusieurs jours sans boire, ce qui tient proba- | blement à de grands amas de cellules qui garnissent les côtés de
leur panse, et dans lesquelles il s’accumule ou se produit conti= nuellement de l’eau. Dans l’Arabie et dans d’autres contrées où on fait servir le Chameau à différents usages , il est regardé comme le plus précieux des animaux. Son lait forme une partie considérable de la nourriture de ses maîtres ; ceux-ci s’habillent de son poil, qui tombe régulièrement tous les ans, et à l'approche de l'ennemi ils. peuvent, en montant sur son dos, fuir rapidement à de grandes distances.
Les deux espèces principales du genre chameau sont : le Cha= meau de la Bactriane ou à deux hosses , et le Chameau d’ 1 ou à une bosse, que l’on nomme le Dromadairé;
Enfin les Lawas sont des ruminants propres à l'Amérique méri= dionale, qui ont beaucoup d’analogie avec les Chameaux , mais qui n'ont pas de bosse.
$S 134 Tous les animaux dont il vient d'être question sont des animaux terrestres organisés essentiellement pour la marche ; mais il en est d’autres qui sont destinés à vivre dans l’eau et qui sont conformés pour la nage : ce sont les Phoques, les Dauphins, les Baleines , etc. |
$ 135. Les Phoques ont beaucoup d’analogie avec les Carnassiers , mais leurs pieds sont si courts qu'ils ne peuvent s'en servir que pour nager, et lorsqu'ils sont à terre ils ne peuvent que ramper sur le ventre. Ces animaux habitent la mer, et ne viennent sur le rivage que pour se reposer au soleil et allaiter leurs petits. Leur corps est allongé, la tête arrondie et assez semblable à celle d'un chien, les doigts palmés, et les pattes postérieures dirigées en arrière comme des nageoires. Ils vivent en troupes nombreuses près des côtes, et se nourrissent principalement de poissons ; ils mangent toujours dans l’eau, nagent avec une grande facilité, et plongent très bien. Les anciens connaissaient ces animaux et les mêlaient à leurs fables. Les troupeaux de Neptune que conduisait Protée n'étaient autre chose que des Phoques, et ce sont aussi ces amphibies que la mythologie poétique des Grecs transforma em tritons et en sirènes, qui escortaient le dieu de la mer. Les voyas geurs modernes les désignent souvent sous les noms de Veaux marins, Vaches marines, Ours marins, etc.
Les Morses ressemblent aux Phoques par leurs mœurs et leur conformation générale, mais s’en distinguent par les énormes dents! canines de la mâchoire supérieure. Ils forment avec les précédents un ordre particulier auquel on a donné le nom d’Ampmigres. h.
8 136. Les Dauphins, les Baleines et quelques autres Mammi fères aquatiques qui constituent l’ordre des Cétacés, manquent den membres postérieurs et ressemblent à des poissons par la forme!
générale de leur corps. Leur tête se joint au tronc par un cou si court et Si gros, qu'on n y aperçoit aucun rétrécissement , et leur tronc se continue avec une queue épaisse terminée par une nageoire cartilagineuse horizontale: enfin, leurs membres antérieures ont la forme de nageoires , mais se composent des mêmes parties que chez les Mammifères ordinaires : seulement, les os du bras et de Pavant-bras sont raccourcis, et ceux de la main aplatis et enve- |loppés dans une membrane tendineuse. Ils n'ont point d'oreille extérieure ; leur peau est dépourvue de poils, et il existe, au-des- | sous d'elle, une couche épaisse de graisse d’où l'on retire des quantités considérables d'huile. Du reste, l’organisation de ces animaux est essentiellement la même que celle des autres Mammifères, et s'éloigne tout-à-fait de celle des poissons. Comme les premiers, ils ont ‘des poumons , et, bien qu ils vivent dans l’eau, ils sont obligés de venir continuellement à la surface pour respirer l'air; leur sang est chaud et circule comme chez l’homme ; enfin ils ont des mamelles au moyen desquelles ils allaitent leurs petits. |
$S 137. Les Barreines sont d'énormes Cétacés dont la tête forme environ le tiers de la longueur totale, et dont la bouche dépourvue de dents est garnie des deux côtés de la mâchoire supérieure par une série de grandes lames transversales serrées les unes contre les autres comme des dents de peigne et connues sous le nom de Fanons. Ces organes, formés par une espèce de corne fibreuse et très élastique, sont effilés à leurs bords et constituent une sorte de crible propre à retenir les petts animaux dont les Baleines se nourrissent. Les fosses nasales offrent aussi chez ces animaux une disposition particulière qui du reste se rencontre chez la plupart des Cétacés et qui permet à ces animaux de produire , au-dessus de leur tête, des jets d'eau qui les font remarquer de loin par les navigateurs et qui leur ont valu le nom de Souffleurs. Ils engloutissent dans leur vaste gueule, avec leur proie, de grands volumes d’eau ; et pour s'en débarrasser, sans laisser échapper en même temps leurs aliments, ils la font passer dans les fosses nasales; l'eau s’y amasse dans un sac particulier, et les muscles qui entourent cette espèce de réservoir, en se contractant, la chassent avec violence \par les narines , qui sont percées au-dessus de la tête. D'après la taille gigantesque des Baleines, on serait tenté de | croire que ces animaux doivent dévorer les poissons les plus gros ; | mais il en est tout autrement : l’absence de dents, l'espèce d’armature de leur bouche et la faiblesse des muscles de leur mâchoire | ne leur permettent de s'emparer que des plus petits animaux marins ; leurs aliments ordinaires consistent en petits mollusques, en
124 ZOOLOGIE. ” crustacés longs de quelques lignes, et en zoophytes dont le corps: est mou comme de la gelée; mais le nombre de ces êtres étant. immense, elles n'ont pour ainsi dire qu'à ouvrir leur gueule pour les engloutir par milliers. Du reste, elles sont très voraces , et mans gent presque continuellement; l’eau qui entre dans leur énorm& bouche, chaque fois qu’elles l'ouvrent , est rejetée au-dehors par les narines , et forme au-dessus de leur tête un jet élevé qui res tombe en une espèce de pluie fine. Les Baleines nagent avec une très grande vitesse; n'ayant aucune arme pour se défendre et étant le plus souvent embarrassées de la masse énorme de leur corps, elles ne sont point capables d'éviter les attaques d’enne= mis robustes et agiles, et la conscience de leur faiblesse les rend en général timides et craintives ; quelquefois, cependant, elles deviennent furieuses et déploient toute leur force pour se défendre" ou pour échapper à leurs persécuteurs ; on assure que lorsqu'elles frappent l’eau avec la queue, elles produisent un fracas pareil à celui d’un coup de canon.
On connaît plusieurs espèces de Baleines. Celle qui est la plus recherchée des pêcheurs est appelée Baleine franche (pl. 8, fig. 5), et se distingue en ce qu’elle n’a point de nageoire sur le dos ; sa taille n'excède guère 25 mètres. Jadis elle était assez com= mune dans nos mers ; mais poursuivie sans cesse par les pêcheurs, elle s’est retirée peu à peu vers le nord, et ne se rencontre plus aujourd'hui que dans les mers glacées qui avoisinent le pôle.
Les Cacæarors sont des Cétacés très voisins des Baleines, maïs qui manquent de fanons et qui ont la mâchoire inférieure armée de dents. La partie supérieure de l'énorme tête de ces animaux ne consiste presque qu’en grandes cavités recouvertes et séparées par des cartilages, et remplies d’une huile qui se fige par le refroidis= sement et qui est connue sous le nom de Blanc de Baleine ou de Spermaceti.
La substance odorante si connue sous le nom d’ambre gris, et que l’on trouve flottante à la surface de la mer ou rejetée sur son rivage, paraît être une concrétion qui se forme dans les intestins des Cachalots, surtout lorsque ces animaux sont affectés de certaines maladies.
La pêche de la Baleine et du Cachalot est une branche impor tante du commerce maritime : elle occupe chaque année des flottes entières , et c’est sans contredit l’école où se forment les marins les: plus hardis et les plus expérimentés. Jadis elle était tout entièren entre les mains des Basques ; mais depuis longtemps nos pêcheurs: ne s’en occupent que peu, et aujourd’hui cette pêche est faite presque exclusivement par les Anglais et les Américains. Les nds
wires qu'on y emploie sont dirigés, les uns vers le nord, les autres | vers le sud. |
| La pêche du Nord a pour objet la Baleine franche, dont on retire | une quantité considérable d'huile et de fanons : elle se fait dans le | détroit de Davis et les mers du Groënland, au milieu des énormes glaçons qui s'élèvent quelquefois au-dessus de la surface de l’eau | comme des montagnes flottantes, et brisent par leur choc les vaisseaux les plus forts. Lorsque les pêcheurs aperçoivent une Baleine, lils mettent aussitôt leur chaloupe à la mer et s’avancent en silence | vers elle ; l’un d'eux, plus robuste et plus adroit que les autres, \se tient debout, armé d’un harpon, sorte de lance attachée à une corde, et aussitôt qu’il est à portée de la Baleine, il le lui lance. Le harpon s'enfonce dans le corps de l’animal , qui, se sentant blessé, plonge aussitôt avec la rapidité d’un trait, et entraîne avec lui la corde attachée à cet instrument ; mais bientôt le besoin de respirer le force à remonter à la surface, et alors on le harponne de nouveau. Tourmentée par la douleur , la Baleine fait des efforts incroyables pour se débarrasser des harpons qui la déchirent ; mais enfin , épuisée par la fatigue et la perte de son sang , elle ne peut plus ni fuir ni se défendre; alors les pêcheurs la tirent à eux à l'aide des cordes attachées aux harpons, et l’achèvent à coups de lance ; mais jusqu’à ce qu'elle soit morte, ils évitent avec soin sa terrible queue, dont un coup ferait voler leur chaloupe en éclats. Lorsqu'on s’est assuré que la Baleine est morte, on l’attache aux flanés du navire, et des hommes habillés de vêtements de cuir, et pourvus de bottes garnies de crampons, descendent sur le corps de l'animal et enlèvent par tranches le lard dont toute sa surface est recouverte. Ce lard est ensuite fondu pour en extraire l'huile, dont on retire quelquefois 120 tonneaux d’une seule Baleine.
La pêche dite du Sud se fait principalement dans l'océan Pacifique, et est dirigée spécialement contre les Cachalots, qui fourmissent bien moins d’huile que les Baleines et n’ont pas de fanons, mais donnent des quantités considérables de blanc de Baleine que l'on emploie, comme la cire, pour la fabrication des bougies.
8 138. Les Davrmns et les Marsouixs ont la tête beaucoup moins \grosse proportionnellement que les Baleines, et ils ont les deux \mâchoires garnies de dents pointues; ils sont très carnassiers. | Enfin il est aussi des Cétacés qui sont herbivores; tels sont les La- | mentins et les Dugongs.
6139. Tous les Mammifères dont nous avons parlé jusqu'ici sont nourris, avant la naissance, à l’aide d’un réseau de vaisseaux sanguins constituant un appareil particulier, nommé placenta ; ils ne | viennent au monde que lorsqu'ils sont déjà pourvus de tous leurs
De Loti
organes , et leur encéphale présente toutes les parties que nous avons signalées dans le cerveau de l’homme. Mais il en est,d’autres chez lesquels les petits naissent dans un état d’imperfection extrêmes le placenta paraît manquer complétement , et le cerveau est dépourvu de mésolobe. On les désigne sous le nom de MAT FÈRES DIDELPHIENS , à l'aisOn de Eulques particularités dans la structure de leurs or ganes reproducteurs , et il est à noter que chez tous existe deux tiges osseuses (appelées os marsupiaux) qui, fixées sur la partie antérieure du bassin, s’avancent entre les muscles du basventre, et servent à soutenir les parois de cette cavité.
S 140. Les Sarieues, les Kancuroos et les autres Mammifères connus sous le nom de Manrsurraux, offrent ce mode d’organisa* tion, et se font remarquer par l'existence d’une poche abdominale renfermant les mamelles et servant à loger les petits pendant les premiers temps de la vie. Ceux-ci naissent dans un état d'imperfec= tion extrême : incapables d'aucun mouvement, et ayant à peine des formes distinctes , ils restent pendant un certain temps fixés aux mamelles de leur mère, et cachés dans la poche mammaire dont nous venons de parler. Ils ne s’en détachent que lorsqu'ils sont revêtus de poils, que leurs yeux se sont ouverts, et qu'ils peuvent commencer à prendre d'autre nourriture que le lait. Longtemps après qu'ils sont sortis de cette poche, on les voit encore s’y réfus gier pour se préserver d'un danger (pl.7, fig. 14). Quelques espècés sont dépourvues de cette poche, et alors les petits sont pendants sous le ventre de leur mère durant un certain temps ; ensuite ils montent sur son dos, et enroulent leur queue autour de la sienne pour se donner un point d'appui.
Les Marsupiaux, qui se trouvent liés d’une manière si intime par le mode de développement de leurs petits, présentent , Sous d’autres rapports, de grandes différences. Si l’on examine leur den tition, elle est, chez les uns, tout-à fait semblable à celle des insec= tivores, ce qui détermine pour eux un régime analogue; chez d’autres, qui ont encore les trois sortes de dents, les molaires sont tubercuieuses au lieu d’être hérissées de pointes , d’où résulte leur régime frugivore; il en est enfin qui manquent de canines, et qui, si l'on ne tenait compte de cette circonstance, devraient être plas cés dans l’ordre des Rongeurs. Ces animaux diffèrent aussi beaucoup entre eux par leur forme générale et par leurs mœurs.
Les Marsupiaux n'ont encore été rencontrés que dans |’ Amérique , dans quelques îles de la mer du Sud, et surtout dans Nouvelle-Hollande , qui, à quelques exceptions près, ne renferme ‘Fe des Mammifères de cette famille.
S 141. Enfin, chez d’autres Didelphiens connus sous le nom
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à À. VERTÉBRÉS. — MAMMIFÈRES. 197
de Moxorarèwes, l'organisation se rapproche sous quelques rapports de celle des oiseaux et des reptiles: ainsi l'intestin, au lieu de s'ouvrir directement au-dehors comme chez les mammifères ordinaires, débouche dans un cloaque commun, de la même manière que chez les oiseaux. L'appareil de la reproduction présente aussi des anomalies très grandes, et le système dentaire est rudimentaire ; quelquefois les mâchoires sont garnies de lames cornées qui ressemblent beaucoup à un bec de canard. On ne connaît que deux genres ayant ce mode d'organisation , savoir : les Ornithorhynques et les Echidnés.
$ 142. En résumé, nous voyons donc qu'il existe parmi les mammifères plusieurs types bien distincts, et que, pour classer ces animaux d’une manière naturelle , il faut les distribuer en treize groupes secondaires ou ordres, savoir : les Bimanes, les Quadrumanes , les Cheiroptères , les Insectivores , les Carnassiers, les Amphibies , les Rongeurs, les Edentés, les Pachydermes, les Ruminants, les Cétacés, les Marsupiaux et les Monothrèmes.