‹ Cahiers d'histoire naturelle (volume 2)Chapitre 72 sur 84 · DE LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX · texte numérisé non relu

DE LA DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE DES ANIMAUX

$ 270. Pour nous former une idée générale du Règne animal , À ne nous suffit pas de connaître les principaux phénomènes par les-quels la vie se manifeste chez les êtres animés et d’avoir étudié la structure de leur corps et le mécanisme de leurs fonctions , il nous faut aussi jeter un coup d’œil sur la manière dont les animaux sont répartis à la surface du globe, et chercher à apprécier l'influence que peuvent exercer sur eux les circonstances diverses au milieu desquelles ils sent appelés à vivre.

S 274. Lorsqu'on porte son attention sur la manière dont les animaux sont distribués autour de nous sur le globe, on est d'abord frappé par la différence des milieux dans lesquels ils habitent. Les uns, comme chacun le sait. vivent toujours sous l'eau et meurent promptement quand on les retire de ce liquide ; les autres ne

peuvent exister que dans l'air et périssent presque aussitôt S'ils.

Là

viennent à être submergés. Les uns, en effet , sont destinés à peupler les eaux , les autres à vivre sur la terre; et, lorsqu'on compare, sous le rapport physiologique et anatomique , ces animaux

(4) Ce chapitre, ainsi que plusieurs des articles précédents, est tiré des L/errents de zoologie , par M. Milne-Edwards.

Fa

& 246 ZOOLOGIE. | aquatiques et terrestres, on découvre, du moins en partie, les causes de ces différences dans leur mode d'existence.

En étudiant la respiration, nous avons signalé un rapport constant entre l'intensité de cette fonction et l'énergie vitale. Les animaux, avons-nous dit, consomment dans un temps donné une quantité d'oxygène d'autant plus considérable que leurs mouvements sont plus vifs et leur nutrition plus rapide : or ils ne peuvent prendre cet oxygène que dans les fluides dont leur corps est baigné , et dans un litre d'air il existe 208 centimètres cubes de ce principe vivifiant, tandis que dans un litre d'eau il ne s’en est trouvé ordinairement en dissolution qu'environ 13 centimètres. Il ést donc évident que le degré d'activité dans la fonction respiratoire, Indispensable à l'exercice des facultés propres aux animaux supérieurs, doit être bien plus facile à atteindre dans l'air que dans l'eau, et qu’à raison de cette seule différence le séjour dans ce dernier fluide doit être interdit à tous les êtres les plus élevés dans ja série animale. On comprend, en effet, qu’un animal qui, pour vivre, a besoin de s'approprier à chaque instant une quantité considérable d'oxygène, n'en trouve pas en proportion suffisante lors- -qu'il est plongé sous l'eau, et qu'alors il périsse asphyxié. Mais,

au premier abord , on s'explique moins facilement les raisons pour lesquelles un animal aquatique ne puisse continuer à vivre lors- -qu'on le retire de l'eau pour le placer dans l'air, car on lui fournit alors un fluide plus riche en oxygène que ne l'était le liquide dont l'action vivifiante suffisait à tous ses besoins. Il est cependant diverses circonstances qui nous rendent, jusqu’à un certain point, -compte de ce phénomène. Ainsi, la physique nous apprend qu'un corps, pesé scrupuleusement dans l'air et dans l’eau, est plus léger dans ce dernier cas que dans le premier, et que , pour le soutenir en équilibre, 1l suffit alors d’un poids équivalent à celui qui représentait sa pesanteur dans l'air, diminué de celui de la masse d’eau qu’il a déplacée. Il en résulte que des animaux dont les tissus sont trop mous pour se soutenir par eux-mêmes dans l'air, et s'y affaissent au point de devenir inaptes à remplir leurs fonctions dans l’organisme, peuvent cependant vivre très bien dans le sein des eaux, où ces mêmes tissus, n'étant guère plus denses que le fluide ambiant, n’ont besoin d'offrir qu’une bien faible résistance pour conserver leurs formes et pour empêcher les diverses parties du corps de retomber sur elles-mêmes. Cette seule considération suffirait pour nous expliquer pourquoi des animaux gélatineux, tels que les infusoires ou les méduses, sont nécessairement confinés dans les eaux; car, lorsqu'on observe un de ces êtres délicats encore plongé dans ce liquide, on voit que toutes ses parties, même

©» DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. 247 les plus ténues , se soutiennent dans leur position normale et flottent avec aisance dans le milieu ambiant ; mais dès qu'on les en re- ‘ire , leur corps tout entier s’affaisse et n'offre plus à l'œil qu'une masse informe et confuse. L'influence de la densité du milieu ambiant sur le jeu mécanique de ces instruments de la vie se fait aussi sentir chez des animaux dont la structure est plus parfaite, mais chez lesquels cependant la respiration s'exerce encore par des appendices membraneux ramifiés, comme des arbuscules ou des panaches. Aïnsi, chez les annélides ou même chez les poissons, les branchies se composent de filaments flexibles, qui se soutiennent facilement au milieu de l’eau, et qui permettent de la sorte au fluide respirable d'arriver et de se renouveler sur tous les points de leur surface ; mais, à l'air, ces mêmes filaments membraneux s'affaissent par l'effet de leur propre poids , retombent les uns sur les autres, et, par cela seul, excluent l'oxygène de la plus grande partie de l'appareil respiratoire. Il en résulte que cette fonction est alors entravée, et que l’animal peut mourir asphyxié dans Pair, tandis qu’il trouvait dans l’eau tout ce dont il avait besoin pour respirer librement. Pour se convaincre de l'importance de ces variations dans l'état physique des organes placés dans l'air ou dans l’eau, il suffit de se rappeler ce qui se passe dans nos laboratoires de dissection : un anatomiste qui voudrait étudier la structure d'une partie délicate, n’y arriverait que difficilement s'il faisait sa. dissection à l'air; mais en plaçant dans l’eau l’objet de son étude , il parvient bien plus aisément à en distinguer toutes les parties ; car ces parties, soutenues en quelque sorte par ce liquide, conservent alors leurs rapports naturels comme si elles étaient d'un issu consistant et rigide. Une autre circonstanèe qui influe également sur la possibilité de la vie dans l'air ou dans l’eau, est l’évaporation qui se fait toujours à la surface des corps organisés placés dans l’air, mais qui n’a point lieu au milieu de l’eau. Un certain degré de dessiccation fait perdre à tous les tissus organiques les propriétés physiques qui les distinguent, et l’on voit toujours les pertes par évaporation entraîner la mort des animaux lorsqu'elles dépassent certaines limites. Il en résulte que les êtres dont l’organisation n'est pas calculée de façon à les préserver des effets nuisibles d'une pareille évaporation, ne peuvent vivre que dans l’eau et périssent promptement dans l'air, Or, l'économie animale ne peut satisfaire à cette exigence qu'à la condition d'une complication très grande dans sa structure. En effet, si la respiration doit être active, il faut que la surface respiratoire soit alors logée profondément dans quelque cavité intérieure où l'air ne se renouvellera que dans la mesure nécessaire à l'entretien de la vie. Pour assurer

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ce renouvellement, il faudra que l'appareil de la respiration se complique d'organes moteurs propres à l’assurer ; pour prévenir la des= siccation d’une portion quelconque de la surface du corps, il faudra aussi que la répartition des liquides dans les diverses parties du corps se fasse aisément et qu'il existe une circulation active , ou bien que cette surface soit revêtue d’une tunique à peine perméable. Cela est si vrai, que même chez les poissons, où la circulation est bien complète, mais n’a lieu que lentement, et où le réseau capillaire n’est pas trop serré , la mort arrive promptement, par suite de la dessiccation d’une partie du corps, de la portion postérieure, par exemple , lors même que cette portion seulement est exposée à l'air et que tout le reste de l’animal demeure plongé dans l’eau.

Nous pourrions ajouter encore que, dans l’eau, l'alimentation est possible avec des instruments de préhension et de mouvements moins parfaits que dans l’air, où le transport des matières étrangères dont l'animal a besoin est plus difficile à opérer. Aïnsi, sous tous les rapports les plus essentiels, la vie est, en quelque sorte, plus facile à entretenir dans le sein des eaux qu'à la surface de la terre : elle nécessite , dans l'atmosphère, des instruments physiologiques plus compliqués et plus parfaits : aussi les eaux sont-elles l'élément naturel des animaux les plus inférieurs dans la série zoologique ; et si les productions de la création se sont succédé dans le même ordre que les états transitoires par lesquels chaque animal passe durant la période de son développement , on en peut conclure que c'est aussi au milieu des eaux qu’auront paru d’abord les êtres animés, résultat qui s'accorde avec les observations des géologues et avec les récits de l’Écriture.

Le physiologiste peut de la sorte se rendre contpte du mode actuel de répartition des animaux entre les deux éléments géologiques qui se partagent la surface du globe, l’eau et la terre ; mais ces différences fondamentales ne sont pas les seules que l’on observe dans la distribution géographique des êtres animés. Si un naturaliste, familier avec la faune de son pays, visite des régions lointaines, il voit, à mesure qu'il avance, la terre se peupler d'animaux nouveaux à ses yeux, puis ces espèces disparaître à leur tour pour faire place à d’autres espèces également inconnues.

Si, quittant la France, il aborde dans le sud de l'Afrique, il n’y trouvera qu'un petit nombre d'animaux semblables à ceux qu'il avait vus en Europe, et il remarquera surtout l’Éléphant aux grandes oreilles, l’Hippopotame, le Rhinocéros à deux cornes , la Girafe, des troupeaux innombrables d’Antilopes, le Zèbre, le Buffle du Cap, dont les cornes recouvrent par leur base élargie tout le front ; le Lion à crinière noire, le Chimpanzé, qui, de tous les animaux,

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