DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE
Linie le plus à l’homme; le Cynocéphale, ou Singe à face de Chien; les Vautours d'espèces particulières, une multitude d'oiseaux D plumage brillant étrangers à l'Europe, des insectes également différents de ceux du nord, par exemple le Termite fatal, qui vit en sociétés nombreuses, et élève avec de la terre des habitations communes d'une disposition très curieuse et d’une hauteur considérable.
$ 272. Si notre zoologiste quitte le cap de Bonne-Espérance et pénètre dans l’intérieur de la grande île de Madagascar, 1l y trouvera encore une faune différente. Là il ne verra aucun des grands quadrupèdes qu'il avait remarqués en Afrique, et la famille des Singes sera remplacée par d’autres mammifères également bien conformés pour grimper aux arbres, mais ressemblant davantage aux carnassiers, et désignés par les naturalistes sous le nom de Makis ; il rencontrera l’Aye-aye, un animal des plus siguliers, qui paraît être l'objet d’une sorte de vénération de la part des habitants, et qui tient en même temps du Singe et de l'Écureuil ; des Tenrecs, petits mammifères insectivores , qui ont le dos épineux comme celui de nos Hérissons, mais qui ne se roulent pas en boule ; le Caméléon à nez fourchu, et plusieurs reptiles curieux qu’on ne trouve pas ailleurs, ainsi que des insectes non moins caractéristiques de cette région.
8273. Poursuivant encore sa route et arrivant dans l’Inde, notre voyageur y verra un Éléphant distinct de celui d'Afrique; des Bœufs, des Ours, des Rhinocéros, des Antilopes, des Cerfs, éga-
lement différents de ceux de l’Europe ou de l'Afrique ; l'Orangoutang et une foule d'autres Singes particuliers à ces contrées ; le Tigre royal, l’Argus, le Paon, des Faisans et une multitude presque innombrable d'oiseaux , de reptiles et d'insectes inconnus ailleurs.
$ 274. Si ensuiteil visite la Nouvelle-Hollande, tout y sera encore nouveau pour lui , et l'aspect de cette faune lui paraîtra encore plus
‘étrange que celle des diverses populations zoologiques qu'il avait déjà passées en revue. Il n’y trouvera plus d'espèces analogues à nos Bœufs , à nos Chevaux, à nos Ours et à nos grands carnassiers ; les quadrupèdes de grande taille manqueront même entièrement, et il découvrira des Kanguroos, des Phalangers volants et des Ornitho- Des
$ 275. Enfin, si notre voyageur, pour revenir dans sa patrie,
traverse le vaste continent de l Amérique , il y découvrira une faune ayant de l’analogie avec celle de l’ancien monde , mais composée presque entièrement d'espèces différentes ; il y verra des Singes à queue prenante, de grands carnassiers assez semblables à nos
1] 220 ZOOLOGIE. Le Lions et à nos Tigres , des Bisons, des Lamas, des Tatous ; enfin” des oiseaux, des reptiles et des insectes également remarquables et: également nouveaux pour lui. x.
$ 276. Des différences non moins grandes dans les espèces animales , propres aux diverses régions du globe, s'observent lorsqu’au lieu de s’en tenir à l'observation des habitants de la terre on examine les myriades d'êtres animés qui vivent au milieu des eaux. En passant des côtes de l’Europe dans l'Océan indien, et de ce dernier dans les mers de l'Amérique, on rencontre des poissons, des mollusques , des crustacés et des zoophytes particuliers à chacun de ces parages. Ce cantonnement des espèces, soit aquatiques , soit terrestres, est si marqué, qu un naturaliste un peu exercé ne peut méconnaître , au premier coup d'œil, l’origine des collections z00logiques qu’on aura recueillies dans l’une ou l’autre des grandes divisions géographiques du globe, et qu'on soumettra à son examen. La faune de chacune de ces divisions offre un aspect particulier, et peut être facilement caractérisée par la présence de certaines espèces plus ou moins remarquables. d
$ 277. Les naturalistes ont imaginé plusieurs hypothèses pour se rendre compte de ce mode de distribution des animaux à la surface du globe; mais, dans l’état actuel de la science, 1l est impossible d’en donner une explication satisfaisante, à moins d'admettre que , dans l’origine des choses , les diverses espèces ont pris naissance dans des régions différentes , et que peu à peu elles se sont ensuite répandues au loin pour occuper une portion plus ou moins considérable de la surface de la terre. En effet, la présence d'un animal particulier dans un point restreint du globe suppose nécessairement, lorsque cet animal ne se rencontre pas ailleurs, qu'il est originaire de ce point ou bien qu'il y est arrivé par émigration d'une région plus ou moins éloignée, et qu'ensuite il aura été complétement détruit là où était le berceau de sa race, c'est-à-dire précisément là où, suivant toute probabilité, devaient se trouver réunies toutes les conditions les plus favorables à son existence. Rien ne milite en faveur de cette dernière hypothèse, et il répugne au sens commun de croire que, dans le principe, le même pays a vu naître le Cheval , la Girafe , le Bison et le Kanguroo , par exemple, mais que ces animaux l'ont ensuite quitté sans y laisser de traces de leur passage, pour aller se cantonner, l’un dans les steppes de l'Asie centrale, l’autre dans l'intérieur de l'Afrique, un troisième dans le Nouveau-Monde, et un autre encore dans les grandes îles” de l'Australie. Il est bien plus naturel de supposer que chaque es= pèce a été, dès l’origine, placée par l’auteur de toutes choses dans: la région qu’elle était destinée à habiter d’une manière permanente,