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DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE

et que c’est en partant d’un certain nombre de ces centres de créa tions distinctes que les divers animaux se sont répandus dans toute l'étendue de la portion du globe qui forme aujourd’hui le domaine de chacun d'eux. Dans l’état actuel du globe , il nous est impossible de reconnaître tous ces foyers zoologiques : car on conçoit la possibilité d'échanges si multipliés entre deux régions dont les faunes étaient primitivement distinctes , qu'elles puissent n’offrir aujourd'hui que des espèces communes à l’une et à l’autre, et alors rien ne décélera aux yeux du naturaliste leur séparation originelle ; mais lorsqu'une contrée sera peuplée d'un nombre considérable d'espèces qui ne se voient pas ailleurs , même là où les circonstances locales sont le plus semblables , on sera autorisé à penser que cette région à été le théâtre d’une création zoologique particulière, et on devra la considérer comme une région distincte.

Ce que le naturaliste doit se demander, ce n’est donc pas comment 1l se fait que les divers points du globe soit habités aujourd'hui par des espèces différentes , mais bien comment les animaux ont pu se répandre au loin sur la surface du globe et comment la nature a posé à cette dissémination des bornes variables suivant les espèces. Cette dernière question se présente surtout à l'esprit lorsqu'on voit combien est inégale l'étendue du domaine occupé aujourd’hui par tel ou tel être animé : l'Orang-outang, par exemple, se trouve confiné dans l’île de Bornéo et dans les terres voisines; le Bœuf musqué est cantonné dans la partie la plus septentrionale de l'Amérique, et le Lama dans les régions élevées du Pérou et du Chili: tandis que le Canard sauvage se montre partout, depuis la Laponie jusqu’au cap de Bonne-Espérance, et depuis les États-Unis d'Amérique jusqu’en Chine et au Japon.

Les circonstances qui favorisent la dissémination des espèces sont de deux ordres : les unes tiennent à la nature de l'animal luimême, les autres à des causes qui lui sont étrangères. Au nombre des premières , nous devons signaler d'abord le développement de la puissance locomotive, toutes choses égales d'ailleurs : les espèces qui vivent fixées au sol ou qui ne possèdent que des instruments imparfaits pour la locomotion n'occupent qu’une portion bien restreinte de la surface du globe, comparées aux espèces dont les mouvements de translation sont rapides et énergiques : aussi, parmi les animaux terrestres, sont-ce les oiseaux qui nous offrent le plus d'exemples d'espèces cosmopolites, et, parmi les animaux aquatiques , les cétacés et les poissons. Les reptiles , au contraire, sont pour la plupart cantonnés dans des limites étroites , et il en est de même pour la plupart des mollusques et des crustacés. L'instinct qui porte certains animaux à changer périodiquement de climat

contribue aussi à déterminer la dissémination de ces espèces ; et. cet instinct, comme nous l'avons déjà vu, existe chez un grand nombre de ces êtres.

Parmi les circonstances étrangères à à l'animal , et en quelque sorte accidentelles, qui concourent à amener le rnÉeo résultat, nous indiquerons aussi en première ligne l'influence de l'homme : et, pour en donner une idée exacte, il nous suffira d'un petit nombré d'exemples. Le Cheval est originaire des steppes de l’Asie centrale, et, à l’époque de la découverte de l'Amérique, 1l n'existait dans le Nouveau-Monde aucun animal de cette espèce ; les Espagnols l'y ont transporté avec eux à une époque qui ne remonte pas audelà de trois siècles, et aujourd'hui, non seulement les habitants de ce vaste continent, depuis la baie d'Hudson jusqu'à la Terrede-Feu, possèdent des Chevaux en abondance, mais ces animaux y ont repris la vie sauvage, et s'y rencontrent par troupes presque innombrables. Il en est de même de notre Bœuf demestique : transporté de l'Ancien dans le Nouveau-Monde , il y a pullulé au point que, dans quelques parties de l'Amérique du Sud, on en fait une chasse active dans le seul but de se procurer des peaux destinées à la fabrication du cuir. Le Chien a été aussi partout le compagnon de l’homme, et nous pouvons ajouter encore au nombre des animaux, devenus cosmopolites à notre suite, le Rat, qui paraît originaire de l'Amérique, qui a envahi l'Europe durant le moyenâge, et qui se trouve maintenant jusque dans les îles de l'Océanie.

Dans quelques cas, les animaux ont pu franchir des barrières naturelles en apparence insurmontables, et se répandre sur un espace plus ou moins considérable de. la surface du globe, à l’aide de circonstances dont l'importance semble d’abord bien minime, telles que le mouvement d’un fragment de glace ou d’un morceau de bois entraîné par les courants à des distances souvent très considérables : ainsi rien n’est plus commun que de rencontrer en mer, à des centaines de lieues de toute terre, des fucus flottant à la surface de l’eau et servant d'appui à de petits crustacés incapables par eux-mêmes de se transporter à la nage loin des côtes où ils ont pris naissance. Le grand courant maritime qui, sortant du golfe du Mexique, côtoie l'Amérique septentrionale jusqu'à la hauteur de Terre-Neuve, puis se dirige vers l'Islande, l'Irlande, et redescend vers les Açores, entraîne souvent jusque sur les côtes de l'Europe des troncs d'arbres que le Mississipi avait arrachés dans les parties les plus reculées du Nouveau-Monde et avait charriés jusqu’à la mer ; or, ces bois sont fréquemment taraudés par des larves d'insectes, et peuvent donner attache à des œufs de mollusques ou de poissons, etc. Enfin il n’est pas jusqu'aux o1-

Nos DISTRIBUTION GÉOGRAPHIQUE. : 293 . Seaux qui ne contribuent à la dispersion des êtres vivants à la sur- . face du globe, et cela de la manière la plus singulière : souvent ces animaux ne digèrent pas les œufs qu'ils avalent, et, les évacuant à des distances considérables du point où ils les avaient trouvés, transportent au loin les germes d'une race inconnue jusqu ‘alors dans les contrées où il Es. déposent.

Malgré tous ces moyens de transport et d'autres circonstances propres à favoriser également la dissémination des espèces, il n’est -que bien peu d'animaux réellement cosmopolites, et la plupart de ces êtres sont cantonnés dans des régions assez limitées. Du reste, on comprend qu'il doit en être ainsi lorsqu'on étudie les circonstances qui peuvent s'opposer à leur progrès. Mais cette étude est loin de nous fournir une explication satisfaisante de tous les cas de circonscription limitée d’une espèce, et il nous est souvent impossible de deviner pourquoi certains animaux restent confinés dans une localité lorsque rien ne semble devoir s'opposer à leur propagation dans les localités voisines.

$ 278. Quoi qu'il en soit, les obstacles à la dissémination géographique des espèces sont tantôt tout mécaniques, d’autres fois physiologiques ; et parmi les premiers on doit citer d’abord les mers et les hautes chaînes de montagnes. Pour les animaux terrestres, en effet, les mers d’une certaine étendue sont en général une barrière infranchissable, et on voit que, toutes choses égales d’ailleurs, le mélange de deux faunes distinctes est toujours d'autant plus intime que les régions auxquelles elles appartiennent sont plus rapprochées géographiquement ou sont mises en communication par des : terres intermédiaires. Aïnsi l'Océanie atlantique empêche les espèces propres à l'Amérique tropicale de se répandre en Afrique, en Europe ou dans l'Asie ; et la faune du Nouveau-Monde est complétement distincte de celle de l’ancien continent, si ce n’est dans les latitudes les plus élevées, vers le pôle boréal. Maïs là les terres se rapprochent, l'Amérique n’est plus séparée de l'Asie que par le détroit de Bering, et se trouve liée au nord de l’Europe par le Groënland et l'Islande : aussi les échanges zoologiques ont-ils pu s'effectuer plus facilement, et on y trouve effectivement des espèces communes aux deux mondes ; tels sont : l’Ours blanc, le Renne, le Castor, l'Hermine, le Faucon pèlerin, l'Aigle à tête blanche, etc. Les hautes chaînes de montagnes constituent aussi des barrières naturelles qui arrêtent souvent la dispersion des espèces et empêchent la fusion des faunes propres à des régions zoologiques voisines. Ainsi les deux versants de la Cordilière des Andes sont habités par des espèces qui, pour la plupart, sont différentes ; et les insectes de la région brésilienne, par exemple, sont presque tous distincts

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5 à ZOOLOGIE. à

de ceux que l’on rencontre au Pérou ou dans la Noivélle Grenil La dispersion des animaux marins vivant près des côtes est en».

travée de la même manière par la configuration géographique du: globe : mais ici c’est tantôt une longue continuité de terres, tantôt une vaste étendue de haute mer qui s'oppose à la dissémination des espèces. Ainsi la plupart des animaux de la Méditerranée se retrouvent aussi dans la portion européenne de l'Atlantique, mais n'ont pu parvenir jusque dans les mers de l’Inde , dont la Méditerranée est séparée par le détroit de Suez, et n'ont pu traverser davantage l'Océan pour se répandre sur les côtes du Nouveau- Monde.

$ 279. Les circonstances physiologiques qui tendent à limiter les diverses faunes sont plus nombreuses ; mais celle qui se présente en première ligne est sans contredit la température inégale des diverses régions du globe. Il est des espèces qui peuvent supporter également bien un froid intense et les chaleurs tropicales : l’homme et le Chien, par exemple ; mais il en est d’autres qui, sous ce rapport, sont moins favorisées de la nature et qui ne prospèrent ou même ne peuvent exister que sous l'influence d'une température déterminée. Ainsi les Singes, qui pullulent dans les régions tropicales, meurent presque toujours de phthisie lorsqu'ils se trouvent exposés au froid et à l'humidité de nos climats ; tandis que le Renne, conformé pour supporter les rigueurs du long et rude hiver de la Laponie, souffre de la chaleur à Saint-Pétersbourg , et succombe en

général assez promptement à l'influence d’un climat tempéré. Il en.

résulte que, dans un grand nombre de cas, les différences de climat suffisent à elles seules pour arrêter les espèces dans leur marche des latitudes élevées vers la ligne, ou des régions équatoriales vers les pôles. L'influence de la température sur l’économie animale nous explique aussi pourquoi certaines espèces restent cantonnées dans une chaîne de montagnes sans pouvoir se répandre au loim dans des localités analogues. Nous savons, en effet, que la tempé-

rature décroît en raison de l'élévation du sol, et par conséquent les animaux qui vivent à des hauteurs considérables ne pourraient

descendre dans les plaines basses pour gagner d’autres montagnes

sans traverser des pays où la température est bien supérieure à!

celle de leur habitation ordinaire. Le Lama, par exemple, abonde dans les herbages du Pérou et du Chili situés à une élévation d’en= viron quatre ou cinq mille mètres au-dessus du niveau de la mer, et s'étend au sud jusqu à l'extrémité de la Patagonie ; mais ne se montre ni au Brésil ni au Mexique, parce qu'il n'aurait pu y arriver sans descendre dans des régions trop chaudes pour sa constitution.

La nature de la végétation et de la faune préexistantes dans une

À, ANNELÉS e ARACHNIDES, 338 région du globe influe également sur son envaissement par des éspèces exotiques. Ainsi la dispersion du Ver à soie est limitée par a disparition du mürier au-dessus d’un certain degré de latitude ; la Cochenille ne peut se répandre au-delà de la zone où croissent les cactus ; et les grands Carnassiers, à moins qu'ils ne vivent de Poissons, ne peuvent exister dans les régions polaires, où les pro- ‘ductions végétales sont trop appauvries pour nourrir un nombre considérable de quadrupèdes herbivores.

. $ 280. Il nous serait facile de multiplier les exemples de ces rapports nécessaires entre l'existence d’une espèce animale dans un lieu quelconque et l'existence de certaines conditions climatériques, phytologiques ou zoologiques ; mais l’espace nous manque pour ces détails, et les considérations que nous venons de présenter nous paraissent pouvoir suffire pour donner une idée de la manière dont là nature a effectué la répartition des espèces animales sur les divers points de la surface du globe ; et, pour atteindre le but que nous nous étions proposé en abordant ce sujet, il ne nous reste plus qu’à jeter un coup d'œil sur les résultats amenés par les diverses circonstances dont nous venons de parler, c’est-à-dire sur l'état actuel de la distribution géographique des êtres animés. Lorsqu'on compare entre elles les diverses régions du globe sous le rapport de leur population zoologique, on est frappé d’abord par Vinégalité extrême qui s’y remarque dans le nombre des espèces. Dans telle contrée on rencontre une diversité extrême dans les formes et la structure des animaux dont sa faune est composée, tandis qu'ailleurs il règne à cet égard une grande uniformité ; et il est facile de saisir une certaine relation entre les différents degrés de richesse zoologique et l'élévation plus ou moins considérable de la température. Effectivement, le nombre des espèces, tant marines que terrestres, augmente en général à mesure que l’on descend des pôles vers l'équateur. Les terres polaires les plus reculées n'offrent guère au voyageur que quelques insectes, et dans ces mers gla- 1cées les poissons et les mollusques mêmes sont peu variés ; dans les climats tempérés, la faune devient plus nombreuse en espèces ; mais c’est dans les régions tropicales que la nature s’est montrée le plus prodigue à cet égard, et le zoologiste ne peut voir sans ‘étonnement la diversité sans fin des animaux qui s’y trouvent accumulés. | … On remarque aussi qu’il existe une singulière coïncidence entre lélévation de la température dans les différentes régions z0ologiques et le degré de perfection organique des animaux qui les habitent. C’est dans les climats les plus chauds que vivent les animaux les plus voisins de l'homme et ceux qui dans chaque grande divi-

é 7 Ÿ 296 Z00LOGIE. -

sion zoologique possèdent l'organisation la plus compliquée et facultés les plus développées , tandis que dans les régions polairer on ne rencontre guère que des êtres occupant un rang peu éleve dans la série zoologique. Les Singes, par exemple, se trouvent con” finés dans les parties les plus chaudes des deux continents ; il est de même des Perroquets parmi les oiseaux , des Crocodiles“er des Tortues parmi les reptiles ; et des Crabes de terre parmi es crustacés, animaux qui tous sont des plus parfaits de leurs classe respectives.

C'est encore dans les pays chauds qu’on trouve 4 plus remarquables par la beauté de leurs couleurs ; la grandeur. ns leur corps et la bizarrerie de leurs formes.

Enfin il semble exister un certain rapport entre le climat etdl tendance de la nature à produire telle ou telle formeManimalen Ainsi on observe une ressemblance très grande entre la plupai des animaux qui habitent les régions boréale et australe ; les faune” des régions tempérées de l'Europe, de l'Asie et de l’Amériqu septentrionale, offrent une grande analogie dans leur aspect gé néral, et dans les contrées tropicales des deux mondes on voi prédominer des formes semblables. Ce ne sont pas des espèces iden: tiques que l'on rencontre dans des régions distinctes et à peu prè isothermes , mais des espèces plus ou moins voisines et qui semi blent être des représentants d'un seul et même type. Ainsi Ie Singes de l'Inde et de l'Afrique centrale sont représentés dan l'Amérique tropicale par d’autres Singes faciles à distinguer de premiers ; au Lion, au Tigre et à la Panthère de l’ancien continen correspondent dans le Nouveau-Monde le Conguar, le Jaguar € l’'Oncelot. Les montagnes de l'Europe, de l'Asie et de l’Amériqüt septentrionale nourrissent des Ours d'espèces distinctes, mais n'of frant entre eux que des différences légères. Les Phoques abonden: surtout dans le voisinage des deux cercles polaires ; et si l'on vou: lait chercher des preuves de cette tendance, non dans les classes les plus élevées du règne animal, mais parmi les êtres inférieurs, on en trouverait de non moins évidentes : les Écrevisses, par exenx ple, paraissent être confinées aux régions tempérées du globe , et se trouvent répandues dans la plus grande partie de l'Europe pat l'espèce si commune dans nos ruisseaux ; dans le midi de la Russie par une espèce difiérente, dans l’Améri ique septentrionale par deux autres espèces également distinctes des précédentes, au Chulr par une quatrième espèce, au sud de la Nouvelle-Hollande par une Cinquième espèce, à Madagascar par une sixième, etau Ponne-Éspérance par une septième.

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