FÉCONDATION
$ 247. On entend par Fécondation l’action réciproque des pistils et des étamines, fournissant les uns et les autres un produit particulier, essentiel à la procréation de semences capables de perpétuer l'espèce. Le produit des pistils est l'ovule, celui des étamines est le pollen. |
Voici les faits principaux sur lesquels s’appuie la théorie de la fécondation.
Les plantes dioïques, celles dont les étamines, comme on le sait, sont portées sur un pied et les pistils sur un autre, ne fructilient qu’à la condition que le pollen des unes tombe sur les pistils des autres. Le Dattier et le Pistachier sont des arbres de cette espèce, et, de temps immémorial, les Orientaux, auxquels ces plantes fournissent une partie de leur nourriture, ont l'habitude de secouer sur les individus pistillés le pollen des individus staminés, ou de suspendre les panicules des fleurs à étamines aux plantes femelles. Trop éloignés des pieds staminifères, les pieds à fleurs femelles ne fructifient pas, et quand la guerre éclate entre les peuples auxquels ces plantes sont nécessaires, ils détruisent les individus à élamines sur le terrain de leurs ennemis, afin de rendre stériles les arbres à pistils. En 1800, pendant l'expédition des Français en Égypte, la guerre ayant empèché les habitants de ce pays d'aller chercher dans le désert des régimes de Dattiers à étamines, ils furent privés de leur récolte de fruits.
Les mêmes phénomènes se reproduisent pour les plantes nonoïques, celles dont le même pied porte des fleurs à pistil et des fleurs à étamines séparées. Le Melon, qui est dans ce cas, ne donne aueun fruit dont les ovules deviennent des graines fécondes, si l’on a soin d'enlever toutes les fleurs qui portent des étamines, et de ga-. rantir, par une gaze ou par tout autre écran, les fleurs à ovaires
de l’abord des agents, vents, ou insectes, qui pourraient leur apporter du pollen.
Dans les plantes hermaphrodites, dont les étamines et les pistils sont rapprochés dans une même fleur, des expériences de cette nature, quoique plus délicates, ont toujours donné des résultats semblables quand elles ont été faites avec assez de soin et de précaution, et on a empêché ou déterminé à volonté la fécondation, en enlevant les étamines ou les stigmates; quand on n’a retranché qu’un ou quelques stigmates, l’ovaire ou les ovaires correspondants seuls n’ont pas fructifié.
Cependant il paraît qu’on a pu s'assurer que, dans certaines plantes, des graines fécondes se sont développées sans le concours du pollen, et l’on a cité dernièrement une Ecphorbiacée dioïque, le Cœlobogyne , cultivée dans les serres d'Angleterre, et qui a produit des graines qui ont germé, sans que les plus habiles observateurs aient pu découvrir trace de pollen. Mais en supposant même que, dans certains cas, l'ovaire pût devenir fécond sans l'intervention des étamines, il n’en serait pas moins vrai que la fécondation est le mode normal et constant de reproduction dans le règne végétal.
Aux preuves précédentes ajoutons encore cette observation de tous les cultivateurs qui disent que la fleur, que la Vigne, par exemple, coule, quand les pistils avortent après des brouillards ou des pluies abondantes pendant la floraison : alors, en effet, l'eau entraîne le pollen ou hâte sa déhiscence. 11 est à remarquer aussi que, dans les fleurs doubles ($ 245), il n’y a pas de graines, et qu’on en obtient encore quelques-unes des fleurs semi-doubles,
Mais une démonstration décisive de la fécondation est la création quotidienne d’hybrides, ou plantes qu’on obtient en répandant le pollen d’une espèce sur le stigmate d’une espèce différente, mais cependant voisine, après avoir enlevé les étamines de la fleur sur laquelle on opère, avant leur déhiscence, car le pollen d’une fleur prévaut toujours sur celui des fleurs étrangères. L'hybride présente des caractères qui rappellent les deux parents auxquels elle doit l'existence, et ce mélange de caractères, cette prépondérance si particulière du pollen propre de chaque fleur, l'impossibilité du croisement entre plantes différentes, indiquent évidemment une influence commune du pollen et de l'ovaire. Rarement l’hybride se reproduit par graine ; on la multiplie par bouture et par greffe. Dans une mème espèce, et entre les variétés d’une mème espèce, on obtient par ce procédé de fécondation croisée des hybrides nombreuses, qu’on nomme alors bâtardes.
$ 248. L'intervention du pollen dans la fécondation étant démontrée, reste à expliquer son action.
Nous avons vu, en parlant de la structure de l’anthère ($ 204) comment s'opère la déhiscence, et comment le contact d’une Ssurface humide détermine la formation du boyau pollinique : or, au moment de l'émission du pollen, les cellules du stigmatese couvrent d’une liqueur visqueuse qui, retenant les grains poiliniques tombés de l’anthère et agissant sur eux par son humidité, provoque l’élongation du tube pollinique. Les tubes ainsi développés s'enfoncent à travers les cellules stigmatiques (pl. IX, fig. 19), se trouvent bientôt au milieu du tissu conducteur du style dans lequel ils rencontrent les sucs épais qui ont déjà déterminé leur élongation, et arrivent enfin dans la cavité de l'ovaire ; là, ils suivent encore le tissu conducteur qui se continue jusqu’auprès des ovules par les placentaires, et la fovilla est mise en liberté par la déhiscence du boyau pollinique, de la manière dont nous l'avons expliqué précédemment ($ 206). Des précautions merveilleusesont été prises par la nature pour que l'extrémité du nucelle vienne au contact du tissu conducteur : l'embryon qui existe dans l'ovule est alors vivifié par la fovilla.
L'observation de ces phénomènes est due à MM. Amici, Ad. Brongniart et Brown. D’autres physiologistes, admettant aussi la formation des tubes polliniques et leur marche jusqu’à l’ovule, leur assignent un rôle différent ; la théorie dans laquelle leurs opinions sont formulées est désignée sous le nom de théorie de M. Schleïden, l'auteur qui l’a développée davantage et avec le plus d'autorité. Suivant cet observateur habile, le tube pollinique s'engagerait dans le nucelle en poussant devant lui la membrane qui en forme le sommet; cette membrane, refoulée ainsi sur elle-même à la manière d’un bonnet de coton, donnerait naissance à la vésicule embryonnaire ; l'extrémité du tube pollinique parvenue dans le sac embryonnaire se gonflerait et se changerait en tissu cellulaire, rudiment de l'embryon; la partie extérieure du tube formerait le suspenseur ($ 225). Ainsi l’ovule ne contiendrait pas l’embryon, comme le veulent d’autres savants anatomistes, il lui fournirait seulement un milieu pour son. développement et la nourriture nécessaire ; l'embryon viendrait de l’anthère. Malgré la difficulté de constater, dans des parties aussi petites et aussi peu transparentes, si le suspenseur se continue ou non avec le tube pollinique, et c’est là Le nœud de la question, des recherches nouvelles semblent combattre victorieusement cette théorie. Cependant si l’on se rappelle ce que nous avons dit des spores ($ 229), on sera frappé des rapports que cette doctrine établit entre les Phanérogames et les Cryptogames : les spores de ces derniersseraientde véritables grains de pollen qui se développeraient
au lieu même où ils tombent, tandis que les grains de pollen des Phanérogames auraient besoin de séjourner dans un ovule avant de reproduire la plante-mère.