II. FRUITS SYNCARPÉS
& 241. 1° Indéhiscents. — Les fruits syncarpés indéhiscents sont désignés sous l'appellation générale de Baies ; on dit la baie sèche, quand le fruit n’est point charnu. Cependant le nom de baie est réservé à tous les fruits de cette classe qui ne présentent aucune des modifications particulières que nous allons décrire, sous le nom spécial que chacune d'elles a reçu. On emploie quelquefois le nom de Grain, quand la baie est molle, succulente, demi-liquide, comme dans le Raisin et la Groseille. La baie peut provenir d’un ovaire libre, comme celle de la Pomme de terre, ou d'un ovaire adhérent, comme celle de la Groseille.
La Pomme (pl. IX, fig. 20) est une baie charnue, comme nous l'avons déjà dit, revètue du calice adhérent, et dont les graines sont enveloppées d’un péricarpe cartilagineux : la Pomme, la Poire et beaucoup de fruits de la famille des Rosacées nous en offrent des exemples. On donne quelquefois le nom de Pomme à noyaux à un fruit qui, comme la Nèfle, est formé par la réunion de plusieurs drupes et dont le calice est adhérent, plusieurs fruits à ovaire libre présentant cette constitution, on désigne en général sous le nom de Nuculaines, et les fruits que nous venons d'appeler pommes à noyaux, et {ous ceux qui leur ressemblent, sans égard à l’adhérence du calice. C'est dans l'ovaire qu’il faut examiner la formation de ces sortes de fruits; car il arrive que les noyaux s@ soudent en un seul, comme dans les Cornouilles, et que le fruit paraît alors un drupe simple, bien que l'ovaire ait été primitivement multiloculaire. Dans la description des Nuculaines, il ne faut pas négliger d'indiquer toutes ces circonstances d'ovaire adhérent ou libre, de noyaux multiples ou d’un noyau multiloculaire.
Le Pépon ou Péponide est une baie adhérente, à chair épaisse, à placentation pariétale, c’est-à-dire laissant dans son centre une cavité aux parois de laquelle sont attachées des graines nombreu-
ses entourées de pulpe. Tel est le fruit des Passiflores, des Melons, des Potirons, des Courges et autres Cucurbitacées.
L'Hespéridie est une baie libre, à peau plus ou moins épaisse, dont l’endocarpe est membraneux et entoure des loges remplies de vésicules succulentes, dont nous avons plus haut expliqué la formation en parlant de l’Orange, du Citron, et dont on trouve encore des exemples dans d'autres arbres de la même famille.
S 242. 2° Déhiscents. — Les fruits syncarpés déhiscents sont appelés du nom général de Gapsules. Il est inutile de répéter ici ce que nous avons dit à propos de la déhiscence, de ses modes et de ses divers degrés ; c’est dans les fruits de cette catégorie que nous avons pris nos exemples. C’est dans les Ombellifères que l’on remarque surtout les fruits déhiscents au premier degré seulement, c’est-à-dire dont les carpelles se séparent, demeurent suspendus à l'axe et restent chacun indéhiscent: il en résulte des achaines attachés à autant de petits filets qu'il y à de loges; cette espèce de fruit a reçu le nom de Grémocarpe (pl. IX, fig. 25). On réserve quelquefois le nom de Capsule pour les fruits de celte classe qui ne sont pas bivalves, et on emploie plusieurs noms pour désigner certaines espèces de déhiscence bivalve. Nous allons indiquer les trois principaux.
La Pyxide (pl. IX, fig. 26) est ce fruit qui s'ouvre transversalement comme une boîte à savonnette, dont la partie supérieure représente le couvercle ($ 235) : tel est celui du Mouron (Anagallis arvensis) .
La Silique (pl. IX, fig. 21) ressemble assez à la gousse par la forme, mais en diffère complétement par sa nature, À la maturité, les deux valves se détachent de bas en haut, et les graines restent attachées des deux côtés aux placentas qui ne sont pas entraînés par les valves. Ces placentas forment ainsi une sorte de cadre dont le vide est ordinairement rempli par une mince membrane ; on le désigne sous le nom de replum. La famille des Crucifères, le Chou, la Giroflée, etc., nous en fournit des exemples.
La Silicule est une silique dont la longueur n'excède guère la largeur. C’est dans la même famille des Crucifères qu'il faut en aller chercher des exemples.
$ 243. Fruits agrégés. —Nous avons déjà dit qu'on appelle ainsi des fruits rapprochés et confondus, provenant de plusieurs fleurs.
Quelquefois, comme dans plusieurs Chèvrefeuilles, le rapprochement est tel qu’il en naît une véritable soudure, une fusion de deux fruits en un seul. D’autres fois, comme dans les Mûres, les fleurs étant serrées en épi, les fruits différents s’accolent par leurs
calices, qui s’épaississent et deviennent charnus, de façon à représenter une baie mamelonnée. Cette origine de la müre la distingue nettement de la Framboise qui résulte de la fructification d’un seul pistil. Chez d’autres plantes, l’Ananas, par exemple, les bractées et l’axe lui-même deviennent charnus et succulents. On désigne sous le nom de Sorose l'assemblage des fruits dans lesquels les enveloppes florales se gorgent ainsi de sucs.
On appelle Sycone la réunion de fruits très-petits analogues à des drupes et enveloppés par un torus charnu et concave. Nous en avons expliqué la formation dans la Figue ($ 167,) (pl. N, fig. 25).
On appelle Cône ou Strobile les fruits des Conifères, Sapins, Pins, Cèdres, etc., qui résultent de l'agrégation des ovaires d’un chaton. Les écailles qu'on y trouve, et qui portent chacune deux ovules, semblent être des bractées ou même des feuilles carpellaires repliées. Ces écailles restent quelquefois véritablement indépendantes comme dans le Sapin, et, dans ce cas, le nom de fruit agrégé leur convient mal; mais quand elles sont en petit nombre, elles se soudent en un corps sphéroïde, comme dansle Cyprès : souvent même les traces de soudure disparaissent presque complétement, les écailles deviennent plus charnues et rappellent une baie, comme dans les Genévriers, où on leur donne à tort ce dernier nom.
S 244. On peut dire que la reproduction consiste essentielle- ‘ment et uniquement dans la fécondation. Mais cet acte important, apanage des Étamines et du Pistil, n’est pas le seul phénomène physiologique que nous offrent les organes de la reproduction en général. Leur nutrition présente des caractères spéciaux qu'il faut signaler, etils donnent naissance à des phénomènes particuliers, le développement de lumière et de chaleur, dont nous avons dû remettre l'examen jusqu'ici. Nous examinerons d’abord ces phénomènes. Nous étudierons ensuite la Fécondation. Nous verrons comment elle transforme l’ovule en Graine et comment elle détermine le développement de l’Embryon. Enfin, nous parlerons des changements que subit l'embryon pour devenir une plante complète par la Germination.
$ 245. Nutrition des organes reproducteurs, — Nous avons déjà indiqué les différences que présente la respiration des organes floraux, comparée à celle des organes de nutrition ($ 407, 237). Chez ces derniers, la respiration consiste dans l’absorption de l’acide carbonique et l’émission de l'oxygène à la lumière; chez les
organes reproducteurs, elle consiste toujours dans l'absorption de l'oxygène et l’exhalation de l'acide carbonique. Les organes reproducteurs respirent donc à la façon des animaux, et nous avons déjà vu comment ce mode de respiration peut expliquer certains phénomènes que nous présente la maturation des fruits ($ 237 et suiv.). Il explique aussi la disparition progressive du sucre à mesure que s'accomplissent les phénomènes de la floraison, En effet, on à constaté par de fréquentes expériences que, dans la Canne à sucre et autres plantes saccharines, Betterave, Carotte, Navet, Panais, etc., la quantité de sucre précédemment accumulée dans les racines ou dans la tige diminue dès que la floraison commence, tandis qu’elle avait été en augmentant jusqu’à cette époque. Or. comme on s’est assuré aussi que les parties colorées de la fleur absorbent beaucoup d'oxygène et émettent beaucoup d'acide carbonique, on trouve la source de cette quantité considérable de carbone brûlé, dans la destruction des matières sucrées, soit du sucre lui-même, soit de l’'amidon converti en sucre, suivant les principes de transformation dont nous avons donné une idée en parlant des sécrétions ($ 111, 112). Si l’on ajoute qu'à l'acide carbonique exhalé se joint aussi l'hydrogène carboné des huiles essentielles auxquelles les fleurs doivent leur parfum, on s’expliquera facilement comment il est dangereux de garder des fleurs en vrand nombre dans une pièce fermée, et comment, même en plein air, on contracte des douleurs de tête en restant auprès des parterres où sont accumulées des fleurs à odeur intense, c’est-à-dire qui sont le siége d’une exhalation abondante d'huiles essentielles, des Lis, par exemple ($ 126).
C’est dans les organes de la reproduction que se montrent sur tout, avec toutes leurs particularités, les phénomènes que nous avons étudiés en parlant des couleurs, des odeurs et des saveurs (S 125, 126, 127).
Nous savons qu’au moment où recommence l’activité du végétal, la sève est liquide, que son cours est rapide, qu’elle détermine la formation des feuilles et des rameaux, et qu’au contraire, après celte période de vie active, la sève épaissie ralentit sa marche et se prête ainsi à une élaboration plus complète qui détermine sa fertilité. 11 s'ensuit qu'on obtiendra des boutons en favorisant l'épaississement de la sève et en ralentissant son cours, c’est-à-dire en exposant la plante au soleil, en la plaçant dans une atmosphère sèche et chaude, en éloignant l'humidité, en ne donnant pas trop d'engrais au sol. Les jardiniers connaissent aussi, pour arriver au même but, d’autres moyens, tels que l’inclinaison des bran-— ches, la transplantation avec destruction partielle du chevelu des
racines, l’ablation des jeunes rameaux, moyens dont l'utilité repose encore sur les mêmes principes. Chacun sait d’ailleurs qu’après des saisons humides les fruits ne se forment pas, et que les plantes s’allongent en se couvrant de feuilles et de bourgeons, sans présenter de boutons. Le moment où une plante fructifie est celui où elle est plus épuisée, où toutes ses fonctions de nutrition sont en quelque sorte suspendues, et l’on à vu certaines plantes grimpantes, la Vanille par exemple, auxquelles on avait essayé en vain de faire donner des fruits, et qui n’en ont produit qu’à une époque où la portion inférieure de leur tige presque complétement desséchée ne pouvait plus apporter aucun aliment à la portion supérieure très-élevée.
Chez les plantes obtenues pendant plusieurs générations par semis, les fleurs tendent à constituer des variétés; c’est-à-dire à prendre des dimensions et des couleurs différentes, à multiplier ou à transformer leurs parlies, et cela avec des nuances qui varient de rameau à rameau sur une même plante. Pour perpétuer ces variétés il est clair qu’il faut prendre un bourgeon au rameau dont le type est le plus pur, et le greffer sur une plante de l’espèce, puisque le bourgeon possède la même vie, les mêmes propriétés que la branche qui le porte. Cependant, pour les végétaux annuels ou bisannuels, les variétés ne se perpétuent que par graines, el l’on doit pour cela choisir la variété la plus tranchée et'en aider la fructification par la transplantation. On arrive quelquefois à obtenir ainsi des variétés dont les caractères prennent la fixité des caractères d’une espèce.
Quand la culture a converti toutes les étamines en pétales, ce: qui s'opère surlout dans les fleurs polypétales à étamines nombreuses, les fleuristes donnent à la fleur le nom de double: ils l’appellent semi-double, si quelques étamines seulement se sont mélamorphosées, et ne forment que deux ou trois corolles. Les pistils peuvent aussi subir les mêmes transformations; la fleur est alors pleine, et chaque espèce de feuilles florales a reçu un nom particulier : les sépales, toujours imparfaitement altérés, forment le manteau; les véritables pétales de la fleur sont les cordons: les étamines transformées, les béquillons; les carpelles métamorphosés, les peluches. Quelquefois la multiplication des pétales ne provient pas d’une métamorphose, elle est le résultat d’un dédoublement ou chorise, comme on le voit chez les Primevères, les OEillets, etc., etc.
Les boutons une fois formés, on conçoit facilement que la qualité des fruits qui se développeront plus tard sera en raison inverse de leur quantité, et qu’en conséquence on favorisera la qualité en
débarrassant la plante d’un certain nombre de boutons. Cependant, dans les plantes dont les ovaires sont libres, le Pècher, le Prunier, par exemple, comme l'enveloppe calicinale ne les attache pas fortement au rameau, les fruits nouent plus difficilement : aussi doit-on laisser au-dessus d’eux tous Les bourgeons qu’on peut ménager, afin qu’ils reçoivent des branches supérieures une quantité de sève descendante, capable de laisser à leurs faisceaux nourriciers le temps de prendre la force suffisante.
La culture tend aussi à convertir l'acide en sucre, et c’est à elle que nous devons la plupart de nos fruits comestibles, aigres et désagréables à l’état sauvage. Aussi comme une petite quantité d'acide est nécessaire pour que le fruit ait un goût agréable, il faut, pour la culture, négliger les fruits naturellement doux et choisir les fruits acides.
S 246. Développement de Chaleur et de Lumière, — Les expériences que nous avons citées précédemment ($ 109) sur la chaleur des végétaux nous ont montré que la température des plantes est en général peu élevée. Mais il n’en est pas toujours ainsi ; pendant l’'accomplissement des phénomènes dont les organes de reproduction sont le siége, surtout pendant la floraison et aussi pendant la germination, la plante produit vraiment du calorique; or ce développement de calorique, accompagnant l'absorption de l’oxygène et l’exhalation d’acide carbonique qui constituent la respiration des organes floraux, atteignant son plus haut degré lorsque ces phénomènes respiratoires sont à leur maximum d'intensité, semble être une conséquence même de ce mode particulier de respiration, et s’accomplir aux dépens du sucre, qui pourrait en être l’agent. En effet, en tenant compte de la quantité d'acide carbonique exhalée, on a constaté que la proportion de carbone brûlé pendant le dégagement de chaleur est quelquefois très-considérable, et bien supérieure à celle que l’on observe pendant que la fleur est froide ; on a vu même que la chaleur développée par les différentes parties d’une même fleur est en rapport avec la quantité d'oxygène absorbée. On peut donc conclure que la combustion active du carbone: est la cause de la production de la chaleur. Toutefois il faut remarquer que chez quelques plantes la chaleur produite n’est pas toujours en rapport avec la quantité d'oxygène absorbé, et que, pour certaines fleurs, l'élévation de température est presque insensible bien qu’elles consomment plus d'oxygène.
Quelquefois l'élévation de température est très-considérable, et devient même sensible à la main ; on l’a surtout observé dans les fleurs des Aroïdes.
C'est aussi dans les organes qui absorbent l'oxygène et dégagent
l'acide carbonique, et à l’époque de la floraison, qu’on observe chez certaines plantes une émission de lumière, et ce phénomène pourrail bien être lié au phénomène de la production de chaleur, et dépendre de la combustion dont nous venons de parler; la science ne saurait cependant aujourd’hui rien affirmer à cet égard. Un des plus remarquables phénomènes de ce genre est celui que nous offrent des Rézomorpha lumineux, qui s’éteignent quand on les plonge dans des gaz non respirables, acide carbonique ou azote, et se ravivent dans l'oxygène, Les fleurs de Capucine, de Souci, de Soleil, de Rose d'Inde, d’OEillet, émettent des lueurs phosphorescentes, et c’est en général sur des fleurs de couleur dorée, jaune ouorangée, qu'on a vu apparaître cemême phénomène.