ESSAIS AU CHALUMEAU
vous reconnaîtrez l'acide arsénieux par une odeur d'ail; c'est là un caractère chimique qui nous fait reconnaître le corps, mais qui ne nous indique pas sa composition. La composition, comme la connaissance des caractères chimiques, repose sur l'expérience, et est le résultat des travaux de la Chimie, à laquelle la Minéralogie emprunte ses découvertes; mais la composition appartient plus exclusivement au chimiste, et les caractères chimiques au minéralogiste. Le moyen d'investigation du premier est l'analyse ; le moyen d'investigation du second est l'essai ou l'épreuve.
L'essai ne saurait remplacer l'analyse , car il n'apprend rien sur la nature même du corps à l'épreuve ; il ne faut pas non plus en préférer l'emploi à la constatation des caractères physiques des minéraux, dont nous allons bientôt nous occuper. Mais il est d'un puissant secours pour reconnaître les corps, et il ne faut pas négliger les ressources promptes et faciles qu'il offre pour la détermination des minéraux.
$ 29. Les principaux genres d'essais sont au nombre de quatre, ce sont : l’essai par le feu, la solubilité dans l'eau, l’action des acides et celle des alcalis. On appelle essais par la voie sèche, ceux dans lesquels on emploie la chaleur pour vaincre la force de cohésion des molécules ; et essais par la voie humide , ceux dans lesquels on triomphe de cette force par la dissolution dans les liquides. Il est souvent utile de combiner l’action de ces deux moyens.
$ 30. Essais par le feu. — Dans ces sortes d'essais, on a pour but de constater les modifications qu'éprouvent les minéraux à une température plus ou moins élevée. Ces modifications sont de deux espèces :
4° Si les minéraux contiennent des substances volatiles , la calcination ou la torréfaction en provoque le dégagement ;
90 Si les minéraux sont susceptibles de se fondre , le feu opère leur fusion, et l'on observe alors quels en sont les résultats.
& 34. Dans le premier cas , on exécute l'essai à l’air libre, ou dans un tube ouvert à une de ses extrémités et fermé à l’autre; cette extrémité fermée est coudée, et terminée par un renflement en forme de boule , dans lequel on introduit le corps sur lequel on opère, et qu'on a pris la précaution de peser. On chauffe ensuite la substance sur des charbons , ou à la flamme d’une lampe à esprit de vin, en ayant soin de conduire l'opération avec ienteur et graduellement, de peur de casser le tube ou de produire une déflagration de la substance. Après un temps plus ou moins long , suivant les substances , le principe volatil se dégage et vient Se condenser en partie sur les parois de la partie du tube que l'on tient avec la main. Il ne reste plus qu’à en apprécier la nature.
Les principales substances volatiles sont : l’eau, l'oxygène , le mercure, le soufre, l’arsenic, l’antimoine, etc. De cette façon , on reconnaît :
les hydrates, par des gouttelettes d’eau :
les composés de mercure, par des gouttelettes de mercure, etc.
$ 32. Emploi du chalumeau. — Quand il s’agit de reconnattre la fusibilité des minéraux, on peut se servir de la simple flamme d’une bougie, qui suffit pour quelques uns, l'argent sul= furé, le bismuth natif, la cryolithe (fluorure d’alumine et de soude), etc. Mais pour le plus grand nombre , on doit employer une température plus élevée, qu'on obtenait autrefois à l'aide d’une lampe alimentée par un soufflet, comme celle des émailleurs, mais: qu'on obtient aujourd'hui avec le chalumeau.
Le chalumeau le plus simple consiste en un tube recourbé et effilé à son extrémité : c’est l’instrument dont beaucoup d'ouvriers se servent pour souder; 1l peut être en métal ou en verre. Le chalumeau du minéralogiste présente quelques modifications heureuses (pl. 1, fig. 1). Au lieu d’un seul tube présentant une courbure , il se compose de deux tubes : un pluslong (a, &)par lequel on souffle, et un plus court ou bec (b) qui est dirigé sur la flamme. Ces deux tubes s’ajustent dans une boîte ou chambre (c) qui les réunit à angle droit et qui sert de réservoir où vient se condenser l'humidité de l'haleine , dont la présence génerait l'essai, sans cette précaution. À l’aide des dispositions précédentes , cette chambre peut, en outre, être facilement nettoyée. Une autre modification importante consiste dans l'addition d’un petit ajutage ou tuyère mobile (d) qui serre sur l'extrémité du petit tube, et qu'on fait en platine, afin qu'elle ne se fonde ni ne s'oxyde. On a ordinairement plusieurs de ces ajutages , à diamètre intérieur différent, afin de varier la température, qui est d'autant plus élevée que le jet est plus fin. Les chalumeaux sont en fer-blanc ou en argent ; le bec seul est de laiton.
$ 33. Pour se servir du chalumeau , on dirige la pointe de l'ajutage qui recouvre le bec, sur une flamme dont on projette ainsi un dard extrêmement actif. Il faut que le courant d’air produit par le souffle ait une force constante , et la flamme une intensité égale: Pour obtenir la première condition, on ne doit point agir avec la: poitrine, dont la fatigue serait extrême et arréterait la continuité: du travail; il faut que la bouche se remplisse d'air, et que les joues seules , fonctionnant à la manière d'un soufflet, chassent cet air dans le chalumeau. Une certaine habitude est nécessaire pour remplir convenablement ces conditions qui présentent quelque