‹ Cahiers d'histoire naturelleChapitre 172 sur 235 · IX. DÉLIQUESCENCE. EFFLORESCENCE · texte numérisé non relu

IX. DÉLIQUESCENCE. EFFLORESCENCE

$ 159. La Déliquescence est la faculté par laquelle certains corps attirent l'humidité de l'atmosphère de manière à s’y dissoudre et à perdre leur consistance. C’est en raison de cette pro-

(1) Povéw, rendre un son; et \t0oç, pierre.

priété que beaucoup de sels ne se trouvent que dans les eaux de la mer.

$ 160. — L'Efflorescence , au contraire, est la propriété en vertu de laquelle beaucoup de corps , exposés à l'air, perdent leur cohérence avec leur eau de combinaison. Dans certains cas cependant , des sels effleurissent sans rien perdre de leur eau de combinaison , et doivent probablement cette propriété à un changement dans l’arrangement de leurs molécules, soit qu'ils aient été soumis à des cristallisations forcées ($ 53), soit. qu'une. température plus ou moins élevée ait déterminé dans leur. masse des fissures qui en diminuent la cohésion.

$ 161. En Minéralogie, comme dans les autres Sciences Natuelles, classer les êtres, c'est les rapprocher ou les éloigner les uns des autres d’après l'examen de leurs caractères, et donner des noms aux groupes ainsi fondés.

Dans une classification naturelle, on doit se proposer de réunir les êtres suivant leur plus ou moins grande analogie réelle; il faut donc que cette classification s appuie sur le plus grand nombre de caractères en même temps, sur tous les caractères à la fois, si cela est possible, ou tout au moins sur leur ensemble, en tenant compte de leur degré d'importance, de manière à présenter le tableau exact et complet de la nature. Toutefois la méthode naturelle n’a pas atteint complétement ce dernier terme de la perfection qu'elle se propose; elle est seulement le résumé philosophique de tous les résultats obtenus jusqu'ici par la science.

S 162. Ces résultats, dont l'étude nous a occupés dans toutes les pages précédentes, et que nous avons rapportés à deux ordres de caractères, les uns chimiques et les autres physiques, nous conduisent à une observation générale d’une grande valeur ; c’est que toutes les propriétés essentielles des minéraux sont dominées par la composition chimique, et que la molécule intégrante de chacun d'eux en est l'image la plus réelle, nous dirions presque la personnification la plus essentielle et la seule.

Nous savons, en effet, que la molécule reste toujours identique avec elle-même, qu'elle peut s'unir à d’autres molécules suivant certaines lois déterminées, et donner ainsi naissance à des combinaisons diverses mais définies, qui, à leur tour, sont invariables, et nous rendent, par l'analyse, les molécules constituantes avec

tous leurs caractères essentiels et permanents. Ainsi, le Marbre de Carrare, si recherché par les artistes pour sa dureté, sa blancheur et sa translucidité, le Spath d'Islande, si limpide et si transparent, Ja Craie, nous présentent une série de corps dont les propriétés extérieures sont très diverses ; et cependant tous. nous donnent, par l'analyse, du Carbonate de chaux comme molécule intégrante ; tous se rapprochent ainsi les uns des autres par un caractère qui n'offre pas d'anomalie : la composition chimique. Nous. avons montré, d'ailleurs, que, sauf les cas peu nombreux de Dimorphisme, et en admettant l'identité de composition comme une identité atomique dans l'Isomorphisme , la forme cristalline est généralement en rapport avec la nature chimique ; que la réfraction simple ou double est à son tour liée avec la forme et la structure, qu'il en est ainsi de la polarisation , de l’élasticité, du poids spécifique, de la dureté, de la dilatation ; qu'un changement de composition entraîne une modification dans les autres propriétés, sans que l'inverse ait jamais lieu. Ajoutons qu'un minéral ne se trouve pas toujours sous sa forme cristalline, qu'il est Souvent opaque ou terne, ne permet pas alors de constater la réfraction ou la. polarisation, et.que sa composition chimique reste Souvent comme le seul moyen d’en établir l'identité.

De ces considérations il résulte qu’il existe un caractère de première. importance en Minéralogie ; que ce caractère est. la composition chimique , et qu'il doit, en conséquence, servir de base à une classification naturelle. 11 découle aussi, des observations précédentes, que l'individu minéralogique, c'est-à-dire l'être que l'on ne peut diviser sans le détruire et le dénaturer , n’est autre chose que la molécule intégrante elle-même.

Tout.en adoptant la. composition chimique comme principe fondamental de leurs méthodes minéralogiques , les auteurs. ont néanmoins apprécié différemment la valeur des phénomènes chimiques eux-mêmes, et ont combiné ensuite de manières diverses l’ensemble des autres caractères pour les divisions et subdivisions nécessaires. Plusieurs classifications ont ainsi pris naissance. En général, toutes s'accordent à établir l'espèce sur les caractères dont nous allons tout-à-l'heure indiquer la nature ; mais le groupement des espècesen genres présente des différences essentielles, dans lesquelles résident vraiment les caractères distinctifs des diverses méthodes. Nous ferons ressortir ces points de vue différenis en comparant la classification de M. Beudant, et celle de M. Brongniart, modifiée par M. Dufrénoy. C'est. cette dernière que nous suivrons dans la description des minéraux.

»$ 163. Espèce, — Variétés de l'espèce. — En procédant sui-

vant le principe des analogies, pour grouper successivement les minéraux d’après leur plus grande ressemblance, on forme d’abord l'espèce, de la réunion des individus semblables , ou des individus qui ont entre eux plus d’analogie qu'ils n'en ont avec d’autres corps. L'espèce minéralogique est, en conséquence , la réunion des individus minéralogiques formés des mêmes principes constituants, dans les mêmes proportions. Ainsi, les carbonates de chaux que nous avons nommés plus haut appartiennent à une même espèce. Ainsi tous les corps composés d’une molécule de plomb et d'une de soufre forment une même espèce, le sulfure de plomb ou galène; ceux qui sont composés d’une molécule d'argent et d’une molécule de soufre en forment une autre , le sulfure d'argent ou argyrose ; etc.

y La forme cristalline, concordant en général avec la composition chimique, les minéraux d'une même espèce se ressemblent donc aussi par leurs propriétés physiques, si ce n’est dans les cas de dimorphisme. Quelques minéralogistes n'en rapportent pas moins les minéraux dimorphes à une même espèce ; d’autres, au contraire, complètent la définition précédente, en ajoutant à la condition d’une composition identique celle d'un méme état d'agrégation moléculaire , formant ainsi deux espèces d'un même corps sous deux systèmes de formes différentes.

La diversité des foèmes que peut présenter une même espèce, ses diverses sortes de structure, le degré de transparence ou d'opacité, l'éclat, les couleurs accidentelles, les mélanges divers qui n’empêchent pas toutefois ses caractères essentiels de dominer, sont autant de considérations d’après lesquelles on peut établir autant de variétés dans l'espèce.

$S 164. Genre. Tribu. Famille. Ordre. Classe, — En groupant les espèces qui ont entre elles le plus d'analogie , on forme les genres, puis les tribus, les familles, les ordres, les classes; mais, si la spécification n'offre guère de différence dans les diverses méthodes , il n’en est pas de même pour la formation des groupes supérieurs, et la subordination même de ces groupes est plutôt théorique que réelle en Minéralogie. En effet, la difficulté pour réunir en groupes naturels les espèces qui ont entre elles le plus d'analogie, consiste à trouver quel est le principe constituant qui exerce la plus grande influence sur l’ensemble des propriétés ; et comme toute combinaison, si complexe qu'elle soit, peut toujours se représenter comme une combinaison binaire d'un principe électro-négatif ou acide et d’un principe électro-positif ou base ($ 16), la question revient à décider quel est le plus important de ces deux principes ; quel est, par conséquent, celui qui doit servir de point de départ pour la classification des espèces minérales.

S 165. Certains minéralogistes , parmi lesquels se place M. Beudant, ont choisi le principe électro-négatif comme base générale du groupement des espèces (voy. $ 259). D'autres , parmi lesquels se rangea d'abord M. Berzélius , adoptèrent, au contraire, le principe électro-positif comme fondement exclusif de la classification. M. Brongniart et M. Dufrénoy, considérant qu'un principe unique ne Saurait servir de règle invariable pour la détermination des rapports naturels des minéraux, et que, si le principe électro-négatif conduit à une appréciation exacte pour les silicates, le principe électro-positif donne, d'autre part, les résultats les plus justes pour les métaux, fondèrent leur classification sur le double principe. Cette dernière méthode, que nous avons adoptée, nous semble apprécier de la manière la plus naturelle les relations intimes s les affinités des minéraux : elle rappelle le procédé suivi en Zoologie , où la classification naturelle cherche ses caractères fondamentaux, tantôt dans un appareil et tantôt dans un autre, suivant l'importance qu'ils prennent pour tel ou tel groupe.

En Zoologie et en Botanique, les êtres sont désignés par deux noms, dont le premier est celui du genre, et le second celui de l'espèce; il n’en est pas ainsi en Minéralogie, où il n’existe réellement aucune nomenclature, et où les espèces seules ont un nom.

$ 166. Admettant l'un et l’autre principe comme moyen de classification , M. Dufrénoy reconnaît que, pour les métaux, le choix des bases a l'avantage de réunir tous les minerais de même nature, et que, dans les groupes naturels ainsi formés, la dureté, la pesanteur spécifique, l'éclat, les couleurs, les réactions chimiques, présentent les plus grandes analogies entre les minéraux associés ; le gisement même et le rôle que les minéraux jouent dans la nature offrent des points de rapprochement remarquables quand on réunit les espèces par leur base , et la géologie vient ainsi compléter l'indication des rapports minéralogiques qui existent entre les corps bruts.

Quant à l'association par le principe électro-négatif, le même auteur en restreint l'application au groupe des silicates, dans lequel la dureté, l'éclat, le facies, le rôle géologique, donnent des caractères concordants ; il pense qu’on ne doit pas l'employer pour les autres Combinaisons acidifères, les carbonates, les arséniates, etc., pour lesquelles la classification par les bases met en relief la plus grande somme d’analogie dans tous les caractères physiques.

M. Dufrénoy admet donc trois grandes catégories : les métaux, les silicates et les substances acidifères ; la première et la dernière fondées sur le principe électro-positif; la seconde, sur le principe électro-négatif.

La catégorie des substances acidifères se subdivise en deux classes, dont la première, celle des ses alcalins, contient les substances solubles dans l’eau, caractère qui influe d’une manière bien remarquable sur toutes les autres propriétés, et la seconde renferme les terres alcalines et les terres.

Enfin, il existe encore deux classes ; l’une placée à la tête du règne minéral, et renfermant les corps simples qui forment un élément essentiel de toutes les combinaisons naturelles ; l’autre, placée à la fin du même règne, et comprenant les minéraux qui paraissent résulter de la décomposition des végétaux enfouis. Les caractères extérieurs pourraient peut-être conduire à rapprocher, des minéraux des autres groupes, les êtres qui font partie de l'une ou de l’autre de ces deux dernières classes; mais le rôle important, le rôle minéralisateur des premières exige qu'on les isole; l'origine des dernières leur assigne aussi une place à part. La considération du rôle géologique des espèces dans la constitution du globe, ajoutée à celle de la nature chimique et des propriétés physiques, nous paraît une heureuse application de la géologie à la minéralogie, deux sciences qui embrassent l'étude des corps bruts, et dont la dernière est, en quelque sorte, à la première ce que la description et l'anatomie sont à la physiologie.

Les six classes qui composent le règne minéral, suivant M. Dufrénoy, se rangent donc dans l’ordre suivant :

17 classe : Corps simPLes (minéralisateurs) formant un des principes \ essentiels des minéraux composés ;

2e classe : SELS ALGALINS ;

3° classe : TERRES ALGALINES et TERRES ;

4° classe : Métaux;

oe classe : SILICATES ;

6° classe : Comsusrieces d’origine organique.

Chaque base donne naissance à un genre particulier. Les genres sont rangés entre eux d’après le principe électro-positif. Dans l'étude des principales espèces minérales, groupées suivant ces principes , nous rappellerons les caractères généraux des classes, et nous indiquerons ceux des groupes secondaires. À la description des minéraux, de leur gisement, de leurs usages, nous ajoute= rons l'indication des principales réactions qui peuvent conduire à les distinguer; ces indications seront complétées par les rensei+ gnements que contient le tableau de la classification de M. Beu= dant, dont nous présenterons le résumé après l’histoire minéralogique des espèces. .

Page 1