PRODUITS VOLCANIQUES
terrible, s’étendit vers la ville en vomissant des flammes et une sorte de boue épaisse composée de cendres et de pierres ponces mêlées à de l’eau; ces cendres couvrirent complétement la ville et tombèrent même en grande quantité à Naples; les habitants d’alentour fuirent épouvantés, la mer se retira tout-à-coup à une grande distance, et une portion de la côte, soulevée de plusieurs pieds au-dessus du niveau des eaux, resta à sec ; enfin le lendemain on vit, à la place occupée auparavant par Tripergola , une montagne nouvelle dont le pied s’avançait dans le lac Lucrin, lequel n'était lui-même que le cratère de quelque ancien volcan. Le 3 octobre l’éruption cessa, et on put alors gravir cette montagne nouvelle élevée en un seul jour et nommée depuis lors le Monte- Nuovo; son sommet présentait un cratère profond, sa hauteur était d'environ 430 mètres au-dessus du niveau de la mer, et la circonférence de sa base de près d’une demi-lieue. Depuis lors la crevasse cratériforme s’est obstruée dans sa profondeur, et la tranquillité de la contrée n'a jamais plus été troublée par ce volcan.
$ 22. Produits volcaniques, — Du sein d’un volcan s’élancent, au moment de l’éruption, des matières de diverses natures, gazeuses, liquides, solides. Les fumées ou vapeurs qui précèdent souvent l'explosion principale ou l’accompagnent, sont composées de divers gaz et de vapeur d’eau ; de ces gaz, c’est en général l'acide chlorhydrique qui se manifeste le premier et pendant que l’action volcanique conserve sa plus grande énergie; l’acide sulfureux se montre quand cette action diminue; puis apparaît l'acide carbonique, qui peut même continuer à se dégager pendant des siècles, après que toute activité paraît éteinte, comme cela arrive en Auvergne, quand on creuse dans les dépôts volcaniques anciens. La température élevée à laquelle se trouvent ces gaz mélés à la vapeur d’eau, leur permet d'attaquer énergiquement les roches voisines, de les désagréger, de les réduire en parcelles, puis en magmas de composition très variable, qui , lancés loin du cratère par la force explosive, couvrent les régions environnantes d'une fange épaisse. Telles sont les terribles éruptions boueuses de Java, telles sont aussi celles du Pérou , que rend si étranges la présence, dans les eaux limoneuses, de petits poissons dont l’ <e se rencontre dans les lacs voisins.
$ 23. Laves, — L'apparition des matières gazeuses est suivie ou accompagnée de celles des matières pulvérulentes , quelquefois en quantité immense, qui, unies aux premières, peuvent former des nuages épais capables d’intercepter la lumière du soleil , et portés parfois à des distances de 20, 50 , 200 lieues. À ces cendres
volcaniques, se joignent souvent des fragments de pierres.poreuses incandescentes nommées pouzzolanes, rapilli ou lapilli, puis des | blocs de matières solides. Souvent on confond à tort ces produits | du volcan avec les avalanches de débris que la force même de l'explosion arrache aux flancs de la montagne en la bouleversant ; c’est | par une erreur de cette nature quon à considéré la destruction d'Herculanum et Pompéia comme le résultat de l'accumulation | des matières vomies par le Vésuve : la catastrophe qui détruisit | ces villes, en 79, et dans laquelle Pline trouva la mort, doit être attribuée à la projection des masses de fragments ponceux qui existaient auparavant sur la pente du Vésuve, et dont ce. volcan n’a jamais produit un atome. Quelquefois des fragments de roches sont expulsés du cratère et lancés en l'air avec une force prodigieuse; ainsi, en 4820, le volcan de Moleri (l'une des Moluques) projeta à une hauteur égale à la sienne des masses aussi. grandes que les maisons du pays, et en 1533 le Cotopaxi, volcan : de la Colombie, lança des rochers de dix mètres cubes à la dis- | tance de deux et même trois lieues. Souvent enfin, l'éruption amène | à la surface, les matières en fusion qui bouillonnent dans le sein du cratère et constituent la lave. Toutes ces matières lancées en, gerbe à des hauteurs diverses vont retomber plus ou moins lon du foyer de l’éruption, et s’accumulenten dépôts désignés sous les noms de tufs ponceux , tufs volcaniques, conglomérats. Na 24. Quelquefois des portions de matières fondues , arrachées à la lave qui remplit le cratère, sont lancées dans l'air, où elles! s'arrondissent par le mouvement, et forment ce qu’on appelle des! bombes volcaniques. Mais il arrive aussi que la lave fluide est seu-| lement soulevée à une certaine hauteur dans le conduit du cra-| tère, puis s’affaisse sans se répandre au dehors ; c'est ainsi qu'à Stromboli la lave s'élève et s'abaisse sans interruption, en laissant, échapper des matières scoriacées et une grande quantité de gaz. dont les bulles viennent crever avec fracas à la surface. Si la lave n'est pas trop fluide, elle peut, dans d'autres cas, s’arrondir en dôme qui se consolide pour un temps plus ou moins long , et qui, forme, de la sorte, au milieu du cratère de soulèvement, un cône adventif, dont le sommet peut lui-même se crever et donner pas= sage aux produits volcaniques, mais dont les caractères le distinguent profondément du cratère de soulèvement lui-même. Enfin tous les phénomènes que nous venons de décrire ne sont souvent que les avant-coureurs ou les annexes de l'expulsion de la lave , qui, amenée jusqu'au sommet du cratère, en ébrèche le contour ur se déverser en torrents dans les plaines voisines où elle s’ac= cumule. Si le cône volcanique se trouve déjà à une grande hauteur,