FOSSILES
antérieurs aux couches qui sont restées horizontales , et postérieurs aux couches relevées (1). À
Ainsi les terrains stratifiés ont été formés, non pas d'un seul jet, mais l’un après l’autre, et sous l'influence de circonstances diverses. Leur étude conduit aussi à reconnaître que les divers points de la surface du globe ont été successivement, et à plusieurs reprises , laissés à sec et recouverts par les eaux de la mer Ou par des eaux douces, dont le sédiment constitue ces bancs, et l’on voit que ces bancs eux-mêmes diffèrent, non seulement par la nature et la disposition de leurs éléments constitutifs, mais aussi par celles des débris de corps organisés contenus dans leur masse.
$ 36. Fossiles. — Ces débris des corps organisés, qui ont autrefois vécu à la surface du globe, aujourd’hui enfouis en grand nombre dans les divers étages de son écorce solide, sont désignés sous le nom général de fossiles ; par extension, on applique aussi cette dénomination à certaines traces que les êtres vivants ont laissées de leur passage pendant les diverses époques géologiques, aux impressions, aux moules, etc. Ceux qui appartiennent aux formations actuelles , et qui ont été déposés depuis les dernières grandes révolutions de la terre, ont en général conservé leur composition primitive ; mais ceux qu’on rencontre dans les couches plus anciennes ont été altérés dans leur nature : les parties gélatineuses, charnues ou ligneuses, qui concourent à les former , ont en partie disparu, et ont été plus ou moins remplacées par des particules pierreuses.
En général, ce sont les parties dures et capables de résister longtemps à la décomposition qui seules ont éprouvé ce genre particulier d’altération, les os, les coquilles et les écailles par exemple. On n’a jamais trouvé à l’état fossile des chairs, des ongles, des fruits mous ou autres corps analogues. Quelquefois les corps durs ont même disparu , et n’ont laissé d’autres traces de leur existence qu'une empreinte dans la roche qui les englobait.
La présence des fossiles est encore un caractère très remarquable des terrains de sédiment. Un grand nombre de ces terrains sont presque entièrement composés de produits marins, de coquilles, de débris de polypiers, etc., qui se rencontrent, non seulement dans les couches solides des parties les plus basses des continents, mais encore dans les lieux situés à de grandes distances de la mer, et à de grandes hauteurs au-dessus de sa surface. Cette dernière circonstance s’explique facilement par l’action d’un soulèvement qui aurait porté, à la hauteur où ils se rencon-
(4) Voyez la coupe théorique des divers terrains de l'écorce du globe, pl. 3,
trent aujourd'hui, les dépôts formés préalablement au-dessous des eaux, et dont les soulèvements qui s'effectuent actuellement sous nos yeux nous donnent une image.
En général, l'état de conservation de ces fossiles est si parfait, qu'il est impossible de ne pas admettre que la mer les a déposés là où ils se rencontrent, et ce fait est encore confirmé par la position qu’ils occupent dans les couches qui les renferment. En effet, on les trouve assez souvent placés sur les faces qui ont dû leur servir naturellement de base, et ces faces principales sont parallèles aux joints des couches minces dans lesquelles ils reposent, que ces couches soient restées horizontales ou qu’elles aient été postérieurement soulevées. Ces faits nous prouvent encore la disposition primitivement horizontale des strates et leur redressement postérieur.
$ 37. Les débris organiques qui se rencontrent dans les couches les plus superficielles et les plus récentes de l'écorce du globe, appartiennent en partie à des espèces qui vivent encore aujoujourd hui; mais la plupart des fossiles proviennent d'animaux ou de plantes qui n'existent plus depuis une époque antérieure aux temps historiques, et dont l'espèce est complétement perdue. En général, ils s'éloignent d'autant plus des êtres vivant actuellement, qu'ils se | trouvent dans des couches plus anciennes ; et dans la plupart | des étages de l'écorce du globe, on trouve certaines espèces qui | ne se rencontrent ni dans des formations plus anciennes, ni dans des terrains plus récents. |
C'est en comparant ces fossiles entre eux, et-en combinant cette étude avec celle de l’ordre de superposition dans lequel on | rencontre les divers terrains, aussi bien qu'avec celle de leur | mode de formation, que l’on est parvenu à connaître l'état du globe à des époques bien antérieures à la création de l’homme, et à tracer l’histoire des grandes révolutions qui en ont successi- | vement bouleversé la surface. |
On voit ainsi que l’état physique de cette surface, de même que | la nature des êtres organisés dont elle était peuplée, ont subi der, grands et nombreux changements. Des créations tout entières d'a-1 nimaux et de plantes ont succédé les unes aux autres : après avoirk peuplé les eaux et habité les terres pendant des siècles, chacune” d'elles a été tour à tour détruite par quelque grande catastrophe de” la nature, et a fait place à une création nouvelle (1). Mais l'appa-\
(1) C’est à tort que quelques auteurs ont cru trouver dans ees faits constatés par la géologie des arguments contre le récit de la création que Moïse nous a transmis dans les Écritures saintes. Un des géologues les plus savants de notre époque, le docteur Buckland, a fait voir qu'il n'existe dans ce récit rien qui ne s'accorde parfaitement avec les découvertes de la science, et que les difficultés que quelqués