OOLITHE
(Voy. le tableau, p.162.)—P1. 3, fig. 4; pl.5, fig.:et pl. 6, fig. 3et4. … L'étage inférieur commence ordinairement par une couche de sable jaune et micacé, dont l'épaisseur est quelquefois de 40 mè. tres ; on rencontre ensuite des lits alternatifs de marne et d'argile, dont une variété est souvent exploitée comme terre à {oulon : une assise calcaire, dont on tire de très belles pierres de taille, repose sur ces bancs, et porte à son tour de l'argile surmontée par d’autres couches de sable et une roche calcaire très coquillère. Cet étage est aussi désigné par la dénomination de grande oolithe.
L'étage moyen est d'une composition moins compliquée, et comprend principalement deux assises : une couche puissante d'argile bleue , qui a quelquefois près de 200 mètres d'épaisseur, et qui est connue sous le nom d'argile d'Oxford, parce qu'elle forme le sol des environs de cette ville, d'où vient aussi le nom de groupe 0xfordien donné à cette partie ; puis d’une couche de sable, de grès et de pierre calcaire, qui abonde en polypiers, et qui, pour cette raison , est souvent appelée par les géologues anglais du nom de coral-rag ; on la nomme aussi oolithe d'Oxford, et cette portion de l'étage moyen de la formation oolithique porte encore le nom de groupe coralien.
Enfin , l'étage supérieur se compose également d'une assise argileuse nommée argile de Kimmeridge, et d’une assise de roches calcaires, dont la texture est tantôt grenue, tantôt compacte, et qui porte le nom de calcaire ou oolithe de Portland : cet étage luimême a été appelé groupe portlandien.
Les terrains jurassiques s'étendent obliquement depuis La Rochelle jusqu’à Ratisbonre , et, vers le milieu de ce long trajet, se prolongent au nord jusqu'à Mézières, et au sud par-delà Nantua ; ils constituent ainsi la chaîne du Jura , comme nous l'avons dit en expliquant leur nom général. On les voit aussi à nu de chaque côté des Alpes et des Cévennes: ils bordent encore , du côté de l'est, les terrains de transition du Maine et de la Normandie, depuis Valognes jusqu'auprès d'Angers, et divisent l'Angleterre d’une manière analogue.
$ 85. Jusqu'à l’époque jurassique nous avons vu la terre habitée par des plantes, par des animaux inférieurs , tels que des z00phytes et des mollusques , par des poissons, auxquels quelques reptiles sont venus se mêler dans les derniers temps. Durant la période que nous étudions, cet état de choses a changé, et il a été créé alors une nouvelle faune des plus remarquables , Caractérisée surtout par une foule de reptiles à formes bizarres et à taille gigantesque . qui se rencontrent pour la première fois dans la formation du lias.
Tels sont le megalosaurus , sorte delézard long de plus de trente
pieds ; les ichthyosaurus (4), qui pour la taille n'étaient. souvent guère inférieurs au précédent, mais qui étaient conformés pour la nage seulement, et avaient, au lieu de pattes, quatre nageoires semblables à des rames ; les plesiosaurus (2), qui ressemblent aux ichthyosaures par la structure de leurs membres , mais qui avaient un cou extrêmement long et une petite tête, ce qui leur donne un peu l'apparence de serpents qui seraient pourvus de nageoires ; les ptérodactyles (3), ou lézards volants, dont les ailes rappellent celles de nos chauves-souris; d'énormes crocodiles, des tortues , etc. Les mers de l'époque jurassique étaient habitées aussi par un immense nombre d'ammonites, de. bélemnites qui apparaissent pour là première fois dans le lias, et d’autres mollusques , tant bivalves qu’univalves ; par des crustacés ayant quelque analogie avec nos homards; par des encrines , des oursins et une foule d'autres zoophytes. On trouve également, dans quelques roches de cette période, des débris d'insectes et quelques ossements d'oiseaux. Enfin, on a découvert aussi à Stonesfield , près d'Oxford en Angleterre, dans les schistes des couches oolithiques les plus basses , un fragment de la mâchoire inférieure d'un animal qui paraît avoir appartenu à la division la moins élevée de la classe des Mammifères, à celle des Marsupiaux.
Des fougères d’espèces diverses, des cycadées, des cônifères en abondance, et un véritable equisetum, composent en grande partie la flore fossile de cette période.
Soulèvement (7°) du système de la Côte-d’Or ; direction E. 400 N. à O. 40° S.
& 86. Lorsque le globe était depuis longtemps peuplé des mollusques si variés et des reptiles gigantesques dont nous avons parlé plus haut, et lorsque les immenses dépôts terreux, tombeaux naturels de ces animaux, s'étaient déjà accumulés au fond des mers,, une nouvelle révolution est venue changer encore une. fois .la face de la terre , et détruire brusquement tout ce quiexistait. Cette catastrophe, qui termine la période jurassique,, et qui a précédé la formation des terrains crétacés, paraît avoir été déterminée par le soulèvement d’une portion de la croûte terrestre, soulèvement qui a fait sortir du sein de la mer, et qui à élevé à une grande hauteur, plusieurs chaînes de montagnes, telles que le Mont-d’Or en Bourgogne , la chaîne du Morvan, celle du Pilas dans le Forez, les Cévennes dans le midi.de la France, l'Erzgebirge en Saxe.
$ 87. A l'époque géologique dont nous abordons maintenant l'histoire, la terre était encore bien loin d'offrir la configuration
(4 PI. 7, fig. 10.— (2), PL. To fige 1. — (5) PI, 7, fig, 12.
qu'elle présente maintenant. Ainsi, ce qui est la France aujourd'hui ne consistait alors qu’en une presqu'île formée par la Bretagne , la Basse-Normandie, le Maine et la Vendée, et réunie par le Poitou au plateau central qui, depuis les Cévennes, s'étendait jusqu'aux Ardennes , et $’adossait aux Vosges. La mer recouvrait alors presque toute la Flandre, la Picardie, la Champagne , les environs de Paris, la Haute-Normandie et la Touraine ; elle s’étendait aussi sur la portion du globe qui forme aujourd’hui le midi de la France depuis Rochefort et Castelnaudary, la portion voisine de l'Espagne, la Sicile, une grande partie de l'Italie, de l'Autriche, la Prusse, la Pologne, etc.
Cette mer était peuplée d'un grand nombre de polypes, d’oursins, de mollusques, et de poissons différents de ceux qui existaient à l’époque jurassique. Il ÿ vivait aussi de grandes tortues et des sauriens presque aussi gigantesques que leurs prédécesseurs , tels que le crocodile de Meudon. Un des plus remarquables parmi ces derniers est le mosasaurus , reptile qui se rapprochait un peu des monitors d'aujourd'hui, mais qui paraît avoir eu les membres conformés en manière de palettes natatoires, de même que nous l’avons déjà vu pour les ichthyosaures et les plesiosaures; à en juger par la tête gigantesque d’un de ces reptiles trouvée à Maestricht, leur taille devait atteindre huit à neuf mètres. Ils. appartiennent aux dépôts crétacés supérieurs.
Il existait à la même époque des reptiles terrestres non moins Curieux, tels que l'hylæosaurus , sorte de lézard long d’environ huit mêtres, dont le dos était, hérissé d’une crête dentelée de consistance osseuse; et l’iguanodon , espèce d’iguane herbivore , à peu près vingt fois plus gros que les iguanes de nos jours , et dont la longueur paraît avoir été d'au moins vingt mètres.
$ 88. Les dépôts sédimentaires quise sont formés pendant cette période ont une épaisseur non moins considérable que ceux de l’époque jurassique , et jouent un grand rôle dans la constitution actuelle de la terre. (PI. 3, fig. 4 et 2; pl 5, fig. Let2; pl. 6, fig. 1
-. et 2.) Ces dépôts paraissent constituer deux formations distinctes, « séparées l’une de l’autre par le huitième soulèvement,
Terra crétacé inférieur.— La première formation crétacée ,
“c'est-à-dire la plus ancienne, et par conséquent la plus inférieure, «comprend divers étages. Le plus profond se compose de marnes,
puis de calcaires jaunâtres plus ou moins grossiers qui manquent
“quelquefois ; au-dessus se trouvent des argiles grises; puis, dans “diverses localités , des sables et des argiles de couleurs bigarrées, “des amas de minerais de Fer, tandis que, dans d’autres, se montrent des dépôts puissants de calcaire plus ou moins compacte. “Cette portion de la craie inférieure, désignée sous le nom de ter-
rain péocomien, se fait reconnaître distinctement dans une grande partie de la France, en Suisse, en Allemagne, en Pologne, en Crimée.
Des couches alternatives de calcaire, de sables ferrugineux et d'argile, dans lesquelles se rencontrent des débris fossiles qui paraissent appartenir en grande partie à des paludines, et aussi des dépôts de combustible, constituent la formation désignée sous le nom de formation wealdienne {1). C'est à ce terrain qu’appartient la couche de boue de Portland, dans laquelle on rencontre des troncs de cycadées siliceux, des espèces de conifères, des débris d'équisétacées et de fougères. Ce groupe Wealdien est remarquable en ce qu'il constitue une formation d’eau douce intercalée entre deux formations marines.
La portion de cette formation qu'on désigne sous le nom de «grès vert, renferme des sables blancs, jaunâtres, des amas cal- . cairés, surtout des sables remplis de matière verte en petits grains. Au-dessus de ces dépôts, la partie calcaire, plus abondante, se mêle aux grès, puis s’isole, et ne garde plus que des grains verts, qui vont ensuite en diminuant; il en résulte la craie verte ou craie chloritée.
Après la disparition totale des grains verts, le calcaire, resté seul, présente la craie pure, ou des calcaires argileux et sableux, ou bien encore des sables et des grès : c’est l'assise connue sous le nom de craie tufeau; elle fournit une pierre qui, d'abord très tendre, se durcit à l’air , et peut être employée aux constructions.
Pendant que ces divers terrains se constituaient au fond de la mer , il paraît qu'il existait des lacs d'eau douce, comme nous venons dele voir pour la formation wealdienne, assez considérables pour être le siége de dépôts analogues , et pour donner paissance à des lits d'argile, de sable ferrugineux et de calcaire, dans lesquels on trouve des coquilles terrestres et fluviatiles , ainsi que les débris . des reptiles terrestres dont nous avons parlé il ÿ à un instant.
Soulèvemnent (8°) du système du Mont-Viso ; direction N, N. O. à S.S. E,
& 89. Après le dépôt de cette première formation crétacée , l'ordre de choses existant a été modifié par de nouvelles convulsions géologiques, au milieu desquelles se sont élevées les montagnes qui s'étendent depuis Antibes jusqu aux environs de Lonsle-Saunier, et qui constituent la chaîne des Alpes françaises et l'extrémité sud-ouest du Jura. Des lignes de fractures et des crêtes redressées indiquent aussi ce système depuis l'île de Noirmoutier en Vendée, jusque dans le royaume de Valence en Espagne , à travers les Pyrénées ; les côtes d'Italie ont, leur principale direc-
(1) Le nom de cette formation vient du nom de Weald, sous lequel on désigne
les diverses parties des comtés de Kent, de Surrey et de Sussex où elle a été le mieux étudiée.
tion dans celle de ce système, aussi bien que des crêtes très élevées de Grèce, dans lesquelles est compris le Pinde,
$ 90. Terrain crétacé supérieur.— La seconde formation crétacée à commencé ensuite, et s'est étendue sur les portions decouches plus anciennes qui n'avaient pas été élevées au-dessus du niveau des eaux par ce dernier soulèvement. Elle consiste principalement en assises de craie marneuse, de craie compacte et de craie graphique. La craie compacte est souvent assez solide pour fournir de bonnes pierres de construction ; la craie graphique, ou craie blanche supérieure, est remarquable par l’abondance de cailloux ou de silex pyromaque , qui y sont ordinairement disposés par bandes placées à des distances peu considérables les unes au-dessus des autres.
$ 91. Les terrains crétacés s'étendent sur presque tout le nordest de la France et le sud-ouest de l'Angleterre, et paraissent avoir tapissé le fond d'un vaste golfe, qui avait pour limites les terrains jurassiques de la Basse-Normandie et du Maine à l'ouest, du Berry au sud , de la Bourgogne et de la Lorraine à l'est. On les retrouve aussi dans le midi de la France; mais ils ne sont pas restés partout à nu, et, dans une partie de leur étendue, ils ont été recouverts par des terrains plus récents, comme nous le verrons bientôt. On les trouve à découvert dans les plaines de la Picardie et de la Champagne, et ils forment même tout autour du bassin de Paris une vaste ceinture , qui s'étend depuis le Pas-de-Calais et l'embouchure de la Seine jusqu'au-delà de la Loire.
Soulèvement (ge) du système des Pyrénées et des Apennins ; direction E, 180 S. à O. 180 N.
$ 92. Le long intervalle de repos pendant lequel tous les sédiments crétacés se sont accumulés au fond des eaux, a été troublé par une nouvelle révolution géologique, qui correspond au soulèvement des Pyrénées et de plusieursautres chaines de montagnes, telles que les Apennins , les Alpes-Juliennes, les Karpathes et autres montagnes à travers la Croatie et la Bosnie, les Balkans, et jusque dans la Grèce. En effet, on voit, sur les flancs de ces chaines , les couches du terrain crétacé redressées avec celles des formations plus anciennes dont se compose le massif de ces montagnes, tandis qu à leur pied les terrains dont la formation date de la période suivante s étendent en couches horizontales (pl. 5, fig. 2); d'où l'on peut conclure que ce grand soulèvement a eu lieu avant le dépôt de celles-ci et postérieurement à la formation des terrains crétacés. La même direction dans de nombreuses dislocations et dénudations dans l'Allemagne, la France, l'Angleterre, atteste encore que cette catastrophe a été une des plus étendues qui aient bouleversé
la surface de l'Europe. Elle signale la fin des terrains secondaires
et le commencement des terrains tertiaires.