SOURCES ET PUITS ARTÉSIENS
$S 140. L'eau qui s’évapore sans cesse de tous les points de la surface du globe, et qui, après s'être rassemblée en nuages , retombe encore sur la terre, se divise d'ordinaire en deux portions : l’une s'enfonce dans le sol, l’autre s'écoule à sa surface en suivant le sens des pentes que celle-ci présente, et finit par se rendre à la mer, sil’évaporation ou quelque autre obstacle ne l’arrête dans son cours.
Les eaux qui s’introduisent dans le sol descendent ou s’y infil- ‘trent jusqu'à ce qu’elles rencontrent une couche qui s'oppose à leur passage, de l'argile, par exemple {voy. page 117), et s'accumulent ainsi dans l'espèce de bassin formé par ce terrain imper-méable; elles tendent nécessairement à sy mettre partout au même niveau, et il en résulte que si l’on creuse, dans un terrain imbibé de la sorte, un trou dont le fond se trouve au-dessous de cette ligne, l’eau ne tardera pas à y arriver. C'est de la sorte que S’alimentent les puits ordinaires, et l'on comprend facilement que là nappe d’eau à laquelle ces excavations doivent atteindre , étant au même niveau dans tous les points du même bassin, ces puits doivent être d'autant plus profonds que le point où ils sont situés est lui-même plus élevé au-dessus du niveau moyen de la surface du sol de ce bassin.
Il est également évident que si, dans queïque point de ce bas-
sin, la surface du sol se trouve au-dessous du niveau dont nous venons de parler, l’eau y surgira comme au fond d’un puits, et y formera une source où un étang plus ou moins considérable.
Si l'on suppose maintenant que la couche imperméable qui arrôte l'eau, soit inclinée et plonge au-dessous d’une autre couche également imperméable, dont elle est séparée par un terrain perméable , tel que du sable, ou par des fissures, l'eau glissera à sa surface, et formera au-dessous de la couche imperméable supérieure une nappe souterraine plus ou moins profonde. Mais si cette dernière couche vient tout-à-coup à être interrompue, si, par exemple, elle présente quelque fissure , ou si elle est perforée par un trou, l’eau souterraine dont nous venons de parler s'élèvera par cette ouverture jusqu à ce qu'elle soit arrivée au niveau où elle se maintient dans les puits de la localité plus ou moins éloignée dont elle provient. 1
En effet, si l'on prend un tube recourbé en forme d'U, et que l’on verse de l’eau dans l’une de ses branches , on verra le liquide s'élever dans l’autre et prendre dans les deux le même niveau, et si la branche par laquelle on verse l’eau est plus longue que l’autre, le liquide, en s'écoulant par cette dernière, s’élèvera en un jet d'autant plus haut que la différence entre son niveau dans la première branche et’son point de sortie dans la seconde sera plus considérable (1); or, le trajet que l'eau souterraine parcourt, dans les circonstances dont nous venons de parler, est précisément le même que celui qu'elle suit dans l'expérience en question, et il en résulte que , si le niveau de la nappe à laquelle elle appartient est supérieur au niveau de l'ouverture par laquelle-elle s'échappe, elle formera une source jaillhissante.
Les nappes d'eau qui circulent ainsi dans la terre s’infiltrent quelquefois lentement dans des couches de sable ou d’autres terrains perméables, mais souvent elles paraissent s'être frayé des canaux et couler assez rapidement dans des intervalles vides, compris entre certaines couches imperméables ; ce sont alors de véritables rivières souterraines. |
SA141. C'est en perçant, à l'aide d’une sonde, les couches im perméables qui recouvrent les nappes d'eau souterraines , et en leur ouvrant ainsi une.voie pour reprendre leur niveau, que l’on pratique les puits forés ou artésiens, ainsi appelés du nom d'une province de France (l'Artois), où l'on s’est beaucoup occupé de leur établissement (2). | a. |
Les eaux que l'on rencontre ainsi viennent quelquefois de très
(4) Voyez pl. 8, fig. 1.
(2) Pour mieux faune comprendre la théorie de ces funtaines jaillissantes, examiuons la manière dont les eaux doivent se distribuer daws un pays constitué g60iogiquement comme l’est celui représenté dans la figure 2 de l planche 8.
Le bassin A est occupé par des couches plus ou moins épaisses de terre végétale,