DE L’ABSORPTION
$ 14. Les matières nutritives préparées par la digestion ne .devant pas rester dans le canal alimentaire, pour servirà l'entretien de la vie il faut qu’elles pénètrent dans toutes les parties du corps ; il en est de même pour d’autres substances que les animaux puisent autour d'eux, et ce passage constitue le phénomène de l'absorplion.
Ainsi l'absorption est l'acte par lequel les animaux pompent en quelque sorte et font pénétrer dans la masse de leurs humeurs les substances qui les environnent ou qui sont déposées dans l'intérieur de leur corps.
Cette faculté ne peut s'exercer que sur des matières fluides ou dans un étatde division extrême, et c’est principalement pour-cette raison que les aliments doivent être dissous par la digestion avant que d'être absorbés, tandis que l’eau peut être absorbée directe ment.
Tous les tissus vivants possèdent le pouvoir d’absorber plus :ou moins facilement les liquides en contact avec leur substance , et doivent cette propriété à plusieurs circonstances , au nombre desquelles il faut ranger en première ligne la perméabilité dont ils sont doués, NE a
Effectivement tous ces tissus sont susceptibles de s'imbiber des liquides qui les baignent, et de les laisser passer à travers leur substance, à peu près de la même manière qu'un filtre de:papier laisse passer de l'eau que l’on y verse : seulement, cette imbibition.et.ce passage s'effectuent tantôt avec assez de rapidité et d’autres fois avec une lenteur extrême.
L'attraction capillaire (1) exercée sur les surfaces des lamelles
(4): On donne en physique le nom d'attraction capillaire à l'attraction qui se manifeste entre les liquides et les parois d’un tube très étruit ou la surface d’un corps quelconque qui s’y trouve plongé en partie, et qui détermine l'élévation de la portion du liquide ainsi influencé au-dessus de son niveau primitif ou bien son abaissement. Cette force devient surtvut évidente dans l’intérieur de itübes.de ‘très
et des fibrilles dont l'assemblage constitue ces tissus, contribue beaucoup à déterminer cette imbibition, et c’est dans les espaces irréguliers et très étroits existant entre ces lamelles et ces fibres que le liquide absorbé s'insinue.
Dans un grand nombre de circonstances, un autre phénomène désigné sous le nom d'endosmose contribue également à appeler les liquides du dehors jusque dans la profondeur des tissus vivants.
Pour se former une idée nette de ce genre de force, il suffit d'une expérience très simple, Si l'on place de l'eau gommée dans un petit sac membraneux fermé de toutes parts, et que l'on place ce sac dans de l’eau ordinaire, on le verra bientôt se gonfler beaucoup par suite de l'entrée d’une certaine quantité d'eau dans son intérieur; et si au contraire on emprisonne ainsi l'eau pure, et que l'on plonge le sac dans une dissolution de gomme, le liquide sera poussé en sens inverse et suintera à travers la membrane pour se mêler à la gomme située alentour. |
Or, les tissus vivants renferment souvent des matières qui agissent de la même façon que la gomme dans l'expérience dont il vient d'être question , et par conséquent on conçoit que l'endosmose (1), c'est-à-dire l'espèce d'attraction par suite de laquelle l’eau a été aspirée dans cette expérience, doit contribuer fréquemment à la production des phénomènes d'absorption qui se manifestent chez les êtres vivants.
Dans certains animaux des classes inférieures, ceux dont la structure est la moins compliquée et les facultés les plus bornées, absorption ne consiste que dags l'espèce d'imbibition dont nous venons de parler. C'est par le même mécanisme que les substances
petiles dimensions, et détermine l'ascension du liquide toutes les fois que celui-ei peut mouiller les parois du tube , el présente par conséquent. dans son intérieur, une surface coucave. C’est par l'effet de la capillarité que l'huile monte dans lu mèche d’une lampe , et que l’eau se répand rapidement dans toutes les parties d’un morceau de sucre, dent la partie inférieure seulement est plongée dans le liquide.
(1) Ce phénomène, entièrement physique, paraît être une consequence de l’attraction capillaire qui s'exerce à des degrés différents, d’une part, entre les molécules des liquides dissemblables, séparées par la membrane perméable , et d'autre part, entre ces mêmes molecules et le tissu de la membrane. Nous avons vu que les membranes organiques, de même que tous les corps spongieux ou poreux, Se laissent traverser par les liquides; mais la facilité avec laquelle ce jransport & lieu varie suivant que ces liquides sont plus ou moins fluides, et mouillent plus ou Moins facilement ces espèces de filtres, Si les deux liquides , placés l’un dans l'intérieur, etl'antre à l’extérieur de la poche membraneuse , pouvaient traverser avec la:même rapidité les paroisde cette cavité, ils se mêleraient également, et le même niveau S'établirait en dedans et au dehors de l’instrument, Mais si Le liquide exterieur traverse plusfacilement les parois du sac que le liquide intérieur, le courant du.dehors.en dedans sera plus rapide que le courant en sens contraire , et le liquide s'accumulera dans l'intérieur de l'appareil, Or, c'est ce qui a lieu quand il y « endosmose; Veau qui baigne le sac renfermant l’eau gommée filtre facilement à tuvers les parois de cette cavité, et lorsqu'elle est arrivée dans son intérieur, elle $'unit à la gomme, et forme ainsi un liquide nouveau dont le passage à travers ces mêmes parois est d'autant plus difficile que la quantité de gomme est plus.considérable : elle doit donc s’y accumuler.
étrangères traversent l'épaisseur des parties solides avec lesquelles elles sont en contact, pour aller se mêler aux liquides dont les aréoles de cet organe sont remplies ; qu’elles se répandent ensuite dans le reste du corps, et qu'elles pénètrent dans la profondeur de tous les tissus. |
Chez l’homme et les autres animaux supérieurs où le sang circule régulièrement dans un système de vaisseaux, le premier degré du travail d'absorption s'effectue toujours de la même manière que chez les êtres moins parfaits; mais du moment où les substances étrangères, en traversant de la sorte les tissus, pénètrent dans les vaisseaux dont ceux-ci sont creusés, et qu'elles s'y mélent aux sucs nourriciers du corps, les choses se passent tout autrement ; car, au lieu de continuer à se répandre de proche en proche dans les diverses parties par l'effet de l’imbibition , elles sont entraînées par des courants plus ou moins rapides, et distribuées immédiatement dans tous les points où le sang lui-même pénètre, On voit donc que l'absorption de ces matières et leur transport dans l’intérieur de l'économie ne sont plus un acte unique, mais se composent de deux séries de phénomènes parfaitement distincts ; les uns, purement locaux, consistent dans l’imbibition des tissus et dans le mélange des matières absorbées avec les humeurs contenues dans les vaisseaux de ses parties ; les autres, dépendant d’une circulation générale, consistent dans le transport de ces mêmes substances dans les parties éloignées de celles où ells avaient d’abord pénétré.
$ 14. Chez tous ces êtres, l'agent principal à l’aide duquel ce transport s'effectue est le sang qui traverse les organes où l’absorption a lieu, et qui retourne par les veines vers le cœur pour se porter ensuite de nouveau dans l'épaisseur des divers tissus. Il s'ensuit que chez les animaux pourvus d’un système circulatoire, les veines jouent un rôle très important dans l'absorption, et que, dans l'immense majorité des cas, c'est par leur intermédiaire que les liquides, dont un point circonscrit est imbibé, se répandent dans toute l’économie. \
$ 15. Chez un grand nombre d'animaux, c'est seulement par l'intermédiaire des vaisseaux sangnins que l’absorption s'effectue: mais chez l'homme et la plupart des autres animaux dont l'organisation est la plus compliquée, il existe un autre système de canaux qui servent au même usage, et qui paraissent être spécialement destinés à absorber certaines substances déterminées ; c’est l’appareil des vaisseaux lymphatiques.
On donne ce nom à des canaux qui naissent par des radicules extrêmement déliées dans la profondeur des divers organes, et qui, après s'être réunies en troncs plus ou moins gros, vont enfin dé-
boucher dans les veines. Leurs parois sont transparentes et d’une grande délicatesse ; ils communiquent fréquemment entre eux par sd anastomoses (1) et se réunissent successivement de façon à constituer des branches plus grosses , lesquelles se joignent à leur tour pour former des troncs d'un diamètre de plus en plus considérable. Chez l’homme et Les autres mammifères, on en trouve dans presque toutes les parties du corps, soit sous la peau, soit plus profondément, et la plupart de ces vaisseaux se terminent dans un uros tronc nommé canal thoracique, qui remonte dans l'abdomen lou ventre) et dans le thorax {ou poitrine) au-devant de la colonne vertébrale et va déboucher dans une grosse veine située près du cœur, à gauche de la base du cou, et appelée veine sous-clavière gauche. Pendant leur trajet, on les voit passer à travers des ganglions lymphatiques, petits organes irrégulièrement arrondis , et situés aux aisselles, au pli de l’aine, au cou, dans la poitrine et dans l'abdomen, et dont les usages sont peu connus. Enfin, dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques, il existe un grand nombre de replis transversaux qui remplissent les fonctions de valvules, et qui s'opposent au reflux du liquide contenu dans leur cavité.
On a constaté l'existence des vaisseaux lymphatiques chez les oiseaux , les reptiles et les poissons aussi bien que chez les mammifères. Chez divers reptiles, tels que la grenouille, cet appareil offre même une structure plus compliquée que chez les animaux supérieurs, car les vaisseaux lymphatiques sont en communication avec un certain nombre de réservoirs contractiles qui battent d’une manière régulière, et qui peuvent être considérés comme des espèces de cœurs lymphatiques.
Le liquide contenu dans les vaisseaux Iymphatiques porte le nom de lymphe. On ne sait que peu de chose sur ses mouvements dans l'intérieur des vaisseaux lymphatiques, si ce n’est qu'il remonte quelquefois avec beaucoup de force dans le canal thoracique, et qu'en dernier résultat il va toujours se mêler au sang dans les grosses veines situées près du cœur.
S 16. L'eau et les diverses substances qui se trouvent dans. l'estomac à l’état liquide sont absorbées par les veines répandues dans l’épaisseur des parois de cet organe ; mais les matières grasses ét les autres substances alimentaires qui passent dans l'intestin et qui constituent le chyle , sont absorbées par les vaisseaux lymphatiques, qui naissent dans des espèces de franges nommées villosités, dont la surface interne de cette portion du tube digestif est garnie, et qui sont appelées , à raison de leurs fonctions , les vaisseaux chylifères.
(1) On désigne sous le nom d'anastomose l'abouchement où communication directe de deux vaisseaux entre eux.
Le chyle, pompé par ces vaisseaux, est un liquide dont l'aspect est, en général, assez semblable à celui du lait; le canal thoracique le verse dans la veine sous-clavière, et là il se mêle au sang dont il augmente la masse et dont il répare les pertes.