‹ Cahiers d'histoire naturelleChapitre 77 sur 235 · TIGE · texte numérisé non relu

TIGE

$ 23. La Tige est la partie supérieure de l’axe du végétal, intermédiaire entre la racine et les feuilles, et s’élevant, en général, ver ticalement vers le ciel; son caractère propre et presque constant, quelles que soient d’ailleurs les modifications qu’elle éprouve et sa direction, est de porter des feuilles.

Toutes les plantes vasculaires ont une tige, et c'est à tort qu’on emploierait lépithète de caulescente ou celle d’acaule pour indiquer la présence ou l'absence d’une tige chez un végétal, à moins qu'on ne modifie la signification de ces mots, en désignant parle premier les plantes chez lesquelles la tige est visible, et par le second, celles chez lesquelles elle est cachée.

Apparente ou cachée, la tige peut se composer d’un axe principal ou axe primaire, et offrir ensuite des divisions et des subdivisions désignées vulgairement par les mots branches, rameaux, ramuscules, et auxquelles appartiendraient plus rigoureusement les noms d’axes secondaires, tertiaires, et ainsi de suite, suivant l’ordre dans lequel ils naissent les uns des autres. Une tige est simple, quand elle ne présente qu’un axe primaire; elle estrameuse, quand elle présente des axes successifs.

$ 24. La nature de la tige et son aspect dépendent de la position relative de ses axes.

Quand l’axe primaire s’élève au-dessus du sol, il peut, lorsqu'il est assez robuste, et qu’il ne rencontre aucun obstacle mécanique, s’allonger pour ainsi dire indéfiniment dans cette direction ascen- -dante, et ses branches se groupent différemment autour de lui. Il est désigné, dans ce cas, sous le nom général de tige droite. S'il s 'élance comme une colonne cylindrique d’un diamètre égal et couronné d’un bouquet de feuilles, on le nomme stipe ; telle est la tige des Palmiers. S'il est nu ou dépouillé dans sa partie inférieure, et couvert supérieurement de branches et de feuillage, on distingue par deux noms ces deux parties de la tige : la première en est le tronc ; la seconde, la cime ou téte. On reconnait aisément l’une et l’autre dans nos grands arbres. Mais les différences que présentent ces arbres, sous ce rapport, sont souvent dues à la main de l’homme; c’est ainsi qu'il allonge le tronc de l’Orme, en retranchant les rameaux inférieurs dès qu’ils se montrent, et qu’il raccourcit celui du Saule, en arrêtant, par des coupes réglées, le développement de ses branches supérieures.

S 25. Autour de cet axe primaire aérien, les axes secondaires pré-

sentent des arrangements divers qui multiplient les physionomies variées des végétaux. Quelquefois ils naissent de l’axe primaire, au niveau du sol ou peu au-dessous, prennent la même direction que lui, un développement égal au sien, de telle sorte qu’on ne saurait parmi eux reconnaitre l'axe primitivement principal; la plante alors apparaît comme ayant plusieurs tiges, et porte en conséquence le nom de multicaule. Chacune de ces tiges secondaires peut, sans quitter le pied commun, jouer à son tour Le rôle d’axe primaire par rapport aux axes qui naîtront d’elle, et la plante couyrir ainsi un cercle immense de terrain. Dans ces circonstances, les tiges se trouvant, par leur partie inférieure, en contact avec le sol, acquièrent la faculté d'émettre des racines; séparées de la souche et mises en terre, elles forment autant d'individus nouveaux, et prennent le nom de surgeons ou drageons. - D'autres fois, c’est à une certaine hauteur que les axes secondaires naissent du tronc. S'ils suivent alors une direction ascendante, en se rapprochant de l’axe primaire sous un angle trèsaigu, on les dit dressés : telles sont les branches du Peuplier d'Italie ; s'ils s’écartent sous un angle très-ouvert, ils sont éfalés, comme dans le Cèdre du Liban. La direction intermédiaire est la plus générale. S'ils divergent enfin, et descendent vers la terre, l'arbre est généralement désigné sous le nom de pleureur ; mais cette disposition reconnaît deux causes : ou bien c’est dès leur origine que les rameaux marchent vers le sol, souvent avec une certaine rigidité, comme chez le Frène et le Sophora pleureurs ; ou bien c’est par l’action de la pesanteur que ces rameaux, primitivement dressés, mais faibles, retombent, comme dans le Saule pleureur. La longueur relative de ces axes secondaires donne aussi aux cimes des arbres des formes nombreuses dont les principales sont : la forme ovoïde, la forme pyramidale et la forme en parasol, selon que les branches du milieu, les branches inférieures, ou celles du haut sont les plus développées; le Marronnier d’Inde, le Peuplier et le Pin d'Italie, nous fournissent chacun un exemple de l’une de ces trois formes,

S26. Bien qu’en général les tiges droites doivent leur direction à l'ascension verticale de leur axe primaire, il peut se faire que cet axe soit arrêté plus tôt ou plus tard dans son développement, et qu'un axe secondaire, prenant sa place dans l’élongation du tronc, en Continue lamarche primitive. Cette substitution d’axe peutavoir lieu plusieurs fois de suite, et quelquefois la forme articulée du tronc l'indique; mais souvent les traces de cette formation, dont la Vigne nous offre un exemple, sont faibles ou nulles.

$ 27. Il arrive que la tige, manquant de force pour s'élever, cherche un soutien sur un corps voisin : on la nomme couchée, si elle s’élale sur la terre; grimpante, si elle s'appuie sur un arbre plus vigoureux. Dans ce dernier cas, elle peut suivre une direction sensiblement rectiligne, comme le Lierre, ou s’enrouler en spirale autour de son soutien; on la dit alors volubile. Quelquefois les plantes de cette espèce enfoncent profondément leurs spirales dans la tige qui les supporte, l’accablent et l’étouffent; d’autres fois, elles l'entourent sans l’étreindre, retombent de son sommet à sa base, pour remonter, courir de branche en branche, d’arbre en arbre dans une grande étendue, et former ainsi un enlacement inextricable dont la Clématite de nos haies peut donner une faible. idée : telles sont les lianes des pays chauds. Il est à remarquer que la direction suivant laquelle les individus d’une même espèce s’entorlillent ainsi, ne varie jamais. Si vous vous placez en face de la plante, la convexité de la spire tournée de votre côté, vous verrez le Haricot et le Liseron des haies monter toujours de gauche à droite ; le Chèvrefeuille et le Houblon, toujours de droite à gauche. Détournée de sa marche, la tige se retourne ou meurt. On donne le nom de sarments aux branches des tiges volubiles qui sont lisneuses, comme dans la Vigne et le Chèvrefeuille.

Entre les tiges droites et les tiges couchées, se placent les tiges nommées ascendantes, dont l’état est intermédiaire. Inclinées à leur base, dès l'origine, parce qu’elles étaient molles et faibles, elles se sont plus tard relevées et continuent de monter en ligne verticale. j

$S 28. Dans toutes les modifications de la tige que nous venons d'examiner, l'axe primaire a pris au-dessus du sol un accroissement important, qui lui a valu le nom de tige aérienne. Mais il arrive aussi que l’axe primaire se développe dans la terre, ou s'élève trèspeu au-dessus de sa surface, et qu'un axe secondaire se substitue à lui pour le développement aérien de la plante : c’est ce qui a lieu pour les tiges rampantes et pour les tiges souterraines où rhizomes.

Dans les tiges rampantes, l'axe primaire apparait au-dessus du sol, mais cesse bientôt de croître, et envoie latéralement un rameau qui continue le développement de la plante dans une direction horizontale ; de ce premier rameau en naît un autre, qui en produit un troisième, et ainsi de suite sur un très-grand espace. Chacun de ces axes, nommés jets ou coulants, se termine par une rosette de feuilles, au-dessous de laquelle se forme un paquet de racines qui le fixe au sol. Nourris d’abord par la plante-mère, ces coulants peuvent s’en séparer et former autant d'individus indépendants. Le Fraisier est une plante rampante (pl. HI, fig. 3).

C’est ce mode de multiplication qu’on imite par la marcotte, opération qui consiste à courber dans la terre un rameau, qui produit des racines à sa partie enterrée, et qu’on peut ensuite séparer de la souche. Les OEillets se reproduisent facilement de cette manière. Les jets des plantes grasses rampantes peuvent être isolés et plantés avant même la formation des racines, parce que leurs feuilles, remplies de sucs, suffisent quelque temps à leur nutrition; ces sortes de coulants se nomment propagules. C'est ainsi que peut se multiplier la Joubarbe.

Les rhizomes, ou tiges souterraines, présentent un phénomène semblable : seulement, c’est au-dessous du sol que les ramifications successives continuent la direction horizontale de la plante. Chaque axe peut, dans ce cas, envoyer un rameau vertical au-dessus de la surface de la terre sans cesser de ramper, ou bien venir luimême se développer obliquement au jour, après avoir produit une pousse latérale destinée à continuer la marche souterraine du végélal. À mesure que la plante s’avance ainsi, sa partie postérieure, sur laquelle on retrouve souvent les cicatrices des pousses précédentes, se flétrit peu à peu et périt ensuite de vétusté. On comprend que, dans ce cas, le milieu dans lequel se développent les axes modifie leur nature; ils prennent, en effet, dans la terre, la faculté d'émettre des racines, et c’est cette ressemblance de forme et de situation qui a fait longtemps confondre ces tiges souterraines avec les racines (pl. AL, fig. 4 et 5). Le Sceau de Salomon, l'fris, le Scirpe des marais, nous présentent des exemples de rhizomes.

Le Blé, l’Avoine, et en général les plantes que nous apprendrons à connaître sous le nom de Graminées, ont une tige souterraine d’où s'élèvent les axes qu’on appelle improprement leurs tiges. Chacun de ces axes est un cylindre creux, présentant de distance en distance des renflements qui répondent à la naissance des feuilles, et à de petites cloisons qui interrompent sa cavité; on les désigne sous le nom de chaumes (pl. IL, fig. 9).

$ 29. Deux modifications importantes du rhizome, et que les botanistes ont longtemps classées parmi les racines, sont le bulbe et le tubercule.

Supposons que le développement longitudinal du rhizome soit arrêté et ciréonscrit dans une surface étroite; celte surface s’épais-

sira plus ou moins en cône, de sa partie inférieure naïîtront des racines, sur sa face supérieure se presseront des feuilles, au milieu desquelles s’élèvera un axe secondaire et se formeront de petits bourgeons. C’est à cet ensemble qu’on donne le nom de bulbe. La surface charnue, qui est, comme nous venons de le voir, la véritable tige. est appelée le plateau du bulbe; l'axe secondaire, qui

devient aérien, joue le rôle de tige, et est à tort regardé comme telle. Les bourgeons latéraux se nomment caïeux. Quant aux feuilles extérieures, tantôt elles s’enveloppent les unes les autres et enveloppent complétement la base de l'axe secondaire; le bulbe est dit alors tuniqué, ou désigné sous le nom d’ognon, comme dans les Porreaux, les Ognons, les Jacinthes (pl. IV, fig. 2). Tantôt ces feuilles se disposent en plusieurs rangées imbriquées, et ressemblent à des écailles charnues, d’où l’épithète d’écailleux donnée au bulbe, à celui du Lis blanc, par exemple (pl. IV, fig. 3). Tantôt enfin les feuilles sont peu nombreuses, et le corps tout entier du bulbe est formé par un épaississement de son axe; il porte alors le nom de solide : tels sont les bulbes du Safran, du Colchique.

Le tubercule est un renflement du rhizome résultant du raccourcissement d'un axe qui, sous l'influence du milieu où il se développe, devient épais et charnu, se charge de fécule, et prend une forme arrondie; la Pomme de terre, le Topinambour en sont des exemples familiers (pl. I, fig. 6). Le caractère essentiel de la tige, tel que nous l’avons posé dans sa définition, c’est-à-dire la présence de feuilles, suffit ici pour indiquer qu’on n’a pas affaire à une racine. En effet, sur la surface de ces singulières branches souterraines, sont répandues de petites écailles qui ne sont autre chose que des feuilles modifiées dans l’aisselle desquelles naissent des bourgeons appelés yeux, qui produisent des rameaux feuillés dans des conditions d'humidité convenable. Les tubercules que l’on trouve mêlés aux racines du Dahlia ne sauraient être confondus avec les vrais tubercules dont il s’agit ici, car ils ne présentent rien qui ressemble à ce développement normal de la branche. D'ailleurs, outre la présence des bourgeons, le tissu des tubercules du rhizome devient vert sous l’action de la lumière, ce qui n'arrive jamais pour les racines.

$ 30. Dans leur jeune âge, les tiges, quelles qu’elles soient, sont toujours d'une consistance molle, aqueuses, fragiles, semblables à de l'herbe; les unes persistent dans cet état, et sont dites herbacées ; les autres prennent une solidité plus grande, deviennent arborescentes, et Sont nommées ligneuses. Quelques-unes, quoique persistantes, restent gonflées de liquides, et conservent une certaine mollesse; on les dit charnues : les plantes grasses, et le Cierge en particulier, nous en offrent des exemples. Les tiges herbacées, qui naissent et meurent dans la mème année, sont appelées annuelles ; celles qui vivent deux printemps, bisannuelles. On donne le nom de vivaces aux liges qui produisent pendant un certain nombre d'années; parmi celles-ci, les unes se perpétuent à l’aide de développements successifs des axes annuels de leur rhizome; les autres

continuent de végéter sur le même axe, et sont les vérilables tiges ligneuses. On a désigné les tiges ligneuses, selon leur dimension, par des noms particuliers : on a donné le nom d'arbres à celles qui dépassent plusieurs fois la taille de l'homme; celui d’arbuscules, à celles qui l’égalent cinq fois; celui d’arbustes ou d’arbrisseaux, à celles qui ne l’atteignent pas trois fois, et se ramifient dès leur base ; celui de sous-arbrisseaux, à celles qui arrivent tout au plus à la longueur du bras ; celui de buissons, aux arbrisseaux très-rameux et touffus à partir du sol.

$ 31. Certaines tiges présentent d'espace en espace des renflements qui résultent quelquefois de l’épaississementet de l’entre-croisement des fibres en certains points de l'axe, comme dans les chaumes ; le renflement donne alors plus de solidité à l'axe, il forme un nœud, et la tige est dile noueuse. Souvent, au contraire, ces renflements sont déterminés par un accroissement du tissu en forme de capsule qui entoure l’axe sans lui adhérer solidement, et au-dessus de laquelle la tige se brise plus facilement que sur tout autre point de sa longueur; le renflement forme dans ce cas une articulation, et la tige est dite articulée. Lorsqu'à ces articulations la tige se reploie sur elle-même comme la jambe sur la cuisse, on la dit géniculée.

L'espace compris entre deux nœuds ou deux articulations est nommé entre-nœud ou mérithalle.

S 32. Structure des tiges.— Trois noms ont été choisis pour représenter les différences de structure que l’on rencontre dans les tiges des végétaux vasculaires : exogènes, endogènes, acrogènes. Chacun de ces trois mots correspond à une des trois grandes divisions des végétaux, en dicotylédones, monocotylédones, acotylédones, dont nous apprécierons plus tard la valeur.

$ 33. Tiges exogènes normales. — Toutes les parties qui composent les tiges exogènes ont été groupées en deux systèmes: le système ligneux ou bois ; le système cortical ou écorce (pl. 1, fig. 4 et 4).

Le système ligneux comprend: la moelle (m), l'étui médullaire (e), les faisceaux fibro-vasculaires du bois (f), lesrayons médullaires (r).

Le système cortical comprend : les faisceaux fibro-vasculaires de l'écorce (fc, l), l'enveloppe cellulaire (ec), l'enveloppe subéreuse (es), et l’épiderme (ep).

Si l’on coupe transversalement une couche mince sur un rameau d’un an, d’un Sureau, d’un Chêne, ou de tout autre arbre de nos forêts, on remarque, outre l’épiderme qui revêt sa surface, plusieurs parties disposées régulièrement et concentriques. La partie centrale de la tige, plus considérable queles autres, est formée par des cellules plus grandes et plus transparentes, sphéroïdales, et

plus souvent prismatiques, qui, à mesure qu'elles s’éloignent du centre, se colorent en vert, et prennent des dimensions plus petites. Ce cercle central est la moelle. À la circonférence, immédiatement sous l'épiderme, s'étend un cercle de cellules cubiques ou tabulaires, souvent brunâtres, qui s'unissent en un tissu serré : ce cercle sous-épidermique est l'enveloppe subéreuse, ainsi nommée parce que c’est elle qui forme le liége dans le Quercus suber. Cette enveloppe est doublée intérieurement par une couche de cellules polyédriques, à parois épaisses, vertes et peu denses, qu'on nomme l'enveloppe cellulaire.

De l'enveloppe cellulaire à la moelle s'étendent des lames, composées de plusieurs rangées de cellules de couleur vert foncé, appelées rayons médullaires, et figurant en effet les rayons d’une roue qui uniraient le disque central à la bande cellulaire périphérique.

Les intervalles que les rayons laissent entre eux, et qui ont nécéssairement la forme de coins émoussés, sont autant de petites plaques composées de fibres et de vaisseaux, qui prennent le nom de faisceaux fibro-vasculaires. Chacun de ces faisceaux est divisé par une mince zone de tissu cellulaire, transversalement et parallèlement à la circonférence, en deux parties, dont la plus extérieure, en forme de croissant, est composée de fibres d’un blanc mat, plus longues et plus tenaces que celles qui forment la por-

tion la plus rapprochée du centre. Les vaisseaux qui se trouvent répandus dans les faisceaux fibro-vasculaires sont de plusieurs -ordrés; mais dans la partie qui est en contact avec la moelle, se rencontrent des trachées déroulables qui, mêlées aux premières fibres des faisceaux, forment une couche qui embrasse la moelle, et qu’on à nommée étui médullaire.

Ainsi, tel est l’ordre dans lequel se suivent les parties qui composent un rameau d’un an, si nous l’examinons du centre à la circonférence : la moelle, l’étui médullaire , les faisceaux fibro-vasculaires séparés par les rayons médullaires, l'enveloppe cellulaire, l'enveloppe subéreuse et l’épiderme. Cette structure est aussi celle des tiges herbacées annuelles, et même quelques-unes s'arrêtent à un des termes moins avancés de ce développement.

La ligne qui sépare les deux systèmes est cette zone mince de tissu cellulaire -qui divise les faisceaux fibro-vasculaires en deux bandes, dont la continuité est interrompue par les rayons médullaires. Nous verrons plus tard la fonction importante qu’on attribue à cette zone. Toutes les parties comprises entre celte zone et le centre, et par conséquent toute la portion centrale de la tige , appartient au système ligneux ; toutes celles qui sont situées au delà de

cette zone constituent le système cortical. La portion des faisceaux fibro-vasculaires qui appartient au système ligneux porte le nom collectif de /ibres ligneuses ; celle qui dépend du système cortical est désignée sous le nom de fibres corticales.

Si nous examinons de la même manière des rameaux plus âgés, et des troncs , nous y retrouverons les mêmes parties, nécessairement modifiées par les progrès du développement; mais nous observerons que les faisceaux fibro-vasculaires du bois et ceux de l'écorce se sont multipliés, qu’ils sont d'autant plus nombreux que l'axe est plus âgé, et qu’ils présentent la même structure que les deux premiers, avec cette différence importante qu'ilne s'ytrouve pas de trachées. Nous donnerons une explication de ce phénomène en parlant de accroissement des végétaux, et nous verrons que chaque faisceau fibro-vasculaire s'ajoute dans le bois à l'extérieur de celui qui le précède; mode de multiplication qui fait donner aux tiges qui le présentent le nom d'exogènes. Examinons ici les modifications des parties dans l’un et l’autre système.

$ 34. SysrÈME LiGNEUx. Moelle (pl. 1, fig. 4, m).— Comme nous l'avons dit, la moelle est composée de cellules sphéroïdales, et plus ordinairement prismatiques, qui prennent une couleur verte de plus en plus foncée du centre à la circonférence, en même temps qu’elles diminuent de volume. La moelle est d’une structure homogène , et douée d’une vitalité dont l'énergie s'arrête de bonne heure ; la preuve en est dans la prompie décoloration de ses cellules, qui ensuite se vident, se dessèchent, deviennent complétement blanches et d’une blancheur remarquable. Tiraillées à la fois par l’accroissement en hauteur et par l'accroissement en largeur des parties qui les environnent, ces cellules se déchirent dans les deux sens, quelquefois en lames où en rondelles, comme. on peut l’observer dans les branches de Jasmin, mème à la fin de leur première année ; ou bien elles s’écartent, et laissent au cenire de la tige une cavité continue. Dans les plantes annuelles d'une végétation rapide et à moelle abondante, cette désorganisation de la moelle se fait de bonne heure, et la tige, ainsi creusée dans son centre, prend le nom de fistuleuse. La place que la moelle occupe dans la tige est appelée canal médullaire. Bien que sa structure soit essentiellement cellulaire, on y rencontre quelquefois des trachées et des vaisseaux laticifères (pl. IL, fig. 4, v). |

L'espace occupé par la moelle paraît être en rapport avec la consistance de la tige: ilesttrès-considérable dans les plantes herbacées , et dans les plantes ligneuses d’une croissance rapide, commele Sureau; ilest en général pêtit dans les arbres dont le bois est dur, comme le Chène. Sa forme ne semble avoir aucun rap-

port nécessaire avec la forme de la tige; souvent ronde, carrée, triangulaire ou rectangulaire, elle est quelquefois en étoile ou en Croix.

$ 35. Étui médullaire (pl. , fig. 4, e). — C’est la partie la plus intérieure des faisceaux fibro-vasculaires du bois : c’est elle qui conserve Le plus longtemps la couleur verte, signe de sa vitalité,et dont les organes élémentaires se modifient le moins. C’est dans l’étui médullaire seulement, et nulle part ailleurs dans la tige, qu’on a rencontré les trachées, qui peuvent encore se dérouler même dans les troncs très-vieux.

$ 36. Faisceaux fibro-vasculaires du bois (pl. U, fig. 4, fl, v p). — Composant un nombre de couches concentriques d'autant plus grand que la tige est plus vieille, ces faisceaux, par leur multiplication et le développement des éléments qui les constituent, se rapprochent de plus en plus, et réduisent à de minces lames les rayons médullaires qui Les séparaient primitivement. De leur réunion résulle un cercle ligneux que l’on nomme généralement bois. Sa portion centrale est plus dure que sa partie externe, et ordinairement colorée d’une manière différente: c’est elle que l’on nomme vulgairement le cœur du bois, et que les botanistes désignent souvent par le nom de duramen ou bois parfait; tandis qu'ils appellent aubier les couches ligneuses externes dont la solidité est moins grande et la couleur plus blanche. Du reste, la structure de ces parties est la même : seulement, les fibres ligneuses du bois parfait sont remplies de matières solides déposées dans leur intérieur, ou incrustant leurs parois; tandis que dans l’aubier, la proportion des liquides est plus considérable. Dans les arbres qui croissent lentement, la ligne de démarcation est bien tranchée entre le cœur du bois et l’aubier, et dans les bois colorés, tels que l’Ébène, l’Acajou, etc., c’est le cœur seulement qui offre la teinte qui leur est particulière. Dans les arbres dont la croissance est très-rapide, tels que le Peuplier, le Saule, et autres nommés bois blancs, il y a au contraire peu de différence entre ces diverses couches ligneuses. Ainsi que nous le verrons plus tard, l’aubier se transforme peu à peu en bois parfait, et c’est par la formation de nouvelles couches ligneuses entre celles déjà constituées et l'écorce que la tige augmente de grosseur.

Outre les fibres qui composent la plus grande partie de sa masse, le bois contient encore des vaisseaux annulaires, rayés, ponctués, qui se placent surtout vers le bord interne de chaque zone, tandis que les fibres se réunissent plus nombreuses et plus serrées vers le bord externe; c’est cette disposition qui établit assez nettement, d'ordinaire, les lignes de démarcation entre les zones suc-

cessives. Dans plusieurs arbres, cette ligne de démarcation est tracée par une couche mince de tissu cellulaire qui unit faiblement les deux zones voisines, que l'on peut ainsi séparer facilement par la macération.

Les fibres qui composent le bois du Pin et autres arbres désignés sous le nom d'arbres verts à cause de leur feuillage, ou sous celui de conifères à cause de la forme de leur fruit, offrent une structure remarquable. Ces fibres, outre qu’elles sont ponctuées régulièrement, présentent autour de chaque ponctuation un enfoncement ou aréole en forme de verre de montre bombé de dehors en dedans; les fibres voisines se juxtaposent par les bords circulaires de ces espèces de godets lenticulaires, et, de leur application, résultent de petites cavités subsphériques qui deviennent le réceptacle des produits résineux de l'arbre (pl. 1, fig. 8).

S 37. Rayons médullaires (pl.W, fig. Let 4, r).—Prenant naissance dans l’étui médullaire pour se terminer à l'enveloppe cellulaire, et verts comme ces deux couches, les rayons médullaires, dont le nombre primitif était en rapport avec le nombre de faisceaux qu'ils séparaient, peuvent ensuite devenir plus nombreux. On Îles appelle grands rayons, quand ils font communiquer les deux systèmes par les points extrèmes que nous venons de nommer ; et petits rayons, quand ils s'interposent entre les deux côtés d’une subdivision d’un faisceau postérieurement formé, et qu'ils ne pénètrent pas jusqu’au centre. Les rayons médullaires sont formés d’un ou de plusieurs rangs de cellules, dont la vitalité se conserve surtout dans le système cortical, et qui s’allongent dans le sens du diamètre de la tige, pressées qu’elles sont entre les faisceaux ; cette particularité a fait donner à leur tissu le nom de muriforme.

S 38. Sysrème corTiCaL (pl. IL, fig. 4, c).—Les parties cellulaire et fibreuse du système cortical, présentent dans leur développement comme dans leur position, un rapport inverse avec les parties de structure analogue qui composent le système ligneux. En effet, le parenchyme cortical, qui répond à la partie cellulaire du système ligneux, et qu’on nomme quelquefois la moelle de l'écorce, prend un développement plus grand; tandis que Îles faisceaux fibro-vasculaires de l'écorce sont beaucoup moins considérables et moins compliqués d'organisation que ne le sont les faisceaux fibrovasculaires du bois.

S 39. Enveloppe subéreuse (pl. I, fig. 4, e s).—Nous savons déjà que les cellules qui composent cette couche sont en général cubiques ou prismatiques, souvent colorées en brun, et intimement soudées. Cette couche, par les progrès de la croissance des parties SOuSjacentes, ne tarde pas à être fortement comprimée, et, à une cer-

taine époque, on la voit se gercer, se déchirer par lames flexibles, ou se détacher par plaques ; les couches corticales voisines éprouvent les mêmes altérations, et lorsque la portion de l'écorce ainsi modifiée à été enlevée, la lame du tissu cellulaire mise à nu devient momentanément une sorte d’épiderme, jusqu’à ce qu’elle se détache à son tour. Il en résulte que l'épaisseur de l'écorce est toujours peu considérable, et que sa surface se renouvelle continuellement. Chez quelques plantes, la couche subéreuse prend un très-grand développement, et la portion de l'écorce qui se sépare ainsi offre assez de consistance et d’épaisseur pour nous être trèsutile dans les arts. Le liége, par exemple, n’est pas autre chose que la partie supérieure de l’écorce:d’une espèce particulière de Chêne, qui se détache tous les huit ou neuf ans, et qu’on peut-enlever plus fréquemment sans qu’il en résulte aucun danger pour l'arbre.

La cause de cette destruction de l'écorce, c'est-à-dire l’accroissement inverse des deux systèmes de la tige, tend au contraire à donner plus de solidité au système ligneux. |

S 40. Enveloppe cellulaire (pl.Il, fig.4,e c).— La couleur ordinaire de ses cellules lui a fait donner aussi le nom de couche verte ; et c'est en effet ce caractère qui la distingue nettement dans le parenchyme cortical. C’est dans sa partie la plus intérieure que l’on rencontre les vaisseaux laticifères.

$ #1. Faisceaux fibro-vasculaires de l'écorce ; Liber (pl. I, fig. , C). —Les fibres corticales, comme nous l'avons dit, sont plus blanches, plus longues et plus résistantes que celles du bois, et c’est cette ténacité qui nous les rend si précieuses pour la fabrication des fils, des tissus, des cordes, dont elles nous fournissent les matériaux dans le Chanvre et le Lin. La marche de ces fibres est en général rectiligne, et elles forment des couches successives qui se séparent nettement les unes des autres, et qui se subdivisent elles-mêmes $ de là leur comparaison avec les feuillets d’un livre, et le nom de liber donné à leur ensemble. Quelquefois, néanmoins, elles prennent une direction flexueuse, se rencontrent, se soudent, et laissent des intervalles que remplissent les cellules des rayons médullaires.

$ 42. Lenricerres.— Souvent, dans les jeunes écorces, l'enveloppe cellulaire fait hernie, dans divers points de la surface, à travers l'enveloppe subéreuse qu’elle entraîne avec elle, et apparaît sur la tige en forme de petites taches en saillie, auxquelles on a donné le nom de lenticelles. Elles semblent avoir pour usage de mettre en rapport avec l'air les parties les plus intérieures du parenchyme cortical, et c’est à tort qu’on a voulu leur reconnaître pour fonction spéciale celle de donner naissance à des racines adventives.

S 43.Tiges exogènes anormales.—Nous ne pouvons énumérer ici les nombreuses anomalies que les tiges exogènes peuvent présenter dans leur développement. Il nous suffira d'indiquer qu’elles doivent en général leur origine à la confusion de plusieurs de leurs parties, à l'inégalité de proportion qui existe entre les éléments qui les composent, aux obstacles que rencontrent les tiges grimpantes surtout dans leur ascension, à la prédominance d’un système, à l'isolement d’une partie, et à plusieurs autres causes incomplétement connues, ou qui dépendent de conditions éventuelles, jusqu'’auxquelles il est souvent impossible de remonter.

S 44. Structure des tiges endogènes.— Les liges endogènes (pl.Il, fig. 2,5, 1et9)quineserencontrentque chez les plantes monocotylédonées, se composent de deux parties, de tissu cellulaire et de vaisseaux fibro-vasculaires, qui, sousle rapport de la structure anatomique, sont identiques aux parties que nous venons d’étu-dier sous les mêmes noms dans les tiges exogènes, mais qui en diffèrent complétement par la manière dont elles se coordonnent entre elles. En effet, nous ne retrouvons plus ici la disposition des faisceaux en couches concentriques, divisées par des rayons, entourant la moelle et l’étui médullaire, et entourées par les cellules corticales; les faisceaux sont dispersés sans ordre dans le parenchyme, plus serrés vers la circonférence qu’au centre, où ils laissent un disque cellulaire présentant peu ou point de vaisseaux, et analogue à la moelle. Nous allons examiner séparément ces faisceaux et ce parenchyme.

S 45. Faisceaux fibro-vasculaires (pl. 14, fig. 5 et 7).—Par la nature et l’arrangement des éléments qui les constituent, les faisceaux fibro-vasculaires des tiges endogènes ont une organisation toute semblable à celle des mêmes faisceaux dans les exogènes. En effet, en les examinant du centre à la circonférence, on y trouve des trachées accompagnées etsuivies de cellules ponctuées et de fibres, au milieu desquelles se montrent des vaisseaux rayés ou ponctués ; combinaison qui rappelle évidemment celle de la portion ligneuse des faisceaux fibro-vasculaires dans les exogènes. En dehors de celte partie, qu’on pourrait appeler le bois, on rencontre des vaisseaux laticifères et des fibres à parois minces, qu’enveloppent des fibres plus épaisses ; disposition à laquelle on peut facilement comparer celle de la portion corticale des faisceaux exogènes, et qui à fait donner à la partie externe que nous examinons ici le nom d’écorce. à

Mais c’est dans la première année seulement que le rapport entre ces deux espèces de tiges est aussi rigoureux ; plus tard, quand les faisceaux se sont allongés, ils diffèrent complétement de direc-

tion, et ne présentent pas à toutes les hauteurs la même analogie de structure. :

Dans les tiges exogènes, les faisceaux fibro-vasculaires marchent, comme nous l’avons vu, parallèlement à la surface de la tige dans toute sa longueur, et se rapprochent en zones continues et Concentriques séparées en deux systèmes particuliers par une couche, dans laquelle s'organise chaque année une zone de bois ef une zone d’écorce. Dans les tiges endogènes, si nous prenons un faisceau au point où il quitte une feuille pour pénétrer dans la tige, nous le verrons se diriger d’abord obliquement vers le centre, dont il s'approche plus ou moins, puis se recourber dansune direction oblique opposée à la première pour se rapprocher de plus en plus de la surface ; arrivé dans l'écorce, il descend verticalement. Il est évident qu’en décrivant ce long arc rentrant, il a rencontré sur son chemin tous les faisceaux placés au-dessous de lui, et qu’il les à croisés pour se placer le plus extérieurement possible; 1l est évident encore que le faisceau le plus récent est celui qui est situé le plus en dehors, etque les faisceaux d’une même formation convergent dans le haut, divergent dans le bas. C’est dans ces derniers temps seulement qu’on a connu complétement cette marche des faisceaux fibro-vasculaires dans les tiges qui nous occupent; jusqu'alors on ne les avait suivis que jusqu’au moment où ils approchent du centre, et l’on avait supposé qu’à partir de ce point, ils descendent verticalement et parallèlement entre eux jusqu’à la base de la tige. Dans cette hypothèse, le faisceau le plus récent serait celui qui toucherait de plus près au centre, les plus anciens seraient placés à la périphérie, il n°y aurait pas entrecroisement des faisceaux, l'accroissement de la tige se ferait en dedans, et le nom d’endogène représenterait assez exactement la structure de ces tiges. Mais, d’après la description que nous venons de faire, on voit que ce mot est impropre, et qu'il ne faut l’employer qu’en oubliant son étymologie. Il faut remarquer en outre que chaque faisceau ne marche pas dans un mème plan dans toute son étendue, et que les parties que nous avons pu comparer pour leur organisation au bois et au liber, ne se dissocient jamais. De ces circonstances, aussi bien que de la divergence des faisceaux contemporains, résulte nécessairement pour les faisceaux l’impossibilité de se réunir en couches, comme dans les exogènes: trait distinctif entre les deux classes de tiges.

Une autre différence entre les exogènes et les endogènes consiste dans l’uniformité de composition des faisceaux à toutes les hauteurs chez les premières, et les modifications que chaque faisceau subit chez les secondes, suivant qu’il est plus ou moins élevé

dans la tige, Considéré de haut en bas, ce faisceau va toujours en s’amincissant, et est devenu excessivement grêle quand il marche sous l'écorce. Or, c’est par la disparition des parlies que nous avons comprises, par comparaison, sous le nom de bois, que s’obtient cette diminution de volume. En effet, quand son arc incline vers le centre, le faisceau présente tous les éléments constitutifs que nous avons énumérés plus haut, et les éléments ligneux dominent; quand cet arc marche obliquement vers la circonférence, les mêmes éléments subsistent, mais les éléments du liber l’emportent; quand le faisceau longe la surface, les éléments fibreux de l'écorce persistent seuls, s’amincissent et se divisent en filaments qui se confondent avec les filets des faisceaux voisins. En combinant ces différences dans la constitution des faisceaux fibrovasculaires, on peut facilement expliquer pourquoi le centre de la tige présente des trachées, de gros vaisseaux et peu de fibres; pourquoi c’est vers la circonférence que les fibres se réunissent plus denses, plus épaisses, plus colorées ; pourquoi, contrairement à ce qui caractérise les exogènes, la solidité des endogènes décroit de la circonférence vers le centre ; pourquoi enfin les tiges endogènes présentent le mème diamètre à peu près à toutes les hauteurs.

S 46. Tissu cellulaire.— Sous l'épiderme assez vivace qui revêt la tige, se trouve une couche cellulaire mince, qui s’épaissit ensuite par l'enveloppe que forment autour d'elle les bases persistantes des feuilles. Mais, avec l’âge, l’épiderme a disparu, aussi bien que les bases des feuilles, dont on ne retrouve plus que les cicatrices plusou moins visibles, et la couche cellulaire forme la portion extérieure de la tige, celle qu’on désigne sous le nom d’écorce dans les endogènes. Cette sorte d’écorce, réduite à une zone cellulaire, ordinairement peu épaisse et confondue avec les parties sous-jacentes, peut quelquefois s’en détacher, et prendre mème, quoiquerarement, un développementanalogue à celui que nous avons vu dans le Chèneliége parmi les exogènes : telle est l'apparence que nous offrent les plaques corticales du Thamnus elephantipes. Du reste, cette écorce des endogènes est une, et ne peut se diviser en couches subéreuse et cellulaire.

Au centre de la tige, la colonne cellulaire que nous avons com parée à la moelle, est d'ordinaire exclusivement composée d’utricules, mais peut aussi présenter quelques faisceaux fibro-vasculaires épars dans sa masse, comme cela arrive même chez les exogènes. Elle n’est point entourée par un étui médullaire, et forme souvent une partie considérable de la tige. Dans ce dernier cas, par exemple chez les Graminées, que nous avons déjà citées,

ce cylindre médullaire ne pouvant suivre le développement des parties voisines, se détruit, disparait, et laisse au centre de la tige un canal qui n’est interrompu que par les débris mêmes que la moelle abandonne sur ses parois. Dans ces conditions, la tige, suivant les définitions précédentes, devient fistuleuse (& 34).

D’après la disposition des faisceaux fibro-vasculaires dans la tige, il est évident que le tissu cellulaire qui les sépare ne peut s'étendre en lames muriformes, comme chez les exogènes ; mais les cellules, pressées entre les faisceaux, s’allongent dans le sens du diamètre, et rappellent, par cette forme seulement, les cellules des rayons médullaires.

S 47. Structure des tiges acrogènes. — Les liges acrogènes (pl. IT, fig. 3, 6et8) se trouvent chez les plantesacotylédonées et sonten général des stipes, c’est-à-dire des troncs couronnés d’un bouquet de feuilles, et par conséquent ressemblant par leur port aux tiges des monocotylédones, dontelles diffèrent par leur structure intérieure. Le centre de ces tiges estoccupé par un cylindre cellulaire, désigné, à cause desa composition et de la place qu'il occupe, sousle nom de moëlle. Tout à fait à la surface, que l’épiderme a de bonne heure abandonnée, se trouve une zone épaisse, noirâtre, formée par les bases persistantes des feuilles, et qui tient lieu d’enveloppe corticale. Sous cette fausse écorce s'étend une zone de parenchyme analogue à celui de la moelle, dont il est séparé par un cercle de faisceaux fibro-vasculaires.

Ces faisceaux, beaucoup plus rapprochés de la périphérie que du centre, se plissent et se contournent transversalement sur euxmêmes, et suivent, de haut en bas, une marche onduleuse dans laquelle tantôt ils restent indépendants les uns des autres, et tantôt se rencontrent alternativement et s’éloignent, de manièré à laisser des ouvertures assez régulières, par lesquelles le parenchyme médullaire communique avec la zone cellulaire périphérique (pl. IL, fig. 3). De leur ensemble résulte un anneau fibro-vasculaire concentrique, dont les bords en dédans et en dehors sont dessinés par une ligne noirâtre, enveloppant une masse plus considérable et blanche. Cette ligne noire est formée par des fibres ligneuses, et la masse blanchätre est composéede vaisseaux rayés, annulaires, et surtout de ceux que nous avons nommés scalariformes ($ 11). Jamais on n’y a rencontré de trachées déroulables: On trouve quelquefois dans la moelle de petits faisceaux semblables à ceux de l'anneau. Dans les tiges que nous étudions, il n’y a pas interposition des faisceaux comme dans les exogènes et les endogènes; c'est seulement par l’élongation de l'extrémité supérieure des faisceaux déjà formés que la tige, dont le diamètre reste né-

cessairement.lé même, atteint à une plus grande hauteur, et c’est ce mode d’accroissement particulier qui les a fait nommer Acrogènes. Les rhizomes de nos Fougères, et les Fougères en arbre des pays chauds, nous en offrent des exemples.

$ 48. Pour résumer par leurs caractères saillants les différences que nous venons de signaler dansla structure des trois grandes classes de tiges vasculaires, nous dirons que c’est la composition et la direction de leurs faisceaux fibro-vasculaires qui les distinguent. Dans les exogènes et les acrogènes, ces faisceaux se disposent en zones concentriques, multiples dans les premières, unique dans les secondes, et présentant la même nature sur toutes les coupes transversales; — dans les endogènes, ils sont épars, et changent de marche et de constitution suivant leur hauteur; — dans les exogènes seuls, ils se dissocient pour former deux systèmes; — dans les acrogènes seuls, ils ne possèdent pas de trachées.

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