RACINE
S 49. La Racine est la partie de l’axedu végétal qui se développe toujours dans un sens opposé à celui de la tige, quelle que soit d’ailleurs la direction de celle-ci, et qui, outre son rôle dans les fonctions de nutrition, sert encore, quelquefois exclusivement, à fixer la tige dans le milieu qui convient à la plante. En opposant la racine à la tige, nous dirons que son caractère essentiel consiste dans l'impossibilité de produire normalement des feuilles, et de prendre la couleur verte, même sous l'influence de la lumière, si ce n’est à ses extrémités.
Toutes les plantes, excepté quelques acotylédones, sont pourvues de racines.
La ligne qui sépare la Racine dela Tige se nomme le collet ; la partie de la racine la plus rapprochée du collet enest la base; la partie la plus éloignée en est le sommet. Le sommet de la racine et celui de la tige se trouvent donc aux deux extrémités du végétal: Ce n’est pas seulement dans la terre que s’enfoncent les racines; celles du Gui, par exemple, s’implantent dans les branches des arbres ; celles de la Clandestine, sur leurs racines ; celles de beaucoup de plantes aquatiques se distribuent dans l’eau ; celles du Lierre sur les arbres ou les murailles.
La surface de la Racine ne présente ni aiguillons ni lenticelles; les poils qu’on y rencontre sont toujours unicellulés, et, comme nous l'avons dit, l’épiderme n’est point percé de stomates, et Tessemble beaucoup au parenchyme sous-jacent.
S 50. A sa première formation, la racine apparaît comme un axe unique, une sorte de tronc souterrain opposé à la tige, et continuant l’axe de la plante; mais, dans la suite de son développement, elle présente deux modifications principales. Ou bien cette racine axile, toujours la plus importante, persiste, s’allonge, s'épaissit et envoie des racines secondaires qui l’entourent comme des ramifications ; ou bien elle s'arrête dans son développement, se détruit, et autour d’elle part du collet une touffe d’autres racines qui l’égalent ou mème la surpassent, et acquièrent chacune l’importance d’une racine axile, dont elles jouent le rôle par rapportaux racines secondaires auxquelles elles peuvent donner naïissance. Dans le premier cas, la racine est à base unique, et on la nomme entière ou simple; dans le second, elle est à base multiple, et on la dit composée. La racine simple est souvent rameuse; la racine composée l’est rarement. C’est dans les dicotylédones qu’on trouve le plus fréquemment la première; dans les monocotylédones, qu’on rencontre le plus ordinairement la seconde.
S 51. Quand la racine est entière, l'axe ou corps de la racine peut prendre un grand développement sous une forme conique verticale, et la racine porte alors le nom de pivotante (pl. UK, fig. 7) ; on la nomme oblique ou horizontale, selon qu’elle s’écarte de la perpendiculaire, ou s’étend parallèlement à la surface du sol ; et descendante, quand, après une marche horizontale, elle se recourbe verticalement. Souvent la racine devient un dépôt de fécule pour les besoins futurs de la plante; ces amas de nourriture déterminent des renflements nommés tubercules qu'il ne faut pas confondre avec les tubercules-rhizomes, et l’on désigne dans ce cas la racine sous le nom général de tubéreuse. Mais ces renflements prennent diverses formes qui font donner aux racines des dénominations diverses. Quand le renflement présente son maximum d'épaisseur à sa base, comme dans la Carotte, la racine est fusiforme ou en fuseau ; quand c’est vers le milieu que se montre ce maximum, comme dans le Radis et le Navet, la racine est napiforme ou en toupie ; elle est noueuse, quand ces renflements se succèdent à intervalles plus ou moins éloignés. Lorsque la racine simple est rameuse, ses ramifications, qu'on nomme branches radicales, se répandent quelquefois près de la surface de la terre, et l’on indique ce caractère en la nommant rampante ou traçante.
$ 2. La racine désignée sous le nom général de composée prend le nom spécial de fasciculée (pl, IL, fig. 8), quand elle est formée d’un faisceau d’axes charnus et féculifères, et celui de fbreuse, quand ces axes sont des fibres plus ou moins cylindriques. Parmi les racines composées tubéreuses, tantôt tous les axes se renflent
en tubercules, tantôt quelques-uns seulement en présentent soit dès leur base, comme J'Orchis, soit à leur extrémité, comme la Filipendule (pl. IL, fig. 9). Les racines composées sont noueuses dans les mêmes circonstances que le sont les racines simples.
$ 53. Les ramifications de la racine ue semblent obéir à aucune loi, et leurs subdivisions, de plus en plus nombreuses, se terminent en filets grêles, qu’on retrouve mème sur les axes non rameux, el qu’on désigne sous le nom de fibrilles, nom qu'on a quelquefois donné à tort aux poils unicellulés dont nous avons signalé la présence sur l’épiderme radiculaire, et qu'il faut se garder de confondre. L'ensemble de ces fibrilles forme le chevelu de la racine. Les fibrilles sont caduques, périssent chaque année, et chaque année ils’en forme de nouvelles sur les parties les plus jeunes de la racine ; elles ne contribuent donc pas au développement de la racine, qui se fait tout entier par le sommet des dernières ramifications.
Quelques botanistes ont cru que ces dernières ramifications et les fibrilles se terminent toujours par un renflement qu'ils ont nommé spongiole, et qu’ils ont regardé comme l'organe unique et indispensable de l’absorption, se présentant à l'extrémité de toutes les racines et de toutes les fibrilles, bien qu’il en soit souvent autrement. Ce qui est vrai, c’est que, par sa nature, le sommet des branches radicales et celui des fibrilles se trouve en général à un état de formation récente, présente par conséquent un tissu utriculaire naissant, plus mou, non recouvert par l’épiderme, et que, par conséquent encore, c'est là, plus facilement que sur tout autre point de la racine, que les liquides passent du milieu ambiant dans le végétal.
854. Nousavons vu,en parlant de labouture etdela marcotte(S 28), que la tige, placée dans certaines conditions favorables, acquiert la faculté d'émettre des racines qui se développent autour de sa base comme autour d’un corps radiculaire principal ; nous avons vu encore qu’à la partie inférieure de chaque rosette de feuilles qui se montrent sur une tige rampante, se forme une houppe de racines. Ces racines, nées en dehors des circonstances ordinaires, sur des points qui n'étaient pas originairement destinés à les produire, se nomment adventives. Il paraît, du reste, que la tige et la racine
peuvent, dans de certaines limites, intervertir leur rôle ; et Du-
hamel, ayant planté un arbre par ses branches, a vu les racines libres se couvrir de feuilles, et les rameaux enterrés donner naissance à des racines. Nous chercherons plus tard l'explication de ce phénomène.
Dans certains végétaux, ce n’est même plus la portion de la
tige en rapport avec la terre qui produit des racines, c’est la tige elle-même à une certaine hauteur au-dessus du sol, comme dans le Lierre, la Cuscute, certaines Lianes, et surtout les Pandanus, dont le ironc paraît être arc-bouté sur ses racines, qui l'entourent comme des étais. On donne à ces sortes de racines le nom d’aériennes.
Au reste, qu'elles soient primordiales, adventives ou aériennes, les racines offrent à leur origine une organisation semblable, et une structure toujours identique pour une même plante.
$ 55. Structure des racines.—En général, le tissu cellulaire, les fibres et les vaisseaux des racines ressemblent aux éléments correspondants de la tige , et en sont la continuation : seulement, les cellules y sont souvent chargées de sues et de fécule, et les trachées déroulables manquent complétement.
Examinons les particularités que présentent les racines des trois grandes classes de tiges vasculaires.
Dans les racines desexogènes, nous ne trouvons ni étui médullaire, ni moelle, dont la place au centre est occupée par les fibres du bois. Néanmoins, dans quelques arbres, dans le Noyer, par exemple, la moelle franchit le collet, etse distribue dans les branches radicales. Comme nous l'avons déjà dit, c’est dans cette catégorie que se rencontrent le plus fréquemment les racines simples et pivotantes.
Les racines des endogènes, quand elles ont un grand diamètre, ont la même structure que leur tige, et, lorsqu'elles sont petites, les faisceaux, au lieu de se disséminer dans le parenchyme, se réunissent pour former axe à leur centre. Il est à remarquer que les vaisseaux rayonnent du centre, d'autant plus grands qu'ils en sont plus rapprochés, et prennent par conséquent dans chaque faisceau une disposition qui représente la lettre V. C’est dans les endogènes que se montrent en général les racines multiples et souvent les aériennes.
Quant aux acrogènes, leurs racines sont toujours adventives, car il n’ya pas originairement de partie destinée à les former, et elles sont fréquemment aériennes. C’est précisément l'accumulation de ces racines aériennes sur la partie inférieure de la tige qui donné souvent une forme conique aux troncs des acotylédones. Quelquefois, avant de paraître au jour, ces racines aériennes ont marché quelque temps dans le parenchyme, et mème entrele parenchyme et les faisceaux que l’âge a désunis. Leur organisation est d’ailleurs celle de la tige,