BOURGEONS
$ 79. Du nœud vital d’où s'échappe la feuille, naît aussi le bourgeon, ordinairement entre la feuille et l’axe. Le bourgeon est le rudiment d’un axe et de ses expansions latérales, rapprochés en une petite masse de forme arrondie, et destinés à se développer après la chute de la feuille dans l’aisselle de laquelle ils se trouvent. Dans nos climats, la végétation, arrêtée par l'hiver, ne reprend que l’année suivante son activité, et c’est alors seulement que le bourgeon commence son développement ; dans les climats plus chauds, le travail de la nutrition n’éprouve point de repos, et les . bourgeons se développent par l’arrivée continue des sucs. Cette différence dans l'habitation des végétaux entraîne une différence correspondante dans la nature de leurs bourgeons. Ceux qui traversent la saison froide doivent être protégés contre ses rigueurs, et ordinairement les feuilles les plus inférieures, qui se trouvent naturellement les plus extérieures sur le bourgeon et les premières développées, subissent quelques modifications qui les rendent propres à ce rôle protecteur. Quelquefois elles prennent la forme d’écailles qui s’enveloppent complétement, ou se disposent de la base au sommet comme des tuiles sur un toit, auquel cas on les nomme imbriquées, et le bourgeon est écailleux; — d’autres fois, le limbe seul de ces feuilles protectrices se développe sans pétiole ni stipule, et le bourgeon est foliacé; — d’autres fois, au contraire, c’est le pétiole seul, élargi en écaille, sans limbe ni stipule, qui recouvre les feuilles intérieures, et le bourgeon est pétiolacé; — d'autres fois, les stipules seules entourent les jeunes feuilles, et le bourgeon est stipulacé ; — d’autres fois enfin, la stipule adhérente au pétiole forme l'enveloppe extérieure, et le bourgeon est fulcracé.
Des matières insolubles, ou mauvaises conductrices de la chaleur, du duvet ou d’autres corps analogues, viennent souvent s’a-
jouter aux feuilles extérieures ainsi disposées, pour défendre le bourgeon contre les intempéries. Mais lorsque le bourgeon doit se développer immédiatement, comme sur les plantes tropicales, il n’est plus nécessaire que les premières feuilles soient appropriées à une défense inutile, et le bourgeon est nu. Ce caractère se retrouve, mais rarement, Chez quelques-uns de nos végélaux, de même qu’on rencontre quelquefois dans les pays chauds des bourgeons écailleux, dont les feuilles n’ont pas moins besoin de protection contre la chaleur excessive, que les nôtres contre le froid rigoureux. à
Sous un aussi petit volume que l’est celui du bourgeon, les petites feuilles qui le composent, placées sous leur enveloppe protectrice, ne peuvent s’étaler complétement; elles s’y plient, s'y roulent, s’y replient pour s’accommoder à la forme générale, et aussi en raison de leur position sur l’axe ; cet état des feuilles dans le bourgeon est nommé préfoliaison, autrefois vernation. On peut rapporter à trois modes principaux de vernation l’état des feuilles dans le bourgeon : — ou elles ne présentent ni plicature ni courbure notables ; —ou elles présentent une plicature, soit de leur sommet sur leur base, et on les dit réclinées (pl. IV, fig. 15); soit d'une de leurs moitiés latérales sur l’autre, etelles sont condupliquées (pl. IV, fig. 16) ; soit le long de leurs nervures, comme un éventail, plissées (pl. IV, fig. 17) ; — ou bien enfin elles présentent une courbure ; si c’est en crosse du haut en bas de leur axe, elles sont circinnées (pl. IV, fig. 18); si c’est sur elles-mêmes, leur axe droit, elles sont convolutées (pl. IV, fig. 19) ; si c’est par leurs deux bords réfléchis en dedans, involutées (pl. IV, fig. 20); ou réfléchis en dehors, révolutées (pl. IV, fig. 21).
Quant à la position relative de ces feuilles dans le bourgeon, on dit la vernation valvaire, siles feuilles planes ou convexes se touchent sans se recouvrir (pl. IV, fig. 22) ; imbriquée, si elles se recouvrent en partie (pl. IV, fig. 23); spirale, si, en se recouvrant par leurs bords, elles sont disposées en spirale (pl. IV, fig. 24) ; indupliquée, si les feuilles, présentant une plicature, se touchent par leurs faces voisines ou leurs bords opposés (pl. IV, fig. 25); équitative, si chaque feuille condupliquée en enveloppe complétement une autre (pl. IV, fig. 26) ; denu-équitative ou obvolutée, si elle n’en embrasse que la moitié (pl. IV, fig. 27).
Les bourgeons aæillaires ou latéraux, dont nous avons jusqu'ici parlé, ne sont pas les seuls, ni ceux dont l’existence est la plus constante ; ils’en forme aussi à l'extrémité des axes, destinés à en continuer le développement, et nommés terminaux (pl. IV, fig. 4, bt, ba).
Le parenchyme voisin de la surface possède aussi, à peu près Sur toutes les parties de la plante, une sorte de propriété latente qui
le rend capable de donner naissance à des bourgeons, quand il est dans des circonstances favorables, sous l'influence de l humidité, de la chaleur, d’une irritation, d’un afflux inaccoutumé de sucs ; ces bourgeons sont nommés latents ou adventifs. C’est à leur présence que la racine doitla faculté de se couvrir de rameaux et de feuilles, dans l'expérience de Duhamel que nous avons citée (S54). On les rencontre le plus ordinairement sur la tige, par exemple sur le Saule ou sur le Peuplier dont on a coupé la tête; ils se développent même sur les bords ou sur la surface des feuilles charnues, et beaucoup de ces feuilles plantées dans une terre humide produisent des bourgeons. Nés accidentellement et sous l'influence d’une grande ‘vitalité, on comprend que les bourgeons adventifs doivent se développer promptement et n’ont pas besoin d’enveloppe protectrice. Quelques-uns de ces bourgeons ne percent pas l’écorce, se développent à l’intérieur de son parenchyme, et présentent une structure analogue à celle des rameaux développés à l'extérieur, c’est-à-dire une moelle entourée de zones ligneuses que traversent des rayons médullaires ; on les nomme nodules quand ils sont isolés, broussins quandils se rapprochent et se réunissent.
Un bourgeon d’une autre espèce est celui que nous avons trouvé à l’aisselle des feuilles qui composent le bulbe, et que nous avons appelé Caïeu (pl. IV, fig. 2). Enveloppé d’abord par les feuilles au milieu desquelles il est né, ce bourgeon est, l’année suivante, entouré encore par leurs bases ; mais ces feuilles desséchées périssent bientôt avec la portion du plateau où elles s’insèrent, et le caïeu libre produit un individu nouveau. Quelquefois des bourgeons de cette nature deviennent aériens, naissent à l’aisselle des feuilles sans y adhérer beaucoup, et s’en détachent ensuite d'eux-mêmes; tombés sur la terre, ils y reproduisent la plante-mère. On les désigne sous le nom particulier de Bulbilles (pl. IV, fig. 28). Les yeux des tubercules ne sont autre chose que des bourgeons.
C’est à la position et au développement relatifs de leurs bourgeons axillaires et terminaux que les plantes doivent les aspects nombreux que nous avons étudiés à propos de la tige.