SÉCRÉTION
$ 110. En définissant les glandes, nous avons dit qu’on appelle sécrétion le travail local de certainsorganes qui choisissent dans le liquide général de la nutrition les éléments desucs particuliers desünés à des usages spéciaux (821). D’après ce que nous savons sur la marche que suit la sève quand elle a pris ses propriétés vivifiantes au contact de l'air, il est évident que les sucs sécrétés doivent se rencontrer dans le système cortical, puisque c’est là la voie de la sève élaborée. Mais à cause de la difficulté de distinguer toujours les glandes, et de déterminer si tel suc est bien réellement destiné à un emploi spécial, ou s’il fait partie intégrante de la sève descendante, nous embrasserons dans une même étude tous les produits qui se rencontrent dans la plante. D'ailleurs la plupart des auteurs ont regardé comme sécrétions tous les sucs contenus dans les cellules corticales, et ont seulement donné le nom commun de SUCs propres à ceux qui restent dans les cellules ou dans les vaisseaux où ils se sont formés et ne s’extravasent pas, voulant indiquer par ce mot que la sève ascendante est la même pour tous les végétaux, mais que chacun de ces sucs prend une nature particulière ; le mot latex est employé dans le mème sens, surtout pour les sucs qui circulent dans les laticifères.
À l'examen des divers produits qui résultent de l'emploi des aliments de la plante, se lie naturellement, comme un effet à sa cause, l'étude des phénomènes de la coloration, des odeurs et des saveurs que l’on observe dans les végétaux. Ici c’est à la chimie
que nous devons demander la solution des problèmes que nous présentent les transformations des substances alimentaires, car ce ne sont plus seulement les forces physiques, ce sont encore et plus spécialement les forces chimiques que la force vitale met en jeu.
Les‘aliments que l’air apporte à la plante sont: l’eau, l'acide carbonique, l'azote et ses composés, oxyde d'ammonium, acide azotique, ammoniaque et azotate d’ammoniaque, substances que le sol fournit aussi de son côté en plus ou moins grande quantité. De plus, le sol présente à l'absorption des racines plusieurs matières minérales dont le rôle est plus important qu’il ne le semble d’abord, mais qui apparaissent, en quelque sorte, dans la plante, sans en faire essentiellement partie, qui gardent leur nature inorganique et ne revêtent pas les caractères particuliers que nous allons reconnaître aux substances que les autres aliments servent à composer.
S 111. Par le travail respiratoire, la plante réduit chacun de ces aliments, en éliminant son oxygène et en retenant les autres principes qui le constituent; elle garde ainsi du carbone, de l'hydrogène et de l’azote, auxquels il faut joindre en outre l'oxygène qu'elle reçoit pendant la nuit. C’est seulement avec ces quatre éléments, combinés en proportions très-simples, que la plante forme les matières essentiellement organiques qui caractérisent son activité vitale. On distingue ces matières, en matières ternaires, c’està-dire qui contiennent du carbone, de l'hydrogène et de l'oxygène, eten matières quaternaires, dans lesquelles l'azote s'ajoute à ces trois éléments.
La masse presque entière des végétaux se compose de carbone, d'hydrogène et d'oxygène, ces deux derniers gaz étant en proportion convenable pour former de l’eau. Ainsi 12 molécules de carbone unies à 10 molécules d’eau,'ou 72 de carbone et 90 d’eau en poids, donnent naissance à trois substances que les chimistes nomment 2somères, c'est-à-dire composées des mêmes éléments en proportion semblable, mais présentant des propriétés différentes ; ces trois Corps sont : |
La Cellulose, qui forme les parois des organes élémentaires et par conséquent la charpente même du végétal ;
La Fécule ou Amidon, que Von trouve abondamment dans l’intérieur des cellules sous forme de grains d'aspect différent suivant les plantes, et que le végétal met en réserve pour ses be- Soins ;
La Dextrine, que la sève entraîne avec elle et porte sur tous les points.
Chacun de ces corps a un caractère propre : la Cellulose est in-
soluble dans l’eau ; l’'Amidon, insoluble aussi, se coagule dans l’eau bouillante et y fait empois ; la Dextrine se dissout dans l’eau à chaud et à froid. Cette différence de propriétés ne résultant vraisemblablement que d’une différence dans le mode de groupement des molécules, on conçoit aisément que ces substances puissent se converür l’une dans l’autre, selon les nécessités de la vie du végétal ; qu’elles puissent se faire dextrine, par exemple, qui se mêle en sirop avec la sève et est facilement transportée là où la plante aura besoin de la transformer en grains de fécule dont l’insolubilité assure le dépôt, ou en cellulose pour former des cellules nouvelles ou doubler les parois de celles qui existent déjà. Il paraît que ces transformalions importantes et d'autres que nous allons citer encore, sont dues à l’action d’une substance particulière formée aux dépens d’une certaine portion d’amidon dans les graines, les tubercules ou les bourgeons qui commencent à se développer ; cet agent puis- Sant, qu'on à nommé diastase, peut désagréger les grains de fécule etles changer en dextrine, même à froid; mais la chaleur aide encore à son action, et à 70° ou 80, il est capable de dissoudre 5000 fois son poids de fécule. C’est avec la diastase qu’on prépare aujourd’hui le sucre d’amidon et le sirop gommeux de dextrine.
Un produit généralement répandu aussi dans le végétal, et isomère avec les substances précédentes, est la Gomme, qui forme un mucilage épais en se dissolvant dans l’eau, et qui n’est point soluble dans l'alcool. Elle joue un rôle important dans les modifications que subissent les sucs végétaux dans les organes de reproduction.
$ 112. Les autres substances ternaires, si nombreuses dans les plantes, paraissent se former ultérieurement aux précédentes et à leurs dépens, par un second degré d'élaboration. En effet, si à 12 molécules de carbone s'ajoutent 11 molécules d’eau, une de plus que pour les trois composés précédents, il se forme du sucre de canne que l’on trouve si fréquemment dans l’intérieur des végétaux et si abondamment daus la plante qui lui donne son nom. Trois molécules d’eau en plus, c'est-à-dire 14 molécules d’eau unies encore à 12 de carbone, donnent naissance au sucre de raisin, nommé encore sucre de fécule, sucre d’amidon, ou Glucose. On a remarqué que si l’on cherche ces deux sortes de sucre dans une même plante, on trouve le glucose plus bas et le sucre de canne plus haut, c’est-à-dire, l’un et l’autre à la hauteur qui correspond à la plus ou moins grande quantité d’eau que contient la sève ascendante. La maturation des fruits nous offre des exemples de la transformation de ces substances les unes dans les autres.
$ 113. Une proportion un peu plus considérable de carbone
ajoutée aux éléments de la cellulose, produitle Ligneux, matière qui incruste les membranes formées par celte dernière subslance, avec laquelle on l’a quelquefois confondue. C'est cette addition du carbone dans le ligneux qui fait du bois un excellent combustible, et c’est la proportion relative du ligneux et de la cellulose qui explique pourquoi certains bois sont choisis de préférence pour le chauffage : dans le Chêne, par exemple, le ligneux entre pour deux tiers dans la constitution des fibres, tandis qu’iln’entre que pour moitié dans le Hêtre.
S 114. Si avec les éléments de l’eau et le carbone en proportion plus considérable que dans le corps que nous venons d'examiner, se combine un excédant d'hydrogène, plusieurs substances peuvent se former dans les cellules de l'écorce; les principales sont:
Le suc propre ou latex, seul liquide végétal qui jouisse de la singulière propriété de se partager, comme le lait el le sang, en deux portions, l'une liquide, l’autre coagulée ;
La chlorophylle ou chromule, à laquelle les parties vertes doivent leur couleur ;
Les huiles fixes, insolubles dans l’eau, fluides à la température ordinaire, et qui ne se volatilisent qu’en se décomposant ;
Les cires, qui se distinguent des précédentes en ce qu'elles sont solides à la température ordinaire; |
Les huiles essentielles ou essences, légèrement solubles dans l'eau, plus ou moins odorantes, se volatilisant sans se décomposer ;
Les résines, corps secs plus ou moins fragiles, solubles dans l’alcool, altérables par la chaleur.
. C’est pendant l’acte de la respiration que ces substances prennent naissance, comme cela résulte de la théorie de la respiration. Nous savons d’ailleurs que dans l'obscurité, la chlorophylle ne se forme pas, et que pour faire blanchir certaines plantes, c’est-à-dire pour arrêter la formation de sucs propres, de résines ou d'huiles essentielles qui les rendraient trop âcres, trop odorantes ou même dangereuses, on les enveloppe de manière à empècher sur elles l’action de la lumière ($ 107).
S 145. Si, à la place de l'hydrogène, c’est l'oxygène qui se combine en excès avec le carbone et l’eau, la plupart des acides végétaux sont formés. Parmi eux, les plus remarquables sont : — l'acide acétique que l’on trouve dans la sève de presque toutes les piantes et dans le vin aigri; c’est celui de tous les acides qui parait le moins oxygéné et qui se rapproche, par conséquent, le plus des substances ternaires neutres, gomme, fécule et autres ; —l’acide malique, que l’on rencontre dans presque tous les fruits charnus, pommes, groseilles, etc. ; — l'acide citrique, dans le citron et au-
tres fruits de la même famille; il diffère peu du sucre par sa composition; — l'acide fartrique ou tartarique, dans le suc des raisins; — l'acide gallique, dans la noix de galle du chêne, — l'acide pectique, dans les fruits verts, dans la groseille : il semble jouer un grand rôle dans la maturation des fruits, et possède la propriété remarquable d'absorber légèrement l’eau et de former avec elle une gelée incolore ; — enfin l'acide oxalique, dans l’oseille: cet acide parait, par sa combinaison binaire, se rapprocher de l’acide carbonique, dont il diffère par un peu d'oxygène en moins, 3 d'oxygène pour 2 de carbone.
Ces acides et les autres qui, comme eux, résultant d’un excédant d’oxygène,'pourraient être appelés acides vrais, ne sont pas les seuls que l’on rencontre dans le végétal. Quelques-uns contiennent de l’azote, l'acide aspartique, par exemple, que l’on retire des jeunes pousses d’asperges; d’autres, contenant beaucoup d'azote, ne renferment pas du tout d'oxygène, comme l'acide cyanhydrique, qui résulte de l'union d’une base nommée cyanogène, formée de carbone et d’azote, à 3 parties d'hydrogène; c’est un acide volatil et vénéneux qui se trouve dans le Merisier, l’Amandier, le Laurier-cerise, le Pêcher et beaucoup d'arbres de la même famille.
$ 116. Les acides, en général, se trouvent rarement à l’étatlibre dans les végétaux, et presque toujours, au contraire, combinés avec diverses substances : souvent les sels ainsi formés se groupent dans les cellules en petits cristaux et s’y déposent, non point au hasard, mais bien dans un appareil spécial formé par des lames de tissu très-minces qui les enveloppent et s'appliquent étroitement sur leurs surfaces (pl. LI, fig. 30). D'autres fois ces cristaux ressemblent à un faisceau de fines aiguilles et sont nommés raphides. Ordinairement la présence des cristaux dans une cellule en exclut les matières organiques.
$ 117. Quant aux circonstances dans lesquelles les substances suroxygénées prennent naissance, il est facile de nous en rendre compte, si nous nous rappelons que, pendant la nuit, l’action vitale est en quelque sorte suspendue et que la plante reste soumise, comme sielle était morte, à toutes les influences de l'air; dans cet état, elle absorbe, ou plutôt elle reçoit de l'oxygène qui favorise ainsi la formation des acides. C’est en effet dans les parties qui ne sont point vertes ou dans celles qui ne subissent pas l'influence de la lumière, dans les fruits ou dansles racines, que ces acides se rencontrent constamment. D'ailleurs cette origine des acides n’estelle pas démontrée par la formation, hors de l'être vivant, d’une substance qui se trouve dans l’humus, et à laquelle on attribuait à
tort, comme nous l'avons vu, l'influence salutaire de celui-ci ($ 89); l’ulmine assez analogue à l’amidon, dont elle diffère, par 4 parties d’eau en moins, naît en effet de la décomposition, c’est-àdire de l’oxygénation des végétaux morts. N’en trouvons-nous pas encore une preuve évidente dans ce phénomène remarquable que nous présentent certaines plantes grasses, acides le matin, après l’oxygénation de la nuit, insipides au milieu du jour, amères le soir? La production des matières surhydrogénées à la lumière solaire, et celle des matières suroxygénées dans l’obscurité, ou, en d’autres termes, la respiration diurne et l’inactivitéde la nuit, sont donc deux phénomènes en quelque manière antagonistes, qui maintiennent dans un juste équilibre les effets de l’énergie vitale. $ 118, La seconde classe de produits organiques que les végétaux contiennentencore est celle des composés quaternaires qui résultent, comme nous l’avons dit, de l’union de l'azote aux trois éléments dont nous venons d'étudier les combinaisons principales : ces composés sont de deux espèces, neutres ou alcaloïdes. Ces derniers, auxquels on donne aussi le nom d’alcalis végétaux, à cause de la propriété qu’ils possèdent de se combiner avec les acides, comme le font les alcalis minéraux, paraissent posséder les propriétés énergiques qui rendent certains végétaux redoutables comme poisons, ou utiles comme médicaments. Il suffit de nom- .mer la morphine et la quinine pour justifier cette vérité. C’est dans l'écorce que se rencontrent les alcalis organiques, toujours unis aux acides, avec lesquels ils forment des sels souvent cristallisés. Une seule plante en produit quelquefois plusieurs qui semblent avoir une sorte de parenté et appartenir, en quelque manière, à un même genre. Ainsi, dans l'écorce de quinquina, on en trouve trois qui présentent dans leur composition 20 atomes de carbone, 24 d'hydrogène et 2 d'azote, formant pour ainsi dire un corps unique qui peut s’oxyder à trois degrés différents: 1 d'oxygène en plus donne naissance à la cinchonine ; 2 d'oxygène, à la quinine; et 3 d'oxygène, à la cusconine. L’opium en contient 3 aussi : la morphine, la codéine et la narcotine; on en trouve deux dans la noix vomique, la brucine et la strychnine; etc. $ 119. Les matières azotées neutres présentent, avec les matières neutres non azotées une analogie remarquable sous le rapport de leur mode de combinaison et de leurs propriétés. En effet, s’il suffit d’unir le carbone à l’eau pour former la cellulose, l’amidon et la dextrine, il suffit aussi d’unir 48 de carbone et 6 d’ammonium à 15 d’eau, pour constituer trois substances isomères : La fibrine, que l’on trouve surtout dans les graines des céréales, el toujours à l’origine de tous les organes de la plante dont elleest
le rudiment, quelle que soit d’ailleurs la quantité des autres éléments qui viennent ensuite s’interposer entre ses molécules ;
L’Albumine, qui abonde dans les sucs coagulables des végétaux ;
La Caséine, qui se trouve dans le froment et qui, unie à la fécule, forme la portion nutritive des Pois, des Haricots, des Lentilles et autres Légumineuses.
Ces trois substances, forment avec les trois corps neutres non azotés, une série parallèle dont le rapprochement est curieux : ainsi la fibrine est insoluble comme la cellulose; l’albumine se coagule à chaud comme l’amidon ; la caséine est soluble comme la dextrine. Chacune d'elles peut donc, avec les mêmes agents et dans les mêmes conditions dont nous avons parlé pour les trois corps neutres non azotés, se transformer, se mobiliser et se fixer suivant les nécessités du végétal.
Une quatrième substance, la glutine, qu’on extrait des grains de céréales et qui fait la base des levains, est aussi isomère avec les trois substances azotées; elle paraît cependant ne pas contenir de soufre, qui se trouve en très-petite proportion dès les premières.
$ 120. Tous ces produits organiques, qui caractérisent essen— tiellement l’activité propre du végétal, ne sont pas les seules sub- Stances que nous trouvons dans les plantes; nous savons que le sol leur fournit encore des matières minérales, dont nous avons indiqué la nature en parlant de l’absorption ($ 92), et qui, péné-. trant à l'état de dissolution, s'incorporent même au végétal. L'analyse peut en déterminer la nature et les proportions par l’examen des cendres. C'est surtout dans l'écorce que se déposent ces malières, et leur quantité dépend de la masse d’eau qui parcourt le végétal ; elle est donc en rapport avec l’activité de la végétation, et varie comme elle. Dans certaines plantes et même dans toutes les plantes de certaines familles naturelles, on retrouve toujours les mêmes principes fixes : du silicate de potasse dans la tige des Graminées ; des phosphates de potasse, d'ammoniaque, de chaux et de magnésie, dans les graines des Céréales ; de la soude, dans la plupart des plantes qui croissent sur le bord de la mer. Pour ces plantes, la présence de ces matières minérales est indispensable, etelles ne se développent que là où elles peuvent emprunter au sol ces éléments déterminés. Mais il est un fait d’une grande importance qu'il faut ici remarquer : c’est que le plus souvent les bases alcalines peuvent se substituer l’une à l’autre dans leur action, et que le développement du végétal n’est point arrêté s’il trouve dans la terre une autre base dont l'équivalent puisse remplacer la base qui lui manque. Ainsi, l'analyse des cendres de deux Pins de la même espèce, plantés dans deux terrains diffé-
rents, a signalé dans le bois de tous deux la présence de la chaux et de la potasse, et, dans l’un d'eux seulement, celle de la magnésie; mais l'absence de la magnésie était compensée dans l’autre par un excédant de deux autres bases, de telle sorte que la somme des quantités d'oxygène contenues dans les diverses bases était néanmoins la même pour l’un et l’autre de ces arbres. A ces considérations, si nous ajoutons que les acides sont toujours unis aux alcalis ; que ces derniers, se combinant avec l’acide carbonique, forment des carbonates solubles propres à l'absorption, et qu’ils aident par leur influence à la décomposition de l’eau et de acide carbonique, servant ainsi aux transformations nombreuses que subissent les produits organiques, l'utilité de ces principes minéraux sera évidente.
$ 121. Il résulte de tous ces faits qu'il est du plus haut intérêt pour l’agriculture de connaitre la nature et les proportions des éléments à la présence desquels est liée la vie de la plante, pour distribuer convenablement l’humus, source des matières carbonées, les engrais ou fumiers, source des matières azotées, et pour amender sagement le sol, c’est-à-dire pour mêler à la terre, suivant sa composition et suivant les récoltes qu’on exige d'elle, des matières inorganiques, marnes, plâtre ou autres, qui en modifient la nature. Ainsi, dans la culture de la Pomme de terre, c’est le développement de la fécule que l’on veut favoriser ; dans celle de la Betterave, c’est la formation du sucre ; or, ce sont là deux substances carbonées qui prennent naissance dans des terrains riches en humus, tandis que dans des terres où le fumier abonde, la proportion d’albumine augmentera et rendra ces plantes savonneuses. Au contraire, un terrain pourvu d’humus ne serait point favorable au Froment, comme l’atteste le peu de prospérité de cette céréale dans les contrées du Brésil les plus riches en humus. Le Froment veut trouver un sol où se rencontrent à la fois des phosphates et des silicates pour donner des pailles solides capables de soutenir des épis abondants. Si l’on veut favoriser exclusivement la production de la paille, ilfaut fournir au sol beaucoup de silicates ; si l’on veut obtenir des feuilles et une paille fine, comme celle d'Italie, il faut lui donner peu de silicates et de phosphates; avec beaucoup de phosphates, sans silicates, le chaume ne pourrait porter l’épi, qui s’inclinerait avant d’être mür. On sait que les arbres verts prospèrent dans des terrains calcaires et sablonneux, tandis que les forêts de chènes et d’arbres à larges feuilles couvrent un sol riche en silicates ; cela tient à ce que les premiers exigent beaucoup moins deprincipes alcalins que les derniers.
$ 122. La pratique des assolements, que l’agriculture tronve
aussi fructueuse qu’elle est rationnelle, est aussi une conséquence des lois précédentes, et consiste à faire alterner dans un même terrain des récoltes successives de plantes qui demandent au sol des éléments différents. En effet, bien qu’une plante ait réussi d’abord dans un terrain, ou plutôt précisément parce qu’elle y a bien réussi, il ne faut point demander trop longtemps au sol une production qui finirait par épuiser la source des principes utiles qu’il contenait ; en faisant, au contraire, succéder à une plante une autre plante dont les besoins sont différents, au blé, par exemple, une récolte qui n’exige pas de silice, ce repos, plus ou moins prolongé suivant la nature de la terre, donne aux substances minérales le temps de redevenir solubles sous l'influence des agents atmosphériques et de se rendre ainsi propres à l'absorption : la terre qui n’a point cessé cependant d’être féconde pourra plus tard se couvrir encore de moissons, sans avoir rien perdu de sa richesse. Nous avons vu aussi, à propos de la respiration ($ 105), que les céréales puisent dans la terre l’azote dont elles ont besoin, tandis que certaines Légumineuses l’empruntent à l'air; ces dernières peuvent donc, sans souffrir et sans appauvrir le sol, prospérer sur un terrain où les premières auront d’abord donné une récolte : aussi la succession des Légumineuses et des Céréales estelle un des assolements les plus ordinaires. L’assolement est triennal, quadriennal, etc., suivant que la culture de la même plante revient tous les trois ou tous les quatre ans.
A cette influence des matières minérales solubles qui pénètrent dans le végétal et lui prêtent un secours si utile, ajoutons celle que nousavons vu les matières insolubles exercer aussi sur la végétation en fixant auprès des racines une plus grande provision de substances nutritives, et nous comprendrons, à ce double rôle, que les matières inorganiques rendent d'importants services à l’organisation.
$ 123. En résumé, de l’acide carbonique, de l’eau et des combinaisons azotées qu’elle réduit, la plante fixe le carbone, l'hydrogène et l'azote, éléments qui, avec l'oxygène et quélquefois le soufre, peuvent composer tous les produits organiques qui se trouvent dans les végétaux.
Le carbone uni à l’eau forme la cellulose, l’amidon et la dextrine, substances isomères, et la gomme, le sucre, le glucose ou le ligneux ; —un excédant d'hydrogène donne naissance à la chlorophylle, aux huiles fixes, aux cires, aux essences ou aux résines; — un excédant d'oxygène produit les acides organiques.
Si au carbone et aux éléments de l’eau s’unit l’azote, les alcaloïdes sont formés ; — une légère proportion de soufre en plus donne trois corps isomères, la fibrine, l’albumine et la caséine,
près desquelles il faut placer la glutine, qui paraît n’en différer que par l’absence du soufre.
Quelques matières minérales, sels, alcalis, terres ou acides, des sels résultant de la combinaison des alcalis avec les acides organiques, complètent le nombre des substances que l'analyse peut trouver dans les plantes.
.& 424. Si nous cherchons à prendre une idée générale des principaux composés qui se rencontrent dans le végétal vivant, en les groupant non plus d’après leurs caractères chimiques, mais d’après les analogies qu’ils offrent dans leur consistance, nous en trouvons de solides et de gazeux ; entre ces deux extrêmes, de pâteux et de liquides, et tous les degrés intermédiaires de cohésion entre ces deux derniers états.
Les matières solides peuvent former les parois des cellules, comme la cellulose et la fibrine, ou imprégner d’abord leur épaisseur à l’état liquide, puis se dureir et les incruster, comme le font le ligneux et la silice, ou bien encore être renfermées dans la cavité même des cellules sous forme de grains ou sous forme de cristaux. — Les matières solides qui se présentent à l’état de granulation sont: l’albumine et la caséine, que la solution d'iode colore «en brun ou en jaune; la fécule, dont la forme, variable pour’ chaque plante, est caractéristique pour chacune d'elles, et qui est colorée en bleu ou en violet par l'iode; les grains du latex petits et inégaux, souvent mêlés à ceux de la fécule. — Les matières solides et cristallisées peuvent se former en grand nombre par la combinaison des acides minéraux ou organiques avec les bases alcalines minérales ou végétales : elles se montrent sous forme de noyau, du centre duquel rayonnent les pointes de petits cristaux, ou bien comme de fines aiguilles placées parallèlement en faisceaux et nommées raphides. \
Les substances molles et pâteuses sont, outre les résines et les cires, la glutine, dans laquelle les granules des cellules paraissent comme roulés ; la chlorophylle, d'apparence gélatineuse, soluble dans l’alcool, par conséquent analogue aux résines, et verdissant les granules ou les liquides des cellules où elle se trouve.
Les liquides sont: la sève, en général incolore et contenant diverses matières en dissolution, comme la gomme, la dextrine, le sucre ; le liquide cellulaire, incolore aussi; et les huiles volatiles, huiles grasses et résines dissoutes:
Enfin les matières gazeuses, dont on découvre la nature en ouvrant les cellules sous l’eau, se trouvent surtout dans les lacunes à la surface, ou, comme nous l'avons vu, dans les vaisseaux, au témps où l’activité de la végétation est ralentie.
On comprend aisément que l’évaporation et les transformations
si fréquentes des produits en modifient incessamment l’état, et |
que leur consistance varie avec l’âge de la plante et les saisons.
$ 125. Coloration des végétaux. — La couleur dans les végétaux est due à l'existence d’une matière colorante, liquide ou demi-liquide, qui se voit par transparence à travers les parois’ des cellules. Presque toujours cette matière colorante est suspendue dans un liquide incolore, et paraît plus ou moins foncée suivant que celui-ci est en moindre ou en plus grande proportion ; quelquefois cependant le liquide est lui-même coloré autrement: que ne l’est la substance colorante dont la teinte est ainsi modifiée; c’est de la sorte que des grains de couleur verte peuvent se trouver avec un suc rouge dans les feuilles dont la couleur s’altère dans l’arrière-saison. Quand le liquide cellulaire ne contient pas de matière colorante, ou que celle-ci y est très-délayée, nous percevons la sensation du blanc; nous avons au contraire la sensation du brun intense, qui n'arrive néanmoins jamais au noir, et dans lequel domine toujours une nuance fiincipale, quand la matière colorante, d’une teinte verte, violette ou bleue, est abondante et concentrée dans plusieurs rangs de cellules très-rapprochées. La grande profondeur à laquelle peut se placer la matière colorante en affaiblit aussi le ton, et les diverses manières suivant lesquelles peuvent se superposer des couches de cellules diversement colorées varient encore et multiplient les teintes. Aïnsi, la couleur jaune vue à travers des cellules rouges produit l’orangé ; le vert sous le rouge donne le brun ; des cellules incolores, étendues sur des cellules bleues ou vertes, forment la couleur glauque:
Le vert est la couleur la plus répandue dans les plantes ; c’est celle des feuilles, de la jeune écorce, et, en général, de tous les organes à leur origine. Nous savons qu’elle est due à la chlorophylle, et que celle-ci se forme sous l'influence de la lumière par la respiration, qui fixe du carbone et élimine de l'oxygène. Mais la couleur verte n’est pas toujours la seule que nous offrent ces parties, et elle ne reste pas constamment la même pendant toute la durée des organes qui nous la présentent. D’autres teintes, comme le jaune, le rouge, le brun, peuvent s'associer au vert et former les feuilles panachées. À une certaine époque, vers l’automne en général et avant leur chute, les feuilles passent du vert au jaune, ou au rouge plus ou moins éclatant, et l’on a remarqué que la couleur qu’elles prennent alors correspond, la plupart du temps, à la teinte des fruits mürs de la mème plante ; cela s’observe, par exemple, dans la Vigne, dont les fruits sont rouges ou blancs. Ces changements dans la teinte des feuilles ne peuvent
pas être auribués à un affaiblissement des fonctions vitales, ni être considérés comme des signes de dépérissement, puisque les plantes dont la végétation commence ou se continue en hiver, prennent alors une couleur différente de celle qu’elles présenteraient dans la belle saison ; puisque beaucoup de feuilles, celles des plantes de montagnes, par exemple, ou celles des Graminées si répandues sur nos murs, s’altèrent dans le moment même où leur énergie vitale est la plus grande, sous l'influence continue de la lumière solaire ; puisqu’enfin il arrive souvent que la coloration en vert est précédée par une teinte rouge ou brune. Il faut donc attribuer ces altérations, non pas à la caducité du végétal, mais bien à des modifications que la saison apporte à ses fonctions de nutrition.
C’est dans les fleurs, et déjà dans les bractées, que se montrent les couleurs les plus variées et les plus brillantes. En étudiant ces teintes si diverses, on a remarqué que les fleurs jaunes et les fleurs bleues peuvent passer au rouge et au blanc, mais que jamais les jaunes ne passent au bleu, ni les bleues au jaune; en voyant, de plus, certaines familles adopter le jaune et les couleurs qui en dérivent, tandis que certaines autres présentent le bleu et ses dérivés, on a été conduit à admettre deux séries opposées : l’une ayant pour couleur radicale le jaune, et nommée en conséquence œanthique ; l'autre, le bleu, et appelée cyanique. Ces deux teintes principales mélangées forment le vert, qui est, en quelque sorte, leur état neutre, et, en se dégradant par tous les tons intermédiaires, elles se confondent dans la couleur rouge, qui est le point où les deux séries se rencontrent. On peut représenter de la manière suivante les principaux termes de ces séries :
Vert.