EXCRÉTION
& 128. Introduites dans l'être vivant et élaborées par lui, les matières nutritives ne donnent pas exclusivement des principes assimilables ; elles peuvent contenir des éléments inutiles, dangereux même, qui restent sans emploi et qui doivent être rejetés ; c'est ce travail particulier d'élimination qu’on nomme Excrétion. Ainsi définie, cette fonction, qui s’accomplit le plus ordinairement chez les animaux par des voies spéciales, n'existe peut-être pas réellement chez les végétaux; du moins, les résultats contradictoires d'expériences entreprises dans le but d’en déterminer les organes et le jeu ne permettent de rien affirmer ; et en {ous Cas, il n’y-aurait aucune voie déterminée pour le rejet des matières excrétées: elles suivraient les voies ouvertes à la marche des aliments.
C’est dans les racines qu’on a cru reconnaitre les organes par la surface desquels s’échappent les excrétions, et ce sont les grumeaux gélatineux qu’on trouve autour de beaucoup de racines qui ont été regardés comme le résidu de la sève élaborée. Il était, en effet, assez logique d'adopter cette idée, comme conséquence de la marche de la sève, qui pénétrant par les racines et montant par le bois pour redescendre par l'écorce, devait arriver aux racines épuisée de tous Les principes utiles qu’elle avait abandonnés dans sa route au travail des sécrétions. Des expériences qui consistaient à faire végéter, dans l’eau de pluie pure, des plantes dont les racines avaient été préalablement débarrassées de toute matière étrangère par des lavages répétés, et à analyser ensuite les principes que contenait cette eau, firent reconnaître que les racines avaient abandonné certains éléments des substances nutritives absorbées, et confirmèrent d’abord le raisonnement. Mais, reprises par d’autres observateurs, ces expériences n’ont plus produit lesmèmes résultats. Si cette théorie était démontrée, elle expliquerait les antipathies qü'offrent certains végétaux qui ne peuvent vivre en même temps ou l’un après l’autre dans un mème terrain, et les sympathies de certains autres qui végètent ensemble ou alternent ; en effet, le dé pôt d’excrétions qui se formerait dans le sol autour des plantes serait inutile ou nuisible aux végétaux qui aiment les mêmes aliments, el qui sont, par conséquent, antipathiques : il serait au contraire utile à ceux qui se nourrissent de principes différents, elqui Sont par con séquent sympathiques. Du reste, l'absorption de principes sem-— blables et conséquemment leur épuisement dans un mème terrain, par des plantes qui ont les mèmes besoins, donne de ces faits une explication tout au moins aussi satisfaisante, et suffit à éclairer la
pratique des assolements, comme nous l’avons déjà dit plus haut.
Si d’après la définition rigoureuse de l’excrétion, nous n’en trouvons qu'une incertaine dans les végétaux, nous voyons en échange beaucoup de matières contenues dans les cellules superficielles s’échapper au dehors et désignées à tort par le nom d’excrétions. Les unes sont de simples exsudations de matières utiles, mais surabondantes, qui, amassées sous l’écorce, la pressent et s'ouvrent des fissures par où elles s’écoulent; ce sont en général des sucs propres, des gommes, comme sur les Cerisiers et les Pruniers, des résines, comme sur les Sapins. Cette exubérance, déterminée en général par une végétation vigoureuse, peut quelquefois être le ré- Sultat d’un trouble fonctionnel, quand, par un temps d’arrêt local dans la transformation des éléments nutritifs, il se forme un dépôt dematières quine Sontpointreprises ensuite par lessécrétions. Exsudées à l’état liquide, les excrétions de cette première classe s’épaississent à l’air et se prennent en masse.
Les autres méritent encore moins que les précédentes le nom d'excrétions, puisqu'elles servent à la vie et ont une destination fixe : ce sont des résines ou des cires étendues comme un vernis sur la surface des organes, quelquefois même en couche épaisse, pour les protéger contre le froid et l'humidité, comme nous le voyons pour les écailles des bourgeons du Marronnier d'Inde; ou pour en modérer l’évaporation, comme sur les plantes des terrains arides et sur beaucoup d’autres qui sont couvertes de poils en même temps qu’elles sont visqueuses. La poussière blanchâtre qui recouvre les feuilles du Chou ainsi que d’autres feuilles, et qui les rend imperméables à l’eau, celle qu’on appelle la fleur dans les fruils, ont aussi pour but d'arrêter l’évaporation des liquides intérieurs. L’enduit glaireux des plantes submergées semble aussi destiné à empêcher la macération deces plantes par un séjour prolongé dans l’eau.