FLEUR
& 143. La Fleur ne consisle pas dans cette brillante enveloppe à laquelle on donne vulgairement ce nom, et qui n’est qu'une portion de la véritable fleur. La fleur est un assemblage de feuilles modifiées dans leur grandeur, leur forme et leur couleur, qui naissent à l'époque où la vie du végétal commence à s’épuiser, et qui comprennent des organes destinés à créer un germe dont le développement produira un individu en tout semblable à la plante qui porte cette fleur. Les entre-nœuds de l'axe sur lesquels s’étagent ces feuilles transformées se raccourcissent extrèmement, et rapprochent ainsi toutes les parties qui paraissent de la sorte disposées en verticilles et groupées en roseltes.
Cette définition de la fleur suppose la connaissance de tous les points particuliers qu’elle résume, et que nous allons successivement examiner.
Nature et division générale des parties de la fleur.
S 144. Les parties qui peuvent composer une fleur sont, de la circonférence au centre : le Calice, la Corolle, les Étamines et le Pistil. Nous l'avons bien souvent répété : dès que les feuilles se sont développées sur un axe, tous les appendices qui apparaissent en suite ne seront que des transformations de ces feuilles, d'autant plus
éloignées de leur type qu’elles s'élèvent davantage sur l’axe, C’est icile lieu d'expliquer ces métamorphoses et d’en donner des preuves.
Les bractées nous ont déjà montré une modification de la feuille, appendice typique, et en quelque sorte unique des axes de la tige. Si nous prenons maintenant certaines fleurs, le Nénuphar blanc, par exemple, surnommé le Lis des étangs, nous trouvons d'abord extérieurement une couronne de quatre organes en tout semblables à des feuilles par leur forme, verts en dehors, blancs en dedans, suivis d’autres appendices de figure analogue, entièrement blancs ; puis, des parties foliiformes aussi, de couleur jaune, dont le sommet s’épaissit par un double repli; et enfin, au centre, un cercle de corps jaunes moins développés que les précédents. Les folioles vertes extérieures portent chacune le nom de Folioles calicinales ou Sépales, et leur ensemble est désigné sous celui de Calice; les fo= lioles blanches prennent le nom de Pétales, et leur réunion forme la Corolle ; les folioles jaunes forment l’Androcée, et chacune d'elles a reçu le nom d’Étamine ; les corps jaunes du centre sont appelés Pistils. Il est impossible de ne pas reconnaitre, dans les trois premiers cercles, des feuilles modifiées, dont nous pouvons même suivre, dans la forme et dans la couleur, tous les degrés d’altération si peu tranchée, qu’on éprouve quelque embarras pour déterminer le moment où finit un groupe d'organes et où l’autre commence. Nous verronsmèême, en étudiant isolémentles organes quenousindiquons seulementici, les transitions s'établir quelquefois d’une manière tellement insensible entre deux ordres de ces organes, qu'il y à similitude complète, et non plus seulement ressemblance.
Quant à l'organe central, s’il ne nous présente pas d’abord, dans le Nénuphar, l’analogie que nous cherchons, d’autres fleurs vont nous la donner certaine et évidente. Ainsi, dans l’Ancolie, nous trouvons au centre de la fleur cinq petites folioles, dont les bords se soudent d'abord ensemble, et se décollent plus tard de façon à s'ouvrir tout à fait en lame: ici le rapport de ces folioles avec les feuilles est manifeste, et on nomme chacune d’elles Feuille carpellaire ou Carpelle ; c’est leur ensemble qui forme le Pistil.
Si nous étudiions les autres fleurs dans le même but, nous trouverions des rapports plus ou moins frappants entre les feuilles et les parties que nous venons d’énumérer, et nous pourrions établir des séries de transformations, depuis la fleur où chacune de ces parties est manifestement foliiforme, jusqu’à celle où ces mêmes organes sont le plus altérés ; l’analogie nous permet donc d’assimiler ces nouveaux appendices, d'apparence différente, aux appendices typiques, aux feuilles.
Cette assimilation invoque encore en sa faveur l'identité qui
existe entre la situation respective des diverses parties de la fleur, et la disposition relative des feuilles sur leur axe ; car cette loi des rapports constants de position entre les organes est celle que l’on doit choisir comme la plus sûre, quand il s’agit de reconnaitre un organe dont la nature est masquée par des altérations anormales, et c'est elle qui nous a guidés, quand nous avons dû rapporter à leur véritable origine les organes transformés que nous avons examinés sous les noms de piquants, de vrilles, de fasciation. Or, dans les grandes fleurs dont l'axe est suffisamment développé, comme celles des Magnolias, des Tulipiers, il est facile de reconnaître que les parties sont disposées en spirale, depuis les folioles calicinales jusqu'aux folioles carpellaires, et nous savons que cet arrangement est précisément celui qu’observent les feuilles sur leur axe. Souvent, il est. vrai, cet ordre est moins évident, et l’axe raccourci ne présente à l'insertion des parties de la fleur qu'un étroit espace nommé réceptacle ou torus, où elles semblent d'abord confondues : mais on reconnait néanmoins encore des traces de la ligne spirale primitive, ou bien l'on trouve plusieurs spirales qui peuvent conduire, comme cela a lieu pour les feuilles, à la découverte de cette spirale primitive. Cependant, à cause du rapprochement des parties dans la fleur, on à coutume de considérer chaque ordre d'organes qui la constituent comme formant une collerette, un werticille, et Yon compte de la sorte quatre verticilles floraux : celui des folioles calicinales ; celui des pétales de la corolle ; celui des étamines de l’androcée, et celui des folioles carpellaires du pistil (pl. V, fig. 1).
$ 145. On appelle fleur complète celle qui possède à la fois ces quatre verticilles ; tels sont la Rose, la Renoncule, l'OEillet, l'Hydrophyllum virginianum (pl. V, fig. 4); et fleur incomplète celle qui manque d’un ou de plusieurs de ces verticilles ; la fleur du Populage est incomplète, parce qu’elle n’a pas de calice; celle des Ansérines l’est aussi, parce qu’elle n’a qu'un calice. Celle du Scirpus romanus n’a ni corolle ni calice (pl. V, fig. 5).
Aux considérations précédentes, si nous ajoutons que les parties de la fleur qui paraissent d’abord le moins analogues aux feuilles, les étamines, par exemple, peuvent se changer facilement en pétales ; que les carpelles peuvent se changer en étamines, et réciproquement; que des bractées, dont l'aspect foliiforme est évident, se transforment en pétales ; et mème que les parties destinées d’abord à former une fleur peuvent toutes à la fois, comme cela arrive pour la Raiponce (Campanula rapunculoides), le Lis, la Rose, devenir de véritables feuilles étalées en lames vertes, nous aurons suffisamment mis en évidence les faits et les raisonnements Sur
lesquels se fonde cette théorie remarquable des métamorphoses pressenlie par Linné, formulée par Goethe.
Mais, s’il est possible de confondre dans une même origine les verlicilles floraux et les feuilles, il faut soigneusement séparer ces deux ordres d’organes sous le rapport des fonctions qu’ils accomplissent. À ce point de vue même, il faut distinguer les verticilles floraux en deux catégories, composées, l’une des deux verticilles extérieurs, calice et corolle; l’autre des deux verticilles intérieurs, élamines et pistil. Les premiers, en effet, ne semblent destinés qu’à un rôle de protection tout à fait accessoire ; les seconds, an contraire, sont chargés du rôle important de la génération, et c’est cette distinction essentielle que les botanistes ont voulu rappeler en désignant les uns sous le nom d’Enveloppes florales, et les au tres sous celui d'Organes de la Fécondation.
Re
Disposition, nombre et adhérences des parties de la fleur ; bouton, : préfloraison.
$ 146. Dans les fleurs régulières qui possèdent tous les verticilles, le nombre de chacune des parties qui les constituent est généralement égal pour tous, et la loi de position que nous avons trouvée pour les feuilles se reproduit ici pour les folioles florales, c’est-à-dire que celles d’un verticille alternent avec celles de l’autre, et sont, par conséquent, opposées de deux en deux verticilles.
Le nombre des parties élémentaires qui peuvent composer les verticilles floraux d’une même fleur esttrès-variable, et les milliers. de plantes connues présentent à cet égard une très-grande diversité. Néanmoins les nombres cinq et trois sont ceux que l’on rencontre le plus souvent, savoir : le premier dans les Dicotylédones, le second dans les Monocotylédones.
Mais, alors même que les fleurs de l’une ou de l’autre de ces classes possèdent le nombre déterminé de verticilles propre à chacune d'elles, et que chacun de ces verticilles est formé d’un nombre égal de parties, une circonstance peut encore venir masquer cette régularité ; c’est l’adhérence, lasoudure que contractent entre elles: les pièces d’un même verticille, ou mème les verticilles voisins enire eux.
$ 147. Si l’adhérence a lieu entre les folioles d’un même verticille, l'indépendance primitive de ces parties laisse encore des traces plus ou moins évidentes, et l’on désigne par des noms particuliers ces états divers de chacun des verticilles floraux. Quand ce sont les folioles calicinales qui se soudent par leurs bords, le calice prend le nom de monophylle ou monosépale (pl. , fig. 2),
par opposition au nom de polyphylle ou de polysépale, par lequel on distingue le calice dont toutes les parties sont libres (pl. V, fig. 4, ca). Ces expressions, consacrées par l'habitude, présentent à l'esprit une idée fausse, en ce qu’elles laissent supposer que le calice ne se compose réellement que d’une foliole, sans indiquer en rien la séparation qui à précédé l'union des parties : aussi at-on proposé de les remplacer par les noms de gamophylle ou gamosépale, dont l’étymologie représente le rapprochement postérieur des folioles du calice d’abord distinctes; mais l'emploi des premiers termes est si général et si ancien, qu’il y aurait quelque inconvénient à les faire disparaitre, et qu’il faut s’en servir en leur donnant le sens restreint que nous venons d'expliquer.
& 148. Souvent aussi les Pétales se soudent entre eux par leurs bords, et la corolle, présentant un tout continu plus ou moins découpé, prend le nom de monopétale (pl. V, fig. 3), opposé à celui de polypétale, par lequel on désigne la corolle dont les pétales restent distinets (pl. V, fig. 1, co). On a voulu aussi remplacer la première de ces dénominations par l’expression de gamopétale, dont l’'étymologie plus rigoureuse présente un sens plus juste; mais on peut conserver l’ancienne appellation, aujourd'hui que nous savons lui donner une définition exacte.
S 149. De mème que les folioles calicinales et les pétales, les étamines peuvent aussi adhérer entre elles. Quand elles sont élargies en folioles, cette soudure peut se faire par leurs bords, comme pour les pièces des verticilles précédents; mais quand elles s’allongent en filets terminés par une pelile masse qu'on nomme anthère, la soudure peut avoir lieu entre les filets ou entre les anthères.
La soudure s'étend quelquefois si peu entre les filets, qu'elle reste insensible, ou ne monte qu’au quart ou au tiers; mais d’autres fois, elle les comprend tout entiers. Dans ce dernier cas, ils peuvent se réunir tous ensemble en une couronne ou un tube, et les étamines sont dites monadelphes, comme dans les Linum, les Malvacées ; dans le cas où ils forment plusieurs petits paquets, plu-
sieurs phalanges, chacun de ces faisceaux prend le nom d'adelphie, et les étaminessont dites diadelphes, comme celles de la Fumeterre et de la plupart des Papilionacées ; triadelphes, polyadelphes, etc. La portion soudée des étamines est désignée sous le nom d’androphore.
Les étamines peuvent, en second lieu, se réunir par les anthères, et l’on donne le nom de Synanthérées ou de Syngénèses à celles qui présentent ce caractère, comme les Violettes, et surtout les Composées, auxquelles la dénomination précédente est appliquée communément.
Si les filets et les anthères peuvent isolément se souder entre
eux, ils peuvent aussi se trouver adhérents en même temps dans une même fleur; c’est ce dont les Lobélies et les Cucurbitacées nous offrent des exemples.
$ 150. Enfin, les feuilles carpellaires se confondent aussi par la soudure, et c’est même là ce qui arrive le plus communément, car, occupant le centre de la fleur et le sommet de l’axe, on conçoit qu'elles ne soient plus forcées, comme les pièces des verticilles précédents, de se disposer en couronne pour laisser en leur centre une place au développement d’autres verticilles plus élevés. C’est leur réunion qui constitue le corps central du péstil.
$ 151. Ce n’est pas seulement, comme nous l’avons dit, entre les parties d’un même verticille, c'est aussi entre les verticilles voisins que l’adhérence peut prendre naissance. Ainsi, les pétales peuvent s'unir aux folioles calicinales, les étamines à la corolle ; ainsi, le calice, la corolle et les étamines peuvent se souder ensemble ; ainsi, ces quatre verticilles peuvent se confondre, et il est aisé de concevoir que ce cas doit arriver quand le calice, en s’unissant avec le pislil, supprime tout espace pour l'insertion des verlicilles intermédiaires. L’adhérence que les verticilles voisins contractent entre eux entraine presque nécessairement la soudure des parties de chaque verticille, puisque les pièces des deux verticilles voisins alternant les unes avec les autres, l’accolement des verticilles rapproche les parties de chacun d’eux par leurs bords pour les confondre avec celles du verticille suivant; néanmoins il se présente de rares exceplions.
On trouve souvent que l'union de deux verticilles a lieu au moyen d’un tissu particulier, glanduleux, et l’on rencontre quelquefois le torns couvert de celte espèce de tissu, qui fait saillie entre les verticilles, et est désigné alors le plus généralement sous le nom de disque.
$ 152. Dans tous les cas d’adhérence que nous venons d’examiner, Nous avons toujours supposé que nombre de verticilles, et celui de leurs pièces propres, restait à la fois régulier, c’est-à-dire qu’il ne dépassait pas celui que nous avons reconnu généralement caractéristique pour les deux grandes classes de végétaux phanérogames. Mais il arrive souvent que les fleurs présentent de grandes exceptions à cette loi, par l’augmentation ou par la réduction du nombre de leurs parties. Si c’est par addition que l'exception a lieu, elle est due soit à l'augmentation des parties élémentaires des verticilles, le nombre des verticilles ne changeant pas, soit à l'accroissement en nombre des verticilles eux-mêmes.
C'est de cette dernière manière qu'a lieu le plus communément l'augmentation des parlies essentielles de la fleur, et ce sont les
étamines qui la présentent le plus fréquemment, sans que pour cela le calice ou la corolle aient subi une modification dans leur nombre normal. La fleur est dite isostémone, quand les étamines sont en nombre égal aux pétales ; elle est diplostémone, quand les étamines sont en nombre double. La multiplication des parties peut rendre leur nombre triple, quadruple, etc.; mais, en général, la disposition verticillaire disparait alors, et l’on a peine à retrouver la marche de la spire, à moins que les parties ne s’allongent sur un torus, qui s'étend en axe ou s’élargit en surface.
A cette multiplication par addition d’un verticille, 11 faut ajouter un mode de multiplication remarquable, celui qui a lieu par le dédoublement des parties d’un même verticille, soit sur plusieurs plans, les uns devant les autres, soit latéralement.
Les distinctions que nôus avons établies pour la multiplication des parties de la fleur se présentent aussi pour la réduction de ces parties, et cette diminulion peut porter sur les organes constituants des verticilles, sans que le nombre de ces verticilles change, ou sur les verticilles mêmes, ou en même temps sur les parties des verticilles et sur les verticilles entiers. L'inégalité numérique des parties qui composent les verticilles paraît dépendre de la position des verticilles qui ont subi une suppression, et elle porte de préférence sur les verticilles intérieurs qui rencontrent nécessaire ment moins de place sur le torus, et, par conséquent, plusde difficultés pour leur développement.
Quand la suppression porte sur des verticilles entiers, la fleur prend différents noms, suivant l'espèce des verticilles disparus. Si une fleur ne conserve que les enveloppes florales, sans posséder les étamines et les pistils, organes'indispensables dela fécondation, on la nomme Neutre, car le calice et la corolle ne présentent alors qu’un développement inutile. — Les fleurs qui sont, au contraire,
pourvues d’étamines et de pisul, et qui ne possèdent pas les enveloppes florales, sont dites Achlamydées.
Lorsqu'un des deux verticilles protecteurs manque, c’est toujours ou presque toujours la corolle ; les fleurs chez lesquelles le calice persiste ainsi sont appelées Apétales.
$ 153. Comme le pistil doit devenir le fruit, et qu'il contient les graines, on l’a comparé à la femelle qui, chez les animaux, produit les œufs, et on l’a nommé organe femelle; on a donné, par contre, le nom d’organe mâle à l’étamine destinée à féconder les œufs. En conséquence, les fleurs qui sont seulement pistilliferes sont appelées fleurs femelles, et celles qui ne sont que staminifères sont nommées fleurs mâles; on désigne sous le nom de fleurs hermaphrodites celles qui possèdent à la fois ces deux organes.
Par extension, on applique souvent à la plante tout entière ces : noms qui caractérisent spécialement les fleurs. |
Quelquefois les plantes présentent à la fois, sur le même pied ou sur des pieds différents, des fleurs hermaphrodites, des fleurs mâles et des fleurs femelles ; on dit alors les fleurs et les plantes Polygames.
Quand les fleurs hermaphrodites manquent tout à fait, les plantes ne possèdent plus alors que des fleurs mâles et des fleurs femelles, et on les nomme Diclines. Si ces fleurs diclines se trouvent sur le même pied en même temps, on les considère comme habitant une même maison, et on les appelle Monoïques, comme celles du Ricin; si, au contraire, ces fleurs diclines habitent chacune un pied différent, elles sont Dioïques, comme celles du Chanvre.
S154. IlLest une époque où les parties de la fleur conservent entre elles et accusent mieux les rapports de situation que nous venons de signaler ; c’est lorsqu'elles sont encore enfermées dans le bouton, qui est pour la fleur ce que le bourgeon est pour les feuilles. De même que, dans celui-ci, les feuilles se recouvrent et s’enveloppent de différentes manières, de même dans le bouton l’arrangement des verticilles varie: on donne à la disposition des parties, dans le bouton, le nom de préfloraison, autrefois estivation.
Si nous considérons d’abord la disposition propre de chaque organe dans le bouton, nous trouvons que les folioles calicinales et les pétales restent quelquefois sans pli, ou que leur limbe se roule sur lui-même en bourrelet, ou se chiffonne sans régularité, ou qu'il se plie en gouttière. Les filets des étamines, souvent parfaitement droits, se courbent quelquefois plus ou moins en crosse, en zigzag. Le pistil resie généralement dressé.
Les parties d’un même verticille observent, les unes par rapport aux autres, différentes directions qui ont été désignées par des noms particuliers. D'abord, elles peuvent se disposer en spirale comme les feuilles, et cette préfloraison se nomme émbriquée, s les parties se recouvrent à la manière des tuiles d’un toit, comme les pétales de la Giroflée (pl. IV, fig. 38), et convolutive ou enveloppante, lorsqu'elles s’enveloppent complétement comme les pétales du Camélia.
Elles peuvent aussi s'arranger en verticille, à la même hauteur, et elles présentent dans ce cas plusieurs dispositions qui ont reçu des noms particuliers. La préfloraison est valvaire, quand les parties d’un même verticille se touchent seulement par leurs bords sans se recouvrir ; telle est celle des sépales de la Mauve, de l’Hi-
biscus lilüflorus (pl. IV, fig. 39 et 40). — Quelquefois les bords as- .sez longs, se rencontrant, s’accolent et s’infléchissent en dedans
ou en dehors; s'ils s'infléchissent en dedans, à la façon d’une petite cloison incomplète, la préfloraison est induplicative, comme celle des sépales chez le Clematis viticella (pl. IV, fig. 41 et 42) ; s'ils s’infléchissent en dehors, de manière à former de petites lames qui relèvent le bouton comme autant de côtes, la préfloraison est réduplicative, comme celle des pétales des Ombellifères, du Seseli tortuosum, par exemple (pl. IV, fig. 43 et 44). — La préfloraison est tordue, quand les parties, ayant éprouvé, en quelque sorte, une torsion sur l’axe de la fleur, chacune d'elles couvre par un bord celle qui la suit, et, par l’autre bord, est recouverte par celle qui la précède ; cette préfloraison s’observe dans les pétales de la Mauve et des plantes qui ont de l’analogie avec elle, dans les pétales du Laurier-rose (Nerium oleander), dans ceux du Linum narvonense (pl. IV, fig. 45 et 46). — Une préfloraison très-commune, est celle qu'on appelle quinconciale ; elle a lieu quand deux parties sont placées presque vis-à-vis l’une de l’autre et extérieurement à toutes les autres, deux autres intérieurement, et une cinquième intermédiaire, recouverte par les bords des deux extérieures, et recouvrant à son tour les bords des deux intérieures ; on trouve cette préfloraison dans les sépales du Bec-de-grue, de la Rose, de l'OEillet, des Cistus (pl. IV, fig. 47). — La préfloraison vexillaire, propre aux boutons des Papilionacées, consiste en ce que les pétales sont tous emboités ; Le supérieur, placé tout à fait en dessus, enveloppe les deux latéraux, et ceux-ci enveloppent les deux inférieurs (pl. IV, fig. 48 et 49).
La préfloraison varie d’un verticille à l’autre dans la même fleur, comme on à pu s’en apercevoir dans les exemples que nous venons de citer, et la manière dont cette alternance a lieu devient caractéristique pour plusieurs familles. Il est à remarquer aussi que les préfloraisons valvaire et tordue sont, en général, celles des fleurs régulières, tandis que l’irrégularité des enveloppes florales concordent souvent avec les préfloraisons qui dérivent plus directement de l’arrangement spiral.
Relativement au rameau qui les porte, les parties de la fleur continuent, en général, la direction spirale des appendices de ce dernier, et la foliole calicinale la plus extérieure se coordonne sur la bractée ou sur le point qu’elle eût dû occuper. Toute la série des parties de la fleur suit la direction indiquée par cette foliole. Mais il n’est pas toujours facile de reconnaître cette direction, et il faut tenir compte de tous les mouvements que l’axe floral peut avoir subis, pour bien saisir l'application de cette loi.
Insertions des parties de la fleur.
$ 155. On appelle insertion la position qu’une partie occupe par rapport à une autre, et ici c’est surtout la situation relative des organes essentiels de la fleur, les étamines et le pistil, qu’on veut
désigner par ce mot.
D'après toutes les considérations précédentes, il est clair que les verticilles floraux se succèdent sur leur axe, et se superposent théoriquement dans un ordre constant; le calice étant le plus extérieur, el, par conséquent, le plus inférieur, et les autres s’élevant progressivement jusqu’au pistil, qui est placé au sommet de l'axe. Mais les soudures que nous venons d’étudier modifient singulièrement les rapports de situation, et l’on considère un verticille comme naissant au point où il s'isole des verticilles voisins ; son insertion devient alors celle que lui donne sa position sur le verticille auquel il est soudé. Quand il n’y a pas de soudure, que.. tous les verlicilles sont indépendants, se dégageant tous librement du réceptacle, la loi générale de la superposition des verticilles est évidemment applicable; et, dans ce cas, l’ordre dans lequel ils s'insèrent est celui dans lequel ils se succèdent sur l’axe.
Suivant Ant. L. de Jussieu, qui a pris l'insertion des étamines par rapport au pistil, pour l’une des bases de sa classification naturelle, il y a trois espèces d’insertions :
Siles étamines naissent isolément du réceptacle, sans soudure avec aucun verticille voisin, il est évident qu’elles sont placées au-dessous du pistil; et si elles sont soudées avec la corolle, si elles sont épipétales, puisqu’alors c’est l'insertion de cette corolle qu’on considère comme leur insertion propre, il est clair encore qu’elles sont situées au-dessous du pistil. Dans l’un et l’autre de ces deux cas, les étamines sont hypogynes. Telles sont celles des Crucifères, des Renonculacées, des Graminées (pl. V, fig. 6).
Si les étamines sont soudées avec le calice, elles semblent naître de lui, sont élevées par lui au-dessus de la base du pistil, et on les considère alors comme s’insérant autour du pistil ; on les dit, en conséquence, périgynes. Les Rosacées, les Légumineuses, nous en offrent des exemples (pl. V, fig. 7).
Si, enfin, les étamines s’insèrent sur le pistil même, elles sont épigynes, comme dans les Orchidées, les Ombellifères (p{. V, fig. 8).
Dans ce dernier cas, les verticilles sont, en général, confondus; les étamines s’attachent donc à la fois sur le pistil et sur le calice, et on hésite souvent entre l’une ou l’autre de ces deux insertions: aussi M. de Candolle, pour éviter toute difficulté, ne cherchait-il pas à distinguer les deux insertions épigyne et périgyne ; il nom-
mait calyciflores les plantes dans lesquelles les étamines sont bien évidemment insérées sur le calice, et celles dont les étamines présentent ce caractère ambigu de l'insertion épigyne. Celles dans lesquelles les étamines sont portées par la corolle étaient nommées par lui corolhiflores ; et il donnait le nom de thalamiflores à celles dont les verticilles s’insèrent directement sur le réceptacle, ou torus, nommé encore thalamus. Ainsi, les calyciflores de M. de Candolle comprennent les épigynes etles périgynes de Jussieu ; ses corolliflores et ses thalamiflores répondent à des cas différents d'hypogynie.
$ 156. Le réceptacle de la fleur n’est pas toujours réduit à une surface plane : quelquefois une deses portions s’allonge, et éloigne ainsi le verticille ou les verticilles qu’elle porte de ceux qui restent indépendants d’elle, et cette circonstance accuse plus nettement les rapports d'insertion. L’axe reparait ici clairement avec ses entre-nœuds, et on a proposé plusieurs noms pour le désigner, suivant les parties qu’il porte. Celui de gonophore a été imaginé pour l'entre-nœud de l'axe portant les étamines (pl. V, fig. 9); on a nommé gynophore l’entre-nœud portant le pistil (pl. V, fig. 9), et anthophore celui qui est chargé à la fois du pistil, des étamines et des pétales, qu’il éloigne ainsi du calice (pl. V, fig. 10). Linné donnait le nom général de stipes à toutes les espèces «de support, et ce nom est encore celui par lequel on indique les modifications que nous venons de signaler dans le support de la fleur. Pour nous, qui avons appris à reconnaitre dans ce support un axe plus ou moins développé, ce nom, ou même celui d’axe, convenablement modifié par une épithète, suffit pour tous les cas, et l'avantage de ne pas isoler les diverses parties de la fleur qui ne sont, en réalité, qu’une continuation des appendices foliacés. Le mot de gynophore parait seul présenter. quelque utilité.