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INFLORESCENCE

$ 157. On entend par énflorescence l'arrangement des fleurs sur l'axe qui les porte, leur disposition dans chaque espèce de plantes. Quelquefois on désigne aussi par ce mot l’ensemble de tous les axes qui, dans un même végétal, présentent des fleurs : c’est dans cette dernière acception qu’on dit un axe de l’inflorescence.

La fleur, comme nous l'avons tant de fois expliqué, est le terme dela végétation ; l’axe qui la porte est le dernier qui puisse se développer, puisqu'aucun bourgeon ne naît à l’aisselle des verticilles floraux. Cet axe porte quelquefois des feuilles et des bractées, avant de se terminer par la fleur; mais souvent il ne porte plus de

feuilles, présente tout au plus des bractées, et offre, dans ses dimensions et son développement, des signes évidents d’épuisement ; il ne ressemble plus alors à un rameau ordinaire ; il est désigné sous le nom de pédoncule, vulgairement queue de la fleur. Le pédoncule peut se ramifier, etl’on nomme pédicelles ces rameaux secondaires que terminent les fleurs; quelquefois aussi on donne au premier axe, au pédoneule, le nom de pédicelle, quand il est court et grêle.

La fleur portée sur un pédoncule est dite pédonculée (pl. V, fig. 11); elle est sessile quand l'axe floral est peu ou point développé, et que les verticilles floraux sont portés sur la tige sans l’intermédiaire d’un pédoncule ou d’un pédicelle (pl. V, fig. 12).

Le pédoncule, étant un rameau, ne peut naîlre que d’un nœud vital à l’aisselle d’une feuille. Néanmoins il arrive souvent qu'il naît de la tige, au-dessus d’une feuille, ou qu’il est opposé à une feuille, ou qu’il naît de la feuille mème ou de son pétiole. Il est inutile de répéter ici ce que nous avons eu souvent l’occasion de faire observer: des soudures, des fasciations, des avortements, donnent à ces phénomènes des apparences qu’on peutramenér, par l'observation attentive, aux lois générales de la végétation.

$ 158. Par rapport au lieu où elles prennent naissance, les fleurs, comme les feuilles, sont radicales, si elles partent du collet de laracine ; le pédoncule nu qui peut alors les porter prend le nom particulier de hampe, comme dans les Primevères ; et l'on sait que, dans ce cas, c’est réellement une tige souterraine qui produit l’axe floral ; — elles sont caulinaires si elles sont placées sur la tige; —raméales, sur les rameaux.

Quant à l’inflorescence même, c'est-à-dire à l'ensemble des fleurs coordonnées sur leur axe, si nous la considérons par rapport à la tige, elle est aæillaire ou terminale, selon qu’elle prend naissance dans l’aisselle d’une feuille ou qu’elle termine un rameau.

$159. Si nous la considérons en elle-même, elle présente deux caractères importants quiont conduit à admettre deux grandes catégories d’inflorescences, les unes nommées éndéfinies, les autres définies.

En général, les axes végétaux sont indéfinis quand ils ne doivent pas porter de fleur à leur extrémité, puisqu'alors rien ne met un terme à leur végétation, et qu'ils pourraient s’allonger indéfiniment; ils sont définis quand ils portent une fleur, et l'explication précédente justifie cette expression. C'est à M. Rœper que l’on doit l'étude et la détermination de ces inflorescences. M. de Candolle, ayant remarqué que ces deux modes d'inflorescence peuvent se combiner ensemble, a créé une troisième classe, celle des inflorescences mixtes.

S 160. Inflorescences indéfinies. — L’axe primaire s’allonge sans porter de fleur ; les axes secondaires seuls peuvent fleurir, soit que chacun d’eux se termine par une fleur, soit qu'ils se ramifient tous à leur tour, et qu’une fleur couronne chacun de leurs axes successifs. >

. $ 161. Si les axes secondaires sont très-peu développés sur l'axe primaire, de telle façon que les fleurs soient sessiles ou presque sessiles, nous avons un Épi, comme dans certains Plantains, des Polygala, la Verveine, l'Orchis (pl. V, fig. 13). L'épi est composé, quand l'axe primaire porte des axes secondaires qui sesont allongés et chargés eux-mèmes de fleurs sessiles ; il est simple dans le cas contraire.

Deux modifications principales de l’épi, dues à des circonstances indépendantes de l’inflorescence, ont reçu des noms particuliers, et caractérisent certaines familles : ce sont le Chaton et le Spadice.

Le Chaton (pl. V, fig. 14) peut être défini un épicourt, articulé, qui tombe après la floraison, et porte des fleurs unisexuelles séparées par des bractées.Il est propre à la famille des Amentacées ; on en trouve de simples, comme ceux du Peuplier et du Saule, et de composés, comme ceux du Noyer.

Un épi d’une forme particulière, celui des arbres vertsou conifères, a reçu le nom particulier de Cône ou Strobile ; mais iln’est, en définitive, qu’un chaton qui ne prend des modifications particulières que lorsqu'il est devenu fruit.

Le Spadice (pl. IV, fig. 29, etpl. V, fig. 15)estun épi àaxe charnu, chargé de fleurs unisexuelles qui s’y enfoncent, et enveloppé par la grande bractée que nous avons appelée spathe ($ 80). Cette inflorescence est propre aux Monocotylédones. Il y en a de simples, comme ceux des Arums, etde composés, comme ceux des Palmiers; dans ce dernier cas, on les nomme Régimes.

S162. Siles axessecondaires, au lieu de rester à l'étatrudimentaire qu’ils présentent dans l’épi, s’allongent tous à peu près également autour de l'axe primaire, et sont terminés par une fleur, l’inflorescence est une Grappe (pl. V, fig. 16). Telle est celle de l'Épine-vinette, de la Digitale pourprée.

S 163. Les axes secondaires, au lieu de se terminer chacun par une fleur, peuvent, tous ou quelques-uns seulement, se ramifier en axes tertiaires, qui se ramifient à leur tour; et, Comme CE sont les axes inférieurs qui présentent le plus ordinairement ces subdivisions, l'inflorescence diminue de la base au sommet, et prend alors une forme pyramidale : c’est une Panicule (pl. V, fig. 17). | Souvent les axes du milieu de la panicule s’allongent plus que ceux de la base et du sommet, et donnent à l’inflorescence la forme

ovoïde ; les fleurs sont en même temps plus serrées que dans la panicule, et cette disposition particulière porte le nom de Thyrse. La Vigne, le Marronnier d'Inde, le Troëne, le Lilas, nous enoffrent des exemples (pl. V, fig. 18).

$ 164. Si nous comprenons maintenant que, au lieu de présenter une longueur égale, comme dans la grappe, une longueur décroissante de la base au sommet, comme dans la panicule, ou du centre aux extrémités, comme dans le thyrse, les axes secondaires, nés à diverses hauteurs, s’allongent également, les inférieurs plus que les supérieurs, de façon à élever toutes les fleurs qu'ils portent à la même hauteur, ou à peu près, leur ensemble formeraune espèce de parasol à branches inégales, el l’inflorescence est un Corymbe. Le corymbe est simple, si les axes secondaires ne se divisent pas, comme dans le Cerisier de Sainte-Lucie, le Poirier commun (pl. V, fig. 19); il est composé, si les axes secondaires donnent naissance à des axes tertiaires, et ainsi de suite, de manière que les fleurs soient toujours néanmoins amenées au même niveau, comme dans. l’Alisier des bois, le Millefeuille (Achillea crithmifolia : pl. Y, fig. 20).

$ 165. Supposons que l'axe primaire soitexcessivementraccourci, en quelque sorte écrasé, qu’il n'offre plus qu’une surface sans longueur, et que les axes secondaires seuls prennent du développement ; ces axes secondaires, nommés rayons, partent nécessairement tous d’un mème point, élèvent à la mème hauteur les fleurs qui les terminent, et donnent ainsi naissance à un parasol à branches égales, qu’on nomme Ombelle, Cette ombelle peut théoriquement, se comparer à une grappe dont l'axe primaire aurait été déprimé, écrasé sur lui-même. L’ombelle est simple, si les axes secondaires ne se subdivisent pas, comme celle du Butomus umbellatus, de l'Allium obliquum, du Pelargonium zonale (pl. V, fig. 21); elle est composée, quand la subdivision des axes secondaires donne naissance à de petites ombelles de second ordre, nommées ombellules: telle est celle de la Carotte (Daucus carotta), et d’autres Ombellifères. (pl. V, fig. 22). On peut comprendre sa formation théorique, en supposant que c’est une panicule qui a subi une dépression analogue à celle que subit la grappe pour donner naissance à l’ombelle simple.

Quand, dans l’ombelle, l’axe primaire prend une petite longueur

“avant de laisser échapper les rayons secondaires, on dit l’ombelle stipitée ; si l'axe primaire restesans aucun développement, l’ombelle est sessile.

S 166. Quelquelois, alors même que l’axe primaire est courtounul, les axes secondaires ne se disposent pas én ombelle, mais se groupent en une masse qui retombe souvent toutentière d'un même côté ; cette inflorescence est désignée sous le nom de faisceau ou fascicule,

et prend le plus souvent naissance à l’aisselle des feuilles on des bractées (pl. V, fig. 11).

S 167. Nous venons de supposer l'axe primaire refoulé et nul, laissant seulement échapper des axes secondaires; admettons maimtenant que les axes secondaires ne s’allongent pas à leur tour, non plus que l'axe primaire ; on conçoit facilement que lesfleurs seront, dans ce cas, rapprochées et serrées en tête plus ou moins arrondie, suivant le degré du refoulement des axes; c’est l’inflorescence qu’on appelle Gapitule, Le capitule est, comme l’ombelle, stipité ou sessile. C’est un épi dont les axes ont été écrasés de haut en bas (pl. V, fig. 23).

Dans beaucoup de plantes qui présentent cette dernière inflorescence, le sommet de l’axe florifère a, en quelque sorte, gagné en largeur ce qu’il a perdu en longueur, et présente à l'insertion des fleurs une large surface creusée ou bombée. Ce plateau, désigné d’abord par le nom de réceptacle, est aujourd’hui appelé phoranthe ou clinanthe; et cette modification du capitule est nommée Calathide. Les Composées nous en offrent de nombreux exemples, et c’est à cette inflorescence qu’il faut rapporter les Marguerites, les Soleils, les Asters, que les personnes étrangères à la botanique considèrent comme des fleurs simples, tandis qu’elles résultent de l'agglomération d’une foule de petites fleurs sur un clinanthe élargi (pl. N, fig. 24).

Au lieu de concevoir le clinanthe convexe, nous pourrons le supposer concave, comme cela arrive souvent. Nous pouvons même le supposercommes’enfonçant davantage, formant la coupe ou lurne, et mème à un tel point, que ses bords puissent se rencontrer, envelopper entièrement les fleurs, et prendre la forme d’une poire. Toutes ces transitions s’observent, en effet, dans différentes familles, dans celle des Urticées spécialement, et la dernière, la plus complète, nous est présentée par la Figue, dont la partie charnue est le réceptacle refermé au-dessus des fleurs qui sont placées dans son intérieur. Plusieurs noms ont été proposés pour désigner cette transformation du capitule ; maisaucun n’a été généralementadmis (pl. V, fig. 25).

$ 168. Si nous résumons toutes les particularités que nous présentent les inflorescences indéfinies, nous verrons qu’elles résultent de différences dans l’élongation des axes successifs, et que nous pouvons sans peine passer théoriquement de l’une à l'autre. Dans l'épi, il n’y a en quelque sorte qu’un axe primaire; dans la grappe, on trouve deux générations d’axes; dans la panicule et le thyrse, on en trouve trois et plus; et, dans ces quatre inflorescences,

les fleurs sont portées à des hauteurs différentes. — Dans le

corymbe simple et le corymbe composé, les axes, plus ou moins nombreux, élèvent la fleur à une même hauteur. Dans l’ombelle simple, un axe disparaît; dans l’ombelle composée, il en disparait plusieurs. Enfin, dans les capitules et leurs modifications, les axes de tout degré ont disparu plus ou moins complétement.

$ 169. Inflorescences définies, — L’axe primaire se termine plus ou moins haut par une fleur; des axes secondaires naissent de l’aisselle des feuilles ou des bractées, qui sont situées au-dessous de cette fleur terminale, et portent eux-mêmes une fleur à leur extrémité, après avoir produit des feuilles de l’aisselle desquelles des axes tertiaires prennent naissance, qui se terminent encore par une fleur, et ainsi de suite. Cette production d’axes successifs par chacun des axes avant de se couronner d’une fleur peut avoir lieu de cette manière un grand nombre de fois, et avec quelques modifications dont nous allons examiner les principaux aspects. On réunit sous le nom collectif de Gimes, toutes les inflorescences définies.

La plus simple des inflorescences définies, et de toutes les inflorescences, est celle dans laquelle la tige elle-même, ou tout autre axe parfait et non modifié en pédoncule, porte à son extrémité une fleur unique, nécessairement terminale et solitaire ; les différentes espèces de Tulipe nous fournissent de ces exemples de tige uniflore (pl. VI, fig. 1); le Ranunculus bulbosus, le Dianthus monspeliacus, nous offrent des exemples de rameaux successifs qui, considérés isolément, peuvent être assimilés à une tige simple portant une fleur terminale (pl. VI, fig. 2).

La Cime se remarque surtout chez les plantes à feuilles opposées.

$ 170. Si nous supposons que l'axe primaire se termine par une fleur, et ne puisse, par conséquent, se continuer, et que, de deux feuilles ou de deux bractées opposées placées à sa base, naissent des axes secondaires qui s'élèvent au-dessus de lui; que ces axes secondaires, à leur tour, présentent le même mode de division que l'axe primaire, et qu'il en soit ainsi pour des axes tertiaires ou autres, On à une ramification dans laquelle le nombre des axes et conséquemment celui des fleurs se double à chaque division, et qui porte le nom de dichotomie : nous en trouons de nombreux exemples dans la famille des Caryophyllées (pl. VI, fig. 3). On aurait une trichotomte, et ainsi de suite, si trois feuilles ou plus formaient, au-dessous de la fleur terminale de chaque axe, un verticille qui présentât les mêmes ramifications successives que nous venons d'expliquer pour deux feuilles opposées. Quelques auteurs donnent l'épithète d'alaires aux fleurs qui se trouvent placées à la bifurca-

tion des axes.

$ 171. Ilarrive souvent que la dichotomie n’est régulière et complète que dans le bas de l’inflorescence, et que, plus ou moins haut, une seule bractée se développe, par conséquent aussi un seul axe; que cette disposition se répète plusieurs fois, et que la ramification se continue d’un seul côté, et cesse de l’autre.

Ce développement irrégulier que peut présenter une véritable dichotomie dans sa parlie supérieure, et souvent même dès sa base, est normal dans certaines plantes, dont on pourrait alors ramener l’inflorescence à une dichotomie; mais, chez les plantes où l'on remarque cette apparence trompeuse de bifurcation dichotomique irrégulière, les feuilles sont alternes, et l'irrégularité ne tient pas à l'avortement d’axes qui auraient dû se développer vis-à-vis de ceux qui seuls ont persisté dans l’inflorescence. En effet, les feuilles et les bractées étant alternes, les axes qui naissent de leur aisselle le sont aussi ; mais l’axe primaire, après avoir produit une feuille ou une bractée, s’est terminé par une fleur; l’axe secondaire, né de cette feuille ou de cette bractée, a produit à son tour une feuille ou une bractée, et s’est chargé d’une fleur terminale, et ainsi de suite, de sorte qu’il n’y à pas bifurcation réelle, par conséquent pas de fleur alaire: seulement, l’axe secondaire a pris un dévelop pement égal à l’axe primaire, et tous deux ont dévié également à droite et à gauche au point de leur jonction ; le mème phénomène s’est reproduit autant de fois que des axes sont nés les uns des autres, et c’est là ce qui donne à leur ensemble l'apparence d’une fausse dichotomie. Le Sedum acre nous offre un exemple de cette inflorescence, dans laquelle les axes, d'ordres différents, qui se succèdent, alternent en zigzag à droite et à gauche, suivant la position spirale des feuilles ou des braclées sur la tige. On a proposé le nom de cime héliçoïde pour représenter cette sorte d'inflorescence.

Concevons maintenant que les axes successifs dont nous venons de comprendre la nature, au lieu de se disposer autour d'un axe en apparence continu, émanent tous de cet axe d’un mème côlé, ou plus exactement, se succèdent en se dégageant l’un de l’autre d’un seul côté, et forment ainsi, non plus une ligne en zigzag, mais une ligne brisée, qui tendra évidemment à revenir sur elle-même, et paraitra roulée en crosse, à cause du rapprochement de courts entre-nœuds : on aura alors une cime scorpioïide. La plupart des Borraginées présentent celte inflorescence (pl. VI, fig. 4 et 5).

$ 172. Dans les inflorescences définies que nous venons d'étudier, les axes successifs laissent au-dessous d’eux la fleur qui termine l’axe qui les précède ; mais s’il arrive que les axes secondaires ne dépassent pas en hauteur l’axe primaire, les fleurs seront

ramassées, et l’on aura un fascicule (pl. NI, fig. 6), mot que nous : avons appliqué à une inflorescence indéfinie, et qui peut se remplacer ici par le nom de cime contractée, qu’on donne encore à des inflorescences définies, où les ramifications sont si peu apparentes, que les fleurs semblent réunies en capitules; ce dernier mode d’inflorescence est aussi appelé glomérule.

$ 173. Inflorescences mixtes, — Souvent tous les axes de l’inflorescence ne se comportent pas de la même manière, et se rattachent, les uns aux indéfinis, les autres aux définis. Ainsi, dans la Sauge et les Labiées, l'axe primaire est indéfini, et produit des inflorescences axillaires définies, qui ne sont autre chose que des cimes contractées, dans chacune desquelles on remarque une fleur médiane plus développée que les autres. L’inflorescence du Melon, celle de la Mauve, présentent les mêmes particularités. L'Épi, la Grappe, la Panicule, le Corymbe, peuvent offrir de ces sortes de combinaisons, qu’on peut très-bien représenter par l'union des deux mots qui indiquent la forme de l’inflorescence et sa nature, en disant, par exemple, cimes en panicules ou en corymbes, ou bien épis ou grappes définis, ou bien épis, grappes, panicules ou corymbes terminés en cimes.

Quant à toutes les transitions qui unissent les deux grandes classes d'inflorescences, et celles qui unissent entre eux leurs principaux modes, on s’en rendra facilement compte, en combinant convenablement l'application des principes que nous avons exposés sur la formation propre à chacun d’eux.

Floraison; inégalités dans le développement de certaines parties ; dégénérescences ; époque du développement de la fleur.

$ 174. Les Botanistes entendent par floraison l’ordre dans lequel apparaissent successivement les fleurs d’une inflorescence. La détermination de cet ordre de succession des fleurs est importante, parce qu’elle aide à trouver le mode même de l’inflorescence, lorsque des circonstances particulières viennent en masquer la nature.

En effet, puisque nous avons considéré les inflorescences indéfinies comme composées d’axes secondaires qui se groupent différemment autour d’un axe primaire indéterminé, il est clair que, la production de ces axes secondaires ayant lieu de bas en haut, les premiers apparus seront les plus inférieurs, et que, conséquemment, les premières fleurs développées dans ces inflorescences seront celles de ces axes inférieurs. Donc, quelle que soit l’élongation de ces axes, qu'ils soient bien développés, comme dans la grappe, la panicule, le thyrse, le corymbe; qu’ils restent rudimentaires en

s'échelonnant, comme dans l’épi, ou en s’agglomérant, comme dans l’ombelle, le capitule et la calathide, nous n’en reconnaitrons pas moins une inflorescence indéfinie, quand les fleurs inférieures, qui deviennent les plus extérieures dans les trois derniers cas, seront les premières épanouies ou fanées et que les fleurs supérieures, qui deviennentlesplus intérieures dans ces trois mêmes inflorescences, seront encore à l’état de bouton ou de fleur naissante : ce sont ces considérations théoriques, vérifiées par l'expérience, qui ont conduit à donner encore aux inflorescences indéfinies le nom de centrèpètes.

175. Par des considérations analogues, il est facile de voir que l'évolution des fleurs des inflorescences définies est opposée à la précédente ; que les fleurs les premières formées en occupent le centre, qu'elles se succèdent du centre à la circonférence, etque le nom de centrifuges convient à ces inflorescences. Il faut néanmoins, dans ce cas, ne pas appliquer ce principe absolument, et sans tenir compte de l’ordre de succession des axes; car, si l'on examinait sans cette attention la floraison des cimes dichotomes, on trouverait que les fleurs des axes tertiaires, par exemple, placées plus au centre de l’inflorescence générale, sont moins développées que celles qui se trouvent plus extérieurement, ce qui n’a lieu qu’en apparence, et n’est dû qu’à la manière dont les axes se disposent entre eux, et nullement à l’ordre dans lequel ils se succèdent.

$ 176. A l’aide des principes précédents, on distinguera aisément une cime contractée d’un capitule, puisque, dans la première, les fleurs qui naissent d’abord sont celles du centre ; tandis que, dans la seconde, ce sont celles de la circonférence. Néanmoins il est quelques cas plus compliqués qui semblent échapper à ces lois, mais à la solution desquels on peut toujours arriver en combinant avec réflexion les principes généraux de végétation que nous avons essayé souvent de mettre en évidence.

C’est encore dans les cas où les fleurs semblent disposées en verticilles que l'examen de la floraison conduit à démèler la véritable inflorescence ; c’est de cette manière que nous avons reconnu une cime contractée dans l’agglomération verticillaire des fleurs des Labiées, parce qu’une fleur centrale se montre toujours développée la première.

$ 477. Un phénomène qui se rattache à ce sujet, parce que l'inflorescence y agitcomme cause modificatrice, est l’inégal développement que prennent les parties de la fleur considérée en ellemême, ou que prennent les fleurs réunies d’une même inflorescence.

Considérées en elles-mêmes, les parties d’un même verticille ne sont pas toujours toutes placées à la même hauteur, puisque nous

savons que ces parties continuent la direction spirale des feuilles, dont elles ne sont que des modifications; en conséquence, elles: n'arriveront pas toutes à des dimensions égales, puisque celles qui

sont les plus élevées sur l'axe, c’est-à-dire les plus intérieures

dans la fleur, seront plus gènées sur l’étroite surface du torus que

celles qui sont placées plus extérieurement, et qui trouvent ainsi plus de liberté pour leur développement.

L’obliquité du torus, à l'extrémité du pédoncule, est encore une cause qui peut favoriser le développement de certaines parties, et contrarier celui de certaines autres; c’est un fait dont il faut tenir compte pour s'expliquer les différences qu’une fleur peut présenter à cet égard.

Quand plusieurs fleurs sont très-rapprochées, comme cela arrive dans les capitules, par exemple, on conçoit aisément qu'elles: puissent mutuellement se gêner, comme le font les parties d’une mème fleur les unes par rapport aux autres; que les fleurs qui sont situées le plus à l’extérieur acquièrent des proportions plus considérables, et que, dans ces fleurs mêmes, les parties qui se développent tout à fait en dehors de la masse serrée du capitule arrivent à des dimensions plus grandes. Les Scabieuses nous offrent un exemple de cette double influence de la situation relative des fleurs. Le même phénomène se présente dans les ombelles, et se présente d’ailleurs toutes les fois qu’un obstacle s'oppose au développement égal, soit des parties d’une mème fleur, soit des fleurs d’un même groupe. L'inégalité dans la distribution de la lumière, de lachaleur, des sues vitaux, est évidemment une cause qui amène des résultats identiques.

$S 178. Quand toutes les parties qui composent un même verticille sont semblables et également développées, on donne au verticille l’épithète de régulier ; on le nomme irrégulier quand une ou plusieurs de ses parties ont une forme ou des dimensions exceptionnelles ; on donne le nom de symétrique au verticille dont l’ensemble des parties ne peut se partager en deux moitiés absolument semblables, que suivant un seul plan, et c’est là souvent ce qui a lieu dans les verticilles irréguliers, tandis que les verticilles réguliers peuvent se diviser en deux moitiés exactement semblables, dans quelque sens qu’on mène un plan par leur centre.

$ 179. Quelquefois aussi on entend par floraison ou fleuraison le moment où, parvenues au terme de leur croissance, les fleurs s’épanouissent. Dans certaines plantes, les fleurs se forment bien avant l’époque où elles paraissent à l'extérieur ; dans les Palmiers, par exemple, elles restent cachées pendant une ou même plusieurs années avant que de se montrer au dehors; mais, en général, nous

savons qu’elles apparaissent sous forme de bourgeons sur les axes floraux.

Les végétaux ne fleurissent qu'à un certain âge, qui est variable suivant les espèces et suivant les circonstances, mais qui se fait en général attendre d'autant plus que la plante croît plus len- . tement et qu’elle est destinée à vivre plus longtemps. Ainsi, en général, les herbes fleurissent dès la première année de leur vie : quelques-unes ne fleurissent que la seconde année. La plupart des arbustes ne fleurissent que la deuxième, troisième ou même quatrième année, et pour les arbres, ce phénomène est souvent encore plus tardif. Un certain degré de chaleur est nécessaire pour que la floraison s'effectue, et on observe qu'en général la même plante commence à fleurir plus tôt dans les pays chauds que dans les pays froids ; il arrive même quelquefois que, dans ces derniers, certaines plantes, bien qu’elles puissent vivre, ne fleurissent jamais. Trop d'humidité, et une nourriture trop abondante, tout en favorisant le développement des feuilles et des tiges, contribuent souvent aussi à retarder la floraison.

Lorsqu'une plante vivace a commencé à fleurir, elle produit ordinairement de nouvelles fleurs chaque année vers la même époque ; quelquefois cependant ce retour périodique de la floraison ne se fait pas avec la même régularité, et lorsque quelque circonstance nuit à la végétation, il peut y avoir des années stériles. On a remarqué aussi que lorsque dans une année un arbre a porté beaucoup de fruits, ou les a conservés très-tard, la floraison est fréquemment faible ou nulle l’année suivante ; ainsi, dans le midi de l’Europe, lorsqu'on laisse les olives trop tard sur les arbres, la récolte manque l’année suivante. Quelquefois, au contraire, les époques de floraison se rapprochent davantage, et dans les au tomnes chauds et humides, on voit quelquefois des plantes fleurir une seconde fois.

L'époque de l’année à laquelle la floraison a lieu est généralement déterminée pour chaque espèce de plante, mais varie un peu suivant la température et les autres circonstances atmosphériques. Ainsi, dans le climat de Paris, l'Hellébore noir fleurit en janvier ; le Noisetier et le Saule marceau en février: le Buis, l'If, l’Amandier, le Pêcher, l’Abricotier, la Primevère, la Giroflée, en mars ; le Prunier, le Pin, le Frène, l'Orme, le Charme, la Jacinthe, le Pissenlit, etc., en avril ; le Pommier, le Marronnier d'Inde, le Lilas, le Cerisier, la Pivoine, en mai; le Tilleul, la Vigne, l’Avoine, le Froment, le Coquelicot, le Pied-d’alouette, en juin; l'OEillet, la Carotte, le Chanvre, la Laitue, en juillet; la plupart des Asters, la Balsamine des jardins, la Gratiole, en août ; le

Lierre, le Safran, l'OEillet d'Inde, en septembre ; le Topinambour et certains Asters, en octobre. Le tableau de ces époques diverses de floraisons constitue ce que les botanistes ont appelé le Calendrier de Flore. Dans les pays plus froids que le nôtre, la floraison est relardée, tandis que dans le midi, elle arrive plus tôt ; ainsi, l’Amandier fleurit à Smyrne dans la première quinzaine de février; €n Allemagne, dans la seconde moitié d'avril, età Christiania dans les premiers jours de juin.

$ 180. L’épanouissement de la fleur s’effectue presque toujours par la séparation des pièces de la corolle et du calice de haut en bas; mais il en est quelques-unes chez lesquelles les téguments floraux restent soudés ensemble par le sommet, et se séparent par leur base, dans les fleurs de la Vigne, par exemple.

L'époque de la journée à laquelle ce phénomène a lieu varie pour le plus grand nombre des végétaux; mais il est fixé pour quelques-uns, et la série des plantes rangées d’après l'heure où leurs fleurs s’épanouissent constitue ce que Linné a appelé l’Horloge de Flore. Ainsi, à Paris, on voit s'épanouir, entre trois et quatre heures du matin, le Liseron des haies ; entre quatre et cinq heures, certaines Chicoracées ; entre cinq et six heures, le convolvulus tricolor, ou Belle-de-jour ; vers sept heures, les Laitues, les Nénuphars, etc. ; vers huit heures, le Mouron des champs; vers neuf heures, le Souci des champs; à dix heures, la Glaciale; vers onze heures, le Pourpier et l’Ornithogale à ombelle, nommé, à raison de cette particularité, la Dame d’onze heures ; vers midi, la plupart des Ficoïdes; entre six et sept heures du soir, la Belle-denuit; entre sept et huit heures, le Cierge grandiflore.

On pourrait aisément multiplier les exemples; mais, outre qu'un tel travail n’a guère qu'un intérêt de curiosité, on comprend qu'une foule de circonstances peuvent faire avancer ou retarder l'époque de l’année ou le moment du jour où la floraison et l’épanouissement ont lieu, puisque c’est sous l'influence des phénomènes atmosphériques qui coïncident ordinairement avec tel mois ou telle heure du jour, et non pas mathématiquement avec un mois et une heure déterminés, que s’accomplissent les phénomènes de floraison.

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