CALICE
$ 182. Le calice est le verticille le plus extérieur, l'enveloppe la plus extérieure de la fleur.
Nature du calice. — On sait déjà, par les généralités que nous avons présentées sur les verticilles floraux, que les folioles calicinales ne sont que des feuilles métamorphosées. Or, comme ces métamorphoses des feuilles se font progressivement des bractées au pislil, le calice, placé entre les bractées et la corolle, est une sorte d’intermédiaire entre ces deux sortes d'organes, plus métamorphosé que les bractées, et moins que la corolle.
En effet, le calice est ordinairement de couleur verte, et ce Caractère le rapproche des bractées ; mais ses parties commencent à s'arranger en verticilles, ce qui le rapproche de la corolle ; de plus, un caractère qui l’isole davantage des bractées, et le rattache à un ordre d'organes spéciaux, c’est qu'il ne se développe pas de bourgeon dans l’aisselle de ses folioles.
D'ailleurs, sous le rapport même de la couleur, le calice se nuance souvent avec la corolle, et un grand nombre de fleurs présentent une série de teintes qui indique la transition insensible qui s'établit à cet égard entre le premier et le second verticille. Ainsi, dans plusieurs plantes, la couleur verte du calice est moins prononcée que celle des feuilles ; dans certaines autres, le centre des sépales resle vert, maisleurs bords prennent une couleur blanche Ou rouge; chez quelques autres, dont le calice présente plusieurs rangées de folioles, les extérieures restent vertes, et les intérieures se colorent, souvent même de la même manière que la corolle. Le calice est rouge dans les Fuchsia et la Grenade: il est orangé dans la Capucine ; jaune dans l’Helleborus hyemalis ; bleu dans le Pied-d’alouette et l’Aconit napel ; rose dans l’Hellébore noir et le Laurier de Saint-Antoine ; blanc dans l’Aphanostemma.
$ 183. Structure et consistance du calice. — Mais ce n’est pas seulement une analogie de couleur que le calice offre avec les bractées ou avec la corolle, c’est encore une analogie de composition, el c'est le plus souvent des premières que le calice se rapproche davantage par des caractères qui servent encore de preuves nou— velles à la transformation des feuilles.
Ainsi, comme les feuilles, les folioles calicinales ont des faisceaux composés de trachées et de fibres, et un parenchyme : les premiers formant les nervures; le second s'étendant en limbe; elles sont revêtues d’épiderme percé de stomates, Surtout sur leur face extérieure, qui répond évidemment à la face inférieure des feuilles, et présentent des poils et des glandes dela même nature que ceux qui peuvent se rencontrer sur les feuilles qui les précèdent sur l'axe.
Les faisceaux forment, en général, une nervure médiane plus saillante, que l’on distingue encore très-bien quand les folioles se soudent, qui se ramifie ordinairement, suivant le mode particulier aux Dicotylédones ou aux Monocotylédones, selon que la plante appartient à l’une ou à l’autre de ces deux orandes classes, et dont la nervation rappelle le système propre aux feuilles de la plante.
C’est à la persistance de ces nervures proéminentes, alors même que les folioles sont soudées, que certains calices doivent leur forme générale angulaire ou prismatique; Souvent, dans ce cas, les nervures marginales des folioles confondues se sont réunies. Quand cela n’a pas lieu, on voit ces nervures se séparer à l'angle que fait le limbe des folioles qui divergent, el courir le long des lobes du calice.
Pour les sépales, comme pour les feuilles, si le faisceau fibrovasculaire médian se prolonge au delà du parenchyme, il forme à leur extrémité une pointe plus ou moins prolongée, qui fait donner à la foliole calicinale, suivant les cas, le nom d’apiculée, de mucronée ou d'épineuse.
Quant au parenchyme, il s'étend, en général, en lame continue, rarement découpée; mais quelquefois il s’allonge dans la direction du faisceau médian, semble en être la continuation, et détermine dans ce cas une expansion linéaire nommée aigrette, dont la structure toute cellulaire rappelle celle des poils, auxquels, d’ailleurs, elle ressemble aussi par sa forme. C’est dans les Composées que se rencontre surtout celte disposition.
L'Aigrette est simple, quand les rayons restent sans poils latéraux, sans barbules, comme dans l’Eupatorium cannabinum (pl. VI, fig. 7); — elle est plumeuse, quand, au contraire, ces sortes denervures parenchymateuses sont latéralement barbelées, comme celles du Carduus monspessulanus (pl. VE, fig. 8); — elle est dentelée, quand elle se hérisse de petites aspérités qui l'entourent comme de dents, et la rendent plus ou moins raide ou épineuse ; telle est celle du Bidens bipinnata (pl. VI, fig. 9). En somme, elle peut présenter tous les états transitoires, depuis la forme de paillette membraneuse, jusqu'à la forme de plume largement barbelée.
Avec une structure et une couleur semblables à celles des feuilles, le calice prend aussi une consistance analogue, et on le | dit alors herbacé ou foliacé. Mais, quand son tissu devient plus délicat, sa consistance devient plus ferme, il ressemble davantage à la corolle, et prend le nom de pétaloïde, c’est, comme nous l’a- | vons vu, le cas général des enveloppes des Monocotylédones ($ 181). Néanmoins chez certaines plantes de cette classe, chez les Jones, par exemple, nous avons trouvé un périanthe calicinal ; les folioles en sont sèches et squammeuses, rappellent les feuilles extérieures prolectrices dans les bourgeons, et le calice est nommé, en conséquence, écailleuæ. On le dit glumacé, chez les Graminées, à cause du nom de glume, sous lequel on désigne les enveloppes florales des plantes de cette famille. |
À leur première apparition, les folioles calicinales sont de petits mamelons, état primitif de presque tous les organes, dans lesquels se développent successivement, comme pour les feuilles, les fibres et les vaisseaux. I1 est à remarquer que si les folioles doivent un jour se souder, elles n’en sont pas moins distinctes à leur formation, et que si elles doivent être irrégulières, elles ne le sont pas d’abord.
S184. Composition du calice. — Le calice se compose essentiellement des folioles calicinales, et accessoirement de parties désiguées sous le nom général d’expansions calicinales.
Les folioles calicinales sont libres dès leur base, dans toute leur étendue, et le calice est, dans ce cas, polyphylle ou polysépale (pL. VE fig. 10) ; ou bien elles se soudent plus ou moins entre elles, et le calice est alors monophylle ou monosépale (pl. V, fig. 2), expression impropre, qui semble indiquer que le calice se compose seulement d’une seule foliole, tandis que nous savons qu’il se compose réellement, dans ce cas, de folioles primitivement distinctes et confondues ensuite ($ 147).
On indique le nombre des sépales dont se compose le calice polyphylle, par des mots formés des particules qui le représentent : il est diphylle, dans le Pavot, la Fumeterre; — triphylle, dans la Ficaire, l’'Éphémère des jardins; — tétraphylle ou quadriphylle, dans : la Giroflée et les Crucifères; — pentaphylle, ou quinquépPhylle, dans le Lin, la Renoncule; — hexaphylle, dans l'Épinevinette, elc., etc.
Les folioles libres peuvent présenter les formes! nombreuses que nous avons énumérées pour les feuilles, si ce n’est la forme en cœur, et elles sont généralement entières. Leurs directions diverses, les unes par rapport aux autres, leur ont fait donner des dénominations différentes, d’où le calice lui-même 4 pris des
noms particuliers. Si elles se dirigent en haut, on les dit dressées ; — si elles s’inclinent en dedans, elles sont conniventes, et quand elles se touchent toutes par leurs bords, bien que distinctes, le calice est fermé ; — si elles se dirigenten dehors, et ce cas est le plus commun, elles prennent plusieurs noms: on les appelle divergentes, quand leur sommet ne s’abaisse pas jusqu’à devenir horizontal ; étalées, si leur sommet se place horizontalement, relativement à la base de la fleur ; et réfléchies, si leur sommet regarde tout à fait en bas, de manière à montrer extérieurement leur face interne.
$ 185. Quand le calice est monophylle, la soudure des folioles. peut s'être faite à des hauteurs différentes, et elle est, en général, si intime, qu'on ne sauraitséparer les folioles sans déchirement ; néanmoins elle est quelquefois légère, et l’on trouve dans Îles Ænothera, par exemple, des solutions de continuité qui indiquent l'indépendance normale, originelle, des sépales.
Si l'union des folioles a eu lieu dans toute leur longueur, le calice est entier.
Si elle n’a lieu qu'à une très-petite distance de leur point de départ, la portion circulaire continue ainsi formée estle fond du calice, et les divisions prennent le nom de partitions ; le calice est alors biparti, comme celui de l'Orobanche; triparti, comme celui du Plantain d’eau, de la Sagittaire ; — quadriparti, comme celui de la Véronique, de la Gentiane; — quinquéparti, comme celui de la Digitale, dela Bourrache (pl. VI, fig. 11); multiparti, toutes les fois qu’on ne veut pas spécifier le nombre des partitions.
Lorsque la soudure réunit les folioles jusqu’à moitié, ou à peu près, les parties restées libres sont des fissures, et le calice est bifide, comme dans la Verveine ; quinquéfide, comme dans la Rose, le Silene conica (pl. VI, fig. 12) ; multifide, etc.
Lorsqu’enfin la soudure se prolonge jusqu’auprès de l'extrémité des folioles, elle ne laisse plus libres que des lobes ou des dents: le calice est bilobé, tridenté, quinquédenté (pl. NI, fig. 43), etc, etc.
Dans tout calice monophylle, la portion continue formée par les
parties adhérentes des sépales est le tube; la portion indépendante
des folioles est le limbe ; la ligne où le tube finit et où le limbe commence est la gorge (pl. VI, fig. 11, 12, 13, t, L, g). Tous les mots employés pour caractériser les diverses modifications des folioles libres s'appliquent aux états correspondants des parties du limbe.
S 186. Les expansions calicinales sont des appendices de formes diverses: des bosses plus ou moins prononcées, comme dans Île Teucrium botrys ; des éperons formés, soit par une foliole, comme
celui que nous offre la foliole supérieure du calice dans le Piedd’alouette (pl. VI, fig. 14), soit par la soudure de trois folioles,
nous le montre la sépale supérieure de l’Aconit napel; de petites lames planes, comme nous le voyons dans la Violette; des protubé-
rances demi-orbiculaires, scutiformes, comme dans le Scutel-
laria, etc.
Un appendice calicinal, que l'on trouve dans beaucoup de plantes, est celui qu’on a nommé quelquefois calicule, et qu’on a considéré souvent comme un pelit calice venant se placer sous le grand et le doublant. Il faut se garder de s'arrêter à cette apparence, qui pourrait faire supposer que le calicule est bien réellement un second verticille calicinal. Sans doute cela a lieu quelque-
fois, comme dans la Salicaire et les plantes de la même famille,
pour lesquelles il n’est pas possible d'expliquer autrement l’existence de cette seconde collerette de folioles. Mais, pour beaucoup de cas, il n’en est pas ainsi, et la nature véritable de ce calicule,
trés-diverse, nous est indiquée par la comparaison des folioles | calicinales accompagnées de ces sortes d’appendices, avec les
feuilles, les bractées ou les stipules de la tige. Ainsi, chez les Fraisiers, les Rosiers, les Potentilles, les Tormentilles, les Rosacées en général (pl. VI, fig. 16), l'existence de stipules aux feuilles
comme dans la Capucine (pl. VI, fig. 15); des casques, comme |
caulinaires nous conduit à ne voir que des stipules dans les
petites folioles inférieures qui alternent avec les folioles calicinales, et qui souvent deviennent bifides, comme pour expliquer plus clairement leur origine. Il faut aussi considérer comme stipules les deux folioles extérieures du calice des Helianthemum. Dans les Malvacées (pl. VI, fig. 17), dans la Scabieuse, dans l’OEillet, le calicule doit être considéré comme formé par la réunion de bractées groupées en plus ou moins grand nombre, et c’est là l’origine que nous lui avons donnée, quand nous en avons étudié la forme et les espèces à propos des bractées ($ 80). C’est par l'examen attentif de la plante que l’on étudie qu’on peut ramener à leur véritable origine ces différentes expansions, en apparence identiques.
$ 187. Différentes espèces de calices. — Outre les noms divers que l'on donne au calice, selon que ses folioles sont libres ou soudées, on en distingue beaucoup d’autres espèces qui peuvent se rapporter à deux catégories: dans la première, on a égard à la disposition des parties ; dans la seconde, à leur durée.
$ 188. Quant à la disposition des parties qui le composent, le:calice peut être régulier, symétrique ou irrégulier.
Le calice régulier est celui dont toutes les folioles ont une forme semblable et des dimensions égales : tel est celui de la Bourrache
PA VI, fig. 11). Le calice est encore régulier, quand ses parties sont alternativement plus longues et plus courtes, et que les plus longues, ainsi que les plus courtes, sont égales entre elles : telle est la régularité que nous présente le calice du Marrubium commune (pl. NI, fig. 18). Dans tous les cas de régularité, une diagonale, menée comme on voudra, partagera toujours le calice en deux moitiés absolument semblables.
* Pour les calices réguliers polyphylles, la forme des folioles, leur direction et leur arrangement entre elles déterminent une forme générale, que l'on désigne par le nom de l’objet qu’elle rappelle.
Pour les Calices réguliers monophylles, on a représenté les formes que la soudure des parties multiplie à l'infivi, par un grand nombre de mots dont nous allons expliquer les principaux. Le calice est:
Tubuleux, quand le tube est très-allongé, et que le limbe ne s’étale que peu ou point, et semble continuer la direction du tube, comme dans lfPrimevère et le Datura stramonium.
Conique, quand il présente la forme d’un cône, comme dans le Grenadier et beaucoup de Labiées.
Turbiné, en poire ou en toupie, quand il a la forme d’un cône, mais un peu serré à son orifice, comme celui du Spiræa trifohata.
Enflé, quand il est membraneux et dilaté, comme celui de la Vulnéraire.
Urcéolé, ou en grelot, quand il est enflé dans sa partie moyenne, rélréci à ses deux extrémités, et que le limbe, extrêmement court, s'étale au-dessus de l'étranglement supérieur : tel est celui de la Jusquiame.
Cupulaire, ou en godet, quand ses parties s'écartent dans toute leur longueur, comme dans le Verbena glomeraia.
Campanulé, ou en cloche, quand son tube s'évase graduellement de la base à l’orifice, et rappelle ainsi la forme d’une cloche, comme dans le Stalice armeria.
Cylindrique, quand son tube est un tuyau d’un égal diamètre dans toute sa longueur, et sa surface sans angle, comme dans l'OEillet.
Prismatique, anguleuæ, sillonné, quand il présente l’état que ces mots indiquent suffisamment.
Comprimé, quand il est aplati, et semble avoir subi une pression latérale, comme celui de la Pédiculaire, du Rhinanthus.
Le calice symétrique est celui dont les parties inégales se partageraient néanmoins en deux moitiés semblables, si l'on menait une diagonale dans un sens déterminé, le seul qui puisse donner une division de cette sorte. La symétrie pourrait être considérée comme une véritable régularité, et, en définitive, les calices regardés
comme réguliers sont, dans un très-grand nombre de cas, bien plus rigoureusement symétriques. En appliquant même aux calices dits irréguliers le mode de détermination de la symétrie, on trouve que la quantité de calices irréguliers diminue de beaucoup. C’est encore un exemple des dégradations insensibles qu’il faut toujours s'attendre à rencontrer dans les œuvres de la nature, et qui nous avertissent d'employer avec réserve nos définitions, qui ne s’appliquent que rarement dans toute leur étendue à l’objet qu’elles veulent définir.
Le calice est irrégulier, quand ses folioles présentent une forme ou des dimensions différentes, ou qu’elles ne sont point disposées avec symétrie. L’irrégularité peut dépendre du tube qui se bossue, se coude, ou offre toute autre espèce de dilatation; elle peut dépendre aussi du limbe.
Dans ce dernier cas, l’irrégularité tient à ce qu’une ou plusieurs folioles se sont plus développées que les autres, comme dans le Trifolium rubens (pl. VI, fig. 19), ou à ce que les folioles se sont inégalement soudées.
Si la soudure manque entre deux des folioles seulement, toutes les folioles qui sont soudées ensemble peuvent s’étaler en une sorte de bractée, et le calice prend le nom de bractéiforme, comme celui de l'Origanum majorana (pl. VI, fig. 20) ; ou bien, toutes les folioles étant égales et rapprochées, elles paraissent comme séparées par une fente, et le calice est fendu longitudinalement d'un côté, comme dans l’Ænothera grandiflora.
Quand l'inégalité de soudure a lieu, non plus entre deux folioles seulement, mais entre deux phalanges de folioles, formées, l’une de deux folioles, l’autre de trois, soudées plus intimement entre elles que ne le sont les deux phalanges, le calice présente deux portions distinctes qui s'opposent l’une à l’autre, et qu’on nomme lèvres; il est bilabié. — Les deux lèvres peuvent être entières, c’est-à-dire formées de folioles qui se soudent complétement de la base au sommet, comme dans les Scutellaria (pl. VI, fig. 24); elles peuvent être, l’une entière, l’autre bi ou tridentée. Les calices bilabiés sont toujours composés de cinq folioles, qui se séparent d’une manière différente, pour former l’une et l’autre lèvre. Dans les Labiées, la lèvre supérieure a trois folioles, et l’inférieure deux ; dans les Légumineuses, c’est le contraire : la lèvre supérieure a deux folioles, et l’inférieure trois.
$ 189. Quant à sa durée, le calice présente de grandes différences. Tantôt il se désarticule, et tombe avant l'épanouissement de la fleur comme dans les Pavots : ilest fugace ou passager : — tantôt il ne tombe qu'avec la corolle, après la fécondation, comme dans
les Renoncules et beaucoup de Crucifères : il est caduc. Mais souvent le calice reste attaché au torus pendant la maturation du fruit, ilest persistant, comme dans les Labiées, les Borraginées, les Légumineuses, les Caryophyllées, les Primulacées, les Plantaginées, les Violacées, et beaucoup d'espèces. Dans ce cas, le calice peut bientôt se dessécher et cesser de vivre: on le dit alors marcescent, comme celui de lAnagallis. I] peut aussi prendre une augmentalion très-sensible, comme dans la Belladone, les Physalis ; on le dit alors accrescent. Quelquefois, le développement qu'il acquiert alors peut lui donner l’aspect d’une vessie membraneuse, qui dépasse et enveloppe le fruit ; il devient vésiculeux et induvial ; et souvent il se colore de la mème manière que le fruit, comme on le voit dans les espèces de Physalis, où il devient jaune, dans le peruviana et rouge dans l'alkekengr.