COROLLE
S 190. La corolle est la seconde enveloppe florale dans la fleur complète, le verticille intermédiaire entre le calice et les étamines, ordinairement et presque toujours coloré. Elle se compose de folioles, nommées pétales, qui restent complétement isolées et indépendantes l’une de l’autre, ou qui sesoudent dans une plusou moins grande partie de leur longueur : dans le premier cas, la corolle est polypétale (pl. NV, fig. 1); dans le second, elle est monopétale ou gamopétale (pl. V, fig. 3).
S 191. Structure et consistance de la corolle. — Nous avons déjà longuement expliqué les transitions insensibles qui rattachent les feuilles caulinaires aux feuilles florales ; nous en retrouvons encore ici par lesquelles la corolle se nuance, d’une part, avec le calice, et, d'autre part, avec les étamines. Ainsi, la ligne sur laquelle se disposent les pétales est la continuation de la spirale des folioles du calice, en même temps qu’elle est continuée par la spirale des élamines. Pour la couleur, on en trouve qui rappellent la teinte verte du calice, la Vigne entre autres, certains Cobæas ; pour la consistance, on en rencontre qui présentent une consistance herbacée,et même une consistance charnue, comme la corolle du Stapelia.
De la corolle aux étamines, les nuances sont aussi insensibles, quoiqu'on les rencontre moins souvent ; nous en avons vu un exemple dans le Nénuphar ($ 144), et on en trouve un autre dans les Atragene.
Le plus ordinairement, le tissu des pétales est plus délicat que celui des sépales, et offre une couleur autre que la couleur verte, c’est-à-dire que les cellules qui le composent ne contiennent pas
de chlorophylle. Or, d’après les explications que nous avons données sur les conditions nécessaires à la formation delachlorophylle, | on comprend que cette circonstance même de la coloration de la corolle indique un mode de respiration différent de celui des organes verts. En effet, les pétales et toutes les parties colorées de la : fleur respirent à la lumière comme les animaux: elles absorbent de l'oxygène, et exhalent de l’acide carbonique ($ 107).
Quant aux couleurs mêmes que les corolles nous présentent, elles varient à l'infini, depuis le blanc le plus pur jusqu’au pourpre ou au brun noir ; la couleur noire et les combinaïsons de noir et de blanc ne se rencontrent pas. Pour les pétales, comme pour les feuil- : les, la face supérieure ou intérieure est toujours plus brillante que la face extérieure. La teinte des pétales peut changer aux différentes époques de la vie de la fleur, comme plusieurs Crucifères nous en offrent des exemples; la même espèce peut aussi porter des * fleurs de couleurs diverses, comme chacun sait que cela a lieu pour les Violettes qui sont souvent blanches, pour les Campanules, certaines Bruyères, le Serpolet, qui sont communément bleues, violettes et roses. Il est à remarquer, néanmoins, que jamais lesfleurs, dont les couleurs appartiennent à une des deux séries xanthique et cyanique, ne prennent les couleurs de l'autre série, qu'il est extrêmement rare de trouver dans un même genre des teintes des deux séries à la fois. Une statistique curieuse, dressée par Schubler, indique que la couleur blanche devient plus commune chez les fleurs à mesure qu’on s’avance vers les pôles.
Les nervures que présentent les pétales sont déterminées par des faisceaux formés de trachées et de cellules allongées; elles sont reliées entre elles par un parenchyme peu épais, qui ne se compose pas de plusieurs rangs de cellules, comme nous avons vu que cela a lieu pour les feuilles, et quinese distingue guère de l’épiderme qui revêt le pétale. Cet épiderme est quelquefois percé de stomates à sa face externe, qui répond à la face inférieure des feuilles.
Les pétales suivent, dans leur développement, une marche semblable à celle que suivent les folioles calicinales. Ils se montrent d'abord sous la forme de petits mamelons cellulaires qui s’organisent progressivement, et prennent l'apparence de feuilles; quelle que doive être plus tard leur couleur, ils sont, à cette époque, d’une couleur verte plus ou moins prononcée; et, ce que nous n'avons pas vu pour le calice, les pétales des corolles qui doivent être monopétales s’unissent déjà à ce premier âge. Un phénomène curieux de cette formation des pétales, c’est que, bien qu'ils précèdent sur l'axe le verticille des étamines, et qu’ils dussent, par conséquent, le devancer en développement, ils restent, au contraire, en arrière.
La direction relative des nervures détermine dans les pétales des formes diverses qui se rattachent aux grands systèmes de nervation des feuilles, et qui sont désignées par les mêmes noms. Nous allons en voir les principaux résultats, en étudiant la composition de la corolle.
S192. Composition de la corolle. — Comme le calice, la corolle est formée de la réunion de feuilles métamorphosées, et l'on donne même communément le nom de feuilles à ces parties constituantes de la corolle: on dit vulgairement les feuilles de Rose ; les botanistes disent les pétales de Rose.
Quand les pétales sont isolés, ils peuvent s'élargir enlimbe, qui se rétrécit à sa base en une sorte de pétiole, nommé onglet ; l'expansion limbaire est nommée limbe ou lame. Le pétale muni d’un onglet bien prononcé, est dit onguiculé (pl. V, fig. 9); celui qui en est dépourvu est nommé sessile (pl. VI, fig. 22).
Quand le parenchyme remplit exactement les intervalles que laissent entre elles les nervures, le pétale est entier ; le plus ou moins d'expansion du parenchyme entre les faisceaux, produit, pour les pétales comme pour les feuilles, un grand nombre de formes variées. Toutes peuvent se rapporter à deux grandes divisions : celle des pétales réguliers, dans lesquels les deux moitiés, si elles étaient repliées l’unesur l’autre, coïncideraient exactement ; et celle des pétales irréguliers, dans lesquels cette coïncidence ne peut avoir lieu.
Du reste, outre toutes les formes des feuilles que nous avons définies (S 63), depuis la linéaire jusqu’à l'orbiculaire, les pétales en offrent quelques-unes qui leur sont propres ; ils sont concaves, comme dans l’Épine-vinette ; naviculaires, comme dans le Blumenbachia insignis, c'est-à-dire que la nervure médiane fait une saillie qui représente la quille d’un bateau, et le long de laquelle le limbe se creuse en nacelle; on en trouve en forme de cuiller, comme dans le Ceonanthus Americanus ; de capuchon, comme dans l'Ancolie; de casque, comme dans l'Aconit; de cornet, comme dans l'Hellébore, etc. Beaucoup d'Ombellifères en présentent dont le sommet se courbe et se rapproche de la base.
Toutes les espèces de divisions que présentent les feuilles peuvent aussi se rencontrer dans les pétales : il y en à d’échancrés, dont le sommet se creuse en sinus déterminé par le dédoublement de la nervure médiane, qui s’est partagée à gauche et à droite; il y en à d'obcordés, dans lesquels le dédoublement de la nervure médiane a commencé plus tôt, et a divisé ainsi le limbe en deux lobes; il y en a d’inéquilatéraux ou d’obliques, dans lesquels la nervure médiane, en se partageant, a entrainé avec elle plus de faisceaux
secondaires d’un côté que de l’autre, et a donné lieu ainsi à un développement plus considérable du côté où elle a porté plus de nervures ; il y en a de dentés, de crénelés, de dentés en scie, de frangés, de laciniés, de bifides, de pinnatifides, etc. Des pétales
d’une consistance légère, et qui sont plissés dans le bouton, restent
encore chiffonnés après leur épanouissement,comme ceux des Pavots.
$ 193. On retrouve pour les pétales des appendices de forme semblable à ceux du calice; tantôt c’est un éperon, comme cela a lieu pour un de ceux de la Violette, pour deux de ceux du Piedd’alouette, pour tous ceux de l’Ancolie; tantôt, c’est une sorte de petit pli ou d’écaille, comme dans les Résédas ; tantôt une petite lame, qui paraît due à un dédoublement, comme dans les Lychnis: tantôt une espèce de lame perpendiculaire, qui s'élève au milieu du pétale, comme dans un grand nombre d'Ombellifères. Ces appendices font donner à la corolle le nom d’appendiculée, et forment souvent à son intérieur une sorte de couronne qu'on a désignée par des mots divers.
Les pétales peuvent être glabres ou revêtus d’un duvet qui se montre exclusivement ou plus abondamment sur la face interne, comme cela a lieu pour les folioles calicinales ; et, ce qui confirme encore l’analogie, les poils sont de la même nature que ceux qui couvrent les autres parties du végétal.
On se sert, pour indiquer la direction des pétales, des mots qui sont employés pour indiquer celle des sépales ($ 184).
Le nombre des pétales distincts qui composent une corolle est représenté par les particules di, tri, tétra, penta, qu’on prépose au mot pétale; la corolle est alors, suivant les cas, dipétale, pentapétale, etc. Dans l’Amorpha, les cinq pétales que l’on rencontre ordivairement chez les Légumineuses se réduisent à un seul, et sa corolle est dite unipétale, dénomination qui n’est pas synonyme de monopétale, puisqu'elle représente une corolle formée d’un seul pétale isolé, indépendant par ses bords. En général, le nombre des pétales est égal à celui des folioles du calice avec lesquelles ils alicrnent; mais quelquefois des suppressions ont lieu, etl’on indique leur cause en décrivant la corolle comme dipétale, ou tétrapétale par avortement. En effet, le pétale ou les pétales supprimés reparaissent dans des fleurs d'espèces voisines, ou même dans ces fleurs . elles-mêmes.
$ 194. Différentes espèces de corolles. — Nous pouvons rapporter les espèces diverses des corolles aux deux catégories que nous avons établies pour les espèces de calices : les unes, qui tirent leur nom de l'arrangement de leurs parties ; les autres, qui tirent leur nom de leur durée.
S 195. La corolle est régulière, symétrique et irrégulière, dans les mêmes cas que l’un ou l’autre de ces noms convient au calice lui-même.
Certaines formes de corolles polypétales régulières, communes à de grandes classes de végétaux, ont reçu de Tournefort des noms particuliers qui servent à les caractériser. On appelle Cruciformes, celles qui sont composées de quatre pétales en croix, comme dans la famille des Crucifères de Jussieu (pl. V, fig. 1); Rosacées, celles dont les pétales à courts onglets, et au nombre de trois à cinq, sont étalés et disposés en rosace, comme dans la Rose simple, la Renoncule, la Pivoine (pl. VI, fig. 23); Caryophyllées, celles dont les pétales,au nombre de cinq,sontmunis delongsonglets(pl. VI, 9.24).
Parmi les corolles polypétales irrégulières, il est une forme que Tournefort a nommée Papilionacée, et qui se rencontre dans toutes les fleurs d’un groupe de la grande famille naturelle des Légumineuses. Cette corolle est composée de cinq pétales irréguliers, qui, en raison de leur forme, ont reçu chacun un nom particulier (pl. IV, fig. 48, et pl. VI, fig. 25). Le pétale supérieur, ordinairement le plus grand, redressé et embrassant les autres, est appelé étendard ; les deux pétales latéraux, rapprochés l’un de l'autre, et recouvrant les deux inférieurs, sont les ailes ; les deux inférieurs, qui se touchent et souvent mème se soudent par leur bord extérieur, forment une sorte de petite nacelle, nommée la carène. Le Pois, le Haricot, l’Acacia, le Genêt, nous offrent des corolles papilionacées. En général, les couleurs des pétales d’une corolle papilionacée sont différentes, l'étendard est presque toujours le plus coloré, et la carène l’est moins que les ailes.
Les corolles monopétales présentent, comme les calices monophylles, des divisions plus ou moins profondes, que l’on désigne par les mêmes mots qui servent, dans les calices, à indiquer leur soudure plus ou moins complète. Elles offrent aussi un tube, un limbe, une gorge. Ces parties se retrouvent, du reste, dans tout périanthe monophylle, et ce sont toujours les mêmes mots qui indiquent les caractères identiques ($ 185).
La corolle monopétale régulière prend différentes formes semblables à celles que nous trouvons dans le calice, et qu’on désigne par les mêmes noms que nous avons définis; elle en prend plusieurs qui lui sont propres, et que nous allons définir. Elle est :
Tubuleuse (pl. NV, fig. 3), comme dans le Sideritis canariensis. — Urcéolée (pl. VI, fig. 26), comme la Bruyère cendrée, le Vaccinium myrtillus. — Campanulée ou campaniforme (pl. VE, fig. 27), comme celle des Campanula trachelium etrotundifolia, de la Belladone. — Globuleuse (pl. NI, fig. 28), comme celle de l'Andromeda polyfolia. —
Ovoïde (pl. VI, fig. 29), comme celle du Gaulteria procumbens. —
Infundibuliforme (pl. VIE, fig. 1), ou en entonnoir,; celle dontle tube, de la forme d’une cône renversé, est terminé par un limbe évasé : telle est celle du Laurier-rose, des Pulmonaires, du Tabac (Nicotiana tabacum). — Hypocratériforme(pl. VIT, fig.2), ou en soucoupe; celle dont le limbe plane ou peu concave surmonte un tube droit, comme dansles Pervenches, les Phlox, la Primevère.—Cyathiforme, ou en gobelet ; celle qui rappelle, par sa forme, un verre à pied.— Calathiforme, ou en bol ; celle qui est hémisphérique et concave. — Digitaliforme (pl. VIE, fig. 3), ou en forme de dé à coudre, celle qui représente une cloche allongée, comme dans la Digitale pourprée, nommée vulgairement Dé de Notre-Dame. — Rotacée (pl. VII, fig. 4), ou en roue; celle dont le tube très-court figure un moyeu, dont les divisions du limbe, ouvertes et planes, représentent les rayons ; telle est celle de la Bourrache, du Bouillon-blanc, du Myosotis. — Etoilée, celle qui est en roue, mais à rayons trèsaigus, comme dans le Galium verum, le Valentia cruciata.
Une comparaison intéressante, en ce qu’elle ramène à la véritable origine de la corolle monopétale, est celle de certaines corolles polypétales avec celles que nous venons d'énumérer; entre les deux espèces de corolles, la seule différence est la soudure des parties. Ainsi, la corolle rosacée, soudée légèrement à sa base, donne la corolle rotacée; les pétales de la Mauve et du Lin, réunis par leurs bords, donneraient une corolle campanulée ; la corolle caryophyllée deviendrait hypocratériforme.
L'irrégularité, dans les corolles monopétales, dépend, comme dans les calices monophylles, d'une inégalité dans la soudure des pétales.
Quelquefois le tube se fend à une très-petite hauteur, le limbe se rejette d'un côté, et s’allonge en une languette aplatie. La corolle est alors Ligulée (pl. VII, fig. 5), comme dans le Drepania barbata, le Pissenlit, le Soleil et les Chicoracées. Les divisions linéaires qui forment cette languette ne restent pas toujours accolées ; elles se séparent quelquefois en phalanges, comme dans le Chèvre-feuille.
Cette dernière modification nous conduit à la corolle bilabiée, nommée plus ordinairement Labiée, et qui doit sa formation à une cause analogue à celle qui donne naissance au calice bilabié. La lèvre supérieure est composée de deux pétales, et la lèvre inférieure de trois. Ordinairement, une corolle labiée a un calice labié ; mais la lèvre supérieure du calice résulte de la soudure de trois sépales, et l’inférieure de deux : cette opposition caractérise les fleurs de la grande famille des Labiées ( pl. VII, fig. 6), des.
Sauges, des Nepeta, des Stachys. La lèvre supérieure peut être entière ou devenir bifide : le pétale moyen de la lèvre inférieure prend souvent un grand développenent et se lobe.
Une forme qui peut se rapporter à la forme labiée en général, est celle des corolles nommées Personnées, en mufle ouen masque (pl. NIX, fig. 7), comme celle de la fleur appelée vulgairement Muflier où Gueule-de-loup(Antirrhinum majus) etdes Linaires. Ce qui la distingue, c’est que les lèvres sont rapprochées, et que la gorge est fermée par une saillie nommée palais.
Indépendamment de la forme régulière ou irrégulière du limbe, le tube peut aussi présenter des irrégularités, se bossuer, se couder, etc. ,
8 196. Les épithètes diverses par lesquelles on désigne la durée du. calice servent à indiquer celle de la corolle, et il faut remarquer que la corolle monopétale, quand elle tombe, se détache d’une seule pièce. La corolle est fugace, caduque, persistante, marcescente, dans tous les cas où ces noms pourraients’appliquer au calice.