FRUIT
S 231. Quand les organes de reproduction, étamines et pistils, Ont accompli la fonction pour laquelle ils ont été formés, l’ovule et l'ovaire subissent des changements nombreux et importants. L'ovule, devenu apte à reproduire la plante qui le porte, prend alors le nom de Graine; l'ovaire qui enveloppe ces graines prend le nom de Péricarpe : c’est l'ensemble du péricarpe et des graines qu'on désigne sous le nom de Fruit. Ces deux parties essentielles du fruit ne manquent presque jamais ; mais le péricarpe est quelquefois si mince et si intimement uni à la graine, qu'à moins d’un examen attentif on pourrait croire qu’il n’existe pas.
Après la fécondation, toutes les parties qui composent les différents verticilles disparaissent ordinairement, et disparaissent d’autant plus rapidement qu’elles ont joué un rôle plus important dans l'acte de la reproduction. Les anthères, le sligmate, le tissu conducteur, se flétrissent d’abord; les filets et les styles suivent en général de près ; les pétales tombent ensuite ; les folioles calicinales persistent plus longtemps, et nous avons vu déjà que le calice pouvait même être adhérent à l'ovaire : dans ce cas évidemment il reste attaché au péricarpe. Toutes ces parties, étrangères au fruit, qui l’accompagnent pendant sa maturation, sont désignées sous le nom d’induvies : le fruit est induvié; il est nu, dans le cas où la chute des verticilles a précédé.
Quand le calice est associé au péricarpe, il peut continuer à se développer, comme nous l’avons dit en parlant de ce verticille, et devenir même charnu pendant la maturation. Il est souvent difficile de reconnaitre la limite où finit le calice et où commence le péricarpe; quelquefois, cependant, comme dans la Poire et la Pomme, une ligne de démarcation d’une couleur et d’une Consistance différentes indique la séparation du calice et des ovaires.
Toutes les parties du calice adhérent ne persistent pas toujours ensemble sur le péricarpe. Tantôt le tube et le limbe restent à. la
fois, et ce dernier se montre sur le sommet du fruit sous forme de petites feuilles sèches, comme on le voit dans la Poire et la Pomme (pl. IX, fig: 20 c) au point désigné communément sous le nom d'œil ou de mouche. Tantôtcomme dans la Rose sauvage (Rosa canina), le limbe se flétrit et disparaît, le tube seul du calice charnu et de couleur jaune rouge persiste autour des fruits mürs. Souvent les filets des étamines se retrouvent sur ce calice adhérent; souventla corolle et les étamines l’accompagnent. Quand le limbe du calice persiste, il forme quelquefois au sommet du fruit une couronne très-développée, comme on le voit dans la Nèfle et la Grenade ; d'autres fois ses nervures seules s'élèvent en aigrettes, commenous avons vu que cela arrive pour les Composées, les Valérianes, les -Scabieuses.
Dans tous les cas que nous venons d’examiner, le calice est originairement adhérent à l'ovaire, et celte adhérence a seulement persisté quand l'ovaire est devenu péricarpe. Mais il arrive qu'un verticille primitivement libre, involucre, calice ou corolle, continue de se développer avec l'ovaire et lui reste uni: on donne le nom d’'Anthocarpés aux fruits autour desquels se présente une enveloppe née de cette manière. Telle est celle que le calicule forme chez la Scabieuse, la cupule sur le Gland, les glumes chez beaucoup de Graminées ; telle est celle dontle calice, devenu succulent et d’une couleur rouge, entoure le péricarpe membraneux de l'Hippophæ rhamnoïdes ; celle que la base de la corolle durcie et très*développée forme autour du fruit dela Belle-de-nuit (Wirabilis jalapa) ; celle qui accompagne le fruit de VIF, etc.
Quand le style persiste, il se montre en général sous la forme d’une petite pointe sur le sommet du fruit, qui est dit alors apiculé ; quelquefois il acquiert une longueur médiocre, devient rude et dur, et forme un bec comme dans la Rose; quelquefois il atteint une longueur plus considérable, est sans rigidité et couvert de poils mous : il ressemble à une queue barbelée et flexible, comme dans la Clématite. La persistance du style aide souvent à reconnaître l'ovaire, puisque seul il peut en être couronné, quand des circonstances particulières, comme le développement considérable d’un calice charnu, ou la formation des enveloppes des fruits anthocarpés, le masquent et rendent d’abord sa recherche difficile. Dans les fruits sur lesquels le style ne persiste pas, on en retrouve la trace, quelquefois très-large, comme chacun sait que cela arrive chez le Melon.
S 232. Composition du Fruit; parties du Péricarpe. — Le fruit se compose évidemment des parties mêmes que l’on trouve dans l'ovaire, sauf les différences que la maturation apporte dans la
constitution de ces parties. Or, nous nous rappelons que le carpelle peut être comparé à une feuille dont les bords seraient repliés sur eux-mêmes et soudés; nous devons donc retrouver dans le péricarpe les mêmes parties que nous avons signalées dans la feuille, c’est-à-dire un épiderme inférieur, un épiderme supérieur et un parenchyme compris entre ces deux couches épidermiques. L’épiderme inférieur de la feuille a pour analogue la membrane extérieure du carpelle; l’'épiderme supérieur répond à la membrane interne qui tapisse la cavité de l'ovaire, et le mésophylle correspond à la couche moyenne de l'ovaire. Dans le fruit, ces trois parties du péricarpe, qui prennent souvent une nature différente, portent chacune un nom particulier: la membrane externe est appelée Epicarpe; la couche parenchymateuse intermédiaire, Mésocarpe; la membrane interne, Endocarpe (pl. IX, fig. 20).
Le Péricarpe prend une consistance différente, suivant les espèces de fruit; quelquefois il est sec et membraneux, quelquefois il est charnu, parfois même il est charnu dans une de ses parties et sec dans une autre : nous en allons voir des exemplesen étudiant successivement chacune des trois parties qui le constituent. C’est le péricarpe qui donne au fruit sa forme, et c’est d’après les particularités qu’il présente qu’on désigne plusieurs espèces de fruits.
L’Epicarpe est la partie que l’on désigne vulgairement sous le nom de peau dans les fruits comestibles, la Cerise, l'Abricot, la Pêche, et que l’on parvient plus ou moins facilement à détacher des parties sous-jacentes. Quand le calice est adhérent, on donne encore le nom d’épicarpe à l'enveloppe extérieure du fruit, bien qu'elle ne soit plus l’épicarpe proprement dit, mais bien l’épicarpe paissi par l'enveloppe calicinale, comme dans la Pomme etla Poire. L’épicarpe peut conserver sa nature épidermique; il peut aussi prendre une plus grande épaisseur par l'addition de cellules nouvelles. Sa surface peut être unie, luisante, ponctuée, tuberculeuse, verruqueuse, ridée, réticulée, striée ou sillonnée: elle peut être glabre, ou présenter différents degrés de pubescence ; être veloutée, comme dans la Pêche: pubescente, comme dans la Digitale pourprée ; poilue, comme dans le Geranium pratense ; velue, comme dans la Pivoine mâle ; laineuse, tomenteuse, etc. Elle peut être armée d'écailles, de pointes courtes ou d’épines, comme dans la Pomme épineuse (Datura stramonium) ou le Marronnier d'Inde (Æsculus hippocastanum). On rencontre aussi sur l'épicarpe des glandes et des stomates.
Le Mésocarpe est la partie qu’on appelle chair dans certains fruits de nos tables, la Cerise, la Pêche, l’Abricot, par exemple.
En effet, le mésocarpe acquiert très-souvent une épaisseur considérable et une consistance charnue qui lui ont valu aussi le nom de Sarcocarpe, applicable seulement à la partie parenchymateuse des fruits charnus, et par conséquent moins général que celui de mésocarpe. Mais, souvent aussi, telle n’est pas la nature du mésocarpe; dans le fruit de VAmandier, par exemple, et dans celui du Noyer, le mésocarpe est Sec, coriace et fibreux : c’est l'enveloppe verdâtre dont on débarrasse l’'amande et la noix, €t qu'on nomme brou. Dans le Melon, le mésocarpe est la portion que l’on mange, verdâtre et acerbe à l'extérieur, jaune et sucré à l’intérieur ; l'épicarpe est ici à peine visible, aussi bien que l’endocarpe. Dans l'Orange, le mésocarpe, uni à l’épicarpe, forme la peau ; nous verrons plus loin quelle est la partie que l'on mange.
L'Endocarpe, dans la plupart des fruits, est mince et transparent; mais quelquefois le ligneux vient encroûter son épaisseur, : ainsi que les cellules du mésocarpe qui l’avoisinent, el il devient dur et cassant ; il forme alors un noyau, Comme dans la Pêche, V'Abricot, la Cerise, la Nèfle. L'enveloppe dure de la Noix est son endocarpe, la coque mince et cassante de l’Amande est la même partie. Dans la Poire et dans la Pomme, l’endocarpe est cette petite enveloppe écailleuse qui renferme les pepins. La fine membrane qui entoure les quarLiers de l’Orange en est l’'endocarpe.
S 233. Changements que subissent les parties de l'ovaire dans le Fruit, — Outre les modifications que viennent de nous offrir les parties du péricarpe müûri, les carpelles, Les cloisons, les placentas, les loges nous présentent plusieurs changements que nous allons passer en revue.
Tous les carpelles qui composaient l'ovaire ne se développent pas toujours ; quelques-uns peuvent avorter. Quelquefois ces avoriements ne portent pas sur un même nombre de carpelles dans tous les fruits d’une même plante, et augmentent ou diminuent suivant que la fécondation s'est étendue à une plus ou moins grande quantité de loges. Quelquefois, au contraire, ces avortements se reproduisent d’une manière régulière et constante dans les fruits d’une mème plante. Ainsi, des ovaires primitivement composés dégénèrent en fruits simples, que l’on considère alors comme formés d’un seul carpelle, et que l'on classe comme tels. C’est ce qui arrive pour l'ovaire du Fréne, qui est primitivement composé de deux loges, contenant chacune deux ovules, et dans lequel un seul ovule mürit, pousse la cloison contre la paroi de la loge et remplit seul sa cavité : la placentation, d’abord axile, devient ensuite pariétale. C’est à une modification de ce genre que la Châtaigne doit de se trouver seule dans une cavité qui était dans
l’origine occupée par trois loges renfermant chacune deux ovules:
Les cloisons n'étant autre chose qu’une partie du carpelle qui s’avance vers le centre du fruit, il semble qu’elles doivent présenter les trois couches que nous venons de reconnaître dans le péricarpe ; mais, en général, il n’en est pas ainsi, principalement dans les fruits composés, et cela tient à ce qu’elles opposent mutuellement un obstacle à leur développement. Les cloisons sont donc communément plus minces que la partie libre, le véritable péricarpe, et leur pression, aussi bien que la privation de lumière et d'air, les étiole et les réduit à de minces lames d’une solidité moindre que le péricarpe, et incolores. Nous venons de voir que les cloisons peuvent disparaître, et nous savons déjà que, même dans l’ovaire, cette disparition détermine la placentation centrale.
Au lieu de perdre leurs vraies cloisons, certains fruits en prennent de fausses, qui partagent en général le fruit transversalement et produisent ainsi de fausses loges. Les fausses cloisons sont formées par des replis de la paroi qui s’avance progressivement et rencontrent enfin le côté opposé. Les fruits des Cassia et les Coronilla, dont l'ovaire est simple, présentent un grand nombre de ces fausses cloisons ; onen rencontre souvent dans les fruits de la Rave (Raphanus sativus). Quelquefois ces cloisons, au lieu d’être transversales, s'étendent verticalement, et on peut les reconnaître néanmoins, comme nous l'avons dit, parce qu’elles ne portent pas de graines, et aussi par leur situation par rapport aux styles.
Dans les fruits secs ou à noyaux, les placentas se durcissent et se racornissent; dans les fruits charnus, ils se gonflent et se gor— gent de sucs, et les graines paraissent comme enfoncées dans une masse pulpeuse. Chez la Tomate, le placenta est gélatineux et plus rouge que les cloisons. Le changement le plus considérable que présente le placenta est son élongation en funicule ou podosperme, comme nous l'avons dit plus haut (S 224).
Outre cette substance pulpeuse due à un développement du placenla, l’intérieur des loges peut être rempli par une masse de même nature, dont la formation reconnaît une autre cause, et la cavité des loges est souvent si complétement gorgée de cette pulpe que toutes les parties y sont confondues et indistinctes. Tantôt des cellules, nées de la surface interne du péricarpe, s’allongent horizontalement, se remplissent de cette pulpe et enveloppent les graines, comme cela a lieu par la masse succulente de l'Orange et du Citron ; tantôt, comme dans les Aroïdes, c’est le tissu conducteur qui descend du style dans la loge; tantôt, comme dans les Grenades et les Groseilles, c’est de la graine que naît la pulpe :
J'autres fois, comme nous venons de le voir dans la Tomate, c’est du placenta.
S 234. Déhiscence du Fruit. — Quand la graine a atteint le degré de perfection qui lui permet de reproduire la plante-mère, elle doit se séparer de cette plante et chercher les conditions favorables au développement de son embryon. Quelquefois le péricarpe se détruit, et laisse ainsi les graines libres : quelquefois il persiste autour de la semence, comme un de ses téguments, et cède aux premiers efforts de l'embryon ; d’autres fois le péricarpe s’ouvre et laisse échapper la graine. Il y a donc des fruits indéhiscents et des fruits déhiscents.
Nous savons déjà qu’on nomme suture dorsale la ligne qui représente la nervure médiane de la feuille carpellaire qui regarde en dehors de l'ovaire ; et qu’on appelle suture ventrale, la ligne qui résulte de l’accolement des deux bords de cette feuille, et qui regardé l'axe floral. D’après la nature même des différentes placentations, il est clair que tantôt ces deux sutures seront visibles à l'extérieur, et que, tantôt, au contraire, la suture dorsale seule sera visible : le premier cas se présentera dans les placentations centrale et pariétale ; le second, dans la placentation axile. La suture étant formée par la réunion de deux faisceaux adhérents, on peut facilement la séparer à l’aide d’une lame mince : celte séparation a lieu dans les fruits déhiscents, et le péricarpe est alors divisé en un certain nombre de panneaux, nommés valves, qui le reconstitueraient s'ils étaient de nouveau rapprochés. En général, les valves sont en nombre égal aux loges ; quelquefois elles sont en nombre double. Le fruitest, suivant les cas, univalve, bivalve, multivalve, etc. (pl. IX, fig. 22, 23).
La déhiscence exigeant une contraction et une dessiccation du péricarpe telles que celui-ci puisse céder au point où l’adhérence est moins forte, il n’y a guère que les fruits membraneux à tissu peu serré qui soient déhiscents. Les fruits charnus et les fruits dont le péricarpe présente un tissu ligneux ou osseux sont par cela même en général indéhiscents.
Ordinairement la déhiscence coïncide avec la maturité des graines et la dessiccation du péricarpe : néanmoins il ya des exceptions. La Balsamine, le Pourpier, par exemple, nous montrent des péricarpes qui s'ouvrent bien avant d’être secs.
S 235. On peut distinguer deux degrés dans la déhiscence : au premier, les carpelles se séparent et peuvent même alors rester indéhiscents, comme nous le voyons dans les Ombellifères. les Mauves, la Capucine ; au second, chaque carpelle s'ouvre à son tour, et c’est là la véritable déhiscence,
Mais, dans cette véritable déhiscence elle-même, nous trouvons une foule de degrés. Tantôt les carpelles sont indépendants par leur sommet, le fruit est à plusieurs têtes, et la portion seule de la suture ventrale restée libre à l'extrémité du fruit s’ouvre à la maturité, comme dans les Saxifrages; tantôt c’est par un trou ou pore que le péricarpe bâille : si cette ouverture est située vers le haut, comme dans le Pavot (pl. IX, fig. 4) et le Muflier, la déhiscence est apicilaire ; si elle est placée vers la base, la déhiscence est basilaire, comme dans le Campanula rapunculoïides. La famille des Campanulacées nous présente un grand nombre d'exemples de ces situations diverses des trous de déhiscence.
Dans quelques fruits, la déhiscence est transversale ; le péricarpe est coupé horizontalement et partagé en deux parties, dont l'inférieure représente une boîte dont la supérieure est le couvercle. Les Mourons, les Plantains, la Jusquiame, presque toutes les Amarantes nous offrent des exemples de cette déhiscence singulière, dont la cause est souvent difficile à déterminer.
Le plus ordinairement c’est par les sutures que s'opère la déhiscence : tantôt alors la déhiscence est incomplète, c’est-à-dire que les valves ne se séparent que dans une petite portion de leur longueur, et déterminent, par conséquent, au sommet du fruit une ouverture que les extrémités des carpelles bordent comme autant de petites dents : telle est la déhiscence des Statice, du Primula officinalis, du Cerastium, du Lychnis, de l’Alsine et de beaucoup d’autres Caryophyllées ; tantôt, au contraire, la déhiscence est complète, c’est-à-dire que les valves s'isolent soit de la base au sommet, soit du sommet à la base. F
Cette déhiscence complète se fait suivant trois modes principaux, qui sont désignés chacun par une épithète particulière ajoutée au mot déhiscence.
S 236. 1° La déhiscence est septicide (pl. IX, fig. 28) quand chaque cloison se dédouble dans son épaisseur, de façon que chaque carpelle reprenne la portion de membrane qui lui appartenait avant son accolement au carpelle voisin : telle est la déhiscence d’un grand nombre de Scrofularinées, du Colchicum autumnale, de la Digitale. Dans ce cas, les cloisons restent unies aux valves dont elles forment les côtés, et chaque carpelle peut s'ouvrir ensuile par la suture ventrale, ou à la fois par ses sutures ventrale et dorsale, et former ainsi deux valves. Mais la déhiscence septicide présente quelques modifications : tantôt, comme nous venons de l'expliquer, chaque carpelle devient complétement indépendant et emporte avec lui ses placentas; tantôt les cloisons demeurent toujours attachées aux valves, mais les placentas res-
tent au centre et se soudent en un axe central nommé columelle, comme chez les Euphorbes ; quélquefois une portion même des cloisons reste sur la columelle avec les cordons placentaires.
90 La déhiscence loculicide (pl. IX, fig. 29) est celle dans laquelle chaque feuille carpellaire s'ouvre par sa suture dorsale, l'union des cloisons et des sutures ventrales étant beaucoup plus résis= tante. 11 en résulte que chaque valve du péricarpe est formée de deux demi-carpelles, et qu’elle porte à son milieu la cloison qui les unit. Telle est la déhiscence du Lilas, du Lilium Martagon, de Vis. La déhiscence loculicide présente aussi des modifications analogues à celles de la déhiscence septicide. En effet, les valves peuvent, avec les cloisons, entrainer les placentas ; mais il se peut aussi que ces derniers restent réunis en columelle.
30 Enfin la débiscence est septifrage (pl. IX, fig. 30) quand les cloisons n’accompagnent plus les valves, comme cela a lieu dans les deux modes précédents, mais demeurent attachées à l'axe, qui porte alors autant de cloisons qu’il y avait de loges: telle est la déhiscence de l’Acajou (Suwietenia Mahogoni), de l'Ipomea purpurea.
On trouve quelquefois deux modes de déhiscence réunis dans un même fruit, Ainsi, le fruit déhiscent de la Digitale pourprée, que nous avons cité parmi les exemples de déhiscence septicide, présente aussi la déhiscence loculicide ; car ses carpelles, après s'être séparés suivant le premier mode, s'ouvrent ensuite par leur suture dorsale, d’après le second mode, et déterminent ainsi un nombre de valves double de celui des loges.
La déhiscence septicide et la déhiscence loculicide sont les plus communes. Nous verrons, à propos de chacune des espèces de fruits que nous étudierons bientôt, les particularités que peut présenter leur déhiscence.
$ 231. Maturation du Fruit. — La maturation du fruit est la série des changements chimiques dont le fruit est le siége depuis là fécondation jusqu’au moment où les graines deviennent libres. L'époque de la maturité, c’est-à-dire l'époque où cette maturation est achévée, est indiquée, dans Îles fruits déhiscents, par le commenceinent de la déhiscence ; dans les fruits indéhiscents, on ne saurait la préciser, parce que les combinaisons qui peuvent Se succéder n’ont pas une limite fixe. On sait d’ailleurs qu'un état identique ne répond pas, pour les fruits comestibles, à des modifications semblables dans le péricarpe : la Nèfle blette est précisément au point où on la recherche pour la manger; la Poire blette peut encore être mangée; la Pomme blette est en pourriture.
Les changements que la maturation apporte dans le péricarpe varient suivant qu'il est foliacé où charnu.
Le péricarpe qui a conservé sa nature foliacée se comporte comme les feuilles : il absorbe de l'acide carbonique pendant le jour, et de l’oxygène pendant la nuit. Comme les feuilles, il va toujours en se desséchant, perd plus ou moins sa couleur verte, prend les couleurs de l'automne, se flétrit, et alors persiste ou se désarticule ; la déhiscence n’est qu’une désarticulation.
Le péricarpe qui a perdu sa consistance foliacée pour devenir charnu présente les mêmes phénomènes que les péricarpes foliacés jusqu’au moment où il se colore et devient mûr : alors le tissu cellulaire acquiert un très-grand développement sans que les faisceaux se multiplient, ou bien les faisceaux se multiplient en même temps et forment une chair filandreuse. Les rapports avec l'atmosphère consistent dans l'absorption de l'oxygène et l’exhalation de l'acide carbonique. Pendant la maturation, l’eau arrive en grande abondance dans le péricarpe, et sa proportion diminue à mesure que la maturité s'approche, parce qu’elle se combine en partie avec certains produits. Quand cette combinaison n’a pas lieu, les fruits sont plus gros, mais aqueux et sans saveur. On trouve en— core dans les fruits du ligneux, dont la proportion va en dimivuant comme celle de l’eau, et qui encroûte quelquefois les cellules, comme chacun sait que cela arrive pour certains fruits, qu'on appelle pour cette raison pierreux, les Poires de cresane, par exemple. Au contraire de l’eau et du ligneux, la quantité de sucre que l’on trouve dans les fruits charnus va toujours en augmentant. De la gomme, des acides comhinés avec des bases alcalines, de l’albumine, des substances aromatiques spéciales, de la fécule et des huiles fixes ou essentielles, tels sont les corps que l’on rencontre le plus communément dans les fruits. On sait que l’Olive contient beaucoup d'huile fixe dans son péricarpe ; nous avons vu ($ 21 )que les glandes vésiculaires de la peau de l’Orange sécrètent une huile volatile. |
Si nous nous rappelons la composition de la fécule, delagomme, du ligneux et du sucre, nous pourrons concevoir comment il se fait que la proportion de ce dernier augmente, landis que celle de l’eau et des autres principes diminue. En effet, la fécule équivaut à du sucre de canne ou de raisin, moins une ou quatre molécules d’eau ($ 112), et peut, par conséquent, devenir du sucre par; l'addition de l’eau. La gomme, dont la composition est identique à celle de la fécule, peut subir les mêmes métamorphoses. Le ligneux, qui équivaut à la fécule, plus du carbone et de l'hydrogène, peut perdre son carbone et son hydrogène par la respiration, et passer ainsi à l'état de fécule, qui se transforme en Sucre par l'addition d’eau. Or, ce qui indique que ces changements ont
lieu de cette manière, indépendamment de tout apport de la sève, c’est que, mème après sa séparation de l'arbre, et surtout alors, le fruit gagne beaucoup en sucre.
Mais ce n’est pas seulement par la stagnation de l’eau due à un défaut d’évaporation, et par la perte du carbone, que ces modifications prennent naissance ; c'est aussi par le gain d'oxygène. En effet, cet oxygène qui s'ajoute dans le fruit à la fécule produit les acides, et la chimie montre que les conversions dont il vient d’être question ont lieu sous l'influence des acides. La chaleur aide à cette action des acides, et les jardiniers savent en effet combien les espaliers sont favorables à la maturation. Outre qu'ils exercent cette influence sur la formation des principes sucrés, les acides peuvent aussi se combiner avec les bases alcalines et contribuer à relever la saveur du fruit, tempérés qu’ils sont par leur combinaison avec ces bases. C’est ainsi que l'acide tartrique, dont la présence donne au raisin vert le goût acerbe que chacun lui connaït, se combine plus tard avec la potasse, et perd de plus en plus, par la formation du tartrate de potasse, cette acidité qui ne persiste un peu que pour donner au fruit une saveur plus agréable.
À une certaine époque, les fruits charnus, tout à fait aban- donnés par la vie, deviennent le siége d’une combustion qui produit le dégagement de. l'acide carbonique et la fermentation. La jeune graine profite de cette atmosphère favorable d'acide carbonique qui sert à sa nutrition, et quand le péricarpe s'est désagrégé, elle est prète à prendre une vie indépendante. C'est de la sorte que deviennent libres les semences des fruits charnus indéhiscents.
$ 238. Principales espèces de Fruits. — D'après toutes les différences que nous avons signalées dans le péricarpe, et quand on considère combien de diversité les fruits peuvent présenter par l'union de ces caractères diversement combinés, on conçoit qu'il est impossible de classer complétement tous les fruits, et qu'un grand nombre doit échapper aux cadres dans lesquels on a essayé de les renfermer tous. Nous allons seulement indiquer ici les divisionsles plus générales et définir les noms les plus usités.
Nous avons déjà vu plus haut que, eu égard à la persistance de certaines parties de la fleur, on avait formé la classe des fruits Anthocarpés. Sous le rapport de leur composition, les fruits ont été divisés en Apocarpés et en Syncarpés; les premiers, formés de carpelles indépendants, les seconds résultant de la soudure des carpelles en un corps unique. Cette division répond, comme on le voit, à celle des ovaires simples et des ovaires composés. Les fruits apocarpés et syncarpés peuvent être indéhiscents ou déhiscents, et
ce caractère subdivise chacune des deux classes de fruits en deux grands groupes.
Dans la classification précédente, on considère les fruits distincts les uns des autres, formés chacun par l'ovaire d’une mème fleur. Mais il peut arriver que plusieurs fruits se pressent les uns contre les autres et se réunissent en un corps qui semble d’abord un seul fruit, provenant d’un seul et même pistil, quoiqu'il résulte de la fusion de plusieurs fruits. Les fruits qui présentent cette soudure entre eux sont dits Agrégés.
Considérés isolément, les carpelles sont monospermes, s'ils ne renferment qu'une graine ; oligospermes, s’ils en renferment un petit nombre : dispermes, trispermes, tétraspermes; polyspermes, s’ils en renferment une quantité plus considérable.