INTRODUCTION XV
Cette commission, qui résidait à Metz, devait nécessairement subir la volonté du Gouverneur royal ; il en fut ainsi.
Le duc d'Epemon, qui avait gagné Paris pour faire rendre par la régente Marie de Médicis, le 24 octobre 16 r3, un décret (*) renouvelant celui du 22 janvier 1609 resté lettre morte, revint à Metz le 7 novembre de la même année, et s'installa à demeure au Palais épiscopal. Il y manda aussitôt les Administrateurs de FÉvêché : il leur confia, dans un langage aimable, qu'il était chargé par le Roi d'opérer l'annexion de l'Évêché, et qu'il devait le réunir à la Province que le Roi lui avait confiée; puis, il les invita à donner leur assentiment à cette annexion, à prêter au Roi un serment dont il leur dicta la formule, et à remplacer partout les armes impériales par l'écusson royal.
Les Administrateurs d'être surpris et effrayés ; ils demandèrent à réfléchir; leur terreur première passée, ils se récusèrent sur le serment de fidélité qu'ils avaient prêté à l'Empereur et à l'Empire. Le Gouverneur changea alors de ton ; il en vint aux menaces, parla de faire envahir par ses troupes les terres de l'Évêché, et d'y faire mettre tout à feu et à sang ; de faire fouetter le vice-président et le procureur général de l'Évêché, appelés à Metz par les Administrateurs; aux Administrateurs eux-mêmes il déclara qu'il allait les faire attacher à la gueule de ses canons. De telles menaces rendirent les Administrateurs traitables : ils se savaient à Metz à la discrétion du Gouverneur; le 10 janvier i6i4> ils signaient la formule d'un serment par lequel ils s'engageaient, pour eux et tous les fonctionnaires et sujets de l'Évêché, à ne rien faire qui pût tourner au préjudice de l'État ou de la Couronne, à ne recevoir aucun ennemi dans les limites de l'Évêché, et à recourir au Roi lorsqu'ils auraient besoin d'une intervention armée; enfin, lorsque le Roi serait en guerre avec un prince voisin, ils lui tiendraient les portes de leurs forteresses libres et ouvertes (').
I. Cf. Saoerlajtd, du Aanexton.»., Urkunden : Lettres patentes de Louis XIII touchant le gouvernement du Pays messin. De Fontainebleau, a4 octobre i6i3 (texte in ewtenso)i pp. 196*197.
XVI LNTKODLCTiON
Restait à accomplir l'annexion : à cet effet, d'Épernon résolut de se rendre avec une force armée dans la ville capitale de Vie. Les vassaux de TEvêché s'alarment : l'un d'eux, le duc de Lorraine, intervient personnellement auprès de la Cour, et obtient une diversion de l'annexion jusqu'à la fin de l'année i6i4- Ce répit est mis à profit : Vassaux et Administrateurs envoient des ambassades, qui à la Cour, qui au prince-évéque de l'Empire d'Allemagne le plus rapproché, l'évoque de Spire, qu'on prie de s'employer auprès de l'Empereur (*) ; tentatives vaines et qui devaient rester impuissantes : dès la fin de i6i4, le (jouverneur de Metz, Bernard de Noqaret, marquis de Lavalette, fils et successeur du duc d'Epernon, avait exécuté l'annexion.
Et cependant, contraint peut-être par les nécessités momentanées de la fortune des armes, l'Évêque de Metz, Henry de Bourbon, dut (probablement avec le consentement de la Cour de France au sein de laquelle il vivait) reconnaître la supériorité de l'Empire sur le Temporel de rEf|lise de Metz, et solliciter de l'Empereur une investiture qui lui fut accordée, avec les droits. régaliens sur tous les sujets de son Evéché, par lettres du i3 mars 1626 (^). En réalité, le bâtard royal conservait encore l'attitude d'une prince indépendant : jusqu'en 1624 des monnaies furent frappées à son effigie Q) ; de sorte qu'il serait assez difficile de déterminer les limites qui séparaient alors la souveraineté ou protection royale et l'indépendance épiscopale.
La vérité semble toutefois ressortir de cette assertion de l'Intendant de Metz, de Saint-Conteste, « que, depuis la conquête du roi Henri II, aucun des évéques de Metz qui ont été français n'ont fait les foi et hommage à l'Empereur, et, toutes les fois qu'on les a appelés aux Diètes impériales, et qu'on
1. Cf. Sauerland, Die Annejcion,.., TTrkunden : Discours Jait à revécue de Spire par un député des étals de Véuéché de Afets au sujet des entreprises du duc d'Epernon sur ledit évécht, et du serment de fidélité qu'il €U)ait exigé des officiers de cet état au préjudice des droits de C Empire (en latin, texte m extenso), pp. 198-aoi.