CAHIER DE LA FRIMBOLLE
coQstruites; le surplus n'est que des baraques que les habitants se font eux-mêmes, n'ayant moyen à se loger autrement.
Les terrains sont si étroits que les maisons, pour la plupart, ne sont éloignées des rochers et coteaux de plus (ie trois à quatre toises : il en est que lesdits rochers font partie des murs, et par là il est aisé de conclure que c'est un séjour ténébreux, tant à cause de ce qu'à cause des forêts qui environnent.
Et par la même raison, il n'est endroit plus frais; les gelées y sont très fortes et bien supérieures au plat pays, les deux tiers de Tannée; les neiges y sont très fortes, en sorte que rien n'est plus exposé aux injures des temps que ledit lieu de La Frimbolle.
Territoire
On ne peut nommer du nom de lînage le territoire, attendu qu'il est par divisions et par collines; aussi, il n'y a partie de dix journaux ensemble, et le tout situé tant dans les vallées qu'au revers desdits èoteaux, et tout à la fois très peu de terre. Le plus fort propriétaire n'a pas six jours de terre à sa possession.
On comprend assez qu'un territoire d'une pareille situation et d'une si petite superficie ne peut être considéré sous la forme d'un finage.
Semailles
Les semailles ordinaires sont seigle, avoine, vascées et pommes de terre : quand le jour rapporte un résal et demi de seigle, deux résaux d'avoine, huit à dix de pommes de terre, les habitants se croient bien dédommagés et de leurs dépenses et de leurs peines.
On comprend assez que par la situation du terrain qu'il est rare de voir les récoltes comme nous venons de le dire ; l'affluence des neiges, leur longue durée, les grandes gelées, les brouillards, les intempéries si fréquentes dans ces lieux montagneux, et tout à la fois l'ingratitude du terrain prouvent assez le peu de récoltes : aussi tous les habitants ensemble ne pourraient en réunissant leurs seigles faire l'entretien de deux ménages , ce qui prouve la grande pauvreté, pour ne dire tous mendiants ainsi que leurs familles.
Ce que les temps et intempéries ne gâtent se trouve annuellement dégradé par les bétes sauvages, comme sangliers, etc^, qui se tiennent dans les montagnes qui leur servent de retraite; et, d'ailleurs, le peu de grains et plantes qui y viennent ne sont jamais de bonne maturité, attendu que le soleil ne parait presque point sur les côtes et les forêts qui
environnent.
Prairies
il ne sera pas difficile de faire connaître que les prés sont de petite étendue et de peu de valeur ; le sol est sauvage, ne produit que bruyères et autres herbes semblables dérivées des montagnes ; et, quoique de pareils fourrages soient peu profitables, la récolte en est encore moins abondante.
Les prés sont situés le long de la rivière de la Sarre et autres ruisseaux qui sortent des montagnes, exposés aux eaux, ce qui les gâte non seulement pour les récoltes, mais encore en ce que le sol se trouve très souvent chargé de pierres, cailloux, sables et autres matières semblables qui sortent desdites montagnes.
Et, par une suite inévitable, les habitants sont obligés à recourir chez l'étranger dont ils tirent presque tous leurs foins, pailles, etc., ce qui expose à des contributions considérables: première charge.
Malgré la petitesse du terrain et des prés, outre leur invalidité, Monseigneur le maréchal prince de Beauvau emporte vingt-quatre jours de terre, soixante et dix fauchées de prés ; Sébastien Maugel, quatre jours de terre, vingt fauchées de prés; Nicolas et Dominique Maugel, tous de Bertrambois, en emportent proportionnellement ; Joseph Pierson, dudit lieu, de même ; Haumant, de Turquestein, dix fauchées; la veuve Mathieu, Joseph Jacquot, de la Forêt, plus de vingtKjuatre fauchées, et plusieurs autres. En réunissant, ils emportent ensemble les deux tiers et des terres et des prés, ce qui n'obère pas moins les impositions.
Et, par une suite d'autant plus malheureuse que les remontrants se trouvent rétrécis dans toutes circonstances, c'est qu'à la faveur des déclarations du Roi, tous ces particuliers ont enclos leurs prés les uns par fossés, et d'autres par des tâches lendrières, ce qui emporte toute leur pâture et ne diminue en rien leurs tailles.
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Il serait à souhaiter que Sa Majesté ordonnât que [dansj des communautés comme celle des remontrants les habitants fussent maîtres de disposer de leurs biens ; ils trouveraient en cela un acheminement en cherchant autant qu'il serait possible l'amélioration. En outre, que les particuliers comme on vient de l'observer ne jouissent que de la première faux, ensuite laisser libr« la pâture aux habitants; et, au cas particulier^ obliger ceux-ci à contribuer à toutes charges communales, vu qu'ils Sont propriétaires du territoire.
En partant de ce principe, le vœu des habitants serait que les tailles de Sa Majesté soient réversibles sur le bien- fonds, eu égard à leurs valeur, position et production ; les remontrants, accablés sous le poids des impositions, se trouveraient bien soulagés, parce que, dans de pareilles communautés, on ne peut taxer les biens, attendu leur invalidité ; outre cela, ils sont encore taxés, mais la plus saine partie desdites impositions devient personnelle, ce qui accable les pauvres habitants de ces lieux, et, au moyen de l'imposition foncière, ils seraient grandement dédommagés, et en cela Sa Majesté trouverait déjà un moyen principal au soutien de l'État et le soulagement de ses sujets.
Charges
Outre la première charge d'autre part, ce que M»^ le prince de Beauvau et les autres particuliers susmentionnés emportent dans le territoire, cette communauté paye encore annuellement à mondit seigneur une taille dite Saint-Remy : les laboureurs trois jours* de charrue, les manœuvres trois jours de bras, outre les corvées sans (in à faire sur des étangs desquels le plus proche est éloigné dudit la Frimbolle de deux lieues; trois poules par chaque habitant, deux quarterons d'avoine par chaque porc en pâture dès le huit de septembre ; deux quarterons chacun de fruits champêtres, et enfin un chapon par tous ceux qui nourrissent des bêtes rouges ; et, attendu que mondit seigneur laisse le tout à bail à des particuliers qui louent en détail, les corvées ne s'opèrent, il faut en payer la valeur ainsi que des autres objets ci-dessus, ce qui coûte annuellement au delà de deux cents livres à contribuer sur le nombre d'habitants nommés au procès-verbal qui forment la communauté.
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On a observé ci-devant la petitesse du territoire, la nonpâture, vu qu'il est toujours chargé et le pré clos, comme nous Pavons dit. Maintenant qu'il est environné de taillis de part et d'autre, et jusque pour ainsi dire sous la gouttière des toits, il n'est possible lâcher le moindre bétail sans encourir de rapports ; aussi les amendes se montent annuellement à plus de douze louis, malgré leur zèle, l'exactitude et grand soin de ménager lesdites forêts et taillis.
Ils n'ont d'autres paturails que dans les hautes futaies des montagnes distanciées de deux lieues pour les plus proches, et ce depuis la Saint-Georges jusqu'à la Saint-Remy, il est aisé de voir que les habitants n'en profitent guère, vu la grande distance ; et, pour le surplus du temps, donnent neuf chapons au seigneur propriétaire.
Et, par la même raison, n'ont aucun droit pour y vainpàturer soit leurs troupeaux soit les bétes de harnais ; par conséquent, s'ils veulent nourrir un porc pour l'usage de leur ménage, ils sont obligés de payer à mondit seigneur le prix des pâtures dans lesdites hautes futaies, ce qui leur coûte encore au delà de cent livres annuellement.
C'est dans les montagnes, surtout un endroit comme celui des remontrants, où se trouvent de grands entretiens de chemins ; en efTet, les leurs qui sont situés au pied des côtes se trouvent nivelés chaque fois par les eaux grossissant qui amènent en iceux pierres, sable et cailloux qui dérivent des côtes, ce qui leur coûte un entretien considérable par les bois qu'il faut, et la longueur du temps qu'ils emploient de temps à autre au rétablissement desdits chemins ; et souvent ce qu'ils auront fait aujoxu'd'hui sera demain à recommencer, ce qui opère des corvées continuelles, et, par l'abondance des neiges, sont presque les hivers pleins sans pouvoir sortir avec leur bétail, et y avoir communication de leur village aux voisins.
Indépendamment de ce, et avant que les routes soient en enchère, ils ne pouvaient subvenir à faire leur entretien vu Téloignement, [il] fallait venir aux endroits riverains de leur entretien, les marchander, ce qui opérait une dépense de plus de 3oo^ par an, à prendre les habitants l'un dans l'autre. De présent, Us sont un peu soulagés; mais, comme les impositions sont fort considérables pour l'endroit, ils ne laissent de s'en trouver considérablement chargés.
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II y a en sus leurs fontaines.
Cette communauté ne jouit d'aucun affouage ; pour se le procurer, sont obligés à recourir aux adjudicataires des coupes de côté et d'autre ; et, attendu les grands frais du climat, il en faut doublement que dans Finlérieur du royaume, qui n'est pas exposé avec tant de rigueur à la malignité des temps, ce qui emporte aux habitants au delà de 4oo^ par an à ne les prendre qu'à 25^ l'un dans l'autre.
La Frimbolle est paroisse de Bertrambois qui en est éloigné d'une lieue : il y a une chapelle depuis les époques les plus reculées ; autrefois, c'était la mère église de la paroisse ; les temps ont aboli cette possession, les habitants restent chargés de tout, et généralement l'entretien et fourniture d'icelles, indépendamment des mêmes charges envers l'église de Bertrambois, comme y étant paroissiens et^ proportionnellement des habitants.
Enfin, il n'y a personne à faire la moindre écriture dans l'endroit, il faut qu'ils fassent tout faire, ce qui occasionne beaucoup de voyages et de dépenses ; outre ce, bien des autres objets inévitables et imprévus qui arrivent journellement.
Aussi, et au moyen de tant de charges, les deux principaux habitants du lieu s'en sont retirés à cause de l'impossibilité d'y subvenir, et par là rapportent une nouvelle charge à la communauté, étant soustraits des rôles; et, indépendammelit de tout ce, ont été la présente année augmentés de 20^ de subvention, proportionnellement de capitation, et l'impôt dessus nommé à refondre : voilà tout à coup 60^ d'augment pour seize habitants.
Cette communauté n'a aucun revenu quelconque ni autre moyen de parer à la moindre charge ; pourquoi il faut venir partout aux voies d'impositions.
Nous avons observé ci-devant que le premier moyen de procurer aux besoins de l'État était au moyen de l'impôt territorial, et ménager les sujets ; nous allons à présent montrer des moyens et pour la prospérité de l'État et des sujets.
Sa Majesté a dans chaque généralité quantité de receveurs des impôts desquels les pensions absorbent plus de deux tiers de ses deniers : en n'en laissant qu'autant qu'il est nécessaire, elle trouverait annuellement des sommes immenses ré\ ersible» dans ses trésors; et, par la suppression de tant de pensions,
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elle pourrait ménager les impôts et ses sujets sans empêcher les moyens du soutien de l'État.
Dans cette vaste étendue de son obéissance, îl y ^ une quantité prodigieuse de toutes conditions et de personnes qui jouissent des franchises, les uns pour cause d'Etat, d'autres pour cause de résidence, et qui possèdent de grands fonds. Pourquoi, s'il arrivait qu'il lui plût ordonner les tailles foncières, combien ne trouverait-elle pas à soutenir l'État et à ménager les pauvres habitants de la campagne?
Combien d'abbés commcndataires dans le royaume qui emportent des sommes immenses qu'ils sacrifient à des équipages somptueux, des dépensics inutiles ne restant dans leurs maisons ? que si Sa Majesté s'en rendait dispensatrice, trouverait davantage pour le soutien de l'État et de ménagement à ses sujets en obligeant en outre ceux-ci à garder leurs maisons.
Combien encore d'abbayes dans son obéissance qui ont des revenus immenses ; et, une fois en dépôt dans ces maisons, c'est de l'argent mort et dans l'État et dans la société des citoyens : en donnant à ces maisons des pensions suffisantes et obligeant de vivre régulièrement en communauté, leur interdire ces équipages, dépenses, etc. ; et, ce faisant rentrer le surplus, bientôt l'État aurait de quoi à ne jamais manquer, et les charges des peuples seraient bien allégées; en supposant que Sa Majesté deviendrait chargée des charges de ces abbayes et communautés, elle trouverait après tout des ressources immenses sans incommoder aucune, qui aurait toujours à soutenir leur état.
Outre les moyens ci-devant indiqués, il en reste un encore plus intéressant et à l'État et à la prospérité du royaume. Combien de pensions inutiles pour tant de commis, capitaines, lieutenants, brigadiers, contrôleurs, etc., des Fermes? Combien de sujets épuisés à cause que les sels, tabacs et passages ne sont libres et égaux dans tout le royaume ? Dans cette province, le sel vaut 8 solsja livre, le tabac 4*^, et à deux lieues de distance, le sel ne vaut que 2 s. 6 d. au plus, le tabac à proportion : ce qui occasionne les contrebandes, et par là bien des reprises de la part desdits commis, qui épuisent les sujets; souvent, pour n'avoir de quoi satisfaire aux contraventions, les prisons lui sont ouvertes, quelquefois des sentences plus rigou-
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reuses, enfin souvent des rébellions entre les commis et les reprises, ce qui occasionne la mort de bien des hommes : on voit par là que le Père de la Patrie a continuellement la guerre avec ses enfants ; tandis qu'il jouit de la paix avec les Etats, l'intérieur des siens est toujours en guerre intestine et en agitation.
Quelle progression dans ses trésors! s'il lui plaisait réformer les passages, rendre les sels communs dans toute son obéissance, et à un taux qui produirait autant, même plus que par ces ventes différentes, la suppression de tant de pensions inutiles deviendrait réversible dans ses coffres. Que d'avantages 1 en ce que la condition de ses enfants ne tiendrait plus rien de la servile, plus encore en ce que le père et les enfants jouiraient d'une paix parfaite en écartant d'eux ces guerres qu'on ne saurait voir sans peine et douleur.
Un autre moyen encore de ménager dans les cofTres de Sa Majesté de grandes ressources, ce serait de supprimer la milice dans ses États, ce qui opère des dépenses annuelles et qui ne ramène au service que des hommes sans zèle, sans attachement et intérêt pour la Patrie, en ordonnant que tous garçons nés Français, naturalisés ou de pays conquis fussent tenus de faire le service de six ou huit ans à compter de l'âge indiqué pour la milice ; et, dès qu'une fois ses intentions seraient connues, bientôt le sacrifice deviendrait volontaire. Et par cette loi se ménagerait beaucoup de dépenses qu'elle expose pour avoir des hommes, desquels grand nombre, après quelque temps, prennent le parti de la désertion. Exceptons les hommes sans goût, et ceux qui p'ont la taille : que ceux-ci paient une somme modique et suivant leurs moyens, avec quoi le Roi aura à faire des hommes de zèle et d'attachement ; cl ceux-ci seront exempts des agitations que la milice leur cause et des dépenses qu'ils exposent en faisant tirer pour eux, qui absorbent infiniment ce qu'une fois ils paieraient.
Une chose qui nuit notablement au peuple, c'est les ventes des grains dans le royaume : il est grand nombre de ces commerçants qui achètent les grains ; ensuite il faut repasser par leurs mains à quel prix [que] ce fût, motif de la cherté ; lu France qui est en abondance en toutes marchandises, surtout en grains, c'est un des royaumes où il est le plus cher.
Il serait à souhaiter qu'il plût à Sa Majesté interdire ces
sortes de ventes, en ordonnant que tous et un chacun de ses sujets ayant grains à vendre soient tenus les exposer euxmêmes sous les halles et marchés publics.
On voit même quantité de particuliers qui vont au-devant des voitures et les achètent avant qu'elles soient arrivées en halles et marchés, en sorte que le pauvre peuple est obligé d'y passer : jusque même les meuniers font cette manœuvre en conciliant leurs intérêts avec ceux des veiideurs et imposent faussement que c'est pour obliger leur pratique qui n'a besoin d'un pareil ministère : il serait ici de la prudence des officiers de police à veiller à la réforme de cet abus.
Une autre circonstance qui est d'autant plus coûteuse qu'elle épuise bien souvent les sujets, c'est les justices seigneuriales : on observe qu'il en coûte plus pour faire décider les différends dans ces tribunaux que dans les tribunaux supérieurs, et souvent des décisions bien imparfaites, ce qui excite des appels ; et il arrive que tel à qui le droit aurait dû être adjugé s'en trouve forcément dépouillé pour n'avoir plus de moyen pour soutenir la cause soit dans les bailliages, soit dans les parlements.
On ne cherche point ici à intercepter les droits et des seigneurs et de leurs officiers, à qui toutes connaissances de délits, informations de procédure, et généralement tous objets réservés à leur connaissance et juridiction ne peuvent échapper suivant les lois générales.
Mais on demande que le grand nombre des différends qui naissent journellement entre les sujets et qui peuvent être décidés sans grande dépense le soient par des jurés dans les communautés, qui seraient tenus entendre les parties contradictoirement et dresser verbal de leurs dircs' respectifs pour de suite être statué ce que le cas exigerait. A ce moyen, on préviendrait bien des frais qui d'ordinaire viennent inutiles, ce qui n'empêcherait d'appeler du bien oumaljugédantis les tribunaux supérieurs ; les dépenses inutiles exposées dans ces jus* lices ménageraient des moyens aux parties pour voir décider sainement et supérieurement.
On finit enfin par faire connaître combien de sujets sont ei-core surpris ; c'est ceux qui contractent envers les Juifs j cette nation si redoutée oblige les particuliers, leurs débiteurs, à satisfaire à leurs obligations incontinent l'échéance des termes, ce qui est incontestable ; mais souvent naissent des