‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789. l. serie. Département de Meurthe-et-Moselle (volume 2)Chapitre 9 sur 192 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

blesse, clergé, tiers état), dirigeait en première ligne les opérations militaires et veillait à l'entretien des fortifications.

Bref, l'autorité des Évoques était de tous points celle de princes souverains : au demeurant, ils étaient, du fait de leur Eglise, princes d'Empire, et, comme tels, siégeaient et avaient voix à la Diète d'Empire et à l'assemblée de leur Cercle.

Lorsque, le lo février i552, le Roi de France se fut emparé de la place de Metz et du Pays messin, il traita assez doucement les terres de l'Évêché : en échange de la démission que l'Evoque avait faite au nom du Roi de sa souveraineté hypotliétique sur la ville de Metz, Henri II l'avait pris, lui et son Eveché, en sa garde et protection particulière; ce qui n'empêcha pas, d'ailleurs, les troupes françaises de s'emparer des villes fortes de Marsal (i555) et d'AlbestrofT (i564), où elles établirent garnison ; pourtant, respectant les droits séculiers et le pouvoir politique du Prince de l'Empire germanique, l'Administration française laissa TEvéque en jouissance du reste de ses possessions.

Toutefois, il était à prévoir qu'ici encore la vieille politique de la France, politique traditionnelle de conquête et d'annexion, en arriverait à ne plus tenir compte des droits précités, et essayerait un jour ou l'autre de réunir la principauté ecclésiastique de Metz à la France (*).

Le siège épiscopal de Metz ayant été occupé pendant plus d'un siècle par des membres de la famille ducale de Lorraine, tout dévoués à leur maison, la puissance française dans le Temporel de l'Évêché dépendait des sentiments plus ou moins hostiles ou amicaux des Ducs à l'égard de la France. Par suite, il importait à l'Administration royale de délier l'évêché

1 . Rrlativeniont aux tentatives Taites par la France pour s'attribuer la souveraineté chi Temporel cie l'ÉviVhc de Metz, nous renvoyons aux articles suivants :

Hammerstkik (Freiherr H. von), Der Metzer Bischof Kardinal de Givry {lOog- 1612) und die fransôsischen Annexionstabsichten au/ das Fûrst-Bisthuni. (jahr^ buch der Gesellschaft fur lothringische Gcschichte und Altertumskunde. Band 10, 1898, pp. 153-170.)

Sauerland (H. von), Die Annexion des Fûrstbisthums Metz an Frankreich im Jahre i6i:i'j0r4. (Jd., Band 5, i8y3, Zweile HâlV, pp. 188-aoi.)

Saufkt.ano (H. von), Nachirag zur Geschichte der • Annexion des Fûrslbis" t il mis Met: an Frankreich i. (/f/., Band 6, 1894, pp. 281*2 83.)

INTRODUCTION XIÏl

de Metz de 1 union qu'il avait en quelque sorte contractée avec la maison ducale; et, à cet effet, d'empêcher la nomination d'évêques de souche lorraine, toujours suspects pour la France au point de vue politique, et de faire choisir à leur place par le Chapitre cathédral, et confirmer par le Saint-Siège des candidats de nationalité française, et dont le dévouement à la maison royale serait garanti par leur naissance et leur éducation. Ce fut ainsi qu'après la mort du cardinal Charles II de Lorraine, survenue le 24 novembre 1606, le Chapitre de Metz, cédant aux instances du duc d'Épernon, gouverneur au nom du Roi des villes et citadelles de Metz et Pays messin, Verdun, Toul et Marsal, dut présenter au Pape le fils naturel du roi Henri IV, Henry de Bourbon, marquis de Verneuil, quoique n'appartenant pas encore à la religion catholique, pour être nommé évêque.

Sur les résistances du Pape, motivées par l'extrême jeunesse du candidat, le bâtard royal reçut l'expectative de l'Évêché ; pour lors, Henri IV fit nommer évêque un vieillard maladif qui gérait à Rome les affaires de la Couronne de France, son ami intime et tout dévoué, Anna, comte d'Escars, cardinal de Givry, Français de naissance et en qui il espérait trouver un instrument souple de ses desseins politiques. Aussi, n'ayant plus à redouter de résistance de la part de l'Évêque, profitant de la situation embarrassée de l'Empire d'Allemagne, il rendit, le 22 juillet 1609, un décret aux termes duquel non seulement sur le territoire de la ville, mais dans tout l'Évêché de Metz, les divers magistrats ne pourraient occuper leurs charges et remplir leurs fonctions qu'au nom du Roi de France Q),

Les difficultés surgirent d'où on ne les attendait pas : reçu à Metz, par ordre supérieur, avec le respect requis par ses dignités et par ses mérites, mais sans les honneurs dus à un prince souverain, le cardinal de Givry se vit, dès le début, en butte aux multiples et pressantes instances du gouverneur, le

I. Cf. Sauerland, Die Annexion,,., Urkundcn : Lettres patentes de Henri IV touchant le gouvernement du Pays messin. De Paris, 22 juillet 1609 (texte in extenso), p. ig6.

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