CAHIER DE BARONVILLE
Sa cherté empêche le pauvre et le médiocre d'eu faire usage ; de là proviennent des maladies épidémiques si fréquentes dans ce pays. Le tabac est encore nécessaire pour la conservation du bétail, et son prix excessif rebute, empêche d'en acheter; et, au contraire, s'il était libre, chacun s'en pourvoirait à son besoin. Art. 5. — Toutes les lois favorisent la veuve et l'orphelin, et donnent des moyens pour la conservation de leurs biens; mais les priseurs-jurés ôtent cet avantage; en sorte que l'on voit avec douleur que les droits qu'ils perçoivent absorbent quelquefois tout ce qui reste d'une succession : de là les créanciers n'osent plus poursuivre leurs débiteurs, parce qu'ils savent que les priseurs-jurés seront préférés : ce qui nous oblige à en demander la suppression.
Art. 6. — Les droits de pieds-fourchus et de chàtrerie sont onéreux et inutiles.
Art. 7. — La justice si lente et si coûteuse par des incidents et des formes sans fin pour des choses de peu de conséquence, exige une réforme pour le bien public ; il paraît que les affaires de peu de conséquence pourraient se terminer sans frais par les municipalités.
Art. 8. — Les Maîtrises sont onéreuses aux communautés en ce qu'il arrive que leurs vacations égalent le prix du bois qu'elles délivrent; il serait très juste de diminuer leurs frais à proportion du bois qu'on a.
Art. 9, — • Les clôtures sont nuisibles aux prés; nous demandons qu'ils soient en réserve pour la seconde comme pour la première faux, sans être obligé de les clore, et que cha([ue particulier soit libre d'user de ses propriétés pour l'un et pour l'autre.
Art. 10. — On paye pour les contrats d'acquisition les droits de contrat, d'insiuiuTtion et de sceau : ces droits multipliés pourraient être simplifiés; le premier suffirait pour assurer les propriétés; ou, du moins, il serait de la justice qu'en payant un des deux autres droits on supprimât l'autre; d'autant plus qu'en Lorraine et d'autres provinces on ne paye que deux de ces droits.
Art. II. — L'intention du Roi est (|ue ses sujets, au moins de la même province, soient également imposés pour la quotité des impôts ; ce qui n'est pas pour ce village, puisqu'on nous fait payer les vingtièmes de nos maisons, tandis que les villages
voisins, Évêchois comme nous, en sont exempts : nous demandons avec justice la suppression de cet impôt.
Art. 12. — Depuis peu d'années la nef des églises est à la charge des communautés, et les gros décimateurs en ont été airranchis, ce qui paraît injuste. Si malheureusement elles viennent à tomber, la pauvreté des gens de la campagne est si grande qu'ils seraient hors d'état de pouvoir les faire reconstruire ; d'ailleurs les réparations journalières deviennent très coûteuses : nous demandons que, suivant l'ancien usage, les églisei soient à la charge des décimateurs.
Art. i3. — Nous demandons que les fonctions ecclésiastiques se fassent sans aucune rétribution de la part des habitants : l'Église est assez riche pour pourvoir autrement à l'honnête entretien de ses ministres.
Art. i4- — Les colombiers causent bien du dommage aux propriétaires ; si un champ semé n'est pas hersé aussitôt, une grande partie de la semence est enlevée par les pigeons : les propriétaires se trouvent sans récolte ; et à peine les grains de toute espèce commencent-ils à mûrir, qu'ils s'en nourrissent ; on craint de laisser les javelles sur terre pour sécher et pour achever la parfaite maturité, parce que ces petits voleurs enlèvent ce (ju'ils peuvent; et, en cas qu'il plaise aux Etats généraux d'en conserver, nous demandons la liberté de les tuer dans les temps prohibés.
Art. i5. — Les milices causant une grande dépense aux communautés et aux particuliers, non seulement à cause des voyages et la perte du temps, souvent dans une saison pressante pour le travail, mais encore parce (jue le cultivateur se trouve privé d'un domestirjue dans un temps dont il a le plus besoin, et qu'il n'en peut point trouver d'autre pour le remplacer; et ce qui aggrave le joug, c'est que le laboureur qui est la partie la plus nécessaire dans une province, n'est pas ménagé : on n'a pas égard aux difficultés qu'il a pour se procurer des bons domestiques à cause de leur rareté ; qu'un laboureur fasse deux ou trois charrues, il n'a aucun garçon franc de la milice ; tandis que les privilégiés, ({ui en ont beaucoup moins besoin, en ont d'exempts, et que les laboureurs lorrains qui nous environnent en ont par charrue un d'exempt; ce contraste est cause (|ue les domesticpies cherchent des maîtres en Lorraine, et abandonnent les Evêchois. Le Ministère