‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789. 1. sér.; Département de Meurthe-et-Moselle (volume 3)Chapitre 48 sur 246 · CAHIER DE BARONVILLE · texte numérisé non relu

CAHIER DE BARONVILLE

pourrait prendre d'autres moyens pour ménager le cultivateur qui, manquant de domestiques, ne pourra plus labourer la terre; et à quoi bon tirer des milices pour laisser les sujets dans nos villaqes pendant des huit années, et qui deviennent à charge aux communautés? Si l'Etal a besoin d'hommes, il a toujours le temps d'en lever à moins de frais ; il paraît qu'il serait plus avantageux de se procurer par argent des hommes de boiuie volonté, que de les forcer par le sort.

Art. iG. — - Nous demandons la liberté individuelle, et la conservation de ses propriétés.

Art. 17. — On voit avec douleur en certain temps que les sanqliers, les cerfs et les biches dévastent nos campagnes : on devrait les tuer, ou indemniserles propriétaires de leurs pertes ; on voit dans nos campagnes des lièvres comme des troupeaux de moutons, qui font dans nos denrées des sentiers comme des personnes, en coupant le blé et les autres denrées, qui coupent les ceps de vignes, les petits arbres dans nos jardins, mangent tous les choux des propriétaires, sans oser pour ainsi dire les chasser; nous demandons qu'il soit permis de s'en défaire, pourvu qu'on ne se serve point d'armes à feu ; car si un pauvre malheureux avait le malheur d'en tuer un, quoique par accident, il serait poursuivi très rigoureusement; ce qui est encore plus injuste, c'est d'ôter aux cultivateurs la liberté de nourrir aucun chien qui sont la sauvegarde des laboureurs pour leurs chevaux; soient-ils suivant l'ordonnance ou non, on les tue sans précaution sur le pas des portes sous prétexte qu'ils chassent.

Art. 18. — Un des principes des dépérissements du labourage provient essentiellement de la trop grande cherté des fermes, occasionnée par l'abus détestable de les relaisser à qui plus ; il est donc essentiel de faire proscrire des règlements de régie l'article qui ordonne que les biens seront admodiés au plus offrant et dernier enchérisseur; car, tant que cet abus aurait lieu, il ne serait pas possible et il n'y aurait aucune espérance de voir rétablir le labourage dans son premier état : le cultivateur ne pouvant retirer de ses terres de quoi payer les impôts, les cens et rentes, ses canons, ni subvenir à la dépense nécessaire à l'entretien du labourage, se trouve hors d'état d'entretenir les bestiaux nécessaires à la culture d'une trop grande quantité de terre qu'il a entreprise, par nécessité

■yO BAILLIAGE DE VIC

de vivre, dans l'assurance qu'une plus grande entreprise le mettrait à même de récupérer ses pertes ; mais se trouvant à ce moven, contre son attente, hors d'état de donner à ses terres les cultures nécessaires pour une vraie récolte, il arrive de là que ces mêmes terres étant bien cultivées auraient produit six quartes, n'en produisent que quatre, et que ce déficit du tiers du produit est la cause de sa ruine et de la disette d'une province; et tant que la liberté d'entreprendre une trop qrande quantité de terre aura lieu, et que le cultivateur de ce pays ne se bornera pas à cultiver vingt-cinq jours, mesure de France, ou quarante, mesure de Lorraine, on ne parviendra jamais à donner aux terres les cultures nécessaires pour une vraie production. Il est reconnu également que le dépérissement du labourage dans ce pays ne discontinuera pas tant que le propriétaire, ignorant la nature de ses biens, voudra en percevoir plus d'un tiers de leur produit, le second tiers étant nécessaire pour l'achat et l'entretien des bestiaux, et ustensiles nécessaires à la culture de la terre, et pour les deniers du Roi, impôts, cens et rentes, et le troisième tiers nécessaire à la subsistance du cultivateur, de ses domestiques, de ses ouvriers et de sa famille. 11 est conséquemment évident que le propriétaire, peu accoutumé à diminuer le canon de ses fermiers, sera obligé de prendre connaissance de la nature et de la production de ses biens pour diminuer, après connaissance de cause, les canons de ses fermiers qui sont surchargés; et tant que l'on ne prendra pas ces moyens, il n'y a nulle espérance de voir rétablir l'agriculture, ni de tirer de l'état de dépérissement la partie des manœuvres qui composent nos villages, et qui ne [leuvent subsister lorsqu'une fois la quarte de blé de notre pays vaut plus de sept à huit francs, qui ne suffirait peut-être pas eflectivement pour le cultivateur qui a entrepris des terres à trop haut prix ; mais vouloir enchérir le blé pour mettre à même le fermier de payer, ce serait écraser le peu[)le déjà ruiné par les années de cherté qui ont précédé ; et il est visible (ju'un manœuvre surtout qui, dans les années malheureuses, a été obligé de se dépouiller de quelques pouces de terre dont il jouissait encore pour sa subsistance, et (|ui, aujourd'hui, n'a |iliis rien (|ue ses i>ras, (jui ne peuvent lui rapporter ou peutêtre pas vingt sols par jour, et à qui il faut une quarte de blé par semaine pour la subsistance de sa famille à raison de deux

Page 1