‹ Cahiers de doléances des bailliages des généralités de Metz et de Nancy pour les États généraux de 1789. 1. sér.; Département de Meurthe-et-Moselle (volume 4)Chapitre 26 sur 56 · GOIN · texte numérisé non relu

GOIN

rjépart. de Moselle. — Arr. de Metz-campagne. — Canton de Verny.

— Habit. : 316 (1936).

Dioc. de Metz. — Archidiaconé de Vie. — Archiprêtré de Nomeny.

— Patron : le chapitre de la cathédrale de Nancy et le concours. — Décimateurs : le chapitre de la cathédrale de Nancy et le curé.

Feux : 107 (i78c>). — Habit. : ? (1790).

Seigneur : Joseph-Louis-Bernard comte de Cléron d'Haussonville (1789).

Impositions (1789) : Subvention : ?

Ponts et Chaussées : ?

Députés : Nicolas Renaudin et Jean-François Hugnet.

CAHIER

Cejourd'hui huitième mars mil sept cent quatre-vingt-neuf, à l'issue des vêpres.

Nous soussignés, maire, syndic, municipalité et communauté de Goin, dûment assemblés en la manière et lieu accoutumés conformément à

(i') Arch. de M.-et-M., série B. Fonds judiciaire. Cahiers de doléances. Cahier de 16 pages, doit 7 de texite et signatures.

l'ordonnance de Monsieur le Lieutenant-général de Pont-à-Mousson pour procéder à la rédaction du cahier des plaintes, doléances et remontrances que ladite communauté entend faire parvenir à Sa Majesté lors de la tenue des Etats Généraux par la voix des députés de chacune des paroisses qui doivent composer l'assemblée indiquée pour le onze mars à Pont-à-Mousson par mondit S"" le Lieutenant-général a chargé les sieurs Renaudin et Huguet, ses députés et représentants en ladite assemblée de Pont-à-Mousson, d'y représenter :

1° Que le village de Goin étant isolé dans un coin de la province de Lorraine et enclavé dans un arrondissement d'autres villages dépendants du pays messin, il ne peut tirer d'aucun lieu les bois de chauffage nécessaires à sa consommation que des lieux soumis à une juridiction française et les préposés et employés de la ferme exigent que lesdits habitants prennent des acquits, ce qui les induit continuellement en dépenses considérables sans qu'ils aient aucun moyen d'éviter ces dépenses et frais.

2° Pour les mêmes raisons de la situation dudit village de Goin, les habitants ne pouvant importer ni exporter aucune denrée sans passer sur les lieux soumis à la juridiction du même pays messin, ce leur est une grande charge d'être obligé de payer à la ferme des acquits pour toutes les denrées qu'ils importent et exportent, même les plus nécessaires, et pour ces considérations, ledit village demande s'il ne serait pas juste qu'il fut dispensé de prendre des acquits au moins pour les denrées nécessaires à sa consommation.

3° La banalité du moulin de Goin qui, à défaut d'eau, arrive souvent plus de la moitié de l'année et qui ne pourvoit par conséquent pas à ses charges mêmes inconvénients de la banalité des pressoirs qui n'étant pas suffisants pour pressurer tous les raisins dans les années abondantes, exposent les banaux à de grandes pertes.

4° Les clos qui ne tournent qu'à l'avantage des riches propriétaires et nuisent d'autant au reste des communautés.

5° Le partage des biens communaux défrichés dont les seigneurs se sont attribué le tiers sujets à la clôture au détriment de la communauté.

6° Le profit qui résulte de la vente de quelques biens communaux et qui se fait en communauté pour en payer et subvenir aux charges.

Le seigneur .prétend avoir droit d'en percevoir le tiers sans vouloir payer le tiers des charges, ce qui est une injustice criante Et malgré cet avantage, des seigneurs relativement à tous ces biens communaux, ils ne se croient pas obligés aux vingtièmes dont ces biens sont imposés, pas même au prorata de leurs tiers.

7° L'abus des colombiers qui sont trop multipliés et souvent trop considérables qu'on n'a pas soin de tenir fermés dans les temps voulus par les ordonnances.

8° L'abus qui résulte du haussement excessif du canon des fermes, les impositions royales, les droits seigneuriaux qui forcent les fermiers à accumuler ferme sur ferme par l'espérance trompeuse de se dédommager sur l'une de la perte qu'ils font sur l'autre, expose les terres à n'être pas suffisamment cultivées d'où il arrive qu'elles ne produisent

pas ce qu'elles devraient produire. Et d'ailleurs la nécessité où sont réduits les fermiers à ménager pour subvenir à toutes les dépenses, les empêche d'occuper autant de bras qu'il conviendrait et réduit par là une grande quantité de main-d'œuvre au désœuvrement, de là une foule de manœuvres se trouvant ordinairement une grande partie de l'année sans ouvrage, ils ne peuvent vivre qu'avec grand peine et sont néanmoins obligés à payer les impositions royales et les droits seigneuriaux, qu'il est dur d'y voir soumis des gens qui souvent manquent de pain.

9° La suppression des justices seigneuriales à cause des frais considérables qu'elles occasionnent et dont les jugements deviennent inutiles, les plaidants ne s'y tenant pas. Elles sont l'occasion d'une foule de procès par la facilité avec laquelle les parties peuvent s'y attaquer.

io° Le droit de chasse exclusif nuit considérablement par l'abondance des gibiers qui dévastent les campagnes s'il n'était pas exclusif et qu'on le vende au profit de l'Etat, l'argent qui en proviendrait tournerait à l'utilité publique en suppléant à d'autres impôts.

11° Les différents impôts sur les cuirs augmentent trop le prix des souliers si nécessaires aux gens de la campagne.

12° Enfin, les impôts de tous genres, la cherté du sel et du tabac pèsent trop sur la classe indigente des citoyens et surtout de la campagne.

13° La rareté des bois augmente tous les jours par la trop grande consommation des salines. Les communautés qui les avoisinent sont obligées de rétrograder plus loin pour se fournir de bois. Il est très utile d'abolir ces salines et de faire venir le sel comme on le donne à l'étranger qui est à bien plus juste prix.

Les fers sont augmentés considérablement à cause de ces mêmes salines.

Finalement, lesdits maire, syndic, municipalité et communauté de Goin défendent à ses représentants de solliciter que le village soit retranché de la province de Lorraine à laquelle il est uni et attaché de cœur et d'affection. C'est pourquoi il charge ces mêmes représentants et députés de se joindre aux députés du reste de la province pour témoigner son amour, sa fidélité et sa soumission la plus respectueuse à leur Roi souverain pour promouvoir tout ce qui concerne le bien général de l'Etat et de la province, ce qui est notoirement connu pour qu'il soit nécessaire d'en parler sur le présent cahier par des réflexions particulières au village de Goin.

Et ledit cahier contenant sept pages a été clos et signé par les susnommés les an et jour avant dits.

[Signatures de] Jean Neven, syndic; Jacques Ansez, maire: Charles Lemoine, lieutenant-maire; Toussaint Carau, Paul Hanriot, Sébastien Hanriot, François, sergent; Renaudin, Hugnet, D. Hugnet (^K

(i) Recii^eil Florangc, à Pont-à-Mousson. Cahier de 8 pages, dont 7 de texte et signatures.

GRISCOURT

Départ, de Meurthe-et-Moselle. — Arr. de Nancy. — Canton de Domèvre-en-Haye. — Habit. : 113 (1936).

Dioc. de Toul. — Archidiaconé de Port. — Doyenné de Prény. — Annexe de Gézoncourt. — CoUateur : ? — Décimateurs : chapitre de Metz et le curé.

Feux : 30 (1789). — Habit. : 131 (1790).

Seigneur : chanoines et le chapitre de l'insigne église collégiale de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson (1789).

Impositions (1789) : Subvention 260 livres

Ponts et Chaussées 246 Uvres

506 livres Députés : Nicolas Obrion et François Vion.

CAHIER

Cejourd'hui dix mars mil sept cent quatre-vingt-neuf, le corps de la communauté de Griscourt assemblé à la manière accoutumée au logis de leur syndic actuel pour répondre aux vues bienfaisantes de Sa Majesté le Roi de France a l'honneur de représenter les plaintes, remontrances et doléances ainsi qu'il s'en suit :

1° Les chanoines de la cathédrale de Metz, décimateurs des grosses et menues dixmes dans toute l'étendue du ban de Griscourt, ne fournissent rien à leur église ce qui paraît injuste aux remontrans.

2° La suppression d'un abus très préjudiciable aux habitants qui est que le munier, contrairement aux charges anciennes pour la perception de la mouture qui était la vingt-quatrième partie, use à présent du droit de percevoir la seizième partie sans aucun titre qui le lui permette, le moulin faisant partie de la seigneurie de Griscourt donne au chapitre de Sainte-Croix de Pont-à-Mousson par le Duc René Second conséquemment le droit de mouture ne doit se percevoir que comme il se perçoit actuellement à Pont-à-Mousson qui est la vingt-quatrième partie ainsi que dans tous les autres moulins dépendant du domaine de Sa Majesté.

3° La suppression des traites foraines étant très préjudiciables au commerce.

4° Les terres du ban de Griscourt sont d'un si petit rapport qu'à peine les cultivateurs peuvent-ils recueillir leurs semences que chaque jour de terre chargé d'un bichet de grain de l'espace qu'il est ensemencé pour droit de terrage dû aux seigneurs.

5° Le sel étant à présent hors de prix, ce qui occasionne souvent les maladies tant aux personnes qu'aux bestiaux, c'est ce qui les oblige d'en demander une diminution.

6° Demande la suppression de l'industrie.

7° Demande la suppression des huissiers priseurs ce qui cause des frais très exorbitants aux mineurs.

8° Demande également qu'il ne soit levé aucun impôt sans l'agrément des Etats Généraux.

9° Demande également que l'Université transférée à Nancy soit rétablie à Pont-à-Mousson vu que les pensions sont très fortes dans la ville capitale et que le luxe y règne considérablement ce qui est cause que les enfants de famille ne peuvent s'y rendre pour faire leurs études tandis qu'ils auraient plus de facilité dans la ville de Pont-à-Mousson.

io° Demande la suppression des banalités des moulins, pressoirs et autres.

11° Demande la suppression des clos.

12° Demande la suppression de la dixme de foin vu qu'elle ne sert que pour les bestiaux pour faire la culture des terres.

13° La communauté expose qu'elle a un pont au bas du village construit en pierre de taille sur le ruisseau d'Esch qui conduit tant au moulin qu'aux villages voisins, ancien chemin de Nancy à Thiaucourt se trouvant dégradé par les bois de flotte, cette communauté demande que cedit pont soit au compte du Roi vu que la communauté n'est pas en état de l'entretenir.

Réclamons les Etats généraux de la province de Lorraine et Barrois.

Les remontrans supplient de grâce messieurs les olîficiers municipaux de la ville de Pont-à-Mousson de daigner vouloir recevoir et accueillir leurs plaintes, remontrances et doléances et de les porter aux cahiers et fera justice à Griscourt les jour et an avant dits.

[Signatures de] N. Manginois; D. Henr>% greffier (1).

JAULNY

Départ, de Meurthe-et-Moselle. — Arr. de Nancy. — Canton de Thiaucourt. — Habit. : 231 (1936).

Dioc. de Toul. — Archidiaconé de Port. — Doyenné de Prény. — Collateur : chapitre de Metz. — Décimateurs : chapitre de Metz, le seigneur et le curé.

Seigneur : Anne-Bernard- Antoine, marquis de Raigecourt (1789).

Impositions (1789) : ?

Députes : Nicolas de Faulx et Joseph Poirot.

CAHIER

Fut-il jamais moment plus heureux, Sire, que celui où l'un des plus puissants monarques de l'univers se détrône, non pour se dépouiller de

(1) Arch. de M.-et-M., série B. Fonds judiciaire. Cahiers de doléances. Cahier de 12 pages, dont 3 de tex!te et signatures.

son auguste dignité, mais pour la confier par des viœux bienfaisants à sa respectable nation assemblée de toutes les parties de son royaume devant sa souveraine Majesté.

Quelle fermeté, Sire, cette confiance ne nous inspire-t-elle pas ! Elle nous enhardit au point de vous donner ce beau nom de tendresse, le père du peuple, le grand-père de famille qui appelle tous ses enfants non pour leur faire rendre compte de leur administration, mais pour les consulter sur les mesures à prendre pour établir un ordre plus uniforme qui consistera surtout à rendre vos sujets tous tributaires sans nulle distinction. Quand une fois cet ordre sera établi, vos sujets se regarderont tous comme frères, car je puis dire d'après une longue expérience, que le principal objet de désunion entre vos sujets a été toujours cette distinction à ne pas partager les impôts. Cette distinction a pour principe une action éclatante, c'est un militaire qui a versé son sang pour la patrie, c'est un ecclésiastique qui, par sa science, a mérité les bonnes grâces du souverain. Les faveurs sont-elles injustement distribuées? Non. dans leur principe, mais aujourd'hui les faveurs, par leur trop grande multiplicité, dégénèrent en abus. Les principaux abus sont d'accorder non seulement l'exemption de toutes impositions à l'ordre de la noblesse dans lequel sont compris les généreux militaires dont je parle, mais de les gratifier encore d'une pension après un certain temps de service, ce qui leur procure double avantage. Quant aux pensions, il y aurait de l'injustice à les supprimer totalement surtout à des militaires qui, souvent, n'ont pas d'autres ressources et qui ont blanchi sous les armes mais dans le moment le bien public demande de grandes réformes, mais pour cette exemption, elle doit tendre à sa fin non seulement à cause des circonstances présentes, mais parce qu'elle est appuyée sur des bases qui ne sont point fondées. Nous avons .dit qu'elle prenait sa source dans des actions éclatantes, n'en trouverons-nous pas d'aussi éclatantes dans notre ordre? Les commerçants ne s'exposent-ils pas aux périls en traversant les mers? Le magistrat n'a-t-il pas épuisé sa santé dans l'étude des lois? Le cultivateur, ses peines, ses sueurs, ses travaux excessifs seront-ils compté pour rien? Toutes les actions ne concourent-elles pas également au bien public? Si cela est, cette distinction parmi vos sujets, attribuée aux uns, enlevée aux autres, supposerait de l'injustice, injustice que votre équité ne balancera à éteindre car c'est là sûrement le but principal de cette grande et solennelle assemblée.

Quelle harmonie et surtout quel ordre se présente à notre imagination en voyant que par le moyen de ces assemblées graduelles toute la nation se trouvera réunie en votre présence. Sire, dans ce petit concours de peuple, mais de l'admiration nous passons aux heureux efifets que produira cette assemblée représentative de la nation. Je dis heureux efifet, car elle sera l'issue de cette assemblée quand nous prions, engageons, sollicitons quelqu'un à nous peindre les maux. C'est que nous sommes disposés à lui porter du secours ; or, c'est ce que vous faites dans cette convocation, vous nous forcez, pour ainsi dire, à vous exprimer nos maux. Aussi, pour répondre à cette généreuse invitation, nous allons nous empresser à vous mettre sous les yeux les nôtres.

La communauté de Jaulny dont nous avons l'honneur d'être membres et de la représenter est affligée non seulement de trois maux qui méritent plutôt le nom de fléaux et les maux qui lui sont communs avec beaucoup de communauté sont : i° la liberté d'enlever les blés à tous prix, à la vérité ce qui est défendu dans ce moment ; 2° les impôts sur les vins de Lorraine ; 3° la cherté du sel. Mais elle est encore désolée par un quatrième qui lui est personnel en partie, c'est qu'outre toutes les impositions communes avec les autres communautés, chacun de ses habitants doit encore annuellement à son seigneur quinze livres dix sols. Aussi nous avons la douleur de voir chaque année un tiers de ses habitants exécutés si ce n'est pas toujours pour les rentes seigneuriales, c'est pour les tailles, ce qui ne serait pas, s'ils n'avaient qu'un seul fardeau à porter ou si les fardeaux étaient diminués, inculper de paresse cette dernière classe qui ne peut supporter cette double imposition, ce serait n'avoir nulle connaissance du territoire qui est très ingrat, consistant entre peu de terres labourables appelées terres de montagne et un tiers des terres est encore occupé par le seigneur, ce qui est injustice même d'après l'exposé ci-dessus. Ce qui est encore plus criant, c'est que le cultivateur paie par chaque cheval tirant onze livres de Lorraine, je laisse à penser comment ce laboureur peut prendre intérêt à la culture voyant que la plus précieuse portion de ses récoltes suffira à peine pour s'acquitter de cette rente. Si nous avancions que les titres seigneuriaux doivent exempter cette communauté d'autres impositions, nous laisserions encore mieux entrevoir combien nos réclamations sont justes. Qu'on ne nous accuse point d'abandonner le bien public puisque ces espèces d'impositions ne sont que trop communes dans notre province et rien qui nuise plus au bien public en forçant le cultivateur à se restreindre à une portion de terre moindre que celle qu'il serait en état de cultiver s'il avait la liberté d'employer autant de chevaux sans nulle rétribution.

En donnant une idée de nos maux, nous avons compris celui qui était causé par les impôts portés sur les vins de Lorraine. Quel tort cette imposition occasionne-t-elle? Le voici : la liberté de vendre nos vins aux Français nous est interdite parce qu'en leur vendant nos vins, nous serions forcés de les laisser à vil prix. Cette interruption de commerce, outre la perte réelle que le pauvre cultivateur fait, sont des moyens puissants pour exciter la tendresse de notre souverain et l'engager à ôter cette imposition dans les pays français qui nous avoisinent.

Quant à l'exportation des blés, serions-nous en droit de demander qu'elle soit non seulement suspendue pour un temps, mais même défendue absolument. Pour répondre prudemment, examinons si dans certain temps cette exportation ne- serait pas préjudiciable à tous ou au moins à un grand nombre d'habitants d'une province si cela était l'intérêt public demanderait qu'il fut défendu de l'enlever; pour justifier ce que nous avançons, il suffit de jeter un coup d'œil sur cette grande cherté des blés et sur les maux qu'elle produit. Dirons-nous qu'un tiers des habitants de notre province seront forcés à se rendre voleurs parce qu'ils sont hors d'état de se procurer les aliments de première nécessité? Cette exportation ne doit pas être absolument défendue, car il faut considérer que ce commerce en blé fait souvent le bien public.

Cherchons une règle sûre pour fixer le transport. L'on peut le permettre quand la mesure la plus connue de ce pays ici n'excède pas douze livres de Lorraine, mais quand elle surpasse, alors elle doit être défendue. Faut-il, pour enrichir douze commerçants, ôter la subsistance à un nombre infini de pauvres? Supposer cette dureté, ce serait faire l'injure la plus grande au oœur compatissant de notre monarque.

L^n objet presque aussi important et qui est à proprement parler un aliment de première nécessité qui est le sel, ne serait-il pas aussi digne de nos attentions? Considérons quelle est son utilité. Nous l'avons dit : aliment de première nécessité. Quel est son prix? Nous le connaissons et nous savons que ceux qui portent le poids du jour ne peuvent s'en procurer. Il est donc de la plus grande importance que le prix en soit diminué d'un tiers. S'il était impossible de le faire pour tous les sujets, que ce soit seulement pour les pauvres, ce qui pourrait se fixer sagement en sondant les facultés de chacun.

Serait-il au-dessus de notre portée d'avancer qu'un bien pour tous les sujets du royaume serait que l'on fit attention au changement total des receveurs des d-^niers publics qui doit nécessairement se faire si l'on veut rétablir nos finances. Comment vos sujets. Sire, qui paient les impositions' avec la plus grande soumission peuvent-ils voir sans douleur que plus d'un tiers n'est point versé dans vos trésors, ne trouvera-ton jamais de moyen de les faire arriver entièrement en donnant à tous les receveurs de la province une pension?

Nous prévoyons aussi un ordre plus uniforme à établir entre le militaire servant, c'est-à-dire entre l'officier et -le soldat que messieurs les officiers soient payés gracieusement, cela pourrait encore avoir son bien surtout quant aux officiers supérieurs s'ils savaient étendre les largesses de la nation sur ses soldats, comme un pasteur distribue une partie de ses revenus à cette portion chérie qui sont ses pauvres. Mais puisque l'ordre ne règne plus parmi le militaire, cherchons-en la raison. Nous l'apercevons bientôt, c'est que l'officier, outre cette aisance que la nation lui fournit au-dessus du soldat, ne parle jamais avec assez de fraternité à son soldat, ce qui rend le service dur, ce qui fomente la désertion, c'est encore cette disproportion dans la paie ; ainsi pour arrêter cette fréquente désertion et pour rendre le service plus doux, il parait juste d'augmenter cette paie aux soldats en faisant une distribution plus exacte entre l'officier et le soldat, ce qui fera le bien de l'Etat en ce qu'il faudra beaucoup moins d^ sujets et ce qui tranquillisera les pauvres mères désolées par l'appréhension de la désertion.

Nous laisserons à des gens plus éclairés le soin de représenter que cet ordre, si respectable du clergé n'est pas sans abus. Cependant, appuyés sur cette liberté de parler qui tend au bien public nous osons dire que cet ordre demande de grandes réformes, pénétrons dans ces riches monastères qui sont dans notre province, nous trouverons à la vérité la religion bien observée et un ordre assez suivi. Tout cela fait-il le bien de l'Etat? Non, qu'on ne dise pas que ces religieux sont les colonnes de la religion, ils ne les seraient pas moins en rendant service à TEtat. L'ordre donc qui doit être établi nécessairement, c'est la réforme générale de toutes ces maisons rentées, non pas cependant au point qu'il n'y ait plus

de religieux, au contraire, voici ce qui parait non seulement juste, mais d'une première utilité pour le public, c'est que dans tous les monastères on y établisse des collèges aussi nombreux que le demandera la distance des villes, alors les sciences prendraient un certain éclat parmi cette classe d'hommes qui paraît oubliée. En outre, c'est que les trésors immenses serviraient à rétablir l'ordre des tinances. Une autre chose plus frappante, peut-on voir sans gémir l'opulence s'étaler dans les monastères, tandis que nos pauvres religieux mendiants trouvent à peine les aliments de première nécessité qui sont ceux qui parcourent les campagnes pour porter du secours à messieurs les curés. Ne sont-ce pas les braves religieux qui paraissent tendre à leur fin d'eux-mêmes, non qu'ils se dégoûtent de voler au secours des malades dans les campagnes, mais parce que plusieurs des sujets n'étant plus en état de faire des aumônes à ces religieux et d'autres ne voulant point parce que leur charité est éteinte, ils se trouvent dans la dure nécessité de se déplaire dans leur sort. Le bien public crie qu'on supprime les premières et qu'on relève les autres en leur donnant par tête deux cents francs de pension et la liberté d'implorer le secours des personnes charitables.

Comme les sujets d'un même royaume sont tous chers aux yeux du souverain, pourquoi donc les vues bienfaisantes ne sont-elles pas remplies? Pourquoi tant de pauvres cultivateurs sont-ils privés des secours de la médecine, secours si abondants dans les villes. Le but de notre bon Roi est que cette portion qui n'est pas la moins chère à son oœur soit secourue dans les maladies ; pour cela il faudrait stipendier des médecins à la proximité, alors on rendrait de grands services à l'Etat en arrachant à la mort d'habiles cultivateurs.

Avant de stipendier des médecins, il faudrait qu'ils fissent preuve qu'ils sont en état d'exercer cet art ou cette épreuve se fera-t-elle pour nos cantons, ne dira-t-on pas à Nancy, pour cela il faudrait avoir pu suivre un cours de médecine. Or, qui aura la faculté de le suivre? Ou les pensions sont portées à un si haut point dans ces grandes villes et surtout ou les occasions plus fréquentes de dissipation retardent les progrès, le bien public sollicite à un rétablissement de cette L'niversité de Pont-à-Mousson autrefois si florissante. Pourquoi voit-on dans nos campagnes les sciences dans l'oubli, pour les uns c'est l'éloignement d'une L^niversité, pour les autres c'est la cherté des pensions.

Disposés que nous sommes à concourir au bien public, nous donnerons notre assentiment à tout ce qui pourra le procurer.

Telles sont les volontés de tous les habitants dont les principaux ont signé.

L^n autre abus qu'il est de la plus grande importance de réformer, c'est un droit prétendu qui s'est glissé dans nos communautés, qu'à la mort d'un chef de famille, outre la justice ordinaire, se présente encore un huissier priseur pour faire l'estimation des meubles, ce qui porte un grand préjudice car il n'y a pas pour payer les créanciers et nous pouvons également, sans le ministère de cet officier, mettre les affaires en ordre. Alors, nous ne verrions pas si souvent des pauvres familles désolées par les frais excessifs. Telles sont nos justes plaintes et les avons signées :

[Signatures de] Pierre Habillon, Sébastien Pécheur, A. Maillot, Sébastien Robert, Charles Philippe, Jean-Nicolas Moquet, Dominique de Faux, Nicolas de Faux, L. Louis, D. Lavaux.

Le présent acte coté et paraphé par nous, officiers de la municipalité par premier et dernier à Jaulny le dix mars mil sept cent quatre-vingtneuf.

[Signatures de] Baudot, curé de Jaulny et Ronhercourt ; Sébastien Pécheur. Joseph Poirot, Pierre Habillon, Sébastien Robert (•).

JEZAINVILLE

Départ, de Meurthe-et-Moselle. — Arr. de Nancy. — Canton de Pont-à-Mousson. Habit. : 656 (1936).

Dioc. de Toul. — Archidiaconé de Port. — Doyenné de Prény. — Collateur : chapitre de Metz. — Décimateurs : chapitre de Metz, chapitre de Pont-à-Mousson, Bénédictins de Saint-Fpvre de Toul, curés de Jezainville et de Blénod.

Feux : 126 (1789). — Habit. : 522 (1790).

Seigneurs : M*' Françoise-Elisabeth Jadelot de Nicéville de Jezainville, François-Louis comte de Bourcier et M. de Charvet (1789).

Impositions (1789) : Subvention 999 livres

Ponts et Chaussées 946 livres

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