Au lieu de « proscrire
CAHIER DE MARON
seronts cause que cette province, autrefois si belle par ses bois, en manquera totalement; de nous rendre le sel marchand et à bon prix, comme pourroit l’être par tout le sel des côtes maritimes; par là on rendrait encore aux laboureurs de nouvelles forces par le moyen des bestiaux qu’ils nourriroient qu’ils engraisseroient et qu’ils vendroient;
18° Que tous les procès soient jugés et terminez dans l’année, c’est ce qui ruine encore une partie des citoyens par leur longue durée;
19° D’exposer que si les villages sont si appauvris depuis quelques années, ce n’est pas non seulement par les impôts successif donts ils sont accablez, mais encore parles redevances seigneuriales et sur tout pour la dixme et l’inégalité des impositions, sans égard aux fruits qu’on récolte, puisqu’il est démontré que les vignobles sonts exposé à ne rien recueillir; la communauté est assujettie à payer la dixme en vin à la vingt deuxième mesure, prise dans les bouges; trois ou quatre jours après les vendanges finies, les décimateurs font jauger les bouges de chaque particulier ce qui est toujours sujet à erreur, à des procès et des inconvéniens très grands; l’assujetissement d’avertir les décimateurs de venir chercher leur vin, et ne pouvoir l’enlever sans qu’ils y soient et qu’ils n’aymt goûté le vin et pris la première goûte; souvent, il arrive qu’ils n’en veulent point prendre sous prétexte qu’il n’est pas assez viné; en attendant leur lenteur, il arrive très souvent que le pauvre propriétaire gémis et vois gâter toute sa récolte sans pouvoir en disposer; les décimateurs vous obligent à leur payer la dixme en argent à un prix exorbitant, ou obligé d’en acheter chez le voisin pour leur payer la dixme s’il se trouve gâté par leur seule faute, matière à contravention qui tient encore de l’ancienne servitude; les obliger à dixmer à la vigne et au trente comme dans tous les autres villages voisin,’ au moins le pauvre propriétaire qui, depuis longtems attend après sa récolte pour vivre pourroit s’en aider au premier jour de vendange, et auroit ensuite l’agrément de façonner son vin à sa fantaisie et n’auroit pas le lieu de la laisser gâter;
20° De supprimer les banalités dans toute la Lorraine, vu qu’il n’y a que cette province dans toutes les provinces de France, où la banalité existe. Si les propriétaire sonts bien
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gêné pour la dixme, ils le sonts encore au pressoirs. Dans le tems que le seigneur de notre communauté a étably les pressoirs bannaux à Maron et que nos ancêtres se sont rendus bannal, il n’existoit pas la moitié des vignes qu’il y en a actuellement; il n’y a pas la moitié de pressoirs dans les années abondantes qu’il en faudroit. La communauté n’ose point intenter de procès à un si puissant seigneur pour en fournir, et souvent, en attendant, il se trouve que les vins de pressoir sont gâté et en vinaigre, les fermiers n’en veulent point et viennent à la cave du pauvre propriétaire que son vin a été gâté et choisissant le meilleur de son vin en place de vin de pressoir et prennent le sixième comme on fait d’ordinaire au pressoir; si les banalités étoient supprimée, comme par tout la France, il seroit permis au propriétaires de vignes d’établir des pressoirs; on ne se trouveroit pas dans le cas de voir périr leurs biens.
21° De supprimer aussi la banalité du moulin de Maron et de tous ceux de la province de Lorraine; le moulin de Maron est encore une autre espèce de servitude, comme par ses eaux il n’est pas capable de substanter à la moitié des habitans. Dans le temps que nos ancêtres se sonts rendus bannal, les eaux du moulin étaient le double plus abondantes qu’elle ne sonts actuellement; dans ce temps le village de Maron n’était composé que d’environ trente habitans, au lieu qu’aujourd’hui il en existe près de deux cents f1), ce qui fait environ mille âmes vivantes, qui dépensent au moins trois mille résaux de bled; comment qu’un moulin aussi mal en état, qui n’a qu’un tournant et qui manque d’eau les trois quart de l’année pourroit subvenir à moudie autant de bled et le rendre bien moulu?
22° De demander la suppression des clos qui jusqu’à présent a empêcher plusieurs villages de pouvoir nourrir des bestiaux et principalement à Maron. Tous les preys qui sonts existants sur le ban de Maron, à l’exception d’environ douze fauchées, appartiennent à Monsieur de Ludre, seigneur du lieu. Ces preys sonts clos exactement pour ses admodiateurs, en sorte qu’il n’y a qu’eux seuls qui en profitent pour la vaine
1. N’oublions pas, et en voici une preuve, que par « habitant » au \viue siècle on entendait : chef de famille.
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pâture, et profitent encore du peu qu’il reste de vaine pâture à la Communauté en attendant que l’herbe vienne grande dans leurs clos, et par ce moyen privent les pauvres malheureux à ne pouvoir point nourrir de bestiaux, faute de vaine pâture, ce qui fait un tort très considérable aux habitans qui gémissent et qui ne peuvent point se procurer d’engrais pour leurs terrains, ce qui fait qu’il ne rapporte pas la moitié de ce qu’ils feroient.
23° Le territoire de la Communauté est environné de rochers et de côtes de toutes parts; la rivière de Mozelle qui passe au-dessous du village est, par sa situation, environné de mauvais chemins, ce qui porte un préjudice considérable aux habitans du lieu. Le ban de Maron est d’une petite étendue, les habitans n’ont d’autre produit pour se substanter que leurs vignes, dans un territoire aride et pierreux, n’y ayant aucunes terres labourables, par les mauvais chemins dont ils sonts environné de toutes parts. Leurs marchandises ne peuvent circuler, les habitans prennent bien soin d’entretenir leurs chemins sur leurs ban, mais les villages voisin, surtout celui de Chaligny, laissent le grand chemin qui conduit de Maron à Neuves-Maisons dans un état exécrable, afin de s’atirer l’avantage de mieux vendre leurs marchandises et avoir les grains et fourage à meilleur prix; il serait nécessaire qu’on oblige la communauté de Chaligny à rétablir ce chemin et le mettre en bon état.
24° La pauvreté des habitans de la campagne provient de la trop grande richesse des eclésiastiques et de la noblesse, des couvents rentés d’hommes et de filles, qui possèdent tous les plus beaux territoire des campagne. Ils laissent actuellement leurs fermes en grains et en font un trafic; ils ne vendent leurs grains que quand il est fort cher et même quelques fois gâté, c’est ce qui fait la cherté des vivres de première nécessité en cette province et ce qui met le comble à la disette, et ils entassent l’or et l’argent, surtout dans les couvens qu’il n’en sort pas un sou; ils augmentent tous les jouis leur ferme, en sorte qu’il y a quinze ans elles n’étaient pas à la moitié de ce qu elles sonts aujourd’liuy ; c’est ce qui a ruiné beaucoup de laboureurs qui nourrissoient une quantité de bestiaux et les terres étaient mieux cultivée. Il n’y a donc que le tiers Etat pour soutenir l’État en cultivant la terre, en fournissant
DOLÉANCES - T. IV
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argent et hommes de guerre au Souverain monarque que nous supplions de vouloir bien jetter les yeux sur un pauvre peuple qui lui sera soumis à jamais.
25° Dans la province de Lorraine on a planté depuis quelques années une quantité de vignes dans des bonnes terres labourables, c’est ce qui fait la cherté du grain dans cette province; il est nécessaire de demander qu’elles soient arrachées depuis trente ans.
26° Il y a environ soixante jours de vignes sur le ban de Maron, qui payent sens aux Chanoines Réguliers de l’ordre de St. Sauveur du Collège de Nancy et aux Religieux de Clairlieu.
27° Le Seigneur de Maron tire le tiers de la haute futaille des bois de cette Communauté, sans en payer un sou de vingtième; ladite communauté paye le tout.
28° Tous les habitans de Maron payent annuellement trois jmaux d’avoine comble, et les veuves, moitié, au domaine du Roi, pour jouir de la vaine pâture d’un canton de preys sur le Ban de Chaligny, avoisinant celui de Maron. Les laboureurs de Chaligny, crainte qu’on en profite, mettent ce canton en embanie tous les ans, en sorte que le troupeau de Maron n’en profite pas.
29° Demander la suppression de la prestation de corvée en argent, vu qu’on les paye en payant les ponts et chaussées et qu'on a toujours fait les corvées j usques à présent.
30° Demander aussi la suppression des brevets de fabricateur d’eau-de-vie, attendu qu’il n’y a dans toute la France que les seules provinces de Lorraine et de Bar où ces brevets existent, et laisser chacun libre de fabriquer, ce qui est encore une espèce de servitude;
31e Les hôpitaux établis dans les villes ne sont que pour les Bourgeois les villes, les pauvres habitans de la campagne n’en profitent pas.
[Signatures de j :
Charles Poirel, maire; R. Jacquemin, sindic et député ; J. C. Trottot, élu; C. Grill ot, élus; Jean Bagard, élus; N. Burnot; J. -B. Trotot; N. Trotot; Joseph Jeandidier, élus ; P. L. Boulanger; D. Louis; Joseph Jacquemin; Claude Foulon (?); Sébastien Oger; F. Trotot; Boulanger; F. Thon-
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venin; Jean Gorel; Joseph Chaulacel; François Gabé; J. Vinchelin; Nicolas Bagard; J. Joseph Burnot; François Jeandidier; N. H. H. Claudin; S. Vinchelin; Sébastien Foulon; François Henriet; J. G. Grillot; F. Foulon, l’ainé; François Bagard; J. F. Jeandidier; Joseph Loüé; F. Foulon; J. B. Simon (et ?); J. Nirepey (?); J. L. Trotot; N. Trotot; Nicolas Simon; Joseph Chaulacel; ? Nicolas; Joseph Pierre; Jean Burnot; Sébastien Vuillaume; François Bagard; Dominique Louis; J. B. Louys; François Gorcy (?); I. B. C.; Joseph Trottot; J. B. Jacquemin; D. Burnot; François Gabaye; François Jacquemin; J. Thouvenin; J. L. Trotot; Joseph Henriet; Claude Louys; Joseph Simon; Joseph Touvenin; Jean Bagard; Joseph Gabav; F. Jeandidier, greffier; Joseph Boulenger; Jean Louis le jeune, sergent.
MESSEIN Ç)
Dép. de Meurthe-et-Moselle. Arr. de Nancy. Cant. de Nancy- Ouest.
Gén., Int., Subdélég. et Maîtrise de Nancy.
Dioc. de Nancy. Archidiaconé de Nancy, Doyenné de Chaligny. Annexe de Chavigny.
Collateur : L’abbé de Saint- Vincent de Metz.
Décimateurs : Les Jésuites de Nancy (sous séquestre) pour les 3/4, le curé pour 1/4.
Feux : 50. Habit. : 256 (1790).
Seigneur : M. le comte de Ludres.
Biens communaux : Rapailles : 126 arpents, 6 hommées. Terres : 6 jours de vignes et terres. Pàquis : 82 jours.
Impositions : ordinaires 1790. ... I . 215/f » s. ) d.
vingtièmes — .... 989 19 »
Total . 2.204* 19 s. » d.
1. Trois feuilles 420 mm. X 330 mm., pliées, formant cahier de 12 pages dont 11 de texte ou signatures, cotées et paraphées par rôles de premier à sixième et dernier.
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Conforme au modèle officiel.
Date : 10 mars 1789.
Lieu : au logis de Joseph Vuillaume, sindic de Messein. Président : Dominique Louis, maire.
Greffier : M. Simoutre.
Députés : Mathias Simoutre, greffier; Joseph Vuillaume, maire.
Signataires : les mêmes qu’au bas du cahier de doléances, moins le maire.
Remontrances, plaintes et doléances, moyens, et avis, du village et Communauté de Messin.
lo (2^ Ordonner et régler, que dans les délibérations des États Généraux, on. opinnera par tette et non par ordres.
2° (1 2 3) Établir en principes et loix fondamentalle que tous sujets de Votre Majesté, de quelques ordres qu’ils soit, ne peut se dispencer de contribuer suivant ses facultés aux impôts, librement consentit par la nation, et que c’est abuser des honneurs et distribution personnelle ducs au clergé et la noblesse que de s’en faire un titre pour soustraire leurs biens au payement de la dette publique et la rejetter sur le peuple.
3° (4) Que la subvention et ponts et chaussées seront diminuées, attendu que ces deux objets sont augmentés considérablement dans la Lorraine, par le changement de l’argent de Lorraine en argent de France, ce qui produit les ' 7 /24e en susses.
4° Diminuer considérablement les droits sur la marque des fers et ceux de la marque des cuirs, lesquels droits sont tellement onéreux au commerce et à l’agriculture qu’un chariot, par exemple, qui coûtoit il y a douze ans à un laboureur cent
1. Une feuille 42 0 mm. X 330 mm. pliée, formant 4 pages dont 2 1/2 de texte et signatures. L’écriture est différente de l’écriture du cahier de doléances.