A ces dégradations annuelles qu'éprouvent les récoltes
(1) Arch. de la Marne, C, 1571, 1576 et t7î3 : Route nationale n» 33 de Paris a Châlons par Montmirail, Étoges, Bergères, Chaintrix et Thibie(177»-1785).— État des terrains à prendre pour l'ouverture de cette route demandée par le seigneur et les habitants d'Étogcs (1773). — Embranchement de Vertus à cette route (177S-1 791) : correspondance du prince de Soobise et de l'intendant Rouillé à ce sujet.— Requête des habitants d'Étoges à l'intendant : ils demandent l'exemption de la corvée sur la grande route afin de s'occuper des travaux nécessaires pour construire deux fontaines publiques et un abreuvoir et pour réparer un chemin conduisant à l'église : plans des ouvrages ; devis de ceux à exécuter pour donner un libre écoulement aux eaux d'orages dans le village d'Étoges (1784-17S6).
(2) Plantation des arbres sur les routes. (Arch, de la Marne, C, /7â9.) (S) Voir le cahier de Cernon, page 126.
se joignent les dégâts qu'y causent souvent les cultivateurs euxmêmes, soit par leur négligence, soit autrement, en souffrant que leurs domestiques mènent paître leurs animaux ser>'ant au labourage dans les empouilles avant la moisson, et cela nocturnement pour tromper les gardiens (1) ; comme ces dégâts, qui privent souvent les propriétaires — surtout ceux qui font valoir leurs terres à prix d'argent — d'un huitième de la récolte, ne sont occasionnés que par des bœufs, le gouvernement, pour remédier à ce mal, pourrait bien obliger le laboureur à les nourrir à l'écurie jusqu'après les récoltes, sans pouvoir les mener paître dans les terres en jachères, en les autorisant à former des prairies artificielles exemptes de dîmes, par le secours desquelles ils nourriraient leurs bœufs pendant le printemps et jusqu'à la moisson.
5. — Une surcharge considérable qu'éprouvent les pauvres habitants des campagnes, est l'obligation où ils sont d'envoyer leurs garçons tirer au sort de la milice en une subdélégation éloignée quelquefois de dix à onze lieues de leurs paroisses : outre les trois jours enlevés à leurs travaux, il en coûte aux parents, pour chacun de leurs garçons, 15 à 181^ argent qu'ils sont souvent obligés d'emprunter ; qu'on juge de l'objet de la dépense pour des pauvres gens qui sont obligés de la supporter pendant dix à douze ans que leurs garçons restent dans la maison paternelle avant de se marier (2).
Il est très possible au gouvernement de remédier à ce grand mal, soit en levant une contribution sur chacun des garçons des paroisses réunies pour fournir un ou deux soldats provin-
(1) Voir les arrêts du parlement et les ordonnances des intendants de la généralité à ce si^et (Arch, de la Marner C, 2969), notamment l'ordonnance rendue par « l'intendant de Champagne le 20 novembre 1766, à l'efTet d'empêcher qu'il ne soit envoyé des bestiaux dans les terres empouillées » ; — les arrêts du parlement des 23 janvier 1779, 28 décembre 1780 et 5 avril 1788, « faisant défenses à tous propriétaires, fermiers, cultivateurs, ... de mener paître en aucun temps les moutons et brebis dans les prés qui ne sont point en défend », le dernier arrêt rendu « pour les paroisses situées dans les ressorts des coutumes de Vermandois et de Vitry-le-François »; — l'arrêt du 9 mai 1783 < qui permet aux propriétaires, fermiers, cultivateurs, journaliers et habitants des paroisses situées dans le ressort des coutumes de Vermandois et de Vitry-le- François, de mener paître leurs moutons dans les prés après la faulx ». (Recueil des imprimés in-4o de ces arrêts et ordonnances : Bibliot. de Reims, N., 2806.)
(2) Voir le cahier de Beaulieu-en-Argonne, page 71.
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ciaux» avec laquelle on enrôlerait le même nombre de garçons qui s*engageraient librement ; soit en établissant des subdélégués dans les petites villes voisines ou dans les bourgs à la distance de trois ou quatre lieues, par devant lesquels les tirages se feraient ; cet expédient procurerait un grand soulagement aux paroisses circonvoisines.
6. — 11 serait à souhaiter pour tous les corps de l'État et surtout pour celui du Tiers, que le droit d'aides fût converti en un impôt réel sur les vignes, proportionné à la qualité des vins que chaque vignoble produit, tel qu'on en a, dit-on, déjà formé le plan. Si ce projet était mis à exécution par le gouvernement, l'économie serait sensible, les frais de régie seraient notable^ ment diminués, et la finance serait versée avec plus d'abondance au trésor royal : les propriétaires des vignobles, soulagés et plus tranquilles, ne cesseraient de bénir la main paternelle de leur Roi qui les aurait délivrés de la gène où ils sont.
1„ — 11 en est une d'une espèce particulière que le Tiers a toujours éprouvé : c'est l'obligation de payer le gros manquant à la vente des vins; de tous les impôts, il n'en est point où la loi du plus fort reçoive la plus vive empreinte ; d'un côté le propriétaire de vin, par le moyen de cet impôt, est obligé au paiement du gros dans tous les cas, c'est-à-dire en vendant son vin en fraude comme en le buvant, si bien qu'il ne peut échapper, et de l'autre que cela n'empêche pas que, venant à être découvert sur la vente en fraude, il ne soit encore accablé d'amendes et de confiscations ; ce sont là deux alternatives répugnantes, puisqu'elles ne laissent point de choix et qu'elles produisent toutes deux leur efiet à la fois, ce i\\x\ contrarie toutes les idées de justice et autorise les propriétaires des vignes à demander la suppression de ce droit énorme.
8. — Il est un autre impôt qui surcharge infiniment le pauvre peuple : c'est la gabelle qui maintient le prix du sel à un taux excessif en Champagne, tandis que le prix en est beaucoup moindre dans d'autres provinces du royaume. Les habitants d'Étoges supplient leur bon prince d'écouter le cri de son pauvre peuple et de le soulager en diminuant le prix de cette denrée si nécessaire à la vie, qu'il est souvent hors d'état de se procurer à cause de sa cherté. On peut appliquer les mêmes réflexions au prix excessif du tabac dans cette province.